Fanfiction : Final Fantasy VIII

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Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Dim 10 Juil - 22:46

Alors là on est vraiment à la croisée des mondes. Certains verront que le style n'a quasiment pas changé (stagnation ou arrivé à maturité ?). C'était durant mes études en dentaire, c'est dire si ça date. Ce n'est malheureusement pas fini, j'ai eu un blocage parce que j'ai perdu une des cartes du monde (mon site de référence sur laquelle elle était ne fonctionnait plus), et puis le jeu ne fonctionnait plus avec la nouvelle carte video (Super les adaptations PC chez Square....), je ne pouvais pas y retourner pour un point de chronologie qui m'échappait, et pour rester immergé il faut jouer et rejouer. Je ne sais donc pas si j'arriverai à donner la suite et la fin (sont déjà planifiés dans ma tête, le problème c'est de restituer dans le ton et l'atmosphère FF). Récemment j'ai retrouvé ladite carte, le bestiaire, depuis le Bite Bug le plus nul de Balamb jusqu'à la flore carnivore d'Esthar (vraiment ch.... elle, avec leurs jets de poison sur tout le groupe, et leur batterie de Status Attack, mais ils sont trop marrants quand il vous donnent des coups de bourgeon sur la tête, et puis je ne pensais pas qu'un coup de bourgeon pouvait faire aussi mal ;p), avec les Ruby Dragons et tout, la banque d'objets, le guide, tout ça sur le même site, et en anglais svp. La narration est peut être un peu moins riche que ce que je sais faire aujourd'hui, les chapitre sont très courts, mais ce qui est intéressant c'est tout le champ de vocabulaire, qui est très différent de DAOC. Et puis ce qui est très intéressant aussi, c'est que autant sur DAoC je ne touche pas au seul dragon du jeu, autant dans FF8 j'en ai tué de quoi ouvrir une maroquinerie (bah oui, me fallait mes Dragon Fang pour faire ma Lionheart, non mais) ! Et c'est comme ça que démarre l'histoire ! Dépaysement assuré !

Désolée pour ceux qui n'ont jamais eu le jeu entre les mains, c'est une vraie fanfic, par définition destinée aux fans, avec des tonnes de références au monde et au gameplay, de clins d'oeil et tout, mais vous devriez y arriver, suffit d'aller sur FFWorld, Final Fantasy Dream, FFOnline etc, vous trouverez toute la base bibliographique.

Alors en quoi consiste cette fanfiction ? Eh bien je pense qu'il n'y a pas de meilleure réponse que celle qui est donnée dans l'avant-propos. Et on commence... par la fin : je viens de battre Ultimecia, au bout de mon 7ème essai (!), elle a explosé façon Big Bang, et on arrive à la dernière scène de jeu avant les cinématiques de fin absolument inoubliables, spécialement dans FF8, le premier opus des FF avec des personnages modélisés en 3D réalistes. Evidemment quand on compare avec FF13, et bientôt 13 Versus, ça peut paraître primitif aujourd'hui, mais le chara-design est éternel, les personnages sont magnifiques, je les trouve même plus beaux et plus charismatiques que ceux de maintenant, on est ébahi par la brillance des couleurs, la chatoyance des effets, le rendu de la lumière, unique à Square-Enix, qu'on ne retrouve nulle part dans aucun autre jeu. Et avec l'oeuvre musicale de Uematsu (je parle pour les FF, la pléiade de compositeurs qui travaillent sur les autres jeux Square-E est tout aussi légendaire) qui vient habiller tout ça, c'est... The Final Fantasy. L'ultime conte, au plus loin dans la magnificence, la poésie, la fantaisie, le rêve, l'émotion...

Je laissa là l'éloge de Square-E et vous laisse découvrir ce que FF8 m'a inspiré, une version, la mienne en tout cas, du "pré-FF8"

Ce récit inspiré du jeu Final Fantasy VIII ne se veut en aucun cas une exacte fresque de l’époque antérieure au jeu tel que les fans le connaissent, mais simplement une interprétation toute personnelle de ce qui a pu se passer avant l’épopée de Squall Leonhart. Bien qu’il contienne des références les plus fidèles possible au support dont il est issu, nous avons pris la liberté d’en modifier certaines, notamment l’ascendance de Squall. En effet, certains détails rencontrés dans le jeu ne nous paraissaient pas compatibles avec le fait que Squall eût pu être le fils de Laguna Loire. Aussi lui avons-nous donné une ascendance noble, et une origine que le lecteur découvrira.

Le but était également de justifier et de donner une cohérence à l’existence d’Ultimecia, car à la fin, le jeu ne donne aucune information sur l’archi-ennemie des SeeDs, ni sur ses origines, ni sur ses objectifs, si ce n’est qu’elle a l’intention de réaliser cette fameuse « compression temporelle » dont on ne comprend pas bien les tenants et aboutissants, et sur laquelle nous nous sommes bien gardés d’avancer une quelconque hypothèse, laissant le flou alimenter l’imagination du lecteur. Le plus vraisemblable, et dans le seul contexte de La Genese, serait que cette opération permettrait à la sorcière de réparer en une seule fois toutes ses erreurs passées de façon linéaire, sans avoir à bondir d’une époque à l’autre.

Le récit prend place environ deux ans avant la naissance de Squall et se déroule sur le continent de Centra que nous avons imaginé autrement que tel qu’il est présenté sur la carte du monde dans le jeu, compte tenu des bouleversements révélés par l’intrigue, en particulier le Lunar Cry qui creusa l’actuel cratère de Centra.

Il nous paraît enfin utile de préciser quelques repères qui expliqueront bien des liens avec le jeu. Il est important que lecteur garde à l’esprit qu’Anthony Leonhart, personnage central de La Genese, ressemble en tout point, du moins en apparence, à Squall. Ayant joué avec la version américaine, nous avons conservé toute la terminologie américaine de Final Fantasy VIII, aussi bien par habitude que par esthétisme, la terminologie française nous paraissant bien souvent lourde et disgracieuse. Tous les éléments techniques du jeu ont été repris et interprétés afin d’être intégrés dans le récit, notamment le facteur de compatibilité des Guardian Forces. Si notre choix s’est porté sur Shiva, c’est que dans nos sessions de jeu, plus souvent invoquée que toutes les autres Guardians Forces de Squall, elle présentait la plus haute compatibilité.
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PROLOGUE

A genoux, prostrée, luttant contre la brûlure terrible qui dévorait ses entrailles, la jeune femme résistait de toutes ses forces pour rester consciente. Tout, autour d’elle, était devenu trop bruyant, trop vivide, trop éblouissant. Ses sens avaient atteint une acuité telle, qu’ils en étaient devenus atrocement douloureux. Le bruit des vagues en contre-bas de la falaise sur laquelle était bâti le manoir Kramer, le vent chargé d’iode et de sel, les oiseaux marins traquant les bancs de poissons… Cette musique, qu’elle aimait tant entendre, était devenue un grondement insoutenable. La lumière du jour était d’une intensité telle, qu’elle se fût crue à deux pas du soleil au zénith. Le sol aux dalles polies perpétuellement recouvert d’une mince pellicule de sable fin paraissait un tapis d’épines brûlantes.
-- Oh mon dieu… murmura-t-elle, le souffle court.
Elle était bien loin de se douter que la passation de pouvoirs d’une Sorcière mourante vers une héritière se payait à un prix aussi douloureux.
Se cramponnant à ses forces incertaines, elle tenta de se relever, quelque peu embarrassée par sa posture de faiblesse face à l’inconnu qui était apparu devant elle : un fort beau jeune homme d’à peine vingt ans, tout de noir vêtu, à la silhouette élégante et alerte, et dont on pouvait deviner sous les vêtements une musculature entretenue avec soin. Il tenait entre ses mains une épée à la large lame d’un bleu lumineux et vivant, une Gunblade de très rare facture. Sa chevelure brune encadrait de ses innombrables mèches rebelles un harmonieux visage, à peine entamé par une longue cicatrice entre les sourcils, aux yeux d’un bleu intense, dans lesquels se reflétaient un sérieux et une tristesse excessifs pour un si jeune âge. Il était épuisé, accablé par les traces d’une récente bataille.

Deux mains gantées l’aidèrent à se relever avec douceur et attention.
-- Tout va bien ? demanda-t-il doucement.
Elle s’appuya avec gratitude à son bras et épousseta sa longue robe noire. Ce toucher avait quelque chose de familier. Le jeune homme la considérait comme s’il la connaissait depuis toujours. Pourquoi ? Elle remarqua un pendentif en argent massif en forme de tête de lion autour de son cou, suspendu au bout d’une large chaîne, faite du même alliage, à maillons triples entrelacés avec précision. Une très belle pièce d’orfèvrerie. Le métal blanc éblouissant réfléchissait la lumière du jour, jouant d’éclairs changeants, révélant les volumes du motif parfaitement poli, au gré des mouvements respiratoires du jeune homme. Cela lui rappelait quelque chose. Où avait-elle bien pu voir… Mais c’était insensé.
-- Vous venez du futur également ? demanda-t-elle. La question n’en était pas vraiment une.
Il acquiesça d’un mouvement de tête.
-- Je suis un SeeD. Ma mission est de combattre les Sorcières.
Voilà donc pourquoi il avait dégainé si vite à la vue de l’Enchanteresse mourante.
-- Votre Fondation sera à l’origine des Gardens dans lesquelles seront entraînés des SeeDs comme moi, pour combattre les Sorcières. Souvenez-vous seulement de ceci, poursuivit-il d’un ton calme, si calme, comme s’il voulait absolument qu’elle se souvînt.
-- Je m’en souviendrai, répondit-elle, pas très sûre de ce qu’elle venait d’entendre.
Elle recula et le regarda pour la première fois vraiment. Ces cheveux bruns arrangés en mèches, comme s’il ne parvenait jamais à les coiffer correctement, ces yeux au contour sec et précis, gracieusement ombragés par des cils plutôt longs pour un garçon, ce visage si beau, ce port fier et détaché… Il lui rappelait définitivement quelqu’un. Mais ce regard imprégné de tristesse jusqu’au plus profond des iris d’un formidable bleu lui était unique. Quelque chose flottait à son épaule. Une forme argentée aux interminables cheveux dorés. C’était la première fois qu’elle observait pareil phénomène.
-- Il est temps pour vous de retourner dans votre époque, dit-elle.
L’ombre de tristesse qui planait dans les magnifiques yeux bleus s’approfondit davantage. Il se mit au garde-à-vous, la main droite levée à hauteur de la tempe :
-- Adieu, Matwin, dit-il, et il s’éloigna lentement, son image devenant de plus en plus transparente.
« Matwin » ! Seuls ses enfants l’appelaient ainsi. Alors il était…
-- Attendez ! s’écria-t-elle, tendant la main vers la figure. Mais il était trop tard.
« Je ne connais pas votre nom… »
Des Gardens… Des SeeDs… Ces immenses pouvoirs qui couraient à présent dans ses veines… Et puis ce jeune homme. Ca n’avait pas de sens.

La question hanta Edea Kramer des semaines durant, alors qu’elle prenait peu à peu conscience de ce qu’elle était devenue : une Sorcière aux pouvoirs encore dormants. Les pouvoirs d’une autre, qui pouvait un jour s’en servir par les ponts du temps. Des Gardens. Des SeeDs. Des Sorcières. Ce jeune homme. Tout cela n’avait que trop de sens.
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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Dim 10 Juil - 22:48

Chapitre 1 (Dix ans plus tard)

Le ciel nocturne s’obscurcit davantage, plus noir que bleu indigo sous la rutilante tenture étoilée brillamment illuminée par l'immense lune, si proche que l’on eût cru pouvoir la toucher, simplement en étendant le bras. Une sphère d’énergie pure engloutit le Dragon de Rubis en son cœur sans lumière et le lacéra de toutes parts dans une rage de courants déchirants, avides de tuerie, assoiffés de chair et de sang, à l’impossible pouvoir destructeur. Un terrible hurlement d’agonie s’échappa de la gorge du dragon, alors que son poitrail explosait littéralement sous la pression, libérant un bouquet informe d’organes internes qui furent éparpillés dans la jungle environnante de Centra. Voilà qui allait constituer un festin de choix pour les charognards des lieux et d’ailleurs. Le sang brûlant se cristallisa au contact de l’air et retomba en une pluie scintillante de larmes à l’éclat de rubis. Le jeune homme baissa la main, alors que les effets du sort Ultima se dissipaient. Haletant, couvert d’une mince pellicule cristallisée, il admira le spectacle magique. Même après son dixième Dragon de Rubis, il ne pouvait s’empêcher d’être émerveillé par cette pluie de rubis, comme s’il s’agissait de son premier. A côté de lui, une jeune fille armée de deux fouets dorés renforcés au bout par une pointe d’Azurium acérée regardait, étonnée.
-- Quoi, ça y est ?
Il se tourna vers elle et sourit :
-- Comment ça, « ça y est » ? J’ai usé de sept Curagas sur toi et j’ai cru que j’allais y mettre un Full Life. Sacré bout de gibier, tu veux dire !
Il regarda tout autour de lui, ébahi comme un petit garçon devant la vitrine d’un magasin de jouets dernier cri :
-- N’est-ce pas magnifique ? demanda-t-il en ouvrant les bras à la véritable bénédiction cramoisie qui l’enveloppait de mille étincelles.
Il s’accroupit et ramassa deux larmes de rubis. Elles avaient une forme parfaite. Il en garda une pour lui et offrit l'autre à la jeune fille :
-- Bienvenue au Club des Rubis Incandescents, Miss Ambrosia. Longue vie à toi, Tueuse de Dragons de Rubis.
-- Mais… je ne l’ai pas tué !
-- Tu y as largement contribué, en tout cas, et ce trophée te revient de droit. C’est le règlement du Club des Rubis Incandescents. Epingle-la sur ton uniforme, et sois-en fière.
Elle admira la larme rouge sous le clair de lune :
-- Elle est magnifique. On dirait un vrai.
-- Ambrosia… commença-t-il en essuyant avec soin sa Gunblade, et débarrassant avec précaution les fines incisures sur la large lame, qui figuraient un lion ailé, des fragments cristallisés avant que ceux-ci n’adhèrent irrémédiablement au précieux alliage fait à base d’Azurium. N’y avait-il pas eu cet étonnant matériau, la Gunblade aurait été trop lourde à manier, et impossible à équilibrer.
-- Hm ? fit-elle distraitement.
Il vint l’enlacer par la taille et la fit pivoter afin qu’elle lui fît face :
-- Ca fait deux ans que je te courtise, et je crois que tu n’y es pas indifférente.
Le beau regard bleu encadré par les mèches rebelles brunes plongeait tendrement dans celui de la jeune fille.
-- Sont-ce bien le lieu et le temps ? demanda-t-elle, sans se laisser vaincre par le sortilège de ce visage incroyablement séduisant.
-- Plus que jamais, dit-il sans hésiter. Nous sommes seuls, avec l’immensité comme témoin. Pour moi, c’est parfait. Avec toi, tout est parfait. Tu es la seule qui ait su regarder au-delà de ce que j’étais, et je ne l’apprécierai jamais assez. Auprès de toi, je n’ai pas besoin de rendre compte de quoi que ce soit, de me justifier. Je suis à l’aise, je suis en paix. Je ne sais pas encore comment je vais m’y prendre, mais j’ai bien l’intention de demander officiellement ta main. Qu’est-ce que tu en penses ? Tu te sens prête à me supporter, disons, pour les quarante à cinquante ans à venir, et plus, si affinités ?
Elle éclata de rire :
-- Wilfried-Anthony Leonhart ! C’est la demande en mariage la plus ridicule que j’aie jamais entendue !
-- Excuse-moi, mais je viens de me bagarrer contre un Dragon de Rubis, tout de même. Alors ? Qu’est-ce que tu en penses ?
-- Ah, j’adorerais devenir Mme Ambrosia Leonhart.
-- Hé ! Doucement, dit-il, faisant mine d’être vexé, ce n’est pas de la blague !
Elle repoussa les mèches rebelles de son visage d'un geste tendre et en décolla la pellicule rouge sombre qui les avait raidis dans une gaine cassante par endroits. Il faisait peur à voir, ainsi enduit comme quelque fantasmagorique fœtus, mais cette apparence avait un charme féroce, et lui donnait un air encore plus prédateur qu’il ne l’était déjà :
-- Je sais que ce n’est pas de la blague, Anthony.
Il l'interrompit en levant le doigt :
-- Pour toi ce sera dorénavant Wilfried. C’est comme ça qu’on m’appelle, dans la famille. Réponds-moi simplement, comme tu l’as toujours fait.
Elle leva lentement les yeux vers lui, et dans un sourire, inclina solennellement la tête.
-- Tu trouveras toujours la réponse parfaite, dit-il en se penchant sur elle dans l’intention de l’embrasser.
Elle se détourna :
-- Non, non, non. Je veux quelque chose d’officiel. Nous allons convier mes parents à la Garden et discuter fiançailles d’abord.
-- Ambrosia, tu es dure ! se plaignit-il. Mais d’accord. Il en sera fait selon tes désirs. Ceci dit, je réclame quand même ma part.
Il lui prit la main et la porta galamment à ses lèvres.
-- Allez, pars devant. Rendez-vous dans le centre d'entraînement pour la cérémonie du Club. A tout de suite.
-- A tout de suite, dit-elle, avant de repartir au pas de course.
-- Et… Oh, Ambrosia !
Elle se retourna et le vit accourir :
-- Je ne peux pas attendre de t’offrir une bague de fiançailles. Tiens, c’est l’anneau de la famille Leonhart. Pour une fois que je lui trouve une utilité agréable.
Il glissa de son doigt un large anneau en argent massif, dans la masse duquel était sculptée en relief une tête de lion rugissante. A l’intérieur de l’anneau, on pouvait lire ces mots, finement gravés dans une écriture gothique : « Richard, Ultime Gardien ». Il prit la fine main de la jeune fille et inséra l’anneau à son annulaire gauche. Les reliefs arrondis captèrent le clair de lune alors qu’il s’exécutait.
-- Il est… magnifique, souffla-t-elle, très émue. Mais un peu grand.
-- Garde-le, je t’en prie, je devais le faire ce soir. Je demanderai au maître-joaillier d’en faire un à ta mesure. En théorie, il me revient exclusivement, mais très franchement, je n’aime pas le porter. On n’est pas compatibles tous les deux.
-- Tu devrais cesser de rejeter tout ce qui touche aux Leonhart. Après tout, tu en es un, tu devrais en être fier.
-- Je ne vois pas quelle gloire il y a à arborer quelque chose pour laquelle on ne s’est pas battu. Porte-le, je t’en prie. Au mois qu’il s’imprègne quelque peu de toi, pour que je me sente moins inconfortable lorsqu’il me reviendra, car je sais qu’il trouvera un chemin pour revenir vers moi. Je t’en ferai faire un sur mesure, c’est promis.
Elle leva la main vers le ciel et admira la tête de lion artistiquement ciselée sur l’anneau qui jetait des reflets d’un blanc étincelant sous la lumière nocturne diaphane.
-- Fais cela, dit-elle. Je te donnerai l’une des miennes en guise de patron.
-- Accordé. Va vite. Je te rejoins.
Elle lui fit signe de la main et partit. Lorsqu’elle fut loin, il parla à une présence dans les airs :
-- Tu peux venir, Shiva.
Dans un nuage de brume et de givre, la Guardian Force maîtresse de la glace apparut dans toute sa gloire, ses interminables cheveux dorés ondulant doucement sous une intangible brise. Il tendit une main fervente vers elle :
-- Il y en a qui feraient n’importe quoi pour un rubis, mais moi je ferais n’importe quoi pour cet instant, Shiva.
-- La récompense est à la hauteur de tes prouesses, Seigneur.
La Guardian Force se pencha sur lui et lui donna un baiser.
« Oh mon Dieu ! » se dit Anthony, soudain dévoré par une violente vague d'extase, qui embrasa tout son être, le privant de souffle, manquant d’arrêter son cœur. Il dut s’arracher à elle et tomba à genoux, au bord de l’évanouissement. Subitement en proie à un vertige, il dut s’allonger, haletant péniblement. Shiva se montrait d'ordinaire moins violente.
-- Tu… Tu n’approuves pas mon choix quant à ma compagne ? demanda-t-il entre deux souffles douloureux.
-- J’approuve, dit Shiva. Elle est forte. Comme toi.
-- J’en suis heureux. Je vais passer le restant de ma vie avec elle. Il est préférable que tu approuves mon choix. Je ne peux pas aimer une femme et vénérer une déesse en même temps si ma femme ne convient pas à ma déesse. Le dilemme serait trop cruel.
-- N’y pense pas. Tout est parfait.
Elle l'embrassa de nouveau. Une lame de plaisir le traversa et lui arracha un cri. Puis elle disparut, et Anthony mit plusieurs minutes à retrouver l’usage de ses jambes. Il savait que Shiva se nourrissait de lui en guise de G-Potions, mais la sensation était trop agréable pour objecter. Sa compatibilité avec la Guardian Force s’était muée en véritable symbiose. C’était le lourd secret d’Anthony, et il le protégeait par tous les moyens. Il n’osait imaginer toutes les expériences que l’on ferait sur lui et Shiva si cela venait à se savoir.
Pour avoir été ponctionné deux fois, il se sentait anormalement faible, et dut vider deux fioles de High-Potion avant de pouvoir se remettre en route pour la Garden.
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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Dim 10 Juil - 22:51

A partir d'ici, j'ai commencé à fusionner des chapitres, pour ne pas trop morceler le récit.

Je n'ai jamais su à quoi pouvait correspondre l'acronyme SeeD (Seifer n'a pas assez amoché Squall durant la séance de torture pour que celui-ci le lui révèle :icon_twisted: ), je suppose qu'il s'agit d'un simple jeu de mots en référence à la Garden, mais peut-être y a-t-il une symbolique par rapport au fait de semer les graines de l'avenir. Dans tous les FF il y a des références symboliques, et FF8 ne fait pas exception à la règle. J'espère que ceux qui ont joué à FF8 apprécieront ma vision du Centra de l'avant Lunar Cry (celui qui est évoqué 20 ans plus tôt dans le jeu, pas celui du retour d'Adel)

Quelques mots au sujet de la double courbe de progression dans le jeu, et à laquelle je fais référence très tôt : il y a d'une part la courbe classique de levelling, je tue des monstres, je monte en niveau, celle-ci s'échelonne de 1 à 100; et d'autre part une seconde courbe, plus subtile, en rapport avec le comportement que l'on choisit pour Squall en cours de jeu lorsqu'il y a des choix à faire. C'est le rang SeeD, une espèce de courbe de mérite, qui permet d'avoir une solde plus importante pour pouvoir s'acheter des items plus intéressants et upgrader ses armes. Elle va de 0 à A (pour Ace probablement), et s'échelonne, si mes souvenirs sont bons, de 1 à 30. Les deux courbes sont parfaitement indépendantes, et la courbe de rang SeeD peut régresser. Pour la faire grimper on peut passer un test, dit le Test SeeD. A savoir qu'on n'avait pas tellement intérêt à avoir Squall (et seulement lui) au niveau 100, parce que le niveau des boss est réglé sur celui de Squall, et plus il est haut en niveau, plus ils sont durs! Sortant de Heroes of Might and Magic, la logique pour moi était qu'il fallait un héros le plus fort possible pour vaincre (ce n'est que partiellement vrai, mais de bons attributs en Attack et Defense Skill peuvent aider). Eh ben non! Pour le coup, les boss étaient de vraies rencontres épiques. J'ai compris ma douleur face à Ultimecia. Je l'ai eue quand même... à coups de Renzokuken/Lionheart (10 000 points de dommages par trigger shot activable en spammant la touche X) sur le dernier round, alors qu'il ne restait plus que Squall vivant, et dans le rouge. Je ne me souviens plus combien de centaines de milliers de points de vie elle avait, c'était inimaginable. Enfin voilà, c'était une époque.

Place au récit. Si j'ai voulu les descriptions très précises, et surtout exagérer dans le luxe, la richesse, le rêve, la beauté, c'est bien parce que tout (ou presque, les joueurs sauront faire le tri) disparaîtra façon Prémonitions (le film avec Nicolas Cage) au moment voulu, et que je veux que ce soit regretté :icon_twisted:

Chapitre 2

Cid Kramer regardait par le hublot de l’avion stratosphérique qui l’emmenait vers Balamb, de l’autre côté de l’équateur, le regard ancré à la silhouette de plus en plus ténue de sa femme, comme s'il voulait l'inscrire dans sa mémoire. Tant de bouleversements dans leur vie de couple sans histoires, tant de projets brusquement interrompus, et maintenant ça. Cette odieuse séparation, pour aller diriger la petite Garden de Balamb. Faute de ressources humaines sur le continent aux modestes richesses de Balamb, Edea n'avait eu d'autre solution que d'envoyer son fidèle époux assumer la fonction quasi-sacerdotale de directeur de la troisième Garden, construite sur le continent le plus pauvre de la planète. Afin de rendre le budget de la Garden plus confortable, la Fondation Kramer avait dû faire appel à un mécène Shumi du nom de Norg pour financer les travaux de construction, et il fallait un esprit parfaitement digne de confiance pour gérer les ressources de la Garden dans ces conditions. Quel autre meilleur candidat à ce poste que Cid Kramer lui-même ? Mais dieu que cette séparation était douloureuse. Cid en comprenait cependant la nécessité : l'éloignement lui procurerait suffisamment de pouvoir de décision pour se retourner contre sa propre femme si par malheur… Mais pour l'heure, ce n'était pas concevable. Edea, la douce Edea ne ferait pas de mal à un Bite Bug. Comment pourrait-elle jamais devenir une menace ? Cid ferma très fort les yeux et secoua résolument la tête.
« Nous devons nous y préparer ! Ce jour viendra. »
L'hôtesse de la compagnie privée du Duc de Centra approcha poliment :
-- Un Galbadian Green, Monsieur ?
Il accepta machinalement le verre et le vida d'un trait.

Ne distinguant plus la forme du jet, Edea remonta, le cœur lourd, dans la limousine de la Fondation qui l'emmena à Centra Garden. Les dés étaient jetés. Un jour, Cid et elle seraient ennemis. Elle scruta d'un œil distrait les paysages paradisiaques de Centra défilant au travers des vitres teintées. La nature de Centra était un luxe incomparable de couleurs chatoyantes, riches du soleil tropical du Sud, un mélange unique de senteurs rares, fraîches et vivifiantes, émanant des plantes exotiques les plus extraordinaires que l’on pouvait trouver sur cette planète. Cid et Edea avaient en leur propriété une serre abritant les plus beaux spécimens. Ils y prenaient souvent le thé en amoureux. Partout où elle allait, ces moments intimes étaient rappelés à sa mémoire. Mais ce qui la ravissait par le passé ne fit qu’approfondir le vide qui était en elle. Elle fit remonter le double vitrage opaque et détourna les yeux.
-- Un problème, Madame ? s’enquit le chauffeur.
-- Non, je vous remercie, Joseph. Elle jeta un œil à la pendule digitale sur le tableau de bord : Pourriez-vous faire plus vite, je vais être en retard au cours de mysticisme, et mes SeeDs vont s'inquiéter.
-- Bien, Madame, pas de problème.
Un long silence passa, morne, alors que la limousine prenait de la vitesse. C’était insoutenable. Edea avait l’impression d’avoir enterré Cid vivant en lui confiant ce poste. Cid aimait tant Centra que l’envoyer là-bas était pire que le jeter au dernier sous-sol de la Desert-Prison en Galbadia. Lui pardonnerait-il un jour ?
Son téléphone cellulaire retentit au fond de son sac à main, la tirant de façon providentielle de ses pensées. Elle fouilla dans l’onéreux article de maroquinerie en extirpa le petit appareil argenté, et décrocha :
-- Edea Kramer.
-- Mme Kramer, ici Sean Evrett…
-- Ne me dites pas que vous avez encore un retard à m’annoncer, Sean, dit-elle, passablement menaçante.
Sean Evrett et Dana Wellington étaient les ingénieurs en chefs du Garden-Project, et travaillaient en association avec l'architecte Elidi Sinnavagh à l'élaboration de ces formidables constructions qu'étaient les Gardens. L’ensemble des travaux étaient supervisés depuis le centre de recherches et développement sous-marin, situé quelque part dans l’océan du sud. La technologie des Gardens était unique, et n’avait été rendue possible que grâce aux étonnantes propriétés d'un cristal que l’on ne trouvait que dans le sol de Centra, et qui, une fois activé, agissait sur la gravité. A l’état brut, ce cristal ressemblait à un splendide diamant bleu, et c’est cet éclat particulier qui lui avait valu le nom d'Azurium. Outre ses propriétés gravitationnelles, la modification de la structure de l'Azurium par un procédé de fusion avec un certain pourcentage d'acier en faisait un alliage ultra-léger et d'une résistance mécanique unique, jamais éprouvée auparavant. C'était cet alliage qui était utilisé pour la construction des Gardens, et cette technologie devait rester secrète, ce qui avait justifié la création d’un centre de recherches sous-marin dissimulé sous une île, artificielle, mais plus vraie que nature.
A l’autre bout de la ligne, Sean Evrett rit :
-- Ah non, Mme Kramer. Mais cela nécessite que vous veniez au centre dès que possible.
-- Vous savez bien que j’ai un cours, Evrett. Je ne pourrai pas être là-bas avant ce soir. De quoi s’agit-il ?
-- Je ne peux pas vous le dire sur le réseau, Madame.
Qu’avait-elle fait pour employer des gens aussi scrupuleux ! Elle soupira :
-- Cela peut attendre ce soir ?
-- Si on ne peut pas faire mieux. La décision doit de tout façon être prise aujourd’hui si nous voulons respecter le calendrier.
Il savait décidément lui parler, cet ingénieur. Elle penserait à lui proposer le poste d'intermédiaire diplomatique de la Garden Society.
-- Vous parlez d'un calendrier ! Cid doit investir ses fonctions ce soir à Balamb, et la Garden n’est pas terminée !
-- En profondeur seulement. Toutes les infrastructures sont opérationnelles.
-- Bien, je serai là ce soir.
-- Je vous remercie, Madame, répondit Evrett avant de couper.
Edea composa le numéro de l’orphelinat et demanda à ce que soit apprêté son yacht pour le soir. Que pouvait-il donc lui proposer qui nécessitât son approbation personnelle ? La question occupa ses pensées de façon salutaire pendant le reste du trajet, et bientôt la limousine passa la grille du luxueux parc de Centra Garden. Elle roula alors au pas, au milieu de pelouses parfaites, d'un vert étincelant, parsemées de massifs de fleurs rares et éclatantes qui répandaient autour d’eux de merveilleuses senteurs.


Centra Garden était un modèle de luxe et de modernité en matière de campus, avec ses structures pédagogiques hors-normes, son complexe sportif aussi complet qu'un tel complexe pouvait l’être sur un campus, avec écuries, piscine olympique, terrains de tennis, de football, de base-ball et de basket. L’immense édifice pentagonal ressemblait lui-même à un palais, avec ses murs immaculés et son toit, un dôme d'Azurium pur qui transmettait dans le hall principal une lumière extraordinaire. Des pavillons annexes au bâtiment principal abritaient de confortables dortoirs, et un centre médical qui était en fait un véritable hôpital miniature. Il y avait même un héliport.

Edea descendit de la limousine et entra d’un pas pressé dans la Garden. Elle était un peu en retard. Les portes automatiques se fermèrent derrière elle, et elle dut rester un moment dans le hall pour laisser ses yeux s’accommoder à la luminosité ambiante. Elle traversa ensuite le hall pour prendre l'un des deux ascenseurs, saluant sur son passage des étudiants, SeeDs de rangs variés et novices, qui allaient et venaient en tous sens. Il y avait toujours quelque chose à faire dans les locaux de la Garden : les silencieuses salles d'études ne manquaient pas au deuxième étage, il y avait deux grands laboratoires laissés à disposition des étudiants au premier, la grande bibliothèque en bas, deux petits salons de réception où l'on pouvait recevoir des membres de sa famille, la grande cafétéria avec son jardin intérieur où l'on pouvait se détendre, un restaurant universitaire aux allures de grand restaurant quatre étoiles, l’immense salle de congrès où des séminaires étaient organisés, les salles d’entraînement et de musculation dont la fréquentation était obligatoire, le stand de tir pour les possesseurs d’armes de tir et de jet, la gigantesque salle d’apparat réservée aux grandes occasions, et par-dessus tout, le centre d’entraînement strictement réservé aux SeeDs ayant validé leur probatoire de première année. Ce centre était l’exacte réplique de la jungle de Centra, où pullulaient toutes les classes de monstres que l’on pouvait y rencontrer, excepté les terribles Dragons de Rubis, jugés trop dangereux pour être introduits dans ce qui n’était qu’un centre d’entraînement. Edea tenait à ce que ses SeeDs fussent le mieux entraînés possible, mais dans les limites de la sagesse.

Les cours de mysticisme revenaient à Edea en toute logique, car elle était la seule à posséder les connaissances nécessaires, et ce grâce à son état de Sorcière. C’était ce même état qui lui avait permis de distinguer la forme luminescente vaguement humaine qui flottait derrière l’épaule du mystérieux jeune homme qui lui était apparu ce jour mémorable. C’était la première fois qu’elle en voyait réellement un, une de ces supposées créatures de Hyne, disparu voilà plus de mille ans, disait-on. Un Esprit Sauvage. D’après ce que l’on disait des Sorcières, elles étaient les héritières de Hyne. Il était donc logique qu’Edea pût voir les Esprits Sauvages. Mais ce qui l’avait le plus intriguée, c’était comment ce jeune homme avait réussi à en domestiquer un. Edea savait qu’il lui incombait de trouver la réponse, et ce impérativement. Seuls les Esprits Sauvages possédaient des pouvoirs à même d’égaler les siens. Edea s’était donc mis en œuvre de chasser et de dresser des Esprits Sauvages, faisant de son cerveau le terrain expérimental de ce qu’elle vint à appeler Jonction. Elle put constater que l’association réussie avec des Esprits Sauvages permettait à n’importe quel être ordinaire dépourvu de pouvoir de repérer les sources de sorts, de les absorber, et d’utiliser ces sorts avec autant de facilité qu'une Sorcière. C’était pourquoi elle finit par appeler les Esprits Sauvages associés avec succès des Guardian Forces.

En ce qui la concernait, Edea possédait quatre Guardian Forces : le très indépendant Odin, qui venait quand la fantaisie lui prenait, le mortel Tonberry King, le puissant et dangereux Diablos, et Alexander, maître de la résurrection et terreur des esprits malins. Elle leur avait laissé leurs noms, pour ne pas dénaturer leurs pouvoirs. Ces quatre entités possédaient en outre des capacités intrinsèques qu’Edea pouvait exploiter pour elle-même, mais seulement après avoir vaincu un certain nombre de monstres.

Afin de se mieux connaître, et de préparer les jeunes générations à l’affronter et à affronter toutes celles de son espèce, Edea avait dû sacrifier tous les tendres projets que Cid et elle avaient en perspective. Ce fut la raison pour laquelle ils décidèrent d’un commun accord d’agrandir leur manoir pour en faire un orphelinat, créant ainsi la Fondation Kramer, qui rassemblait sous sa bannière le centre de recherches et plusieurs terrains, stratégiquement situés sur les continents de Centra, Galbadia, Balamb, Trabia et Esthar, réceptacles des Gardens présentes et futures. Mais le sacrifice le plus douloureux fut le départ de Cid. Et Edea priait quiconque gouvernait ces cieux de ne pas avoir à en consentir d’autre.

Les débuts de la Fondation n’avaient pas été aisés. Obtenir les subventions de la part du Duc Maximilian Leonhart avait nécessité une grande force de persuasion, mais cela n’avait représenté qu’une bagatelle lorsqu’il fallut convaincre les familles d’envoyer leurs enfants à la Garden pour devenir des soldats mystiques. Les campagnes de publicité pour la Garden ne rencontrèrent qu’un faible succès, d’autant que Centra possédait déjà sa propre université. Rien ne semblait jouer en faveur de la Fondation, mais la Fortune ne venait que si elle était tentée. Et elle eut le séduisant visage du fils aîné du Duc Maximilian, Anthony Leonhart. Wilfried-Anthony Leonhart. Entré à la Garden à l'âge de 17 ans, il faisait à présent partie, à 22 ans, des tout meilleurs SeeDs de toute Centra Garden : rang A, classe de combattant 100. Il avait atteint cette place deux ans à peine après sa première année, ce qui représentait un temps record étant donné l'exigence et la difficulté du cursus alliant études universitaires et entraînement militaire. Ce fut par lui que Centra Garden reçut sa première promotion de SeeDs, quatre-vingts candidats en tout, ce qui constituait un nombre ridicule face aux quatre mille que la Garden pouvait accueillir. Malgré le faible effectif et la menace du Duc de retirer son appui financier, les quatre-vingts premiers SeeDs du monde reçurent un enseignement de meilleure qualité qu’à n'importe quelle école ou université, et furent formés avec encore plus de rigueur qu’à l’armée, par une équipe pédagogique triée sur le volet et les meilleurs maîtres d’armes et d’arts martiaux de Centra. Lorsqu’enfin la petite promotion sortit sous les honneurs, la population de Centra découvrit l’utilité des SeeDs, et les promotions suivantes virent affluer des candidats en nombre croissant, à tel point qu’il fallut instaurer un probatoire pour réguler les effectifs. Et comme si un seul Leonhart ne suffisait pas, Eric-Alestar Leonhart, de quatre ans le cadet d’Anthony, posa sa candidature trois ans plus tard, et passa le probatoire avec succès dans l’année.

La réputation de Centra Garden traversa les frontières, et bientôt des candidats étrangers se présentèrent, plus nombreux chaque année. Alors fut décidée la construction d’une Garden sur chaque continent, et Edea dut former de nouveaux instructeurs en mysticisme. La première autorisation fut accordée par le gouvernement de Galbadia. puis ce fut le tour de Balamb, où l’on espérait que la Garden ferait s’accroître le PIB. Suivit enfin l’accord de Trabia. La réponse d’Esthar fut tardive, et plus que vague. Le gouvernement d’Esthar connaissait des crises internes qui ne lui permettaient pas de démarrer un tel programme, bien que des équipes de SeeDs y fussent envoyées pour prêter main forte aux autorités locales. Leur valeur avait été reconnue par le Président, qui inscrivit le projet dans ses investissements futurs. Edea ne put évidemment se satisfaire de ce qui n’était jamais qu’une intention, mais dut s’en contenter.

Actuellement, Centra Garden comptait quatre mille SeeDs de tous grades et deux mille candidats en formation. Galbadia Garden avait honorablement dépassé les deux mille cinq cents SeeDs, et Balamb venait tout juste d’ouvrir. Afin de désengorger Centra Garden, plusieurs centaines de candidats inscrits sur les listes d’attente allaient être mutés vers Balamb Garden. Trabia Garden quant à elle fonctionnait avec deux mille SeeDs. Ainsi formés, les SeeDs étaient des soldats de luxe, l’armée la mieux entraînée au monde, et une force internationale neutre. Il devint de plus en plus fréquent de faire appel aux SeeDs pour remplir les missions les plus diverses. La Garden Society fut alors statuée, et les Gardens purent vivre de leurs SeeDs, sans dépendre d’apports financiers extérieurs.

Edea débarqua sur l’île artificielle, et s’enfonça vers le centre, au milieu d’une palmeraie artificielle. Elle trouva l’entrée d'une grotte, tout aussi artificielle, et y pénétra. Un peu plus loin vers le fond, un escalier en colimaçon descendait vers ce qui semblait être les profondeurs de l’île. En réalité, il conduisait vers une immense structure sous-marine, dont la partie visible était cette île.

Le centre était vaste, et s’étageait sur deux niveaux. Au niveau du dessus étaient les locaux habitables. Il y avait en particulier un charmant petit salon avec une immense baie vitrée qui permettait d’admirer le spectacle étonnant des profondeurs sous-marines. Edea aimait s’y asseoir pour y boire un thé lors de sa visite à chaque nouvel an. Plus bas était le centre de recherches proprement dit, équipé des ordinateurs et instruments de calcul les plus sophistiqués, d’où était supervisée la construction des Gardens. Le centre était en liaison permanente avec la direction des chantiers et le département de gestion des ressources de Centra qui gérait le convoyage de l'Azurium. Tout était coordonné depuis cet endroit, et une dizaine d’agents de communication se relayaient jour et nuit pour assurer la logistique. Tout le reste du personnel était composé d’équipes d’ingénieurs et de techniciens. Les effectifs étant réduits au minimum par rapport aux chantiers colossaux qu’étaient les Gardens, il y avait toujours une surcharge de travail qui obligeait à travailler de nuit, mais la Fondation payait ses employés de façon royale.

Edea traversa les plate-formes de travail, en saluant les employés au passage, et se rendit dans le bureau des chefs de projet. On l’y attendait déjà, avec de grandes planches de dessin industriel étalées sur un large plan de travail. Elle serra la main d'Elidi Sinnavagh, Sean Evrett et Dana Wellington, puis entra dans le vif du sujet sans autre forme de cérémonie.
-- Alors, qu’y a-t-il de si pressé ?
-- Nous voulions vous soumettre une idée qui nous est venue, dit Elidi. Je ne vous cache pas que j’ai dû mettre les bouchées doubles pour produire ces plans en temps et en heure pour vous les soumettre.
-- Mais la Fondation vous paie pour ça, mon cher Sinnavagh, rétorqua-t-elle. Eh bien, de quoi s’agit-il ?
-- D’un moteur.
Elle éleva un sourcil, et sa voix se durcit :
-- Un moteur ? Et vous m’avez convoquée de Centra pour ça ?
Sans se laisser intimider, l'architecte poursuivit :
-- Je vais vous expliquer. D’après nos études financières, il semblerait que la Fondation ne pourra pas supporter plus de cinq Gardens.
Elle dut admettre qu’il avait raison, même si cela ne fit pas plaisir à entendre.
-- Etant donné le nombre limité de Gardens et l’étendue des territoires à défendre, nous avons pensé que la possibilité d’amener les Gardens sur les lieux pourrait se révéler intéressante. L’Azurium nous le permet, alors pourquoi ne pas en profiter ?
Edea ne mit pas longtemps à se décider :
-- Adopté. Vous avez bien fait de me faire venir. Centra Garden exploite déjà certaines propriétés de l’Azurium, mais elle n’est pas mobile. Si cela est possible, pourquoi ne pas apporter d’améliorations pour les Gardens suivantes ? Rien ne sera de trop pour les SeeDs.
-- Pardonnez mon indiscrétion, mais que redoutez-vous tant ?
Le regard d’Edea se perdit dans la lointain. Elle ne parvenait pas à se rappeler exactement. Il y avait juste une magnifique paire d’yeux bleus à la tristesse déchirante, ainsi que ses sens si aiguisés qu’ils pourfendaient tout son être. Une certitude subsistait :
-- Je porte en moi de quoi semer le chaos sur cette planète. Les SeeDs seront là pour endiguer et combattre la catastrophe.
Les trois scientifiques échangèrent un regard perplexe mais n’en dirent pas plus. Edea ne les fit pas s’attarder plus longtemps :
-- Très bien, alors expliquez-moi comment les Gardens vont fonctionner. Je dois avouer que tous ces diagrammes me plongent un peu dans la confusion.

Ainsi fut fait : Galbadia et Trabia Garden pourraient voler à moyenne altitude, et Balamb Garden pourrait se déplacer sur les flots et survoler la terre à basse altitude. Le secret fut communiqué aux directeurs des trois Gardens par lettre scellée et acheminée par porteur privé. Un double de tous les plans fut envoyé à un correspondant d’Elidi Sinnavagh résidant à Fisherman’s Horizon.
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Merisel Faradhreia

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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Dim 10 Juil - 23:02

Place à l'action. Dans ce qui suit, j'ai passé un peu de temps à donner mon interprétation du coeur du gameplay de FF8 : le système de Junction avec les Guardian Forces, qui donne toute leur puissance aux personnages. Pour donner un repère aux DAoCiens, les GF fonctionnent un peu comme les artefacts : vous les capturez, vous les associez et vous les faites XP en même temps que vos persos. Et peu à eu elles vont développer des capacités qui peuvent être associées aux compétences de combat et de magie des persos. La Jonction consiste à associer un sort à la défense ou à l'attaque. Par exemple, si la GF me permet une Elemental Junction, je peux associer mon attaque à un sort de feu, Firaga (sort de feu 3ème niveau, le plus haut). Si je monte l'association à 25%, 25% des dommages que j'infligerai seront convertis en sort Firaga ; si je monte l'association à 100%, tous mes points de dommages seront purement Firaga et feront beaucoup plus de mal à une créature de l'eau, mais seront absorbés par une créature du feu, qui regagnera cette part de dommages en points de vie. C'est un risque à courir quand on sait qu'on peut rencontrer n'importe quoi dans certaines zones. A l'inverse, l'association Defense-Junction permet d'absorber les dégats élémentaux ou magiques en points de vie. J'ai Rigolé (mais vraiment), face à Bahamut, l'un des gros boss de fin. J'avais associé pour tous mes personnages Firaga, Thundaga et Flare je crois, sur les défenses élémentales et magiques. Eh ben le pauvre Bahamut, il pouvait Darkflare autant qu'il voulait, tous les points de dommages du sort Darkflare étaient convertis en PdV pour tous mes persos. En gros, 4352 points de dommages dans le vent à chaque souffle ! Je m'en souviens encore comme si c'était hier, tellement j'étais éberluée, moi qui croyais que j'allais passer un sale quart d'heure face à Bahamut, et puis j'ai vu les 4352 points s'envoler en VERT au-dessus de la tête de mes persos O_o. On pouvait échanger les G-Forces associées entre personnages, échanger les sorts pour refaire les jonctions quand il fallait changer d'équipe. J'ai vraiment adoré le système de jonction de FF8, toute la stratégie du jeu reposait sur le choix des Jonctions, qui sont multiples, à associer avec l'usage des potions et des G-Forces en combat. Bon ok, il fallait passer beaucoup de temps à naviguer dans les tabloids gris, avec les puit-puit-kling en guise de musique de fond, mais après c'était un pur bonheur. Voilà qui devrait vous aider à comprendre le contenu de ce qui va suivre. Premier chapitre intéressant, qui présente mon futur Paladin de DAoC. On rentre en plein dans la fanfic, avec un registre de vocabulaire disons... Très différent de celui employé pour celle de DAoC. Enjoy !

Chapitre 3

Edea clôtura le cours de mysticisme en tapant deux fois des mains. Les jeunes étudiants en transe se réveillèrent, incrédules.
« C’est déjà fini ? » dit l’un d’eux.
« Vous êtes restés une demi-heure dans cet état », fit-elle remarquer.
« Une demi-heure ! » s’exclama-t-il. « J’ai l’impression de n’y avoir été que pendant trente secondes ! »
C’était bon signe. Lorsque l’on ne sentait plus le temps passer durant la méditation, c’était que l’esprit commençait à s’ouvrir, et qu’il devenait possible de distinguer les Esprits Sauvages.
« Vous pouvez vous lever, le cours est terminé », déclara Edea. « La prochaine fois, on essaiera de ressentir les ondes élémentaires qui circulent dans notre environnement. Restez, Daniel, j’ai à vous parler. »
Les candidats en année de probatoire se levèrent de leur tapis de sol et s’étirèrent avant de quitter la salle de méditation.
« Qu’y a-t-il, Professeur Kramer ? J’ai été distrait pendant ma méditation ? »
Afin de dissiper le doute qui commençait à décomposer son visage, elle posa une main rassurante sur son bras :
« Au contraire, Daniel. Que diriez-vous d’aller chasser votre premier Esprit Sauvage ? Il y a un groupe qui doit partir la semaine prochaine traquer les Esprits de Feu. »
« Je vais avoir une Guardian Force ? »
Le jeune garçon n’en croyait pas ses oreilles. Sa première Guardian Force…
« C’est exact. Après cela, vous serez transféré vers la classe de Jonction. »
Son sourire retrouvé et plus encore, les yeux pétillants et le cœur gonflé d'excitation, Daniel lui prit la main entre les siennes et la serra avec effusion :
« Oh merci, Professeur Kramer, vous ne pouvez pas savoir comme je suis content. Ma première G-Force… Je n’arrive pas à y croire… »
« Allez donc fêter cela dignement, et préparez-vous pour la semaine prochaine. Si vous échouez ce coup-ci, il vous faudra attendre trois semaines le temps qu’un autre groupe de chasse s’organise. »
« Oh il est hors de question que j’attende un mois ! opposa-t-il avec enthousiasme. Vos cours sont géniaux, Professeur Kramer, je vous adore ! »
Là-dessus, il quitta la salle de méditation en poussant un grand « Woo-hoo ! » qui résonna dans tous le couloir. Edea resta seule un moment, secoua la tête en souriant, et se dit que ce jeune candidat avait des chances de présenter une bonne compatibilité de base avec le feu.

Il est vrai qu’une Jonction était ce qu’il y avait de plus heureux à vivre lorsque l’on était SeeD. Sentir la Guardian Force s’ébattre dans ce coin particulier du cerveau, sentir sur soi son intelligence aux brillantes couleurs procurait un bonheur sans équivalent. Edea adorait ses Guardian Forces, et elles le lui rendaient bien. Le seul écueil dans cette relation quasi-idyllique était qu’il fallait continuellement pratiquer la Jonction afin qu’elle conserve sa qualité. C’était tout le problème de la compatibilité avec les Guardian Forces : elle n’était jamais acquise. Il fallait l’entretenir en permanence. Cela expliquait pourquoi il était conseillé de ne pas trop se partager entre ses Guardian Forces lorsque l’on en avait plusieurs en Jonction : solliciter l’aide de trop de Guardian Forces à la fois nuisait à la qualité du lien. Les SeeDs expérimentés se reconnaissaient à leur habitude de ne jamais faire appel à plus de deux Guardian Forces dans leur pratique, et ils n’exploitaient les autres que pour leur capacités intrinsèques.

Mais les SeeDs expérimentés se reconnaissaient surtout à leur regard trop mûr, ombragé de mélancolie. C’était la malédiction des Gardens, Edea le savait, elle s’en voulait pour cela, mais il était trop tard pour rebrousser chemin. De part la qualité exceptionnelle de leur formation, les SeeDs étaient massivement engagés dans toutes sortes de contrats, lorsque les clients exigeaient une totale discrétion et la garantie d’un résultat. Grâce à la conscience professionnelle d’Evan Cornwall, Edea avait eu connaissance de plusieurs demandes qui allaient bien au-delà de ce que l’on pouvait imaginer exiger d’un SeeD, et la jeunesse des recrues ne permettait pas d’y accéder sans un entraînement psychologique particulièrement soigné. Mais la Garden Society était une institution qui valait son pesant de Gils, et ces missions étaient indispensables à sa subsistance financière. Il fallut donc adapter la formation des SeeDs pour les préparer à ce genre de situations, mais malgré cela, toutes ces missions laissaient des séquelles souvent indélébiles. Nombre de SeeDs, trop fragiles, craquaient, malgré le soutien psychologique et démissionnaient définitivement de l’organisation. En recrutant les SeeDs autour de seize ans, Edea volait d’office leur jeunesse, et jamais elle ne se le pardonnerait. Mais seuls les SeeDs, forts de leur entraînement adapté, pouvaient défier une Sorcière. Aucune académie militaire ne possédait les moyens des Gardens, et encore moins les connaissances transmises par Edea elle-même.

Edea sortit en soupirant. Elle descendit l’un des cinq escaliers mécaniques qui menaient vers le hall pour aller se désaltérer à la cafétéria, lorsqu’un vacarme inhabituel retentit soudain dans le hall. Cela venait de l’entrée du centre d’entraînement. Fronçant les sourcils, elle hâta le pas et s’y rendit. Elle trouva un attroupement agité de candidats et de SeeDs. En se frayant un passage au milieu de cette petite foule, elle vit l’objet de leur curiosité. Deux SeeDs étaient au bord de la bagarre, alors qu’une troisième gémissait, à demi-inconsciente dans les bras d’un quatrième. La vue de la jeune fille laissa Edea horrifiée. Apparemment, elle avait été victime d’un jet de poison de plein fouet, à en juger par les cloques, brûlures et pustules qui recouvraient sa peau là où elle n’était pas couverte par ses vêtements. Le visage était un désastre. Des deux SeeDs qui se défiaient, Edea en reconnut un. Anthony Leonhart. Deux agents de sécurité le maintenaient tant bien que mal par les bras pour l’empêcher de fondre sur l’autre, mais il se débattait comme un beau diable, et menaçait de se libérer. Jugeant qu’elle ne pouvait rien faire de plus de ce côté, Edea se précipita, réprimant avec peine un haut-le-cœur, sur la jeune fille défigurée, qui n’était soutenue par personne d’autre que le jeune frère d’Anthony, Alestar Leonhart. Alestar arrosait littéralement le visage de fioles d’antidote les unes après les autres, sans économie. Edea s’agenouilla près de lui :
« Depuis combien de temps? » s’enquit-elle.
« Trop longtemps, à mon avis. Mais j’ai cru comprendre qu’elle était trop près de l’Anacondaur quand c’est arrivé. »
« Elle était avec Anthony ? » s'étonna Edea.
Anthony Leonhart n’était pas réputé pour ainsi laisser esquinter ses équipiers.
« Oui, et avec Brian. D’après ce que j’ai compris, c’est de la faute de Brian. » Il perdit patience, presque désespéré. « Bon sang, ces antidotes n’ont quasiment pas d’effet. Tiens bon, Alicia. On va te tirer de là. »
« Laissez-moi essayer », dit Edea.
Elle posa les mains sur ce qui restait du visage de la jeune fille, et invoqua la capacité Revive d’Alexander. Un halo blanc émana de ses mains, et on entendit des sifflements, comme si le poison s’évaporait. Le jeune fille hurla à se déchirer la voix, dilacérée par la souffrance. Alestar la serra plus fort contre lui et lui murmura des paroles réconfortantes.
« Ca a l’air de fonctionner », dit Edea. « Emmenez-la vite au centre médical et dites-leur de la laisser dans l’obscurité la plus complète pendant au moins trois semaines. »
« Tout de suite, Professeur Kramer. Vous êtes formidable. »
Il ôta sa veste d’uniforme, en couvrit la tête de la jeune fille et la transporta vers le centre médical, tout près. Edea les suivit des yeux avec inquiétude : cette pauvre petite resterait traumatisée pour le restant de ses jours. Elle se leva et put tourner son attention vers les deux autres SeeDs. Anthony avait pu se libérer, et rossait véritablement Brian à coups de Gunblade en le traitant de tous les noms.
« Salaud ! Espèce d’enfoiré de fils de p*** ! Je vais t’apprendre à rouler des mécaniques ! Tu vas voir ! »
Brian se protégeait du mieux qu’il le pouvait de ces coups précis qui ne pardonnaient pas.
« P*** Anthony, arrête ! Elle s'est mise devant, elle l'a pris en pleine figure, et je n’y pouvais rien, j'étais en pleine incantation ! »
Pâle de rage, Anthony suspendit son geste, Gunblade levée prête à s’abattre.
« Tu n'y pouvais rien ? Tu oses me dire que tu n'y pouvais rien ?? »
Frappé d’incrédulité par ce qu’il venait d’entendre, il en jeta sa Gunblade et se rua à mains nues sur Brian. Il le saisit par le col, le souleva à hauteur de ses yeux et le secoua sans merci :
« Tu iras cracher tes insanités bureaucratiques à d’autres, mais pas à moi. Tu m’écœures ! »
Il le jeta contre le mur le plus proche, sous les exclamations stupéfaites des témoins. Se concentrant rapidement, il se prépara à jeter un sort dévastateur sur le SeeD, qui ne put que regarder avec des yeux horrifiés. Edea fut plus rapide, et lança un « Stop » à Anthony.
« Cela suffit ! » dit-elle sèchement. « Il y a d’autres façons de gaspiller des Ultimas. Rengainez ce sort, Anthony. »
Le sort « Stop » n’affectait que la motricité, et laissait toutes les autres fonctions intactes. Figé dans sa position de préparation, Anthony s’exécuta avec aisance, si ce n’était avec mauvaise grâce… Edea s’approcha de lui :
« Je vais vous désenvoûter, mais vous devez me promettre de ne rien tenter contre Brian. »
La flamme hargneuse quitta les beaux yeux bleus. Edea annula le sort. Anthony put se redresser normalement, et il épousseta son uniforme. Il alla ramasser sa Gunblade, tout en jetant un regard chargé de mépris à Brian :
« C’est vrai qu’un Ultima sur toi n’aurait été qu’un pitoyable gâchis. »
« Silence, Anthony ! » coupa Edea avec autorité. « Vous comparaîtrez tous deux devant le comité de discipline demain à la première heure. Sécurité ! Escortez ces messieurs vers leurs quartiers, et qu’ils y restent confinés jusqu’à demain. »
Avec soulagement, les gardes purent achever leur travail. Anthony salua et se laissa reconduire avec grâce, la tête haute, alors que l’on dût littéralement ramasser Brian. Edea dispersa les étudiants :
« L’incident est clos ! Retournez à vos occupations. Allez ! »
Edea dut remonter vers la salle de méditation. Cet incident lui avait coûté tout son temps de pause.


Flanqué de deux membres de la sécurité, Anthony attendait son tour pour donner sa version des faits au comité de discipline. C’était sa première comparution devant cette instance, et il avait passé le restant de la journée précédente à préparer sa déposition ; même lorsque l'on n'avait rien à se reprocher, comparaître devant un jury disciplinaire n'était jamais une épreuve légère, et le rapport figurait dans le dossier universitaire, avec les points de pénalité sur la notre globale qui allaient avec. S'il savait avec certitude qu’il s’en tirerait avec un blâme pour coups et blessures, le fait de revenir au calme sur les événements lui avait montré ses propres failles et erreurs de jugement. Tout cela serait passé au peigne fin, évalué et jugé, et compterait dans le verdict final. S'il y avait une seule occasion où fallait être intransigeant avec soi-même, c'était bien celle-ci, et Anthony n'avait pas de raison d'être satisfait de son propre comportement, pour diverses raisons qui virent le jour tout au long de son analyse seul dans sa chambre. Aussi entra-t-il avec le sentiment d'être aussi coupable que Brian, dont il croisa la mine abattue et rembrunie, alors que tous deux se croisaient dans le petit vestibule qui servait d’antichambre au parloir arrangé pour la circonstance en tribunal. Le Directeur Cornwall présidait l’audience, assisté d’Edea elle-même, du chef de la sécurité, de l’intendant du centre d’entraînement, et du médecin en chef du centre médical.
« Vos noms, rang de SeeD, classe de combattant et année universitaire », demanda Cornwall.
« Wilfried-Anthony Leonhart, SeeD de rang A, classe de combattant 100, deuxième année d’études Senior. »
« Veuillez prendre place. »
Anthony alla s’asseoir sur la chaise face aux membre du comité.
« Nous vous avons convoqué ce matin pour entendre votre témoignage sur l’incident qui s’est produit au centre d’entraînement hier à 11h37. Nous comptons sur votre sincérité. Aviez-vous déjà travaillé avec les SeeDs Partridge et Almasy ? »
« J’ai été une fois en mission avec Alicia Partridge, et c’était la première fois que je travaillais avec Brian Almasy. Cette session d’entraînement avant de partir en mission me paraissait une bonne chose pour régler nos comportements les uns par rapport aux autres. »
« Quand était prévue votre prochaine mission ? »
« Dans trois semaines. Je crois que vous allez devoir assigner une autre équipe. »
« Vous n’êtes pas là pour émettre un quelconque avis », dit Evan. « Veuillez procéder avec les faits. Connaissiez-vous les attributs de vos équipiers ? »
« Oui, Monsieur. Alicia est une SeeD de rang 27, classe 88, et Brian est un SeeD de rang 12, classe 93. »
« Nous savons que vous vous livrez à des mesures d’évaluation… personnalisées auprès de vos équipiers. De quelle nature sont-elles ? »
L’espace d’un instant désarçonna légèrement Anthony : comment en avaient-ils entendu parler ? Qui avait vendu la mèche ? Il se sentit légèrement vexé.
« Eh bien », commença-t-il en soupirant d’un air résigné, « j’examine toujours les Jonctions de mes équipiers avant d’entamer une session. Cela me permet de connaître leurs forces et leurs faiblesses et de me prendre les mesures nécessaires pour ne pas les exposer. »
« Expliquez-vous »
« Mon souci premier est d'avoir des équipiers équitablement protégés avec des Jonctions les mieux réparties possible. Si c'est nécessaire, je partage ou je donne mes sorts pour que mes équipiers puissent bénéficier d’une Jonction adéquate, même partielle. Dans les cas de très fort déséquilibre, je donne tout bonnement mes Jonctions et j’en établis d’autres pour moi-même. »
« Vous est-il arrivé d'annuler une session pour des raisons de sécurité ? »
« Oui, Monsieur. »
« Et pas celle-ci. »
« Non, Monsieur. »
« Pour quelle raison ? »
« Les monstres du centre d'entraînement sont à la portée de tous les SeeDs de la classe d'Alice et de Brian. Le but était d'apprendre à régler nos comportements les uns par rapport aux autres, et j'avais choisi une section du centre où il n'y avait que des monstres de classe 2 et 3, afin de garantir un niveau de difficulté à notre portée, mais suffisamment peu élevé pour nous permettre de rester concentrés sur le rodage de notre équipe. »
« Ce qui nous amène à notre accident », conclut Evan. « Vous n’avez pas de résistance au poison ? »
« Délibérément, Monsieur. Je jouis de la capacité Treatment. Et il est vrai que je n’ai pas eu le temps de la pratiquer sur Alicia lorsque c’est arrivé. Brian, lui, est totalement résistant au poison. Mais il n’a pas tenu à partager ses Jonctions avec Alicia. Je le lui avais pourtant demandé. »
« Expliquez-nous comment Alicia Partridge s’est trouvée si près de l’Anacondaur alors qu’elle n’était pas résistante au poison. »
Il fronça les sourcils, cherchant à rassembler des souvenirs confus :
« Je ne me souviens pas exactement. Ce dont je suis certain, c’est d’avoir été éjecté assez loin par un coup de tête. Je suis resté étourdi au sol. Nous venions de terrasser un T-Rexaur qui n'avait rien à faire dans cette partie du centre, et nous n’avions pas eu le temps de nous refaire une santé. Cette chose est arrivée sur nous et nous a surpris. Le temps de reprendre mes esprits, j’ai pu voir Alicia soutirer un Curaga à l’animal pour elle-même. Pour faire ce genre d’opération, il faut être assez près, sinon le sort se dissipe. Brian, quant à lui, préparait une Limit Break. J’ai vu l’Anacondaur se dresser pour cracher son venin. La seule façon de neutraliser un Anacondaur dans cette position, c’est de lui donner un coup sur les commissures. J’étais trop loin, je ne pouvais rien faire, pas même lancer un sort, j'étais hors de portée. Alicia était immobilisée à cause de son Curaga. Restait Brian, qui pouvait rompre sa préparation comme il l’entendait et agir. J’ai crié dans sa direction, je lui ai dit de le faire, mais il a été jusqu’au bout de sa Limit Break. Et il était trop tard. » Il secoua la tête avec impuissance. « Il aurait pu la sauver s’il m’avait écouté. Il a peut-être estimé qu’il finirait sa préparation à temps, mais dans son état, emmagasiner une telle somme d’énergie prend plus de temps que s’il était en forme et galvaudé par un sort d’Aura. »
« Et que s’est-il passé ensuite ? » demanda Edea.
« Je me suis précipité sur elle, j’ai usé de mon pouvoir Treatment, mais les dommages corporels infligés étaient trop profonds. Alors je l’ai portée dehors en appelant à l’aide. J’ai été retardé par plusieurs monstres, mais finalement je suis sorti, et c’est là que j’ai trouvé mon frère qui transportait un stock de potions. Brian est arrivé, et il m’a demandé pourquoi je n’avais rien fait. Je crois que c’est à ce moment que je me suis vraiment mis en colère. Voir cette fille complètement défigurée alors qu’on aurait pu si facilement l’empêcher, c’était plus fort que moi. »
« Au point de lâcher un Ultima ? » questionna Edea.
Anthony toussota :
« Oui, c’est démesuré, mais je crois que sur l’instant je n’ai pas hésité. C’est un membre de mon équipe qui a été blessé, pas n’importe qui. Si Brian m’avait écouté, ce drame ne serait pas survenu. »
« Merci, M. Leonhart, ce sera tout », dit Evan Cornwall. « Vous pouvez disposer. Nous vous rendrons compte de notre verdict dans les plus brefs délais. Veuillez ne pas quitter les environs. »
« Me permettriez-vous de faire une déclaration, Monsieur le Directeur ? »
« A quel propos, M. Leonhart ? »
« C’est à propos des monstres du centre d’entraînement. »
Anthony remarqua l’expression subitement troublée d’Edea.
« Allez-y », fit Cornwall en dirigeant un regard interrogateur vers l’intendant.
« J’ai une bonne expérience des monstres, Sir, et depuis quelque temps, je trouve qu’ils sont devenus plus forts. Jamais auparavant je n’ai été assommé de cette façon par un Anacondaur. Je ne parle pas du T-Rexaur, car tout ce qu’il peut infliger est de toute façon très dommageable, même si j’ai tout de même perçu une différence par rapport à avant. Là où j’ai pu constater une nette augmentation de la dangerosité, c’est chez les monstres de classes 3 et 4. Il y a peut-être un problème avec leur apport en Chocobos. Trop de Chocobos les rend fous. »
« Mais je n’ai pas augmenté leur ration en Chocobos d’un poussin ! » se défendit l’intendant.
« Et je me permets d'insister sur le fait que le T-Rexaur que nous avons rencontré n'avait rien à faire dans cette section du centre. »
« Merci, M. Leonhart, nous examinerons cette question. Veuillez nous laisser délibérer. »
Anthony se leva et salua avant de sortir du parloir. Il repassa dans l’antichambre où il retrouva Brian, qui attendait, lui aussi, les délibérations. Il préféra aller s’asseoir à l’écart, à distance du SeeD.

Ainsi qu’il l’avait prévu, Anthony reçut un blâme pour coups et blessures, une centaine de points de pénalités sur la notre globale, mais ce à quoi il ne s’était pas attendu, ce fut le scellement de ses réserves d’Ultima, de sorte qu’il ne pût s’en servir dans l’enceinte de la Garden, et sa dégradation du rang A vers le rang 29 pour faute de commandement. Brian, quant à lui, fut dégradé de trois rangs pour insubordination à un supérieur hiérarchique et pour avoir mis la vie d’un coéquipier en danger par défaut de jugement. Il ne pardonna jamais cette disgrâce à Anthony.


Une épaisse brume se levait du sol meuble, dans l’air moite de la forêt tropicale de Centra. A l’affût du moindre bruit, Anthony progressait aussi silencieusement qu’un Torama en chasse, Gunblade amorcée. Cette chasse au Dragon de Rubis avait tourné au cauchemar. Attaqués par des membres de la tribu des Blitz, ils avaient dû se séparer pour brouiller les pistes. Il l’avait entendue hurler, puis un pesant silence était à nouveau descendu sur la jungle nocturne. Et à présent, il la cherchait, avançant prudemment dans la direction du cri. Une odeur d’herbe calcinée emplit ses narines, trace d’une récente bataille à coups de Firagas et de Thundagas. Les Blitz l’avaient poursuivie et en avaient fait leur proie. Anthony jura et précipita le pas, sans plus se soucier de rester à l’écart des prédateurs en quête de gibier.

Des cadavres de Blitz jonchaient le tapis de feuilles et d’herbes desséchées par une chaleur intense. Elle s’était bien défendue.
-- Alicia ? appela-t-il en cherchant tout autour de lui.
Il enjamba les corps avec précaution, en retourna quelques-uns. Cette odeur de brûlé devenait insoutenable, comme s’il ne respirait plus que de la cendre. Quel silence. Même ses pas ne produisaient aucun son.

Et pour cause.

Dans un cri horrifié, il se vit lentement engloutir dans un océan d’obscurité sans fin, inexorablement attiré vers une profondeur sans fond. Pas de son, pas de vie, pas d’air. « Où est-ce que j'ai échoué ? » Il s’était enfoncé jusqu’aux hanches.
-- Alicia ! appela-t-il.
Un vent se leva, lugubre gémissement comme autant de voix macabres, monotones, déformées. Des silhouettes se soulevèrent de l’indescriptible substance noire, et avancèrent vers lui, titubantes mais sûres. Une voix se distingua dans le chœur informe.
-- Anthony, comment as-tu pu ?
-- Alicia ? Comment…
-- Comment as-tu pu, Anthony ? répéta-t-elle. Sa voix était inhabitée de toute émotion.
-- Comment cela, Alicia ? Qu’ai-je fait ?
Les formes l’encerclèrent et tentèrent de le noyer. Il se débattit pour rester à flot, cherchant des yeux la jeune fille.
-- Tu vas payer, Anthony !
-- Alicia, où es-tu ? Je t’en prie, montre-toi !
Il fut saisi par les membres et figé là, comme enchaîné. « Mais qu’est-ce qui m’arrive ? Quelle est cette folie ? »
Des pas résonnèrent dans sa direction.
-- Alicia, vas-tu m’expliquer, à la fin ?
-- Tu ne comprends toujours pas ? siffla-t-elle férocement.
Cela ne ressemblait en rien à la jeune fille. « C’est un cauchemar. Je vais me réveiller. Je VEUX me réveiller ! »
Anthony laissa échapper un deuxième cri d’horreur en voyant le visage à moitié arraché d'Alicia soudain contre le sien.
-- Tout ça c’est de ta faute ! rugit-elle. Tu m’as laissée en arriver là. Tu m’as laissé tomber ! Tu as trahi ma confiance, Team Leader !
Il eut l’impression qu’une flamme lui léchait impitoyablement le visage, raclant et dévorant sa chair de sa langue embrasée, tant et si bien qu’il ne fut plus sûr de ne pas hurler. Au travers de ses souffrances, il entendit la voix le marteler sans merci.
-- Je dois te détruire avant que tu n’en mettes d’autres en danger ! Je dois te détruire ! Meurs, Leonhart !"
Les créatures noir de nuit fondirent sur lui.

Anthony se redressa dans un grand cri, pantelant, trempé de sueur. Il regarda autour de lui, incrédule, l’ambiance nocturne de sa chambre de dortoir. Tout était calme. « Oh mon dieu ! » Il avait fait un cauchemar. Un cauchemar de dément. Mais cela n’avait jamais été qu’un cauchemar. Il avait pourtant cru cela si réel, suppliant lui-même de se réveiller.

Trois heures et demi du matin. Dans un gémissement, il laissa tomber sa tête entre ses mains, recevant de plein fouet le message de son cauchemar. Il était le véritable responsable de cet accident, et non pas Brian. Il n’avait pas été capable d’anticiper l’Anacondaur, et Alicia avait pâti de son incompétence. Alicia, défigurée à vie par sa faute. Et elle ne serait certainement pas la seule.

Oh non. Car il allait y remédier tout de suite. Il sauta à bas de son lit, mû par une vague d’urgence qui lui retournait les entrailles. Pour commencer, le Club. Il s’assit à son ordinateur personnel, comme il y en avait dans chaque chambre des dortoirs, et se connecta sur l’intranet de la Garden. Il ouvrit son mailing. Dans ce dossier, il y avait un fichier fermé par une clé d’accès, qui contenait les noms de tous les Rubis Incandescents. Il sélectionna toute la liste, et envoya un mail général : « Les parrainages sont suspendus jusqu'à nouvel ordre. Pas de question. Merci. »

Un simple Anacondaur… Et si cela avait été un Dragon de Rubis ? N’ayant plus le cœur à terminer sa nuit, il s’habilla et sortit pour se rendre au centre d’entraînement, armé de sa seule Gunblade. « Tout est de ma faute. Par l’Enfer ! Et j’ai laissé Brian... »
-- Par l'Enfer !! hurla-t-il.
En proie à une furie trop longtemps contenue, il asséna coup après coup. Un grand Mantis tomba, démembré. Un Torama roula sur le sol, décapité. Des Jelleyes éclatèrent, fendus en deux. Anthony s’enfonça plus avant, frappant aveuglément.
-- Où est cet Anacondaur ? Viens à moi, scélérat !
Il pourfendit encore quelques Jelleyes, pour soudain se retrouver face à une énorme tête rouge-brun armée de crocs aiguisés comme des poignards qui le regardait fixement de ses yeux bleus sans expression. L’adrénaline afflua dans son sang déjà échauffé.
-- Un T-Rexaur ? Hah ! Pourquoi pas ? Plus gros est le calibre, et mieux c’est. Approche !
Il prépara sa garde et bondit vers la tête, cherchant à toucher les yeux. Il ne parvint qu’à taillader la paupière, plongeant le monstre déjà féroce dans une furie vengeresse, plus meurtrière encore.
-- C’est ça, viens me chercher si tu l’oses !
Il esquiva avec adresse et technique le terrible coup de queue, plus lucide que jamais dans sa frénésie, et frappa le monstre au flanc.
-- C’est tout ce que tu as à me proposer ?
Virevoltant sur lui-même, se déplaçant d'un pas vif autour du T-Rexaur afin de ne pas lui laisser un seul instant pour charger, il gratifia le monstre de plusieurs profondes entailles dans les flancs. Cette manœuvre consistait à dérouter l’animal, lui faisant croire qu’il avait affaire à plusieurs assaillants.
-- Viens me chercher ! cria Anthony, semblant perdre patience. Ne me dis pas que tu as peur !
Comme s’il relevait l’insulte, le T-Rexaur marcha lourdement vers lui et attaqua à coups de dents. Anthony para, contra, esquiva, laissant parfois un miraculeux cheveu entre lui et la terrible gueule meurtrière. Son instinct guerrier excité au paroxysme oblitérait toute notion de danger, et le poussait à prendre des risques aux frontières de la raison. Mais l’attrait du danger avait quelque chose d’exaltant, et Anthony se surprit à tenter le T-Rexaur juste pour le plaisir de mener un féroce combat.

Il fut violemment percuté à la tempe, et chancela en arrière, sans toutefois perdre l’équilibre, mais dut lutter pour rester alerte, étourdi qu’il était par l’impact. Serrant les dents, brusquement saisi par une vague de fureur, à l’instar d’un fauve, il rééquilibra sa Gunblade et asséna un coup d’une force telle, qu’il brisa la mâchoire du T-Rexaur. Privé de l’une de ses deux armes les plus efficaces, le T-Rexaur n’eut d’autre ressort que de riposter d’un vigoureux coup de queue. Avec une suprême aisance, Anthony l’évita, roula sous le ventre du monstre et plongea la Gunblade dans les profondeurs de l’immense abdomen.

« C’est le moment d’en finir. Toutes les bonnes choses ont une fin. » Maintenant la crosse à deux mains, il traça une longue découpe, tranchant nombre de viscères sur son passage. Il dut détourner la tête pour ne pas recevoir la véritable douche de sang en plein visage. La bête était résistante, et ce coup, bien que dévastateur, ne suffit pas à la terrasser. Rapide et félin, Anthony se dégagea avant que les terribles griffes ne vinssent l’atteindre.
-- Quoi, tu en veux encore !
Avec une relative facilité, il se mit hors d’atteinte du coup de patte antérieure. La perte de sang avait affaibli le T-Rexaur. Ce n’était qu’une question de visée. Anthony fondit de nouveau vers le dinosaure, lame en avant, et porta un coup droit au cœur. Il appuya sur la gâchette et envoya une charge qui le fit exploser. Le T-Rexaur bascula vers l’arrière et s’abattit massivement sur le flanc, baigné dans son propre sang. « Trop facile », se dit Anthony. « Celui-là devait être un jeune ». Malgré tout, ce combat avait consommé la fureur qui l’avait amené ici, et Anthony se sentait un peu plus serein. Mais toujours pas en paix avec lui-même.

Il se remit lentement en marche vers les profondeurs du centre d’entraînement, à la recherche de l’Anacondaur, lorsqu’un brusque picotement sur la nuque lui signala une présence dans son dos. La lame de nouveau prête, il pivota vivement, et vit son frère, nonchalamment adossé à un yucca géant. Il se détendit et abaissa la Gunblade.
-- Ca fait longtemps que tu es là ? demanda-t-il en essuyant la lame là où il le pouvait. Il était littéralement couvert de sang.
Alestar s’approcha, lui prit la Gunblade des mains, l’essuya sur son propre pantalon, et la lui rendit.
-- Assez pour comprendre que cet accident t’affecte plus que tu ne voudrais le montrer.
-- Et toi aussi, je suppose, pour être debout à cette heure.
-- Mes motifs me regardent. Il s’accroupit près de la tête du monstre et observa l’état de la mâchoire. Oh, et si je puis me permettre, je ne t’ai jamais vu aussi... Authentique. Tu dois être vraiment bouleversé pour ainsi te précipiter ici faire la peau à tout ce qui bouge. Et... C’était un coup à provoquer une syncope chez les instructeurs. Tu aurais pu te battre à main nues que ça n’aurait pas fait de différence. Pas de Guardian Force, pas de sort, pas de Jonction... Beau travail... Tu te sens responsable ?
Anthony croisa les bras et regarda ailleurs, partout ailleurs sauf dans les yeux de son frère :
-- Je le suis, non ?
-- Tu es seul juge. Mais si je puis me permettre, tu ne dois pas te laisser démonter par ça.
Alestar vint examiner la blessure à la tempe d'Anthony. D’un geste agacé, celui-ci écarta vivement la tête.
-- Et par quoi devrais-je me laisser démonter ? Cette fille est traumatisée à vie, et tu voudrais que je classe l’affaire ?
Il souffla un juron et ficha la Gunblade dans le sol. Secouant la tête avec impuissance, il fit les cent pas, les mains sur les hanches, mécontent. Alestar étendit une main avec exaspération et s’écria :
-- Et tu crois peut-être que ça ne me touche pas personnellement ?
Anthony se figea. Venant de son frère, ceci tenait lieu de cri du cœur. Eric et Alicia ? Il tourna lentement les yeux vers son cadet :
-- Et… tu ne m’en veux pas pour mon incompétence ?
Alestar leva les yeux au ciel et poussa un profond soupir :
-- Voilà, c’est dit. Ecoute, je veux être le seul à avoir le privilège de me lamenter sur elle, d’accord ? Et je vais te prouver que tu n’y étais pour rien.
Ce disant, il produisit un paquet d’enveloppes et les tendit à Anthony.
-- Qu’est-ce que c’est ? demanda celui-ci en les saisissant.
-- Psychothérapie spéciale pour un SeeD très spécial. Je t’accompagne, et pas de ‘mais’. J’ai fait des pieds et des mains pour obtenir tout ça, alors j’ai droit à un bon de participation gratuit. C’est une série de missions précises et ponctuelles avec de très jeunes recrues. La dernière va te plaire. On a un billet gratuit pour le nouveau centre de recherches aérospatiales en orbite d’Esthar. Le Président doit inaugurer le complexe, et nous devons servir d’escorte. Enfin c’est un peu plus que ça. Il s’agit d’avoir un œil partout. Le Président craint des actions terroristes. Cette station ne fait pas l’unanimité, et les opposants sont déterminés.
Anthony se couvrit le visage d’une main et secoua la tête avec incrédulité.
-- Toi tu ne perds rien pour attendre.
Alestar lui lança un sourire radieux :
-- Je sais. C’est à ça que servent les petits frères, non ? Il prit son Royal Flail qu’il portait dans le dos : Alors, on va le chercher, cet Anacondaur ?


Anthony entra dans la chambre obscure où la jeune fille blessée était enfermée depuis plus de deux semaines. Il avait apporté une plante ornementale avec lui, une Couronne de Centra. Cette plante avait la particularité de donner de grandes fleurs d’un blanc immaculé si elle était cultivée au soleil, mais si on la gardait dans le noir, elle en donnait d’un superbe rouge velouté.
-- Qui est là ? demanda-t-elle.
-- Anthony, dit-il en se déplaçant avec précaution pour ne pas trébucher. Accommodé tantôt à la forte luminosité de l’extérieur, il n’y voyait goutte dans cette chambre. Il posa la plante sur la table face au lit, puis vint s’asseoir près de la jeune convalescente, cherchant son chemin comme un aveugle.
-- Comment te sens-tu ? s’enquit-il.
Elle poussa un soupir théâtral et s’étira de tous ses membres :
-- J’en ai marre de rester dans ce caveau. Je vais finir par faire une dépression !
Il sourit :
-- A t’entendre, on croirait plutôt le contraire. Tu as l’air en forme.
-- Je n’ai pas été véritablement blessée, tu sais. C’était une atteinte cutanée.
-- Si tu savais la tête que tu avais ce jour-là... Comment vont tes yeux ? J’ai entendu dire que tu avais failli perdre la vue.
-- Ce n'est heureusement pas le cas, grâce au Professeur Kramer. Et toi, qu’est-ce qu’ils ont dit, au comité ?
-- Je suis interdit d’Ultima, répondit-il en essayant d’être drôle. Ils pensent que je suis un danger, parce que j’ai failli dégommer Brian avec, l’autre jour. Mais rien ne m’empêchera de le tabasser une nouvelle fois, cet avorton. En attendant, je ne veux plus l’avoir en mission avec moi. Ce type ne sait pas réfléchir quand il se bat.
-- Tu sais… commença-t-elle.
-- Quoi donc ?
-- Je… je crois que je vais démissionner de la Garden.
-- Quoi ! s’exclama-t-il, incrédule.
-- Après ce qui m’est arrivé, je crois que je ne pourrai plus jamais me battre comme avant. Ca va m’handicaper pour le restant de mes jours et ça mettra mes équipiers en danger.
-- Mais... Mais tu ne peux pas faire ça ! Tu es compétente ! Pas comme cette larve de Brian ! Tu pourrais postuler pour un poste d’instructeur. Balamb manque de personnel.
-- J’y réfléchirai. Tu n’es pas venu uniquement pour me dire ça, pas vrai ?
-- Je voulais savoir. Ils n’ont pas arrêté de m’envoyer à droite à gauche (« Grâce aux bons soins de mon coquin de frère, mais bon sang, ça m’a fait un bien fou »), je ne rentre que pour prendre une douche et repartir. Je suis complètement décalé. Ce soir, je repars encore, pour Esthar. J’ai saisi l’occasion de passer prendre de tes nouvelles.
-- C’est gentil.
-- Non, c’est naturel. (« Etant donné que tu as une forte probabilité de devenir ma belle-sœur ») Heureusement que tu n’es pas claustrophobe !
Par cette boutade il parvint à lui extirper un rire.
-- Allez, Monsieur le Duc, va donc représenter dignement notre beau continent en Esthar.
Soudain piqué, Anthony s’approcha d’elle comme un félin sur sa proie :
-- Alicia, JAMAIS n’emploie ce titre à mon égard. Je ne le suis pas encore. Alors épargne-moi ça pour le moment.
Il sortit vivement en claquant la porte, la laissant pantoise. Qu’avait-elle dit ? Ce n’était donc pas bien d’être fils de Duc ? Quelques instants plus tard, la porte s’ouvrit doucement, et la silhouette d’Alestar se dessina dans un vague contre-jour, entre l'obscurité totale de la chambre et celle, relative, du couloir, où toutes les lumières avaient été éteintes.
-- Eh bien, remarqua-t-elle, c’est le défilé Leonhart, aujourd’hui ! Que me vaut l’honneur ?
Alestar ferma la porte et approcha :
-- Je sens toujours quand mon frère est passé quelque part. Il ne faut pas lui en vouloir pour son attitude tranchante, tu sais. Il est comme ça, mais c’est un chic type.
-- Oh, je ne dis pas le contraire, dit-elle en désignant l’objet sur la table face à elle. Mais il est toujours si crispant !
Il vint s’asseoir au bord du lit :
-- Il n’aime pas qu’on lui rappelle qu’il va être Duc. Il le sait déjà, et ça suffit amplement à sa peine.
-- Là, j’avoue ne pas comprendre.
-- Ca a bousillé ses relations avec notre père, et il en souffre terriblement. Tu sais pourquoi il est devenu SeeD ?
-- Je ne sais pas. Pour mieux défendre Centra ?
Alestar secoua la tête :
-- Ca n’a rien à voir. C’est juste pour montrer qu’il est capable de contrôler sa destinée tout seul, et qu’il n’a pas besoin de suivre une voie toute tracée pour se construire. Il travaille très dur sur lui pour faire oublier à tout le monde qu’il est le fils héritier du Duc Maximilian Leonhart.
-- Oh… fit-elle, navrée. J’ai fait une belle bourde, hein ?
-- On peut dire ça.
-- Et toi, tu n’es tout de même pas venu pour me sermonner là-dessus, j’imagine.
Il dodelina de la tête :
-- Plus ou moins. Mais je voulais en particulier savoir comment tu allais.
-- Ne me dis pas que tu as tout le temps été en mission depuis, toi aussi.
-- J’ai accompagné mon frère. C’était l’une des rares fois où on était ensemble en mission. D’habitude je demande à être assigné ailleurs. J’évite de partir avec lui pour des raisons qui me regardent. Mais il avait besoin de quelqu'un. Il s’est tenu pour responsable de ce qui t’est arrivé, tu sais. En dépit des apparences, ça a miné son assurance de leader. J’ai cru bon de l’accompagner pour lui faire sortir cette notion de la tête.
-- Je ne savais pas qu’il se souciait autant de ses équipiers au point de se rendre malade.
-- Alicia, reprit-il lentement, mon frère est le meilleur leader que cette Garden puisse trouver. En toute objectivité. Mais il ne voudra jamais l’admettre et ne voudra jamais l’entendre dire. Tout ce qu’il voit quand il se regarde dans un miroir, c’est un ramassis de défauts et de tares qu’il cherchera à tout prix à corriger tous les jours.
-- Mais il n’a pas besoin d’être aussi désagréable !
-- Tu ne le connais pas. Tu ne sais pas le mal que l’étiquette a pu lui faire. Depuis qu’il est en âge de raisonner, mon frère a dû apprendre à toujours montrer cette façade lisse et sans défaut, et à enterrer ce qu'il ressent pour ne pas le montrer. Tout ce à quoi il a jamais eu droit, c’étaient critiques, remontrances sur tout ce qu’il faisait ou disait. On l’a modelé à une certaine image contre laquelle il n’avait qu’une envie, se révolter. Quand la Garden a ouvert, je savais qu’il allait saisir sa chance au vol. On ne lui a jamais donné le choix. En entrant à la Garden, il a revendiqué son droit au choix. Notre père a pris ça pour une rébellion, et de fil en aiguille, ils se sont fâchés pour de bon, et depuis, ne se parlent plus.
-- Oh… fit-elle, navrée. C’était vraiment une belle bourde... Et pourquoi me racontes-tu tout ça ?
-- Parce que… Parce que tu peux revenir en mission avec lui.
Elle fit la moue et secoua la tête :
-- Hm… Non, ça n’arrivera pas. J’ai décidé de démissionner.
Un long silence suivit. L’obscurité l’empêchait de voir l’expression sur le visage du jeune homme.
-- Alestar, je ne peux plus être SeeD. Après ce qui m’est arrivé, je ne pourrai jamais plus me battre comme avant.
-- Mais il y a d’autres types de missions que tu peux entreprendre. Tu as vu le psy de la Garden ? Attends de le voir avant de prendre ta décision.
Il était presque suppliant.
-- Je ne sais pas. Anthony m’a suggéré un poste d’instructeur, mais je ne suis pas assez gradée pour cela.
-- Tu sais, s’il y a une chose que l’on peut reconnaître à mon frère, c’est son flair pour dénicher les talents. Mais... Si tu pars, tu…
Alestar détourna légèrement la tête avec pudeur.
-- Eh bien ?
Il soupira :
-- Oh… Rien... Je crois que cela m’aurait intéressé de partir en mission avec toi. Si mon grade 14 ne te dérange pas, bien sûr. Je suis validé de l’année dernière.

Apparemment, il n’y avait pas que le grand frère qui avait des problèmes pour laisser parler son cœur. Quand un Leonhart s’intéressait à soi, cela valait bien quelqu’effort.
-- Je vais considérer la question du psy, dit-elle.
-- Formidable, répondit-il.
Il hésita, semblant peser quelque décision, puis se leva :
-- Je te laisse, je vais me préparer. Repose-toi bien.
-- Hmph ! J’ai eu assez de repos pour quatre mois au moins !
Il quitta la chambre en riant de bon cœur. Restée seule, Alicia sentit une vague de chaleur monter dans ses joues. Elle se sourit à elle-même. « Seriez-vous du genre timide, Eric-Alestar Leonhart ? Il va falloir y remédier très vite ».
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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Dim 10 Juil - 23:07

J'ai découpé l'épisode suivant un peu comme j'ai pu, ce sera en deux parties. L'intervention des rêves est très importante dans FF8, car ils sont un message adressé aux personnages principaux. Je me suis permis un petit délire qui m'a fait beaucoup sourire.

Petite incursion dans le bestiaire de la région de Centra. Ce sont un peu les guest-stars des Final Fantasy, certains sont absolument magnifiques et démontrent la créativité des graphistes chez Square. Ci-dessous vous trouverez quelques photos des monstres les plus souvent rencontrés en Centra (et ailleurs aussi), avec en particulier le Ruby Dragon, qui a inspiré la fanfic entière. Quand je pense que c'est de ce bestiau seul qu'est née toute l'histoire...

Jelleye
http://www.ffreload.com/voirmonstre.php?bestiaire_nom=hera&ffb=ff8

Torama
http://www.ffreload.com/voirmonstre.php?bestiaire_nom=marsupial&ffb=ff8

Grand Mantis
http://www.ffreload.com/voirmonstre.php?bestiaire_nom=selek&ffb=ff8

Death Claw
http://www.ffreload.com/voirmonstre.php?bestiaire_nom=berserker&ffb=ff8

Anacondaur (fallait bien que je vous le montre !)
http://www.ffreload.com/voirmonstre.php?bestiaire_nom=arconada&ffb=ff8

Blitz (avec sa Betrayal Sword)
http://www.ffreload.com/voirmonstre.php?bestiaire_nom=tikal&ffb=ff8

T-Rexaur (très réussi)
http://www.ffreload.com/voirmonstre.php?bestiaire_nom=trex&ffb=ff8

Last but not least : Ruby Dragon ! (magnifique !)
http://www.ffreload.com/voirmonstre.php?bestiaire_nom=griffon&ffb=ff8

Place au texte. Je n'ai pas trop aimé la façon dont j'ai démarré ce chapitre, mais je n'ai rien trouvé de mieux à l'époque. Désolée...

Chapitre 4

Brian Almasy sortit du centre d’entraînement avec la froide et mesquine satisfaction de quelqu’un qui venait de se passer les nerfs sur une cible inoffensive, sabre sur l’épaule. Depuis cette affaire de l’Anacondaur, il n’était plus assigné qu’à des missions secondaires, et son nombre d’assignations avait drastiquement baissé. Tout ça par la faute de ce grand prétentieux de Leonhart. Désormais, tout ce qui touchait de près ou de loin au nom de Leonhart le faisait bondir et mettre la main à la garde. Ce n’était pas de sa faute, si cette gourde d’Alicia s’était mise juste en face du monstre pour lui tirer un Curaga. Et puis quoi encore ? Il devait penser à sauver sa peau d’abord, il n’avait pas en plus à jouer les nounous pour d’autres. Anthony aussi, était de la partie, et tout le blâme était retombé sur lui, Brian Almasy. Tout ça parce que c’était un Leonhart, il était intouchable. Et pour couronner le tout, Brian avait dû suivre un cycle de réhabilitation, tandis que Monsieur… Mais qui voyait-il à l’opposé du centre, du côté de l’entrée du grand hall ? Ce paquet d’épis bruns certainement jamais peignés n’était autre que Leonhart Junior (il les voyait de dos), et cette superbe silhouette aux longues jambes somptueusement galbées, glorifiées par la courte jupe de l’uniforme, ces grands cheveux d’un blond mielleux relevés en une élégante coiffure, parés d’un cordon d’onéreuses perles de Balamb, ce ne pouvait être que cette bêcheuse d’Ambrosia Hunter. Bêcheuse, peut-être, mais sacré brin de fille. Une vague d’envie et de jalousie monta en lui, et attisa ce qui commençait à ressembler à de la haine, et Brian se surprit à approcher subrepticement.

Ambrosia avait fait partie d’un projet de conquête que Brian comptait mener à bien. Bien des garçons de la Garden s’y étaient essayés comme lui, et avaient échoué, et il comptait bien franchir le pas. Mais tout ce qu’il obtint de cette chipie fut un froid dédain. Et maintenant, elle sortait avec le fils du Duc en personne, cette petite s***. Evidemment, on ne pouvait pas chercher plus haut. Brian serra les poings, et s’arrêta de justesse, jugeant soudain qu’il était trop près. Le jeune couple salua un couple de civils plus âgés, qui ne pouvaient être que les parents de la jeune fille. Anthony s’inclina formellement, avec l’élégance qui lui était due, et baisa la main de Mme Hunter. « Lèche-botte », songea Brian, dégoûté. Une brève conversation suivit, apparemment faite d’aimables banalités (« Blah-blah-blah ») et tous quatre se dirigèrent vers l’un des deux salons de réception. Brian les suivit des yeux. Apparemment, il était resté trop longtemps en observation, car quelqu’un avait remarqué son manège. Sans trop savoir comment, il se retrouva nez à nez avec le petit frère. Alestar dardait sur lui un regard chargé de menace.
-- Qu’est-ce que tu me veux, toi ? demanda-t-il, de mauvaise humeur.
Alestar agita discrètement son Royal Flail. Les solides chaînes émirent un bruit désagréablement évocateur.
-- Laisse mon frère et Ambrosia tranquilles, dit-il sur un ton dangereux.
Le lèche-botte avait également engagé un chien de garde. Ce qu’il ne fallait pas faire, tout de même…
-- Et si tu tentes quoi que ce soit envers Ambrosia, je te tue. Mon frère a peut-être une réputation à défendre, mais moi je n’ai rien à perdre.
Et un chien de garde bien dressé, en plus. Brian le défia d’un sourire narquois et s’en alla sans rien ajouter de plus.
« Cause toujours, chien de garde, je trouverai un cadeau de choix pour les futurs mariés. Et tu pourras me tuer après, ça ne changera rien. »

Fulminant intérieurement, Alestar regarda Brian s’éloigner. Celui-là, il manigançait quelque chose, et ça ne présageait rien de bon. On tapota timidement son épaule. Brusquement ramené à la réalité, il fit un bond et pivota vivement sur ses talons, pour trouver en face de lui un charmant minois à la peau de pêche, exempte de toute cloque, pustule, brûlure ou cicatrice. Un instant ahuri, il cligna des yeux, et soudain, dans un cri de joie, enferma la jeune fille dans ses bras. Le grand hall se figea dans un profond silence. Tous ceux qui y passaient s’étaient arrêtés et les regardaient. Conscient du soudain silence environnant, Alestar leva la tête, et vit que tous les yeux, de là où ils le pouvaient, hall, premier balcon, deuxième balcon, étaient sur lui et Alicia. Il eut soudain très chaud, puis très froid, se sentit devenir aussi rouge qu’un potiron rouge de Winhill pouvait l’être.
-- Eh… Eh bien quoi ? bredouilla-t-il. Vous n’avez jamais vu des retrouvailles ?
Ce fut pire que tout. Les rires fusèrent de toutes parts. Cramoisi, Alestar prit littéralement la fuite en tirant Alicia derrière lui vers les profondeurs de la Garden, en direction de la cafétéria.

Edea Kramer, Evan Cornwall, le médecin en chef du centre médical et l’intendant du centre d’entraînement tenaient une réunion extraordinaire dans le bureau du directeur de la Garden. Interpellés par la déclaration d’Anthony au sujet des monstres du centre, Edea avait tenu à confronter certaines observations : le nombre d’urgences au centre médical, le nombre d’accidents an centre d’entraînement, et le ralentissement de la progression des SeeDs de classes basale et moyenne. Tous ces faits mis ensemble, sachant que l’élevage des monstres n’avait subi aucune modification, menaient à la seule conclusion possible : les monstres, du moins ceux du centre d’entraînement, devenaient plus difficiles à tuer. Mais il n’y avait aucune explication rationnelle à cela.
-- A-t-on des relevés concernant les monstres sauvages ?
-- Les seuls qui puissent nous communiquer quelqu’information, sont les membres des Rubis Incandescents.
Edea soupira avec agacement : les activités de ce « club » étaient normalement proscrites par le règlement. Cependant, il n’y avait aucune preuve officielle permettant de condamner le Club une bonne fois pour toutes, si ce n’étaient ces petites pierres rouges qui ornaient certains uniformes. Les membres se montraient extrêmement discrets et prudents quant à leurs agissements. Et maintenant, ils allaient avoir besoin de l’aide de ce Club à peine toléré, Edea estimant qu’il poussait les jeunes SeeDs à prendre de trop grands risques. Nul doute que s’ils sollicitaient l’aide du Club, la contrepartie exigée serait une autorisation officielle d’activité de cette faction élitiste parmi les élites. N’importe qui ne pouvait se vanter de terrasser un Dragon de Rubis. Edea ne savait pas d’où cette extravagance était venue à Anthony Leonhart, car elle savait qu’il était à l’origine de ce fameux club, mais il se trouvait qu’il avait du succès. Comment il recrutait ses membres, Edea n’en avait aucune idée. Il était peut-être temps d’avoir un entretien en règle avec le responsable du Club le plus mystérieux de toute la Garden. Mais Edea ne voulait pas tout de suite entrer dans ce qu’elle savait être une impasse.


Les marmots dormaient à poings fermés dans leur grande chambre dortoir. Retrouver ses enfants à l’orphelinat était pour Edea l’occasion de se ressourcer par des plaisirs simples et sains. Ce qu’elle aimait par-dessus tout, c’était leur raconter des histoires le soir avant de les coucher. Du moins les plus jeunes. Les orphelins du Manoir Kramer étaient de tout âge, la plus âgée ayant 14 ans. Assis autour d’elle alors qu’elle lisait, certains étaient totalement absorbés, et écoutaient, les yeux grands ouverts, bouche bée ; d’autres, par contre, ne cessaient de l’interrompre, pour lui poser toutes sortes de questions, pourquoi-ci, pourquoi-ça… Chacun réagissait à sa manière, brute, franche et exigeante, sans arrière-pensée, et répondre à leurs questions était pour Edea une thérapie sans pareille. Edea leur lisait le plus souvent un recueil des contes intitulé « Contes de la Lune Capricieuse », dans lequel étaient réunies toutes les légendes de la planète et de sa sœur l’énorme lune, sur laquelle pullulaient des monstres qui n’en étaient pas une.

Cela faisait plusieurs décennies que les monstres rouges de la lune n’étaient pas tombés sur la surface de la planète, répandant une panique mondiale sans mesure. Ce contact interplanétaire des plus indésirables avait été dévastateur, et il avait fallu plus de cinq ans de chasses frénétiques organisées par toutes les armées du monde pour littéralement nettoyer la surface de la planète. Bien entendu, tous les malvenus n’avaient pas été débusqués jusqu’au dernier, et il en restait des spécimens qui s’étaient multipliés, hantant les lieux les plus inextricables de la planète, tels que la jungle de Centra, qui constituait un territoire de choix, riche en proies et en abris. Parmi ces créatures étrangères étaient les terribles Dragons de Rubis. S’étant admirablement adaptés à leur nouvel environnement, ils étaient devenus les prédateurs suprêmes, et pour s’en protéger, les humains avaient dû ériger de hautes clôtures électriques à haute tension autour des zones de forêt vierge. Ces barrières ne constituaient malgré tout qu’une protection sommaire, car les monstres, dotés d’une intelligence minimale mais suffisante, avaient réussi à abattre les énormes pylônes, créant ainsi des brèches par lesquelles ils pouvaient passer et faire leur chasse dans les zones habitées. Le Club des Rubis Incandescents n’était pas une si mauvaise chose, après tout. Mais cela restait trop dangereux, et Edea y était opposée. Elle n’avait pas formé des SeeDs pour les servir en repas aux Dragons de Rubis.

Edea entra dans sa chambre, et ouvrit sa garde-robe. En passant devant le grand lit qu’elle avait partagé autrefois avec Cid, elle ne put s’empêcher d’éprouver un douloureux sentiment de tristesse. Cela faisait un mois que Cid était parti, déjà. Mais dans l’esprit d’Edea, cela semblait ne dater que de la veille. Elle ne s’était toujours pas habituée à dormir seule dans ce lit qui avait accueilli leurs ébats amoureux, qui avait été le lieu de leurs confidences, le chantier de leurs projets… Elle se demandait si elle s’y accoutumerait jamais un jour. Même l’immense placard, vide de toutes les affaires de Cid, lui rappelait sa solitude, pareille à celle d’une veuve. Une veuve ! Grands dieux, quelle funeste pensée ! Elle secoua résolument la tête, et fouilla parmi ses vêtements suspendus dans son côté du placard. Elle troqua sa robe noire contre une tenue plus adaptée aux excursions en terrain accidenté. D’ordinaire, à cette heure, elle revêtait une longue robe de nuit en satin, sa drapait dans un châle, et sortait sur la terrasse du manoir pour lire avant d’aller dormir elle-même. Mais ce soir, elle avait décidé de laisser ses lectures, pour se livrer à une certaine investigation. Et ses maudits pouvoirs allaient l’y aider. Elle noua ses cheveux en un chignon serré, chaussa de confortables chaussures de marche, et descendit en silence. Elle sortit par la cuisine, et se dirigea vers la forêt tropicale, sous la forte clarté de la lune, qui n’était jamais réduite à plus d’un quartier, du moins dans cette partie du globe. Cela était dû à la position relative des deux planètes sur leur orbite. De jour comme de nuit, l’astre habitait le ciel, immense orbe blanc-ivoire, si proche que l’on pouvait distinguer les cratères qui défiguraient sa surface, cicatrices des pluies d’astéroïdes qui croisaient sa route. Equipée de ses trois compagnons Guardian Forces, Edea parvint à la limite de la zone habitée. Elle rampa sous la barrière électrique, provoquant sur son passage la fuite d’une foule de petits animaux. Edea se mordit la lèvre : quelle indiscrétion. Elle n’avait, en vérité, pas l’entraînement de ses SeeDs, et aucune expérience de la jungle. Quelle folie. Mais elle devait en avoir le cœur net. Rassemblant son courage, elle se releva et s’enfonça dans les profondeurs de ce labyrinthe d’arbres géants, de hautes herbes et d’épaisses plantes basses.

Sous cet éclairage lunaire, fort, certes, mais monochrome, elle distinguait mal son environnement, et trébuchait, oh, trop souvent, se rattrapant de justesse en se cramponnant sur tout ce qu’elle pouvait attraper. Elle se laissa tomber à terre, adossée à un énorme tronc, et exhala un profond soupir : quelle folie ! Mais elle était dans la place, et elle se devait de continuer. Quelque chose glissa furtivement à quelques mètres d’elle, remuant à peine la dense végétation. Elle sursauta, se rappelant soudain qu’elle était en terre sauvage : dans cette zone, les Jelleyes mutants planaient de leur vol paresseux, traînant derrière eux leurs tentacules à la trompeuse mollesse, les Tri-Faces retournaient les sous-bois de leurs gros museaux arrondis, les Grand Mantis éclaircissaient les arbres en se nourrissant de leurs branches mais ne refusaient jamais une proie de chair ; les Toramas guettaient silencieusement leur gibier perchés sur les branches des arbres, dont le feuillage inextricable les rendait quasiment invisibles ; les Death Claws et les Anacondaurs chassaient le Tri-Face et le Jelleye, se disputaient les territoires de chasse avec les Grand Mantis, et par-dessus tout, les Dragons de Rubis régulaient cette faune, en prédateurs suprêmes qu’ils étaient. Edea se rendit compte qu’elle pouvait rencontrer n’importe quoi, du plus petit au plus gros, et pas seulement ce qu’elle cherchait, c’est à dire les monstres de classe moyenne. Cette jungle était tout sauf le centre d’entraînement. Elle déglutit péniblement, se colla davantage contre le tronc géant, comme pour y disparaître, et regarda tout autour d’elle, sentant l’hostilité environnante ramper vers elle comme une nappe de vermine grouillante et dévorante. N’était-ce pas un Geezard qui venait de passer en serpentant ? Cette liane n’était-elle pas plutôt la queue d’un Torama ? Mon dieu… N’était-ce pas un gros œil globuleux qui la regardait fixement au fond de ce fourré ? Et cette forme, là, ressemblait à un Grand Mantis immobile à l’affût d’une proie. A moins que ce ne fût un Death Claw ensommeillé ? Un léger froissement crépita… Un faible craquement tinta… Un frémissement chuchota… Un piaillement suraigu trancha les murmures nocturnes. Edea laissa échapper un cri d’effroi et se recroquevilla sur elle-même. Qu’était-elle venue faire par ici ? La peur rampait le long de sa peau, s’insinuait en elle, contractait ses muscles, opprimait ses poumons et brouillait sa vue. Et si elle se perdait ? Si elle ne parvenait pas à se défendre malgré ses pouvoirs ? Qu’adviendrait-il de ses enfants ? de ses SeeDs ? de Cid ? Un violent vertige s’empara d’elle. « Stupide, stupide que je suis ! »

Un silence anormal régna. Elle se sentait plus désarmée, plus nue de toute protection que jamais. En proie à une panique grandissante, elle se leva et se mit à courir éperdument. Les racines protubérantes émergeant du sol la faisaient trébucher, les hautes herbes et les fougères tropicales de Centra aux larges feuilles entravaient sa progression aveugle comme autant de bras hostiles. L’impossible végétation rampante la poursuivait de grincements plaintifs et indignés sous ses pieds. Quelque chose piégea sa cheville. Elle tomba face la première et resta assommée quelques instants. Un grésillement caractéristique se fit entendre. Elle leva la tête et se retrouva nez à nez avec trois yeux alignés dans le sens vertical, ronds comme des soucoupes. Un Jelleye affamé. En état d’alerte, son esprit la fouetta. « Pense à quelque chose ! Il n’est pas méchant ! »
– Tonberry… dit-elle faiblement.
La petite créature verte aux allures batraciennes vêtue d'une robe de moine nouée à la taille et portant dans une main une lanterne de mineur et dans l'autre un immense couteau de cuisine, émergea de son trou, sauta sur le Jelleye et le poignarda avec précision. Pourfendu en ses centres vitaux, le Jelleye tomba, inerte. Tonberry disparut. Essoufflée, apeurée comme jamais elle ne l’avait été, Edea se releva. Bénies soient les Guardian Forces. Elle n’avait aucune idée de l’endroit où elle se trouvait. Sa folle course sous l’emprise de la panique pouvait l’avoir menée n’importe où. Sa tentative d’investigation s’était soldée par un triste échec, et par-dessus tout, elle était perdue. Son premier réflexe lucide fut d’enclencher la capacité « Enc-None » de Diablos, mais avant même de pouvoir échanger quoi que ce fût, un énorme filet tomba sur elle et l’emprisonna, et elle fut traînée sans merci plus loin encore vers le cœur de la forêt tropicale. Elle entendit vaguement ses ravisseurs parler dans un dialecte guttural qu’elle ne comprit pas, mais qu’elle n’identifia que trop bien. Elle venait d’être capturée par la tribu des Blitz. Ils allaient la sacrifier sur l’autel de la Foudre. « Non ! Non ! Pas comme ça ! » Elle hurla et se débattit comme une furie, espérant faire céder les mailles du filet. On lui dit quelque chose de brutal. Un éclair de foudre la frappa et la laissa inconsciente.


Phillea Jacobs, la plus jeune pensionnaire de l’orphelinat, était aussi, de tous les enfants qui y vivaient, celle qui avait le plus besoin d’affection. Elle était toujours la première à sauter au cou d’Edea lorsque celle-ci rentrait de la Garden ; elle était toujours perchée sur les genoux de la jeune femme, la contemplant avec de grands yeux fascinés, bercée par sa douce voix, lorsque celle-ci leur racontait les vieilles légendes de Centra. Matwin savait tant de choses, elle était si gentille, elle souriait tout le temps. Si Phillea devait avoir une maman un jour, il faudrait qu’elle ressemblât en tout point à Matwin. Phillea ne voulait pas d’autre maman que Matwin. Elle adorait le parfum de ses longs cheveux noirs, elle adorait quand Matwin la portait pour la mettre au lit. Et le matin, Phillea était toujours levée bien avant ses camarades d’infortune, pour goûter au bonheur de passer les premières heures de la matinée en compagnie de Matwin, autour d’un copieux petit-déjeuner qu’elles préparaient ensemble à la cuisine.

Quand Papy-Cid avait dû partir pour travailler très loin, Phillea s’était sentie très triste… Papy-Cid avait également une place particulière dans le cœur de la petite file, et pour rien an monde, elle n’aurait voulu être séparée de lui. Seulement voilà, Papy-Cid avait dû partir. Phillea avait pleuré à chaudes larmes ce jour-là, et elle avait fait promettre à Cid de l’appeler tous les jours depuis son nouveau travail. Et tous les soirs, vers la même heure, Phillea recevait un appel de son Papy-Cid préféré. Matwin elle-même parlait longuement avec lui après elle. Phillea se souvenait à quel point Matwin avait été chagrinée par le départ de Papy-Cid. Ce soir-là, elle n’avait même pas pu leur raconter des histoires avant d’aller dormir, et était entrée sans mot dire dans sa chambre. Alors que les autres enfants s’en allaient dormir en geignant, Phillea était allée voir Matwin dans sa chambre. La complicité qu’elle avait développée avec la jeune femme lui avait fait comprendre qu’Edea avait besoin de parler. Phillea l’avait trouvée assise sur le grand lit, le regard perdu dans le vide. Elle s’était approchée d’elle et lui avait pris la main :
-- Tu es triste, Matwin ? Papy-Cid aussi, doit être très triste.
Cela avait suffi pour faire éclater la jeune femme en sanglots, et elle serra la petite fille convulsivement entre ses bras.
-- Oh Phillea, je suis désolée, je ne vous ai pas raconté d’histoire. Mais je n’en avais pas le courage.
-- Ce n’est pas grave, Matwin. Papy-Cid ne peut plus te raconter d’histoire non plus. Je te laisserai lui parler au téléphone quand il appellera. Il a promis de m’appeler tous les jours.
Matwin l’embrassa et la serra contre elle :
-- Oh, ma petite Phillea… Je suis désolée… C’est de ma faute, si Cid a dû partir. Je sais que vous vouliez toujours l’avoir près de vous, mais il devait absolument partir. Mais moi, je vous promets que jamais, jamais je ne vous laisserai.
Et c’était avec cette promesse, cette assurance en tête, que Phillea s’endormait chaque soir et s’éveillait chaque matin.

Et ce matin, comme chaque matin, elle exécuterait avec Matwin leur cérémonial secret du matin : bataille de polochons pour se réveiller ; confidences et secrets en faisant la chambre, cocooning, durant lequel Phillea se chargeait tout particulièrement, et avec le plus grand sérieux, de peigner l’interminable chevelure noir de jais, et enfin protocole du petit-déjeuner, dans la grande cuisine du manoir. Tantôt sucré, tantôt salé, aucun petit-déjeuner ne ressemblait à celui de la veille. Matwin connaissait un nombre incroyable de mets pouvant être consommés de bonne heure sans peser sur l’estomac. Phillea se demandait ce qu’elles allaient préparer ce matin. Des pancakes aux amandes nappés de gelée aux myrtilles ? Des flocons d’avoine blond au miel ? Des bouchées de Balamb Fish vapeur au basilic ? Un délicieux potage à la mode Shumi avec nouilles et canard émincé ? Des galettes à la pistache au sirop de pin de Trabia ? Hmm… C’étaient ses préférés. Elle étouffa un petit rire et sortit du dortoir sur la pointe des pieds. Il ne fallait surtout pas réveiller les autres. Elle voulait être la seule à avoir le privilège de passer la matinée avec Matwin.

Elle tira au passage la langue à ce grand dadais d’Ethan qui n’arrêtait pas de lui chiper ses poupées, et descendit d’un pas dansant vers la chambre de Matwin. Elle avait un grand secret à lui confier : elle avait vu le Prince de la Lune. Il avait tué tous les méchants monstres rouges qui tombaient tout le temps sur terre pour manger les petites filles, et il l’avait emmenée sur son grand Chocobo d’or. Ils s’étaient envolés vers la lune, vers la Ville Blanche des Princes de la Lune. Comme ils l’avaient trouvée très jolie et très gentille, ils l’avaient couronnée Petite Princesse de la Lune, et lui avaient offert un Chicobo. Mais le petit Chicobo était très triste d’être loin de sa maman, alors elle l’avait laissé là-bas, puis était rentrée sur terre avec le Prince de la Lune. Il l’avait remise dans son lit et lui avait promis de revenir la voir souvent. Matwin lui poserait des tas de questions, avec le plus grand intérêt. Comment était la Ville Blanche, comment était le Prince de la Lune. Oh, la Ville Blanche portait bien son nom : toutes les maisons étaient magnifiques, blanches, avec des colonnes, des fontaines, des grandes fenêtres, et il y avait de grands jardins avec des colombes partout. Il y avait même le palais, gigantesque, avec ses tours qui montaient très haut dans le ciel. A l’intérieur, il y avait des gardes, et des princes, des princesses, très élégants, habillés tout en blanc, qui allaient et venaient gracieusement… Tous la saluaient et lui souhaitaient la bienvenue dans leur ville. Mais le Prince de la Lune était le plus beau et le plus gentil d’entre tous. Il était très grand, avec des cheveux bruns plein la figure, et des yeux bleus qui brillent comme des étoiles. Il était vêtu d’habits tout blancs et tout dorés. Et il portait une grosse épée-pistolet !

L’entrée était déserte. Personne vers le grand salon vert. Personne du côté de la grande salle à manger non plus. Elle marcha sur la pointe des pieds dans le grand couloir qui desservait entre autres la chambre de Matwin, effleurant au passage les élégantes boiseries murales du bout des doigts.

Un rai de lumière pâle traversait le sol et se projetait sur le mur opposé. La porte était ouverte ? Matwin dormait toujours la porte fermée. Bizarre…
-- Matwin ? appela la petite fille.
Pas de réponse.
-- Matwin ? appela-t-elle en insistant.
Elle poussa la porte.

La chambre était vide. Le lit n’avait même pas été défait.

Matwin était partie. Et la promesse ? Phillea repartit en courant à l’étage. Pas de bataille de polochons. Pas de cocooning. Pas de petit déjeuner. Pas d’histoire. Matwin ! Ce fut secouée de grands pleurs qu’elle fit irruption dans le dortoir. Elle se jeta sur son lit et laissa libre cours à son chagrin.

Réveillés pas le vacarme de ses pleurs, les orphelins s’étirèrent en grognant.
-- Ah, on peut plus dormir, ici ? grommela Ethan. Il se frotta les yeux et regarda en direction du bruit : Ah, c’est encore ce bébé-cadum de Phillea. La ferme !
L’aînée des orphelins se leva de son lit :
-- Ethan, mets-la en sourdine, tu veux ? C’est peut-être un bébé-cadum, mais ce n’est pas une pleurnicheuse.
Elle vint s’asseoir près de Phillea et la secoua doucement. Tous les autres orphelins approchèrent, formant un cercle autour d’elles.
-- Phillea, qu’est-ce qu’il y a ?
-- C’est… C’est Matwin… réussit à articuler entre deux spasmes éplorés.
-- Eh bien, qu’est-ce qu’elle a, Matwin ?
-- Elle… Elle est… PARTIE !
Et les pleurs reprirent de plus belle.
Un silence glacial, chargé de peur et d’incertitude étreignit le cercle d’enfants. Sans Matwin, qu’allaient-ils devenir ? Grâce à elle, ils avaient retrouvé quelque chose de proche d’une famille, un foyer dans lequel ils se sentaient respectés, sinon aimés, un lieu où ils ne se sentaient pas abandonnés, où ils pouvaient toujours trouver une oreille pour les écouter, une main secourable pour les aider. Et Matwin était le symbole de ce foyer.

Les enfants les plus jeunes commençaient à pleurnicher. « Matwin nous a abandonnés. MATWIN nous a abandonnés ! » Si même Matwin ne voulait plus d’eux, alors qui le voudrait ? La terrible pensée germait dans les esprits fragiles comme une mauvaise herbe implacable dans le jardin de leur vie soigneusement ordonnée par les heures de lecture, les absences et présences rigoureusement régulières de la maîtresse du manoir.

Impossible. L’aînée des orphelins tapa du pied et les regarda tous sévèrement, les poings sur les hanches. A quatorze ans, Kimberley, de son diminutif Kimby, était un peu leur grande sœur. Subjugués par la terrible expression de Kimby, les enfants refoulèrent tant bien que mal les larmes qui perlaient au coin de leurs yeux, et écoutèrent ce qu’elle avait à dire. On ne plaisantait pas avec l’autoritaire Kimby.
-- Qu’est-ce qui vous prend de pleurnicher comme ça ? Matwin ne peut pas nous abandonner. Il s’est sûrement passé quelque chose, et nous devons essayer de la retrouver. Phillea, arrête de pleurer, ça ne sert à rien. On va la retrouver, Matwin. La voiture qui vient la chercher tous les matins va bientôt arriver. Je crois que je vais aller à la grande école pour chercher de l’aide.
Soudain interpellée par la perspective, Phillea cessa de pleurer sur-le-champ :
-- Je veux y aller moi aussi !
-- Tu es trop petite, Phillea, objecta Kimby. C’est peut-être dangereux.
La petite fille se dressa de toute sa menue stature et lança à vive voix :
-- Non, je ne suis pas trop petite ! Je veux chercher Matwin !
Kimby soupira. Il valait mieux éviter une deuxième crise de pleurs. Elle trouverait bien quelqu’un pour faire du baby-sitting là-bas.
-- C’est d’accord. Allez, habille-toi. On se dépêche. Vous autres, allez prendre le petit déjeuner, et personne ne sort de la maison.
Tel un régiment parfaitement discipliné, le groupe d’enfants se mit en branle. En quelques minutes, les lits furent faits, les vêtements de nuit rangés. On fit une queue parfaitement ordonnée, des plus petits aux plus grands, devant les lavabos pour se brosser les dents, puis on descendit les uns derrière les autres vers la grande cuisine, où les dames de cuisine faisaient déjà chauffer le lait dans les grandes casseroles en cuivre, et cuire les muffins aux amandes rousses de Centra dans les fours. Chacun reçut sa part sur une grande assiette, et tous s’installèrent à la longue table en bois massif abondamment verni, de sorte qu’aucune matière alimentaire ne pouvait plus pénétrer dans les fibres. Le repas fut pris sans le moindre chahut. Toute cette discipline n’était pas le fait d’Edea. Elle avait à son insu un commandant en second à l’efficacité inégalable, en la personne de Kimberley. Par l’exercice de son autorité juste et mesurée sur les autres enfants, et au vu des bons résultats qui en avaient découlé, Kimberley avait gagné le respect de tous les orphelins, et la confiance du personnel de maison. Ce fut la raison pour laquelle il fut composé sans la moindre hésitation un panier repas pour elle et la petite Phillea, afin que les deux enfants pussent partir dans la limousine.


Daniel se rua hors de sa chambre. En retard. Il était en retard pour ce premier cours avec la classe de Jonction. C’était bien le jour pour arriver en retard. Il se sentait très excité : bientôt il aurait le droit d’aller au centre d’entraînement pour exercer ses Jonctions. Enfin. La petite Guardian Force qu’il avait attrapée voletait à côté de lui comme un joyeux feu follet, de-ci de-là autour de sa tête, lançant de curieux regards autour d’elle. Cet endroit fait de parois planes et rectilignes ne ressemblait en rien à son bassin de lave natal.
-- Viens, Flamme, dépêchons, ne faisons pas attendre la classe… Oh là là, j’ai hâte, j’ai hâte !
Il courut tête baissée et traversa aveuglément le hall pour prendre l’un des escalators. Naturellement, comme il ne regardait pas où il allait, il entra inévitablement en collision avec un SeeD qui venait dans la direction opposée.
-- Hé, attention ! entendit-il appeler.
Trop tard. Tous deux se percutèrent et furent jetés à terre sous la force de l’impact.
-- Ooh… quel maladroit ! gémit-il.
On l’aida à se relever. Il vit tout d’abord un bras à la somptueuse musculature, qui l’aidait à se mettre debout. Puis il put avoir une vue d’ensemble de la personne qu’il venait de rencontrer de la plus frappante des façons. Le « type » était bâti comme un décathlonien, ses muscles moulés par son T-shirt imprégné de sueur. Apparemment, il sortait de la salle de musculation, une serviette autour du cou. Daniel ne l’avait jamais rencontré. Il faut dire qu’ils étaient quatre mille dans la Garden. Mais ce dont il était sûr, c’est qu’il venait de croiser ce que l’on pouvait appeler une « pointure ». Il se dégageait du jeune homme une classe naturelle que même les vêtements trempés et fripés ne pouvaient pas effacer.
-- Tu n’as rien ? lui demanda le SeeD.
Il épousseta son uniforme :
-- Uh… non, merci. Eh, désolé, hein ? J’étais pressé et je ne regardais pas où je mettais les pieds.
-- Il n’y a pas de mal. Ca arrive, dit l’autre en souriant.
Il remarqua la petite forme flamboyante qui se cachait craintivement derrière l’épaule de Daniel ; il approcha doucement et essaya de la caresser du doigt, comme il l’aurait fait pour un petit oiseau. La petite créature piailla et alla se réfugier sur l’autre épaule de son nouveau maître. Anthony rit doucement :
-- Voyons, n’aie pas peur ! J’ai l’habitude, tu sais. Il se redressa et s’adressa au jeune candidat : C’est la première ?
Daniel acquiesça de la tête.
-- Prends-en bien soin. Les premières sont les plus précieuses.
Il leva un tendre sourire vers une présence au dessus de lui, et Daniel vit apparaître la plus belle des Guardian Forces qu’il eût jamais vue : un corps de femme aux proportions exceptionnelles, à la peau satinée, légèrement bleutée, une chevelure dorée démesurée qui flottait harmonieusement comme une longue traîne scintillante, et un visage à la symétrie parfaite. Elle était entourée d’un halo de brume et de givre. Flamme piailla de frayeur devant toute cette eau et cette glace.
-- Je te présente Shiva, dit Anthony. Elle est ma première Guardian Force. Comment s’appelle la tienne ?
Daniel mit un temps à retrouver l’usage de sa voix :
-- Uh... Flamme. Flamme. C’est son nom.
Shiva fit un signe de la main à la petite Guardian Force et s’effaça, consciente qu’elle faisait peur à la nouvelle venue.
-- Les Guardian Forces sont ce que nous faisons d’elles, reprit Anthony. Occupe-t-en bien.
-- Promis, dit Daniel.
Deux SeeDs accostèrent Anthony :
-- Salut, Anthony ! Alors, on donne des cours particuliers ?
Anthony haussa les épaules et répondit modestement :
-- J’essaie de me rendre utile.
-- Tu fais bien. N’oublie pas le match de Choco-Polo la semaine prochaine.
-- Pas d’inquiétude, Kay.
Il leur fit signe de la main alors qu’ils s’éloignaient. Anthony se tourna de nouveau vers Daniel et lui tendit la main :
-- Excuse-moi, je ne me suis pas présenté. Je m’appelle Anthony Leonhart.
« Anthony Leonhart » ! La légende de la Garden ! Il se trouvait devant la légende de la Garden, et agissait comme si de rien n’était ! Ce fut tremblant qu’il accepta la poignée de mains :
-- Uh… gloups… Uh… Enchanté. Je m’appelle… Uh… Daniel. Daniel Watts. Bon, ben il faut que je me sauve. Allez, viens, Flamme.
Le jeune garçon prit littéralement la fuite. Anthony le regarda grimper l’escalator, et se demanda ce qu’il avait de si impressionnant pour que toutes les jeunes recrues le craignent à ce point. On glissa affectueusement la main sous son bras. Il entoura les épaules d’Ambrosia et lui déposa un baiser sur la tempe :
-- Je ne comprends pas, ils sont tous comme ça avec moi. Qu’est-ce que j’ai de si terrible ?
La jeune fille émit un petit rire :
-- Tu ne le sais pas ? On ne s’approche jamais trop près d’une légende.
-- Quoi ? Mais qu’est-ce que tu racontes ? Tu ne vas pas croire à ces sornettes !
Ambrosia éclata de rire. Anthony soupira et haussa les épaules d’un geste théâtral :
-- Bah, si tu trouves ça drôle… Il s’écarta doucement : Excuse-moi, il faut que j’aille prendre une douche, je ne suis pas très présentable.
-- Tu veux dire que tu es incroyablement sexy, rétorqua-t-elle en lui lançant un clin d’œil taquin qui le fit rougir. Elle le laissa aller : Va vite. Et oh, Charlotte m’a donné ça pour toi.
Elle lui remit un ouvrage relié intitulé « Triad Tricksta, jeux de maîtres ». A la vue du livre, Anthony pâlit légèrement :
-- Whaou… ça fait beaucoup à compulser…
-- Qu’est-ce que c’est ? Une mission ?
-- Oui, une histoire de détournements de fonds au Casino. Tu te doutes bien que ce n'est pas mon meilleur domaine, mais je vais devoir m'y atteler. Remercie-la de ma part. Il l'embrassa : A plus tard.
Ils s’étaient à peine éloignés de quelques pas qu’une voix suraiguë retentit soudain et trancha le discret brouhaha du hall :
-- C’est lui !! C’est le Prince de la Lune !!
Au même moment, la classe de Jonction à laquelle devait participer Daniel descendit en groupe dans le hall :
-- Personne ne sait où est le Professeur Kramer ?

Une toute petite fille d’à peine cinq ans se précipitait vers Anthony en courant de toutes ses courtes jambes. « Prince de la Lune ? » se demanda Anthony. Elle se rua sur lui, s’accrocha à ses cuisses, et leva vers lui un regard fervent :
-- Oh je suis si contente que tu sois venu ! Tu savais que j’avais besoin de toi, alors tu es venu, n’est-ce pas ?
-- Anthony, tu connais cette enfant ? demanda Ambrosia.
-- N… non, balbutia-t-il. Il écarta les bras en signe d’ignorance et s’adressa à ses camarades de Garden qui le regardaient avec de grands yeux curieux : Ne me regardez pas comme ça, je suis le premier surpris.
La mine de la petite fille se chiffonna et elle lui martela les cuisses :
-- Quoi, tu ne te souviens pas ? Tu m’as ramenée hier, et tu m’as promis de revenir me voir ! glapit-elle. Oh, il faut que tu m’aides, il faut que tu m’aides !! Matwin, c’est Matwin !! Elle est partie !!
Une adolescente l’agrippa par le bras et la tira au loin :
-- Excusez-la, mais elle est un peu secouée depuis la disparition de Matwin.
-- Matwin ? répéta Anthony.
-- Enfin… Mme Kramer, rectifia la jeune fille. Viens, Phillea, arrête de déranger le monsieur.
Anthony put enfin faire le lien. Ces deux enfants venaient de l’orphelinat de la Fondation Kramer, et apparemment le Professeur Kramer avait disparu du manoir ce matin.
-- Ambrosia, monte avertir le Directeur Cornwall. Je vais tâcher d’en savoir plus.
-- Tout de suite.
Ambrosia partit en courant. Anthony se tourna vers les deux enfants et s'accroupit devant elles pour être à leur hauteur :
-- Alors, expliquez-moi un peu plus clairement. Vous a-t-elle dit où elle allait hier soir ?
-- Non, s’écria la plus petite. Elle nous a raconté une histoire, et on est partis se coucher.
-- Tout s’est passé comme d’habitude, ajouta l’adolescente. S’il vous plait, aidez-nous, nous sommes très inquiets.
Sa mine se décomposait à vue d’œil. Il lui mit une main rassurante sur l’épaule :
-- Ca ira, on va faire de notre mieux pour la retrouver.
Le directeur de la Garden approcha. Anthony se redressa et salua. Il fit les présentations, et exposa la situation. Evan se gratta le menton, soucieux :
-- Elle a certainement voulu mener sa propre enquête… pensa-t-il tout haut.
-- Une enquête ? répéta Anthony
-- Oui, au sujet des monstres.
Anthony tressaillit :
-- Vous voulez dire que… elle est partie patrouiller seule dans la brousse ? Mais elle n’a pas notre entraînement ! Il a pu lui arriver n’importe quoi !
-- Je ne suis pas responsable de ses décisions, M. Leonhart. J’ignorais même qu’elle projetait une telle opération.
-- Bon sang ! Il faut la retrouver ! Vous les enfants, vous allez rester ici, dans la Garden. Merci d’avoir fait le déplacement. On vous tiendra au courant.
-- Mais… où comptez-vous la retrouver ? s’enquit Evan.
-- J’ai ma petite idée. Que quelqu’un me retrouve Alicia Partridge !
-- J’y vais, Anthony, retentit une voix quelque part à l’étage.
Anthony hésita, puis se lança :
-- Monsieur le Directeur, vous allez enfin voir au grand jour tous les membres du Club des Rubis Incandescents. Je sais ce qu’il m’en coûte d’ainsi dévoiler le Club, mais ils sont les seuls aptes à patrouiller dans la jungle de Centra. Nous n’avons pas le choix. Il leva les yeux vers les balcons et éleva la voix : Que les membres qui ont plus de deux Rubis me rejoignent. C’est notre première mission spéciale, les gars.
Un à un, une vingtaine de SeeDs rejoignirent Anthony, sous le regard incrédule d’Evan. Ils saluèrent le Directeur de la Garden au passage et s’alignèrent devant celui qu’ils considéraient comme leur commandant.
-- Vous avez certainement entendu de là où vous étiez, commença Anthony. Le Professeur Kramer est portée disparue quelque part dans la jungle de Centra. La zone à couvrir est plus probablement la zone qui entoure le manoir Kramer.
-- Anthony, dit l’un des Rubis, il y a une tribu de Blitz qui traîne par là. La dernière fois que j’ai parrainé un nouveau membre, on en a surpris. Il faut faire vite, parce qu’ils ne font pas de prisonniers. Ils attendent au plus la prochaine tempête pour sacrifier la victime sur l’autel de la Foudre. Il n’y a pas eu de tempête hier soir. Ca nous laisse une chance.
Alicia se présenta devant Anthony :
-- Tu as besoin de moi, Anthony ?
-- Oui, Alicia. Tu es la seule à avoir reçu le toucher d’une des Guardian Forces du Professeur. Je pense qu’elle s’est tout de même équipée pour partir en vadrouille, et donc tu vas nous aider à la retrouver en cherchant les vibrations de cette Guardian Force en particulier. C’est notre seul moyen de la pister.
-- Je ferai de mon mieux.
-- Parfait. On va faire préparer deux véhicules de transport, du matériel d’assistance médicale, de réa, tout ce qu’il faut pour maintenir une vie. Nous ne savons pas dans quel état nous allons la retrouver. Sean, Adriana, je vous charge de réunir tout ça. Vous êtes appointés pour récupérer la victime et lui donner les premiers soins. Vous avez dix minutes pour équiper l’un des deux véhicules.
-- C’est comme si c’était fait, Anthony.
Les deux SeeDs partirent en courant. Anthony s'adressa à ceux qui étaient restés autour de lui :
-- Vous autres, équipez-vous au maximum. Ce n’est pas seulement une chasse au Dragon de Rubis. On va affronter une tribu de Blitz, et en chemin, on rencontrera tout ce qui grouille là-bas, alors soyez parés. Je nous donne cinq minutes, et on se retrouve dans les parkings. Pendant que tout le monde est là, on va répartir les équipes pour couvrir un maximum de terrain.
Evan Cornwall assista, bouche bée, muet, à ce briefing improvisé mais d’une qualité digne des meilleures académies militaires. Anthony Leonhart n’avait certainement pas volé ses rang et classe, ni sa réputation. Ce qu’il voyait là, devant lui, était l’unité d’élite de la Garden, et tous regardaient le membre fondateur avec le respect et l’admiration qui lui étaient dus. En quelques minutes, Anthony assortit de façon parfaite les équipes, selon les différentes compétences de chacun, c’était dire s’il les connaissait par cœur chacun jusque dans les moindres détails de leurs Jonctions. En l’entendant décrire le terrain et répartir les patrouilles, Evan se rendit également compte qu’Anthony connaissait la zone comme sa poche, preuve qu’il l’avait sillonnée maintes fois en reconnaissance avant d’y envoyer qui que ce fût. Un tel leader, si sûr de ses connaissances, de ses recrues, était un trésor. Les Rubis Incandescents n’étaient pas une fantaisie romanesque mue par la soif de gloire. Ils étaient un groupe soudé et organisé, agissant de manière réfléchie et calculée. A cet instant, Evan Cornwall ne voyait pas comment il pouvait condamner une telle unité. Anthony Leonhart avait apporté à la Garden un atout exceptionnel en formant les Rubis Incandescents.

Le groupe se sépara et tous coururent vers leurs dortoirs pour se préparer. Certains avaient déjà leurs armes sur eux, ainsi qu’il était autorisé dans l’enceinte de la Garden, mais partir ainsi dans la brousse nécessitait de s’équiper plus lourdement que si l’on allait au centre d’entraînement. Anthony avait laissé tout son équipement dans sa chambre. En entrant, il enfila à la hâte un treillis, tenue plus adaptée pour patrouiller en pleine jungle que ce qu’il avait sur le dos au sortir de la salle de musculation ; il attrapa sa Gunblade, vérifia ses munitions, prit une vingtaine de cartouches de réserve, empocha deux kits d’urgence, son communicateur, et vérifia ses dix Guardian Forces. Ses réserves de sorts étaient au maximum. Il ne put malheureusement pas vérifier l’état de ses sorts Ultima, puisque sa réserve était scellée dans la Garden. Il poussa un petit juron agacé, et sortit. Les deux véhicules attendaient, et déjà les premiers arrivants y prenaient place. Le reste des patrouilles ne tarda pas à se montrer, et les véhicules se mirent en branle.


En bonus, je tenais à vous mettre la photo de la Guardian Force Tonberry. On va voir si ma description était adéquate Wink
http://www.ffreload.com/voirmonstre.php?bestiaire_nom=tomberry&ffb=ff8
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Merisel Faradhreia

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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Dim 10 Juil - 23:16

Commence ici l'un des épisodes les plus durs d'un point de vue dramatique, avec une narration que j'ai voulue "cinématographique". J'exploite à nouveau à fond le gameplay de FF8, et c'est rigolo parce que si l'on compare la scène de combat décrite plus bas avec ce qui peut se passer en ZF dans DAoC, vous verrez qu'il n'y a pas beaucoup de différences en termes de pagaille. Enfin c'est moi qui l'ai voulu ainsi, en m'inspirant d'une des cinématiques de FF8, lorsque Galbadia Garden éperonne littéralement Balamb Garden, et que les soldats de l'armée régulière de Galbadia commandés (indirectement) par la sorcière ennemie envahissent la garden défendue par les SeeDs. En jeu les combats contre les monstres sont très statiques, en tour par tour, avec un système de temps de réaction qui régit l'ordre dans lequel on fait agir les personnages du groupe qui sont toujours au nombre de trois, et la vitesse de frappe du ou des monstres.

Chapitre 5

Des liens indéfectibles lui enserraient les poignets et les chevilles. Un lourd collier de fer la maintenait à terre, enchaînée à un piquet planté hors de la petite cage dans laquelle elle était retenue, comme quelque bête. Il était si serré qu’elle avait peine à respirer. Et il était inutile de songer ne serait-ce qu’à parler. Et d’ailleurs, personne ne la comprendrait. Son champ de vision réduit par les entraves et l’immobilité conséquente ne lui permirent pas de voir ce qu’il se passait dans le village Blitz. Tout ce qu’elle voyait, c’était allées et venues sans cohérence pour elle.

Elle ne put rien voir de plus : privée de l’usage de ses membres, elle était dans l’impossibilité de se mouvoir pour changer de point de vue. Sous cette chaleur suffocante, dans cette position des plus inconfortables, le nez contre le sol aux odeurs d’humus croupi, Edea étouffait. Et elle avait affreusement soif. Combien de temps était-elle restée ainsi exposée à la déshydratation ?
-- Donnez-moi de l’eau, je vous en prie, laissa-t-elle échapper. J’ai si soif.
Les mots écorchaient sa gorge asséchée sur leur passage, et brûlaient ses poumons de leur souffle. Apparemment, elle fut entendue, car un ordre brutal retentit de quelque part, et on la frappa violemment dans les reins. Un deuxième coup l’atteignit sans merci au ventre. Dans un hurlement qui n’était plus réduit qu’à un croassement rauque, elle se tordit de douleur, se contorsionnant dans tous les sens pour se soulager, sans grand résultat. Le cruel collier qui la serrait de trop près lui écorcha la gorge. Elle dut se mordre la lèvre jusqu’au sang pour ne pas « leur » donner la satisfaction de la voir pleurer. Jamais. Ces sauvages ne la verraient pas faiblir. Elle se tourna sur le dos pour se donner un peu plus d’air, et pensa à ses Guardian Forces.

Elles n’étaient plus là.

On les lui avait volées. Elle ne sentait plus leur présence réconfortante dans sa tête. Ainsi les Blitz étaient capables de cela. Edea l’ignorait. En vérité, il y avait très peu d’informations sur les Blitz dans la littérature. Ce dont on était certain, était qu’ils se nourrissaient de la foudre, qu’ils pouvaient l’invoquer quand ils le désiraient pour l’absorber. Les orages étaient pour eux une bénédiction, et à cette occasion ils sacrifiaient une victime en signe de gratitude. Si Edea était là, toujours en vie, c’était qu’un orage se préparait. Son temps était compté. Que pouvait-elle faire ? Sans les Guardian Forces, elle était sans défense.

Les petites patrouilles de trois ou quatre SeeDs progressaient silencieusement au milieu de la jungle, réparties sur un large périmètre de façon à couvrir le plus de terrain possible, guidées au moyen des communicateurs par Alicia, qui marchait aux côtés d’Anthony. Il s’était appointé son garde du corps, la jeune fille étant la moins bien équipée de tout le groupe, guettant le moindre mouvement, repérant la moindre tache suspecte au milieu de la profonde et épaisse verdure. Souvent, malgré elle, Alicia observait Anthony éclaircir la végétation, sonder le terrain du bout du pied avec des gestes experts, sans remuer ni brindille, ni touffe d’herbe, faisant corps avec son environnement comme un Torama à la chasse, choisissant pour elle les chemins les plus sûrs et les plus faciles à suivre, là où elle pourrait poser le pied sans déranger les créatures alentours. Elle ne put s’empêcher de s’émerveiller de cette expérience et de ce métier.
-- Tu viens souvent chasser ici ? demanda-t-elle, élevant la voix un peu trop haut.
Il lui mit la main sur les lèvres et l’enjoignit de rester silencieuse :
-- Contente-toi de pister Alexander, chuchota-t-il.
-- Excuse-moi, murmura-t-elle, contrite.
Professionnel jusqu’au bout. Mais il ne savait pas mettre les gens à l’aise. Alors qu’Alestar…
D’invisibles courants Holy tournoyèrent autour d’elle. Ils flottaient plus loin vers le sud, vers les profondeurs de la forêt vierge. Alicia retint Anthony par le bras et pointa dans ladite direction. Il inclina la tête et transmit l’information depuis son communicateur, puis tous deux suivirent l’invisible piste. Le reste des patrouilles suivit. Une voix retentit dans le communicateur d’Anthony :
-- Anthony, ici Alec. Vous allez droit vers le village Blitz. Il est à quelques heures de vous.
-- Bien reçu, Alec, nous restons sur nos gardes, murmura le SeeD.
Anthony barra soudain le chemin à Alicia et lui fit signe de se mettre à couvert. Elle obéit, et tous deux attendirent. Bientôt, elle vit l’objet de l’alerte : un Death Claw passa devant eux de sa démarche pataude, éclaircissant la végétation de ses quatre immenses griffes déployées comme des ailes atrophiées. Il s’arrêta, semblant flairer quelque chose. Anthony et Alicia se tapirent davantage, imprégnant leur corps de l’odeur du sol. Ne percevant rien d’inhabituel à son odorat, l’ursidé poursuivit nonchalamment son chemin. Anthony et Alicia purent se remettre en route, quand soudain Alicia poussa un hurlement strident, réveillant toute la forêt. Des petits animaux détalèrent dans toutes les directions. Des oiseaux partirent à tire d’aile, affolés, dans un concert assourdissant de piaillements, de croassements et de cris perçants. Anthony n’attendit pas d’en savoir plus et tira sa Gunblade. La tête d’un Anacondaur surgit au-dessus d’eux, gueule grande ouverte. Apparemment, Alicia avait dû le repérer par ses énormes yeux jaunes. Paralysée par la peur, la jeune fille se recroquevilla sur elle-même et hurla de plus belle :
-- Non ! Non !! Ne le laisse pas s’approcher de moi !!
Elle sombra dans des pleurs hystériques, se couvrant la face des bras. Anthony bondit vers la tête et frappa une commissure du plat de la lame. Ainsi déséquilibré, le serpent géant dut refermer sa gueule, et vacilla amplement. Anthony ne perdit pas de temps et chargea de nouveau la bête, cherchant à la décapiter. L’animal ripostait de vigoureux coups de queue, attaquait de la tête, cherchait à enserrer l’humain dans ses anneaux. Peine perdue : l’adversaire était trop agile. Un coup l’atteignit dans la joue et vida une poche de venin. Un second coup le taillada le long du corps et désorganisa la puissante musculature. Anthony monta sur le dos du serpent maintenant affaibli, et se mit à califourchon derrière la tête. L’Anacondaur se débattit comme il put pour désarçonner l’indésirable, mais celui-ci tenait bon. Engagé dans ce rodéo surréaliste, Anthony asséna de puissants coups en travers du cou là où il était le plus fragile. Il brisa la colonne vertébrale. Un violent spasme secoua le serpent, qui s’abattit de tout son long, inerte, la tête désolidarisée du reste du corps et encore suspendue par d’épais lambeaux de chair déchirée, dans un angle étrange. Anthony se releva, haletant. Il avait eu de la chance, cette fois. Le dernier qu’il avait affronté s’était montré plus combatif.
Alicia pleurait toujours, secouée de terreur. Il s’agenouilla près d’elle et lui prit les épaules :
-- C’est terminé, Alicia, il est mort.
Sourde à ses paroles, elle secouait frénétiquement la tête, possédée par une panique irraisonnée :
-- Non, non, ils sont partout, ils vont venir, nous allons tous y passer.
-- Hé là, hé là, doucement, c’est terminé. Tant que je serai là il ne t’arrivera rien, c’est promis.
-- Je savais que c’était une mauvaise idée, je le savais ! Rentrons, je t’en prie, je n’en supporterai pas davantage.
-- Et laisser tomber le Professeur Kramer ? rétorqua-t-il sévèrement. Puis-je te rappeler que c’est elle qui t’a tirée d’affaire ? Un peu de cran, bon sang, tu lui dois bien ça ! Allez, debout, il faut continuer !
Un feulement se fit entendre au dessus de leur tête. Antony leva les yeux et aperçut un Torama prêt à bondir. Il jura, changea ses Jonctions et imprégna la lame de la Gunblade du sort Death. Pas le temps de faire dans le détail. Il bondit et porta un coup au Torama qui tomba sans vie, pourfendu avec netteté. Alicia laissa échapper un cri à la vue du cadavre chutant devant elle. Le communicateur d’Anthony se fit de nouveau entendre :
-- Anthony, est-ce que ça va ? On a entendu un cri. Tout va bien ?
-- Tout va bien. Continuez, les gars, il y a de fortes chances que le Professeur soit retenue au village Blitz. Alec connaît la zone, suivez ses instructions.
-- Bien reçu. Fais attention à toi.
Il secoua doucement Alicia :
-- Allons, il faut continuer. Ce n’est pas le centre d’entraînement, ici. C’est dangereux de rester trop longtemps sur place.
-- Non, Anthony, je n’en ai pas la force. C’est trop pour moi.
-- Dis-toi que nous sommes en mission, et qu’un SeeD ne recule pas. Il ne t’arrivera rien, crois-moi, tu es avec les meilleurs de la Garden, tu n’as rien à craindre. Mais nous devons rester groupés. Si nous restons ici, nous allons être distancés, et c’est là que ça devient dangereux. Lève-toi et partons vite. Nous avons encore pas mal de chemin à faire.
Il se leva et lui tendit la main :
-- Allez, viens, dépêchons-nous. S’il t’arrive malheur, mon frère va m’étriper.
A la mention d’Alestar, Alicia rougit et accepta la main d’Anthony. Tous deux se remirent en route.

Un vent porteur de mauvais présages se leva, froid, charriant son cortège de nuages bas et lourds. Edea ferma les yeux, comme pour ne pas voir la cruelle et imminente réalité. « Mon dieu, je vais mourir là, sans personne pour me sauver. » C’était impossible. Son absence avait certainement été remarquée, et des recherches avaient été lancées. Edea ne savait pas s’il lui était permis d’espérer quoi que ce fût. Enchaînée là, démunie, sans défense aux mains de ce peuple rude et barbare, tout espoir semblait n’être qu’une vague rêverie surréaliste. « Cid… Mes enfants… Mes SeeDs… » Edea se mit à prier. Seules des prières pieuses et sincères pouvaient franchir les impénétrables frontières de cet environnement sans espoir et sans merci.

Lorsque l’on prie pour être sauvé, l’on espère avec ferveur être secouru par toutes formes de miracle possibles et imaginables, mais certainement pas par le douloureux étau mental d’une âme immensément puissante, noircie par une ambition démesurée et une soif de pouvoir si frénétique qu’elle abolit toute humanité, vêtue de la robe pourpre de la cruauté.

L’impitoyable présence fouilla son esprit de ses doigts griffus et s’installa sans ménagement, établissant un lien psychique puissant, serré comme une corde de soie, et brûlant comme de la ronce. Edea se demanda par quel miracle son crâne restait encore intact.
-- Eh bien ma fille, commença la présence, d’une voix sèche, autoritaire, imprégnée d’un fort accent qu’Edea ne reconnut pas, est-ce ainsi que vous honorez l’héritage que je vous ai légué ?
Chaque mot qui résonnait dans sa tête lui procurait une migraine affreuse.
-- Qui êtes-vous ? parvint-elle à articuler mentalement.
-- Vous ne vous souvenez pas de moi. Ma fille, je m’attendais à plus de reconnaissance que cela. Vous êtes mon avant-poste dans cette époque. J’ai besoin d’une enveloppe charnelle ici afin d’y projeter ma conscience et agir à ma guise.
Tout lui revint en mémoire. La douloureuse passation de Pouvoirs. Ce jeune SeeD venu du futur, et qui… qui ressemblait à s’y méprendre à Anthony Leonhart ! Mais qui était-il ? Son fils ? Son frère ? Un Leonhart. Destiné à combattre les Sorcières. Orphelin de la Fondation. Et SeeD. Par le Ciel, les implications de ces souvenirs allaient par trop loin. Ce futur qu’elle entrevoyait simplement en revivant ses souvenirs ne lui plut guère. Quel chaos allait donc s’abattre sur Centra et le reste de la planète ?
-- Non, je ne vous laisserai pas faire !
Un rire grinçant retentit :
-- Vous n’y pourrez rien, ma fille. Ce sont mes Pouvoirs qui sont en vous, et de fait, je reprendrai mes droits. Chaque jour vous deviendrez plus forte, et bientôt vous le serez suffisamment pour m’accueillir, et là, je punirai ces enfants que vous avez formés pour se dresser contre moi. Ils seront détruits par votre faute ; je les écraserai, j’en ferai mes esclaves, et les jetterai dans un monde où ils connaîtront la souffrance par-delà la souffrance, à tel point qu’ils me supplieront de mourir. Mais je n’en ferai rien. Ce sera leur châtiment. Par votre faute, ma fille. Pour avoir osé me défier. Souvenez vous. Votre faute.
-- Non, vous mentez. Sortez de ma tête, je ne vous laisserai pas toucher à mes enfants.
-- Pour le moment, ma fille. Pour le moment. Et… N’oubliez pas : vous êtes déjà une Sorcière. Je surveille de très près mes investissements, surtout ceux à long terme.
Dans un rire qu’Edea ne voulait plus entendre, la présence se retira aussi brutalement de sa tête qu’elle y était entrée, laissant un atroce vide, où plus tôt avait séjourné une entité au Pouvoir terrifiant. Mais Ultimecia n’était pas partie sans rien lui laisser : après le départ de la Sorcière, Edea sentit battre en elle deux sorts d’une rare puissance : Maelström et Ice Spear, une Limit Break qui ne pardonnait pas.


Du haut d’une des nombreuses baies vitrées qui éclairaient les coursives de la Garden, Brian Almasy regardait s’éloigner les véhicules blindés légers. Bénie fût cette disparition. Au moins elle éloignait l’intéressé. Il se détourna et se mit à la recherche d’Ambrosia.

Anthony parti, Ambrosia restait à tenter de réconforter l’inconsolable petite fille qui pleurait à chaudes larmes.
-- Ca va aller, tu verras, ils vont la retrouver et la ramener saine et sauve.
-- Mais pourquoi elle est partie !!
-- Elle avait peut-être quelque chose de très important à faire, pour protéger les gentilles petites filles comme toi.
-- Elle m’avait promis de ne jamais partir !
-- Tu sais, parfois on ne peut pas tenir une promesse, même si on essaye très fort. Ca arrive.
Elle soupira. Mieux valait ne pas s’éterniser sur le sujet et détourner l’intérêt de la petite fille :
-- Venez, je vais vous faire visiter la Garden. Il y a un tas de jolies choses à voir.
-- Non, je veux pas ! Je veux retrouver Matwin !
-- On va la retrouver, c’est promis. Mais en attendant, on ne va pas rester là à ne rien faire. Il y a plein de beaux jardins à l’extérieur, et aussi des Chocobos. Vous voulez les voir ?
L’appât fonctionna à merveille :
-- On y va, on y va ! s’exclama la petite fille à tue-tête.
L’adolescente se contenta d’adresser un soupir de reconnaissance à Ambrosia, qui lui répondit par un clin d’œil.
-- Alors c’est d’accord. Avez-vous mangé ?
-- Oui, répondit Kimberley.
-- Parfait. Allons chercher du grain pour les Chocobos et on y va.
A ce moment, une voix interpella Ambrosia dans son dos. Elle se retourna et vit Brian approcher. Cela faisait longtemps qu’il ne lui avait pas adressé la parole. Que lui voulait-il ?
-- Salut Ambrosia, commença-t-il, amène et courtois. J’aurais… Un service un peu spécial à te demander.
-- Pas aujourd’hui, Brian. Je suis en mission « baby sitting ». Cela peut attendre ?
-- Ben… C’est-à-dire que c’est un peu pressé.
-- Si c’est pour un Dragon de Rubis, il faudra revenir. Tous les Rubis aptes à parrainer sont partis en patrouille.
Le règlement instauré par Anthony stipulait qu’un Rubis n’était pas suffisant pour parrainer un nouveau membre. Il fallait tuer au moins deux dragons pour accéder à ce statut.
« Pense à quelque chose ! Elle va t’échapper ! » se dit Brian avec urgence.
-- Non non, ce n’est pas pour ça du tout ! Um… Eh bien on peut se retrouver à l’heure du déjeuner ?
-- Si je peux trouver quelqu’un pour me remplacer auprès de ces deux jeunes filles. Pourquoi as-tu besoin de moi ?
-- C’est parce que… En fait voilà. J’ai une étude en biologie animale à rendre pour la semaine prochaine, et j’ai un peu de mal. Je sais que tu es calée dans ce domaine, alors…
-- Tu veux un coup de pouce. Très bien, je verrai ce que je peux faire. A tout à l’heure. Tu seras à la bibliothèque, je suppose.
-- Euh… oui, oui, bien sûr. Bon eh bien à tout à l’heure. Et… merci hein !
Il repartit en courant, et Ambrosia, sans plus lui prêter attention, accompagna les deux orphelines chercher des seaux de grains au magasin de la Garden, puis toutes trois partirent dans les jardins en direction des écuries.

Brian se laissa tomber le dos contre la porte de sa chambre en poussant un profond soupir. Cela avait été plus facile qu’il ne l’avait escompté. Enfin seul avec Ambrosia. Il allait montrer à cette bêcheuse qu’il valait bien cent fois mieux que ce prétentieux de Leonhart. Mais elle était tellement envoûtée par lui qu’elle ne voudrait même pas se laisser convaincre. Eh bien elle allait devoir se rendre à l’évidence. Il alla ouvrir l’armoire qui abritait tout son équipement et prit deux fioles ; l’une était étiquetée Sleep Powder, et l’autre Silence Powder. Ambrosia était connue pour ne jamais abandonner ses Jonctions. Il ne restait plus qu’à guetter le retour de la SeeD la plus convoitée de Centra Garden.

Pas si vite ! Anthony était loin, Ambrosia ne se doutait de rien. Mais Alestar ? Où était-il ? Brian empocha les deux fioles et sortit de sa chambre. Personne dans le couloir qui ressemblât au cadet Leonhart. Le jeune SeeD sortit du pavillon et regagna la Garden. Il se dirigea vers la cafétéria. En général, c’était là qu’Alestar se trouvait le plus souvent quand il avait du temps libre. Et apparemment, le SeeD s’y trouvait, car Brian put voir en entrant un important rassemblement d’étudiants autour d’une table au fond de la cafétéria. Alestar démontrait encore ses immenses talents à la Triple Triad en relevant défi sur défi, et cela attirait toujours les foules. Même son frère ne lui arrivait pas à la cheville à ce jeu. « Ce n’est pas possible, il doit coucher avec la Reine des Cartes ! » se dit Brian. Il pouvait se tranquilliser : en général, Alestar restait des heures à jouer tour sur tour, pour le plus grand plaisir des amateurs de ce jeu. Et ce fut d’un pas désinvolte que Brian quitta la cafétéria, et attendit patiemment le retour d’Ambrosia.

Ambrosia et les deux pensionnaires du Manoir Kramer déambulaient au milieu des interminables rangées de boxes individuels où logeaient des Chocobos de toutes les couleurs issus des meilleures races. Les deux orphelines regardaient, bouche bée, ces splendides gallinacés coureurs géants hauts sur pattes au plumage lustré, chatoyant sous le soleil. Elles n’avaient jamais vu un Chocobo de près, et surtout pas autant d’un coup. Ambrosia les mena vers un boxe d’où dépassait une grosse tête bien ronde au bec brun puissant et aux yeux noirs très vifs, et au plumage vert richement nuancé et irisé d'or au bout des plumes.
-- Celui-là, c’est le mien, dit-elle en désignant l’animal. Vous pouvez le caresser, il n’est pas méchant. Bonjour Kroohee, dit-elle doucement en caressant le large crâne alors qu'il se baissait pour l'accueillir en battant joyeusement des ailes. Non, pas de promenade aujourd’hui, je suis en mission.
-- Il est vraiment à toi ? demanda Phillea, les yeux ronds.
-- Oui, c’est mon père qui me l’a offert il y a trois ans pour mon anniversaire. Comme je ne voulais pas m’en séparer lorsque je suis entrée à la Garden, j’ai loué ce boxe pour lui. Il ne danse pas mais court très vite !
-- Quelle chance vous avez d’avoir des parents, murmura Kimberley.
Ambrosia la considéra avec sympathie.
-- Et le Prince de la Lune ? Où est son Chocobo d'or ? demanda à brûle-pourpoint Phillea
-- Le Prince de la Lune ? répéta Ambrosia en riant. Elle s’accroupit en face de la petite fille : D’où connais-tu Wilfried ?
-- Je l’ai rencontré dans mon rêve. Il m’a emmenée sur la lune et m’a fait voir la Ville Blanche des Princes de la Lune ! répondit-elle fièrement. Et puis il m’a offert un Chicobo. Mais je ne l’ai pas emmené avec moi, parce qu’il voulait rester près de sa maman.
-- Phillea, dit Kimberley avec lassitude, n’ennuie pas la dame avec tes histoires à dormir debout.
-- Non, au contraire, intervint Ambrosia, je suis curieuse de savoir. Et il ressemblait exactement à Wilfried ?
-- Mais c’est lui, le Prince de la Lune ! Je ne dis pas n’importe quoi !
-- Et il a promis de revenir te voir ?
Phillea hocha vigoureusement la tête :
-- Et ça s’est passé exactement comme ça. Je suis venue ici, et il était là.
« Que voilà un don bien étrange », se dit Ambrosia.
-- Et… Est-ce que tu savais que… Enfin… « Matwin » allait disparaître ?
-- Non. Mais le Prince de la Lune va la retrouver, n’est-ce pas ?
-- Oh oui. Je t’en donne ma parole. Ambrosia ouvrit le boxe : Venez, entrez, on va pomponner Kroohee. Il adore ça.
-- Et il est où le Chocobo d'or du Prince ? insista Phillea.
Ambrosia la regarda et sourit :
-- Il en a beaucoup d'autres. Mais ils sont chez lui, dans son palais. Ici, il en monte plusieurs, mais ce ne sont pas les siens. Si tu es sage, on ira voir ceux du Choco-Polo, et je te montrerai celui qu’il a l’habitude de monter pour jouer.
-- On va le voir !
-- Pas avant d’avoir brossé Kroohee. Tu vas voir, c’est très amusant.
Elle donna un pinceau brosse à chacune, et commença alors une séance de pansage méticuleux, qui consistait à lisser au pinceau toutes les couches de duvets et plumes du Chocobo. Kroohee avait gagné son nom dès le jour de l'éclosion, car de toute sa couvée, il était le seul à appeler sa mère d'un strident « kroooooooooo-hee », alors que tous ses frères et sœurs ne faisaient que pépier.
-- Dis, fit Phillea, alors qu’elle brossait ce qu’elle pouvait atteindre du grand Chocobo, tu es amoureuse de « lui » ?
-- Phillea ! s’exclama Kimberley. On ne demande pas ce genre de choses !
Ambrosia se contenta d’éclater de rire et répondit simplement :
-- Oui. Nous allons nous marier.

Ambrosia passa une merveilleuse matinée. Si elle pouvait signer pour d’autres missions de ce genre, elle n’hésiterait pas. C’étaient deux charmantes enfants, et de surcroît très bien élevées pour des enfants vivant dans un orphelinat. Le Professeur Kramer s’occupait décidément bien de ses affaires. Elle souhaita ardemment que les Rubis Incandescents d’Anthony la retrouvent. L’heure du déjeuner approchait, et il fallut songer à revenir pour se restaurer, d’autant que Phillea commençait à avoir grand-faim. Avant de rentrer à la Garden, Ambrosia voulut vérifier un détail au sujet de la petite fille :
-- Phillea, tu vas regarder attentivement mon épaule droite, et me dire ce que tu vois.
Sur ce, elle murmura un nom, « Pegasus ». Presqu’aussitôt, elle vit la petite fille écarquiller les yeux, une expression ébahie éclairant sa frimousse.
-- Alors, que vois-tu ?
-- Je vois un cheval tout en argent avec des grandes ailes !
-- Je te présente Pegasus, ma Guardian Force. Nous les SeeDs, on a tous des Guardian Forces. Si tu deviens SeeD plus tard, tu seras une très grande SeeD.
-- Et j’aurai des Guardian Forces aussi ?
-- Oh oui, tu en auras beaucoup. Allons déjeuner, maintenant.

Pendant le déjeuner, Ambrosia chercha une camarade à qui confier les deux enfants, ceci pour aller aider Brian, encore qu’elle doutât qu’il eût véritablement besoin de son aide : la biologie animale à l’année de Brian n’était vraiment pas difficile. Sa remplaçante trouvée, elle s’excusa auprès des deux enfants et prit congé. Elle sortit du luxueux restaurant et se rendit à la bibliothèque. A cette heure-ci, alors que l’on attendait son tour pour aller déjeuner, soit d’un bon repas au restaurant, soit d’un rapide sandwich acheté à la cafétéria, la bibliothèque et les salles d’étude étaient abondamment fréquentées. Ce n’étaient pas les meilleures heures pour être au calme, mais ce n’était pas le problème d’Ambrosia. Si cela ne dérangeait pas Brian de travailler dans le brouhaha…

L’accès à la bibliothèque présentait un passage obligatoire par un vestiaire pour y poser ses affaires, afin d’en emporter le moins possible à l’intérieur. Nombreux étaient les SeeDs qui transportaient avec eux des objets encombrants, et ceux-ci gênaient les déplacements dans la bibliothèque. Comme Ambrosia s’y attendait, tous les casiers étaient pleins, et les derniers arrivés n’avaient eu d’autre choix que de poser leurs affaires superflues par terre. Ce vestiaire ressemblait parfois à une incroyable quincaillerie, avec des sacs de toutes tailles et toutes couleurs, des vêtements, des objets les plus divers, allant des armes jusqu’aux paquets de fioles contenant toutes sortes de potions, en passant par des catalogues d’armes, des revues de combat, des magazines animaliers, des accessoires sportifs… Certains jours, il était quasiment impossible de poser le pied sans manquer d’écraser quelque chose. Il était presque incongru d’observer un tel désordre dans une académie militaire où tout le reste était parfaitement ordonné. N’ayant rien à y poser, Ambrosia franchit rapidement le vestiaire, quand une main se plaqua sur sa bouche. Elle fut rapidement immobilisée, sans pouvoir se débattre. On l’obligea à inhaler une poudre dorée qu’elle ne reconnut que trop bien. « Sleep Powder ! Ne pas respirer ! Ne pas… » Trop tard. Ses paupières s’alourdirent instantanément, et elle sombra dans le plus profond des sommeils.


La haute palissade du village Blitz fut bientôt en vue. Il était temps. Un fort vent de tempête malmenait la végétation de ses puissants courants. Le ciel, là où il perçait au travers des hauts arbres tropicaux, était presque noir. Les uns après les autres, les groupes de SeeDs se rejoignirent aux portes du village.
-- Voilà notre objectif, dit Anthony. Alec, comment est le village ?
Le jeune homme fit une moue :
-- Banal. Un village indigène, avec des huttes en terre, rien de plus. Il y a un grand mât en acier au centre, pour les rites sacrificiels. Ils suspendent la victime là-haut et attendent que ça se passe.
Un frisson glacial parcourut le dos d’Anthony. Songer que le Professeur Kramer pourrait finir de cette façon…
-- Alors allons-y. Le but est de provoquer la plus grande panique, et de retrouver le Professeur. Ce n’est pas une expédition punitive, juste une opération de sauvetage.
-- Pourquoi ne pas raser le village tant qu’on y est ? demanda quelqu’un.
Anthony secoua la tête :
-- Nous ne savons rien ou presque des Blitz. Ils sont peut être un maillon important de cet écosystème. Il vaut mieux ne rien risquer. Alors pas de dégâts excessifs. Dès que nous aurons récupéré le Professeur, ils nous poursuivront certainement. Je veux une arrière-garde suffisamment dissuasive pour les retenir : armes longues, armes de faible et moyenne portée suffiront. Faites seulement attention à leur Betrayal Sword, et n’oubliez pas de vous équiper pour absorber la foudre. Ce groupe-là m’accompagnera et me couvrira pendant que j’irai chercher le Professeur. Je compte sur vous, parce que je serai totalement vulnérable pendant toute l’ascension du mât. Alicia tu resteras avec eux. Tout ira bien ?
Il n’avait pas oublié que la jeune fille était encore sous le coup d’un récent choc. Alicia hocha la tête :
-- Ca ira, Anthony, il n’y a pas d’Anacondaur dans le village. Je ne serai plus un handicap. C’est promis.
Anthony sourit, puis choisit six de ses camarades pour constituer l’arrière-garde. Les rôles ainsi répartis, l’équipe de sauvetage se rassembla derrière les portes du village et attendit le signal d’Anthony.

Les premiers coups de tonnerre se firent entendre, et tirèrent Edea de son état de semi-inconscience. Le vent glacial l’assaillait de toutes parts. On l’avait hissée au sommet d’un mât vertigineux, tout en acier, et elle était enchaînée là. Une douzaine de gros câbles reliaient le haut du mât à un nombre égal de poteaux qu’elle pouvait apercevoir depuis son point de vue, tous fait dans un matériau conducteur. Déjà les habitants du village s’amassaient autour des poteaux et attendaient, possédés par une sorte de transe. Edea fut prise d’un brutal haut-le-cœur. Quelle répugnante cérémonie. Combien avant elle avaient subi cette mort atroce ? Une flamme froide envahit son être. Deux mots lui vinrent à l’esprit, puissants, brûlants, pressants. Maelström. Ice Spear. Elle avait ce pouvoir en elle. La sensation de froid, de solitude, de dénuement, la quitta un instant. Elle était si puissante, si supérieure à ces êtres primitifs, elle n’avait rien à craindre d’eux. Elle pouvait tous les balayer en prononçant un seul mot, ces êtres si faibles qui ne se doutaient pas de la menace qui planait au-dessus eux. Ils regretteraient de l’avoir fait prisonnière, de lui avoir fait subir humiliation sur humiliation. Une fureur vengeresse s’empara d’elle, alors qu’elle concentrait son Pouvoir pour déchaîner le terrible Maelström, lorsqu’elle vit le regard froidement satisfait d’Ultimecia l’encourager à faire usage de ce don mortel. La réalité de son environnement la frappa de nouveau de sa dureté glaciale. « Je ne serai pas comme vous ! » Elle lutta pour refouler le sort prêt à être jeté. Elle crut entendre Ultimecia feuler de rage. « Idiote ! » L’écho de la voix explosa dans sa tête et se répandit dans tout son corps comme une profonde et interminable griffure qui la dilacérait, lambeau par lambeau. Edea hurla et perdit connaissance. Un violent coup de tonnerre ébranla la forêt de Centra.

Anthony fit voler les portes en éclat ainsi qu’une bonne portion de la palissade avoisinante par un puissant sort Flare. L’effet fut immédiat : les Blitz furent brusquement détournés de leur rituel, quand bien même fussent-ils en transe. Un déluge de pluie et de vagues de feu et de glace s’abattit sur le village, détruisant aveuglément les constructions rudimentaires, frappant au hasard de la fantaisie des éléments invoqués. Pris de panique, les Blitz coururent en tous sens, certains pour se protéger, d’autres pour saisir les premières armes qu’ils pouvaient trouver. Quel que fût l’agresseur, il fallait protéger le village. Le groupe de SeeDs fit irruption dans le village. On entendit les premiers bruits de bataille, les premiers chocs des armes contre les armes. Des éclairs de foudre fusèrent en tous sens. Pour semer davantage de confusion, des SeeDs lancèrent des grenades aveuglantes et des fumigènes, de sorte que les Blitz ne purent voir que l’envahisseur n’était constitué que d’une vingtaine de SeeDs légèrement armés. Ce fut ainsi camouflés qu’Anthony, Alicia et leurs six camarades parvinrent au pied du mât. « Mon Dieu, c’est haut », se dit Anthony, alors qu’il jaugeait l’obstacle. « Pourvu que je puisse en descendre à temps, sinon je vais griller, moi aussi. »
-- Restez à distance. La foudre menace de frapper à tout moment, recommanda-t-il. Je pense que je redescendrai par le câble qui est là, ajouta-t-il en désignant le gros filin le plus proche d’eux. Je n’aurai pas le temps d’emprunter les échelons. Soyez prêts à nous réceptionner.
Ce disant, il défit sa ceinture et se la mit autour du cou, puis commença l’ascension du mât.

« Esuna » entendit-elle au travers d’une épaisse brume acoustique. Ambrosia ouvrit instantanément les yeux et vit qu’elle était dans sa chambre, étendue sur son lit. Comment était-elle parvenue jusqu’ici ?
-- Si tu savais comme tu es belle quand tu dors, dit-on, du côté de son bureau.
Ce n’était pas la voix d’Anthony. Elle tourna la tête vers son bureau et vit celui qui était nonchalamment assis au fond du fauteuil.
-- Brian ?
-- Bien dormi ?
Elle tenta de se redresser. Pas moyen. Elle était menottée à la tête du lit. Et il lui avait également attaché les chevilles à l’autre bout du lit.

Brian. Le flacon de Sleep Powder. Tout lui revint en mémoire. Sans savoir pourquoi, elle fut prise de peur.
-- Qu’est-ce que ça veut dire ? Mais de quel droit ! s’exclama-t-elle.
Il se leva lentement et vint s’asseoir près d’elle, au bord du lit.
-- Je m’étais promis de vous faire un cadeau à ma façon pour votre mariage, commença-t-il.
-- Tu es complètement fou ! Enlève-moi ça tout de suite !
A présent elle savait pourquoi elle avait peur. Et rien ni personne ne pourrait la sauver. Sauf…

Aucun son ne sortit de sa bouche. Avec un petit sourire, Brian exhiba un petit flacon étiqueté « Silence Powder ». Le sort Silence empêchait de prononcer le nom des sorts et des Guardian Forces.
-- Je sais que tu ne quittes jamais tes Jonctions, Ambrosia. Maintenant on ne pourra plus dire de moi que je suis un demeuré sans cervelle. Pour une fois, tout se déroule comme je l’avais prévu. Une sacrée aubaine qu’Anthony soit loin. Et l’autre « chien de garde » s’amuse avec ses joujoux favoris. Beau concours de circonstances, hein ?
Il avança la main vers la veste d’uniforme de la jeune fille pour en défaire les boutons
-- Arrête ! Non ! Ne fais, pas ça, je te l’interdis !
Il écarta les pans de la veste blanche ornée de galons dorés et entreprit de déboutonner la chemise.
-- Pourquoi ? C’est moi qui aurais dû être à la place de « Monsieur » depuis belle lurette. Mais tu as préféré jouer les courtisanes en te jetant dans ses bras. Tu n’imagines pas le mal que ça m’a fait. Finalement tu ne vaux pas mieux qu’une autre, espèce de catin !
Il lui saisit le menton et lui força un baiser brutal. Ambrosia crut recevoir un choc électrique qui lui arracha un cri strident, étouffé par les lèvres de Brian. Des lèvres étrangères, impures. N’ayant d’autre moyen pour se défendre, elle lui mordit la langue jusqu’au sang. Dans un cri surpris, il s’écarta brusquement.
-- Garce ! persifla-t-il avant de la gifler.
Il essuya le sang qui coulait au coin de sa bouche et acheva d’ouvrir la chemise d’Ambrosia.
-- Il t’a décidément enseigné de bien vilaines manières…
L’air frais de la chambre sur sa peau lui coupa le souffle comme un coup de sabre. Non. Ce n’était pas possible. Il n’allait tout de même pas… Et Anthony qui n’avait jamais… « Oh mon Dieu… » Ambrosia détourna les yeux, alors que les larmes lui brûlaient les paupières. Il n’y avait pas d’issue. Elle allait être déshonorée à jamais. C’était inéluctable. Comment avait-elle pu tomber dans ce piège aussi facilement ?
-- Je t’en supplie, Brian, ne me fais pas ça. Tu ne peux pas me faire ça.
Un bref éclair de triomphe passa dans les yeux du jeune homme. Il lui caressa la joue rougie par la gifle :
-- Voyons, que veux-tu que je fasse ? Je ne te veux aucun mal. Je vais te traiter comme une reine, et tu verras si je ne vaux pas mieux que ce prétentieux de Leonhart.
-- Non Brian, non. Pas ça. Je t’en supplie.
Sa voix se brisa et ses dernières protestations ne furent plus qu’un flot de pleurs désespérés. « Pardon, Wilfried, oh pardon… »

Anthony aperçut enfin Edea en haut du mât. Il était temps : on lui lançait toutes sortes de projectiles, allant de la simple pierre au pieu, et bien des fois il avait senti la mort passer en sifflant à ses oreilles. De terribles bruits de bataille lui parvenaient d’en bas, malgré l’altitude à laquelle il se trouvait. Le vent faisait dangereusement vaciller le mât. Les premiers éclairs brillaient entre les nuages, éclairant brièvement son champ de vision. Il fallait faire vite. Anthony parvint à défaire les chaînes des poignets ensanglantés d’Edea, et la chargea sur son dos. S’assurant de leur équilibre, il prit sa ceinture, la plia en deux et la passa sur le câble. Il agrippa fermement les deux extrémités d’une main et commença à se laisser glisser jusqu’en bas. Il espérait que l’épais cuir résisterait aux frottements jusqu’à au moins une hauteur acceptable de laquelle il pourrait sauter si la ceinture venait à se rompre. Quelque chose lui brûla le bras. Il manqua lâcher la ceinture, mais tint bon, serrant les dents. Il n’était pas question de lâcher. La descente lui parut interminable. Son bras, endommagé de surcroît, souffrait de supporter à lui seul le poids de deux personnes suspendues dans le vide, et malgré un entraînement rigoureux et soigneux, Anthony crut à maintes reprises se rompre quelque structure musculaire ou articulaire. Un autre projectile l’atteignit à la cuisse, alors qu’un Protect l’enveloppait, une seconde trop tard. Il n’osa pas regarder pour estimer les dégâts, se concentrant pour garder Edea sur son épaule et s’accrocher ferme à sa ceinture. Il avait accompli la moitié de la descente. Son bras lui faisait de plus en plus mal et il ne sentait déjà plus sa main. Il ferma les yeux et fit une rapide prière. « Faites que nous nous en sortions ». Il vit la pierre trop tard. Heureusement déviée par le Protect judicieusement lancé depuis le sol, elle lui percuta néanmoins la tempe, et cela suffit pour qu’un voile noir descendît sur ses yeux.

Alestar tira d’un geste enjoué la carte à l’effigie d’un Torama du jeu de son adversaire sous les applaudissements de ses inconditionnels, tous amateurs de Triple Triad. Il la brandit et demanda :
-- Qui cherche une carte Torama ? Je la lui offre volontiers !
C’était une habitude chez le champion de Triple Triad de Centra Garden : son jeu était tellement fourni qu’il ne gardait presque jamais les cartes gagnées pour lui, et préférait les offrir à qui le voulait. Cette générosité ajoutait à sa popularité. Une main se tendit, et il offrit la carte de bon cœur.
-- Voilà de quoi faire un Life Ring, déclara-t-il joyeusement.
-- Dis-moi, Alestar, demanda quelqu’un, comment fais-tu pour rester aussi serein alors que ton frère est dans la brousse à affronter l’ennemi ?
Il sourit :
-- Mon grand frère, répondit-il, est un grand garçon, et il n’aime pas savoir que je m’inquiète pour lui. Il est de plus équipé pour que rien de sérieux ne lui arrive. Alors je ne m’inquiète pas. L’autorité de l’aîné est une chose qui ne se discute pas.
Et de cela ils durent se satisfaire. Il ne se passa cependant pas beaucoup de temps avant qu’un nouveau défi ne fût proposé au jeune homme, qui le releva avec grâce, à la grande joie de son entourage.

Un coup de ciseaux ouvrit le soutien-gorge en son milieu. La jupe fut entamée de semblable façon, ainsi que la délicate pièce de lingerie, dernier rempart de la jeune fille contre la nudité.
-- Mon Dieu non ! hurla Ambrosia, alors que l’air brossait ses parties les plus intimes.
Brian se pencha sur elle :
-- Tu n’as aucune raison d’avoir peur. Ce ne peut pas être différent d’Anthony. J’ai même peur de ne pas être à la hauteur, à la vérité, ajouta-t-il avec cynisme.
Comment lui faire comprendre qu’Anthony la vénérait tellement qu’il n’avait jamais osé aborder le sujet ? Et à présent cette brute allait…
-- Il… il n’est pas comme toi, laissa-t-elle échapper à tout hasard.
Il se redressa brusquement, pas bien sûr de l’implication :
-- Qu… Quoi ? Tu veux dire que… Il se frappa le front d’une main : Ce puceau trouillard ! Alors là je suis terriblement déçu ! Mais alors, fit-il avec perfidie, cela veut dire que je vais être ton initiateur ! Quelle délicate attention de sa part ! C’est vraiment trop d’honneur, tu pourras le lui dire. Dans ce cas je vais me repaître de ce corps de déesse que j’aurais dû mériter, moi. Tu ne seras pas déçue du voyage, ma belle. De tels attributs méritent qu’on s’y attarde.
Ambrosia ferma les yeux alors que Brian défaisait sa ceinture. Elle ignora du mieux qu’elle put, écœurée qu’elle était, ravagée de honte, le répugnant contact de ces mains, de ces lèvres, de cette langue sur elle. Brian comptait bien laisser son empreinte la plus complète, bafouant sans le moindre scrupule ses seins, ses hanches, ses cuisses, l’obligeant à se plier à ses baisers au goût de fiel, à goûter à sa dure virilité, fouillant jusque dans ses sanctuaires les plus interdits. Rien de ce qu’elle gardait jalousement pour Anthony ne fut épargné. Il ne lui laissa rien, pas même l’ultime et maigre refuge qui était de se cacher le visage entre les mains pour pleurer, celles-ci étant retenues au-dessus de sa tête par les cruelles menottes. Au bout de ce qui sembla une éternité à Ambrosia, il estima qu’il en avait assez fait, et passa à l’acte. Elle fut incapable de résister à l’atroce déchirure dans ses entrailles, qui lui arracha des hurlements stridents, des larmes de souffrance et des supplications, lorsqu’il s’engagea sans merci en elle, criant son triomphe.

Alestar suspendit son jeu, envahi par un doute glacial. Il avait cru entendre un cri. Ambrosia. Il tendit de nouveau l’oreille. Rien. Pourtant il n’avait pas rêvé. Son instinct aiguisé au-delà de la normale lui disait que quelque chose de terrible se tramait dans la Garden. Il avait toujours eu ce don de sentir quand quelque chose n’allait pas auprès de personnes qui lui étaient chères. Ambrosia appartenait à cette catégorie. D’un geste par trop hâtif, il rassembla ses cartes.
-- Quelque chose ne va pas, Alestar ? demanda son adversaire.
-- Je suis terriblement désolé, dit-il aussi aimablement qu’il put, mais je dois prendre congé. On a besoin de moi. Navré de devoir partir aussi vite.
Sans en dire plus, il attrapa son Royal Flail et partit à grandes enjambées.

Alicia jura alors qu’elle vit le javelot érafler la cuisse d’Anthony une seconde avant que son Protect ne fît effet. Autour d’elle, c’était le chaos : ses camarades SeeDs étaient engagés dans des combats contre plusieurs Blitz. Les sorts de toute nature fusaient de toutes parts. Les armes claquaient les unes contre les autres, jetant éclairs et étincelles. Elle-même n’avait pas été en reste et avait dû repousser plusieurs Blitz, mais elle restait concentrée sur la périlleuse progression d’Anthony au milieu de la pluie de projectiles. Une Betrayal Sword manqua son épaule d’un cheveu. Elle se retourna et opposa une parade immédiate de son épée. Ce Blitz… Il avait quelque chose de familier sur lui. Holy. Alicia ne pouvait pas se tromper. Il avait Alexander sur lui. Et peut être d’autres Guardian Forces appartenant au Professeur Kramer. « Draw G-Force », prononça-t-elle. Une. Deux. Trois ! Elles l’investirent de leurs immenses pouvoirs, lui prêtant une force nouvelle grâce à de nouvelles capacités. Death. Holy. Demi. Voilà de quoi étaient faites ces Guardian Forces. L’une d’elles lui offrait « Hit-Junction ». L’effet fut immédiat : un seul coup d’épée suffit à Alicia pour terrasser le Blitz immédiatement après avoir récupéré les Guardian Forces. Débarrassée de son assaillant, elle put de nouveau tourner son attention sur Anthony. L’horreur la saisit à la gorge lorsqu’elle vit ce dernier lâcher sa ceinture et tomber en chute libre à peine à mi-chemin le long du câble.
-- Oh mon Dieu ! ANTHONY !!! s’exclama-t-elle
« Float » prononça-t-elle dans un sursaut de lucidité. Le sort amortit immédiatement la chute d’Anthony, qui se retrouva, Edea toujours sur son épaule, flottant à une cinquantaine de centimètres du sol au terme de sa descente.
-- Quelqu’un avec moi pour aider Anthony ! hurla-t-elle.
Un SeeD accourut sans tarder après avoir pourfendu son adversaire.
-- Que s’est-il passé ? demanda-t-il.
-- Il a dû être assommé par un projectile pendant sa descente. Aide-moi à le tenir. Je vais annuler le sort Float. Ils vont peser d’un coup sur nos bras.
Le jeune homme la regarda d’un air surpris, la lueur d’un sourire sur le visage malgré l’urgence de la situation :
-- Float ? Et moi qui me suis toujours dit que ce sort ne servait à rien… Compliments, Alicia, tu es une magicienne de talent.
La jeune fille rougit et sourit gracieusement. Tous deux attrapèrent Anthony et Edea et les tinrent fermement, pour qu’Alicia pût annuler son sort. Ils les étendirent sur le sol. Le sang coulait à flots de la blessure au bras. La peau était arrachée jusqu’à l’os sur la tempe. La blessure à la cuisse n’était qu’une profonde entaille, superficielle comparativement aux deux autres.
-- Anthony est blessé, constata Alicia. Je n’aime pas la pâleur de sa main gauche. Il va mettre du temps à en récupérer l’usage, si toutefois il la récupère. Je vais faire ce que je peux.
-- C’est sérieux ?
-- Assez. Anoxie des extrémités. Presque un infarctus. C’est un risque de perte. Comment est le Professeur ?
-- Inconsciente. Syndrome de déshydratation aigu, apparemment.
-- Il faut se dépêcher.
Elle prit la main d’Anthony entre les siennes et prononça « Curaga », espérant de toutes ses forces que le sort allait fonctionner. A son soulagement, les téguments reprirent une teinte plus normale, et les doigts perdirent de leur raideur. Le fait d’avoir lâché prise prématurément y était sans doute pour quelque chose. Satisfaite du résultat, elle s’adressa au SeeD :
-- Mission accomplie. On s’en va.
Il acquiesça, passa un bras d’Anthony par-dessus son épaule, et héla deux autres camarades pour venir les aider à transporter Edea et Anthony :
-- Le colis est livré ! On se tire, et en vitesse !
Le mot fut transmis par communicateurs interposés, et tous les SeeDs évacuèrent rapidement les lieux. Ainsi qu’Anthony l’avait prévu, ils furent poursuivis par les Blitz, mais l’arrière-garde judicieusement choisie fit son office, et tous furent bientôt hors d’atteinte et purent regagner les véhicules blindés.


« Où peut-elle bien être ? »
Alestar fouillait couloir après couloir, oppressé par une inquiétude grandissante, cherchant de tous ses sens. Ses yeux traquaient la silhouette altière d’Ambrosia, l’ombre de Brian ; ses oreilles guettaient le moindre son suspect ; il cherchait même à appréhender le délicat parfum qu’elle avait l’habitude de porter ; mais il essayait surtout de ressentir sa présence, se fiant à son intuition comme à un sonar.

Aucune trace d’elle. Il croisa foule de jeunes filles, jeunes hommes, si vite qu’il en eut le vertige, mais Ambrosia restait introuvable.
-- Quelqu’un aurait vu Ambrosia Hunter ? demanda-t-il, ouvrant porte après porte au deuxième étage.
Personne ne l’avait vue. Il chercha dans les salles les plus reculées, dévala jusque dans les profondeurs désertes de la Garden, explorant des lieux normalement jamais fréquentés. Ambrosia n’était nulle part. Et Wilfried qui allait bientôt rentrer. Il se laissa tomber, à bout de souffle, le dos contre un mur glacé, la tête entre les mains. « Ambrosia est introuvable »… C’était bien la dernière chose qu’il se voyait annoncer à son frère. Wilfried avait bien assez de soucis comme cela. Il devait lui épargner la moindre inquiétude inutile.

Il avait depuis longtemps compris pourquoi Wilfried avait tant tenu à intégrer la Garden, et ce au prix de ses relations avec le Duc. Connaissant la nature autoritaire et inflexible de leur père, Eric Alestar Leonhart ne prit pas la peine de se perdre en discussions inutiles avec le Duc, mais se promit de devenir le bras droit absolu de son frère, le secondant de toutes les façons dont il était capable, prenant sur lui toutes les charges inutiles au futur Duc, pour libérer l’esprit d’Anthony afin que celui-ci pût se consacrer à des desseins qui en valaient vraiment la peine. Anthony avait des projets pour Centra, et son entraînement à la Garden était une étape obligatoire pour les mener à bien.

Après le départ précipité de Wilfried, Alestar resta trois ans littéralement cloîtré au palais, scolarisé dans le meilleur lycée de Centra, suivi par une armée de précepteurs. Non que le Duc eût des projets particuliers le concernant : il n’était que le second fils, et l’enjeu politique qu’il représentait n’avait rien à voir avec Wilfried. Mais Alestar ne s’en formalisa jamais. Wilfried revêtait d’ailleurs tant d’importance aux yeux du Duc que ce dernier trouvait le moyen de le maudire à la moindre occasion. Ce fut l’une des rares fois qu’Alestar fit entendre sa voix à l’encontre de son père. Il avait découvert que sa relative insignifiance lui procurait la liberté dont son frère avait toujours été plus ou moins privé. « Tu ne peux pas lui ficher la paix pour une fois ? » s’était-il exclamé, excédé d’entendre une nouvelle désobligeance à l’égard d’Anthony. Et ce fut devant des parents abasourdis qu’il dressa un plaidoyer fervent en faveur d’Anthony, avant de quitter la grande salle de dîner en claquant la porte, la vue brouillée de larmes, réalisant à quel point il aimait et admirait son frère, et à quel point celui-ci lui manquait, à quel point il souffrait d’entendre les mêmes reproches injustifiés à l’encontre de l’absent. Son frère ferait un Duc exceptionnel. Une pitié que leur père ne voulût le voir. Depuis ce jour, le Duc réalisa qu’il avait un deuxième fils, mais il était trop tard : à l’occasion de la nouvelle année scolaire, Alestar reçut un télégramme d’Anthony, seul signe de vie après trois ans : « Inscris-toi à la Garden. Tu ne le regretteras pas. » Alestar y songeait d’ailleurs de plus en plus, avant même de recevoir cette invitation. Il n’hésita pas, fit ses valises et ses adieux à la Duchesse, et partit pour la Garden.

A peine franchie la porte du hall, Alestar se trouva chaleureusement étreint, tout surpris, par un Wilfried changé, souriant, débordant d’assurance comme jamais auparavant, et surtout heureux. Ce fut la première fois qu’Alestar voyait son frère extérioriser ses sentiments. Apparemment, la Garden lui avait apporté plus que la liberté. Wilfried lui fit visiter les lieux et ils rattrapèrent trois ans de séparation en déjeunant dans le grand restaurant. Il lui avoua qu’il avait eu le coup de foudre pour une certaine jeune fille, et qu’il essayait de lui faire la cour, mais que la demoiselle était plus inaccessible qu’un nid d’aigle et que de surcroît elle avait un cortège de soupirants derrière elle. Wilfried n’était pas sûr de faire la différence, mais il ferait de son mieux. En l’entendant vanter les multiples vertus de l’égérie de la Garden, et en voyant l’expression qui éclairait le visage de son frère, Alestar comprit qu’il la voulait pour femme, et qu’aucune autre n’occuperait cette place à part elle. Plus tard, lorsqu’il fit la connaissance d’Ambrosia, Alestar comprit pourquoi Wilfried prenait tant de peines pour se distinguer auprès d’elle. Ambrosia était tout simplement frappante de beauté, de classe, et elle était brillante à tout point de vue. Alestar s’était depuis longtemps donné pour mission de protéger par tous les moyens les intérêts de son frère. Voir Ambrosia lui donna une raison supplémentaire de redoubler d’efforts. S’il devait lui arriver malheur…

« Je ne peux pas faillir à ma promesse ». Où n’avait-il pas encore été ? Les pavillons annexes. Les dortoirs ! La chambre d’Ambrosia, celle de Brian, la sienne, celle de Wilfried. Oh non… Pas dans la chambre de Wilfried… Brian n’oserait pas ! Tout mais pas ça ! Il se leva et courut, comme poursuivi par son pire cauchemar, vers la zone de résidence des étudiants.

Il reprenait lentement conscience. Un bruit de moteur. Le discret tambourinement de la pluie sur le toit de l’habitacle. Les tressautements du véhicule au gré des irrégularités du terrain. Un fort éclairage au-dessus de sa tête. Une silhouette penchée sur lui.
-- Ambrosia ? articula-t-il, incertain. Il n’avait plus de sensation sur tout un côté de la tête.
On rit doucement :
-- Non, c’est Adriana. Je suis flattée que tu aies pu me confondre avec Ambrosia. Ne bouge pas, surtout. Peux-tu me dire ton nom et ta date de naissance ?
Il mit un temps à rassembler ses souvenirs. Ce choc sur sa tempe…
-- Oui, je le peux, répondit-il. Que s’est-il passé ? Où est le Professeur ?
-- Entre les mains de Sean. Elle est hors de danger. C’était du bon boulot.
Il vit qu’elle manipulait avec des mains expertes du fil de suture ultra-fin depuis le côté où il était insensibilisé.
-- Qu’est-ce que tu fais ?
-- Des sutures sur plusieurs plans. Ton muscle temporal a été partiellement arraché par l’impact. Il y a aussi quelques autres peauciers autour de l'œil. Ils ne t’ont pas loupé. J’espère qu’il ne t’en restera pas une paralysie, mais dans les premiers temps, tu auras du mal à cligner de l’œil droit. Quant au reste… Je vais faire mon possible pour que ta belle tête ne garde pas une cicatrice. Recoudre la peau va me prendre bien une heure. Et ensuite, pas d’exposition aux UV. Tu porteras un bandage durant les premières semaines, et ensuite tu devras te tartiner un écran total photo-absorbant.
-- Je crois que j’ai reçu deux autres blessures.
Elle acquiesça :
-- Rien de grave à la cuisse, mais pour ton bras, c’est une autre affaire. Tu ne pourras pas t’en servir pendant au moins trois mois. Cela exclut toute mobilisation, et donc l’usage de la Gunblade. Cela va de soi.
-- Je m’y ferai, « Docteur ». Comment vont les autres ?
-- Blessures superficielles. Ca peut attendre. Ils seront mieux traités par les médecins du centre que par moi.
-- Tu te sous-estimes, objecta-t-il.
Une deuxième tête entra dans son champ de vision. Alicia venait prendre des nouvelles :
-- Comment te sens-tu ?
-- Un peu groggy. Mais ça ira. Que s’est-il passé ?
-- Tu ne te souviens pas ? Tu as lâché ta ceinture, et tu es tombé. De très haut. Tu ne peux pas savoir comme j’ai eu peur ! C’est un miracle que j’aie pensé à te récupérer avec un Float.
-- Tu as fait ça ?
Adriana sourit :
-- L’exploit d’Alicia a fait le tour de l’équipe. Ce sera dans les annales de la Garden.
Alicia rougit :
-- Je suis si contente que tu sois en vie. C’est tout ce qui m’importe.
Anthony lui tendit sa main valide :
-- Merci.
Elle accepta la poignée de mains :
-- Pas de quoi. Tu aurais fait la même chose pour moi.
Elle lui étreignit la main, puis le laissa. Anthony sombra alors dans un profond sommeil réparateur, laissant sa camarade réparer ce qu’il y avait à réparer.

Les cris parvinrent à ses oreilles comme autant de coups de fouet. C’était Brian. Il avait osé. « Il va nous le payer », se dit Alestar, une rage froide montant en lui. « Tiens bon, Ambrosia, quoi qu’il te fasse ». Alestar repartit en sens inverse, sortit du pavillon en courant aussi vite qu’il le pouvait. « Un agent de sécurité. Il m’en faut un. » Il attrapa le premier uniforme gris et rouge qu’il trouva et le tira par le bras :
-- Pas le temps de vous expliquer. Il faut faire vite. J’ai besoin de vous comme témoin. Suivez-moi !
Il tira l’agent sans ménagement derrière lui et l’entraîna vers le pavillon où se trouvait la chambre d’Ambrosia. A l’approche de la porte, en entendant ce qui se passait derrière, l’agent dégaina immédiatement son arme. La voix de Brian se fit entendre par-dessus les hurlements et les pleurs, dans un cri de jouissance bestial. Alestar crut mourir.
-- Ouvrez donc ! supplia-t-il.
La porte était verrouillée. L’agent fit sauter la serrure d’un coup de feu et donna un coup de pied dans la porte. Alestar manqua rendre ce qu’il avait absorbé au déjeuner à la vue du spectacle qui s’offrait à ses yeux.
-- Ambrosia NON !!
Il devança l’agent et se précipita dans la chambre. Pantelant, trempé de sueur, Brian se laissa glisser à bas du lit, abandonnant Ambrosia à sa misère, les poignets ensanglantés à force d’avoir lutté. Il leva les yeux vers Alestar :
-- Tiens tu es là. Tu peux y aller, je viens juste de finir. Elle est à point. Mais… j’ai eu le meilleur morceau.
Alestar ôta sa veste d’uniforme en toute hâte et la jeta sur Ambrosia, couvrant ce qu’il pouvait d’elle. Il remarqua au passage avec horreur la large tache de sang qui maculait le drap entre les cuisses de la jeune fille. Il attrapa Brian par la gorge et le souleva devant lui :
-- Espèce de malade ! hurla-t-il avant de lui donner un coup de poing en travers du visage.
Il le lâcha et le roua de coups, jusqu’à ce que le jeune homme crachât un jet de sang frais. Le garde ne chercha pas à retenir Alestar. Rien ne serait suffisamment punitif pour l’acte ignoble dont il venait d’être le témoin. Maudit fût ce SeeD pour l’avoir entraîné dans une affaire dont il se serait bien passé. Il choisit de faire comme s’il n’avait rien vu et se contenta de défaire les menottes autour des poignets d’Ambrosia et de lui délier les chevilles.
Le souffle court, bouillonnant d’une rage que rien ne pouvait apaiser, Alestar envoya Brian à l’autre bout de la chambre d’un coup de pied dans le ventre. De douloureuses larmes lui brûlaient les yeux et les joues.
-- Tu mérites de pourrir en Enfer !
Brian se redressa péniblement, un sourire insolent sur les lèvres :
-- Quoi c’est tout ce que tu as dans le ventre ?
Alestar le fit taire en lui donnant un autre coup de pied :
-- Brian Almasy, par la loi de Centra, je suis autorisé, en présence d’un témoin assermenté, à exécuter toute sentence indiquée pour tout délit dont j’aurais été témoin avec un autre. Devant deux témoins oculaires, tu viens aujourd’hui d’être reconnu coupable de viol sur la personne d’Ambrosia Hunter. La sentence dictée par la loi de Centra dans le cas présent est la mort.
Ce disant, il défit la cruelle lame au bout d’une des chaînes de son Royal Flail, et, la tenant comme un poignard, trancha la gorge de Brian. Le jeune homme porta les mains à son cou, le regard incrédule, alors qu’il se vidait de son sang par les artères grandes ouvertes.
-- Je t’avais prévenu, dit Alestar en abaissant la lame.
Le garde regardait, horrifié :
-- Je vais devoir faire un rapport, réussi-t-il à articuler.
-- Traduisez-moi en cour martiale si vous le voulez, dit-il en fixant de nouveau la lame rougie au bout de la chaîne. Je connais la loi de mon père et mes droits de citoyen de Centra. Allez plutôt chercher un médecin et un psy pour Mlle Hunter.
Le garde se retira presque avec soulagement. Alestar alla ouvrir la garde-robe d’Ambrosia et en sortit un long peignoir de satin. Il vint s’asseoir près d’elle et la couvrit du vêtement. La jeune fille pleurait à chaudes larmes, repliée sur elle-même, le visage entre les mains.
-- Mon Dieu, Ambrosia, murmura-t-il, que t’a-t-il fait… Il lui toucha légèrement l’épaule : Que puis-je faire, à présent ?
Il dut détourner le yeux : la voir ainsi, c’était comme s’il la violait à son tour. Son regard passa devant le cadavre sanguinolent de Brian. Cette vue ne lui procura aucune satisfaction et aggrava son malaise. « Je ne suis qu’un assassin… » Il avait pourtant fait ce qu’il fallait. Mais sa conscience refusait d’en rester là. Même pour son frère. Au moins Wilfried ne connaîtrait pas cette atroce amertume. Pour épargner son frère, Alestar venait d’endosser la plus terrible des responsabilités.
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Merisel Faradhreia

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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Dim 10 Juil - 23:22

Suite de cet épisode terrible, le pire que j'aie jamais écrit en fait, mais vous verrez qu'il a une raison d'être, ce n'est pas gratuit. Nouveau coup de projecteur sur Alestar (on se demande vraiment qui est le vrai héros de ce récit, en fait), qui j'espère fait des envieux en matière de frère. Rêve caché ? Nul ne le saura. Ce n'est pas sans rappeler le duo F'lar et F'nor d'Anne McCaffrey, mais je n'ai pas fait exprès de m'en inspirer. Je lisais le cycle de Pern à cette époque, ceci explique cela.



Chapitre 6

Phillea trépignait d’impatience. L’attente n’avait que trop duré, et c’était devenu insupportable. Et malgré les efforts de la SeeD qui les accompagnait pour la distraire, malgré les sévères rodomontades de Kimberley, la petite fille se montrait plus intenable que jamais. L’après-midi était plus qu'avancé, et il n’y avait toujours aucun signe de Matwin. A croire que le Prince de la Lune avait lui aussi failli à sa promesse. Décidément, les grandes personnes étaient bien décevantes.
-- Puisque personne ne veut aller chercher Matwin, j’y vais ! tonitrua-t-elle, avant de s’arracher à la main de la SeeD, qui s’appelait Arabella, pour partir à toutes jambes vers la sortie, poursuivie trop tard par Kimberley et Arabella.
Elle parvint presque au portail, lorsque deux énormes véhicules noirs s’engouffrèrent dans l’allée semée de graviers blancs. Lancée dans sa course, la petite fille ne put s’arrêter, et l’accident ne lui fut épargné que grâce aux excellents réflexes de celui qui était au volant du premier véhicule. La collision avec l’autre véhicule, qui suivait pourtant à bonne distance, fut évitée d’extrême justesse. Les deux blindés légers braquèrent et contre-braquèrent, décrivant une valse désordonnée et dangereuse, avant de s’arrêter finalement, dans un bruit de freins effroyable, chacun d’un côté de l’allée, ruinant irrémédiablement les pelouses impeccables qui la bordaient.
A l’intérieur, tous les passagers furent jetés à terre. Adriana jura et lâcha de toute urgence ses instruments. Elle se cramponna au brancard et se maintint du mieux qu’elle put. La secousse réveilla Anthony. Sean, quant à lui, avait dû arracher les perfusions des bras d’Edea, de peur de voir les fragiles cathéters casser dans les veines et les endommager. Tous deux échangèrent un regard, l’air de se dire « on a eu chaud ». Une chance qu’ils aient eu la bonne idée d’immobiliser les brancards en les arrimant et de sangler les deux blessés. Remise de ses émotions, Adriana examina la tête d’Anthony, pour voir si les sutures avaient résisté, pendant que Sean remettait les perfusions d’électrolytes.
-- Tout va bien, Anthony ? demanda-t-elle. Navrée que ta sieste ait été ainsi interrompue.
-- Que s’est-il passé ? Ce fut tout ce qu’il trouva à dire.
-- Je vais m’en informer.
Elle alla à l’interphone qui reliait l’habitacle passager au poste conducteur et l’actionna :
-- Dis donc, ça ne va pas, non ? Il y a des blessés, ici ! vociféra-t-elle avec indignation.
La voix contrite lui parvint :
-- Désolé, je n’y suis pour rien, ça a brusquement freiné devant, et j’ai fait ce que j’ai pu ! Rien de cassé ?
-- Non, heureusement pour ta licence de conduite !
Le cœur battant à tout rompre, le souffle court, les sueurs froides détrempant son treillis, Paul Andrews, qui était au volant du premier véhicule, adressa une silencieuse prière à la gloire de sa bonne étoile, avant d’actionner l’interphone :
-- Tout va bien, derrière ? Je suis vraiment navré pour la manœuvre brutale, mais nous avons failli renverser une petite fille.
Les grognements et les gémissements de ses camarades lui parvinrent, alors qu’une voix se fit entendre :
-- Je crois que ça ira. Ca ne fera que quelques bleus de plus. Va voir si la petite fille n’a rien.
Paul descendit et s’approcha de la petite fille, qui pleurait à chaudes larmes, assise par terre. Apparemment, elle était indemne.
-- Eh, on ne t’a jamais appris à regarder où tu cours ? l’apostropha-t-il. Tu as failli nous causer un très grave accident.
-- Je veux voir Matwin !! beugla-t-elle.
-- Oui, eh bien tu as failli ne plus la voir du tout ! Qu’est-ce qui t’a pris, bon sang ?
Kimberley et Arabella accouraient. A peine arrivée, Kimberley saisit Phillea par le bras, la fit se lever brutalement et lui administra une gifle monumentale.
-- Petite sotte ! fulmina-t-elle. On t’a dit de rester près de nous. Pourquoi as-tu désobéi ? Regarde ce que tu as fait !
Sans plus se soucier des deux enfants, Paul adressa un salut à Arabella :
-- Le Professeur et Anthony sont dans l’autre véhicule. Le Professeur a besoin de soins intensifs, et Anthony est blessé. Poly-traumas légers pour les autres. Préviens l’équipe médicale, qu’ils fassent le nécessaire pour les accueillir.
-- Tout de suite.
Arabella salua et partit en courant vers le centre médical. Paul se dirigea vers l’autre véhicule et s’adressa à son camarade qui était au volant :
-- Je crois qu’il vaut mieux faire descendre les blessés ici. Le centre médical est prêt à les recevoir.
-- D’accord. Il actionna l’interphone : On va faire descendre les brancards et les emmener directement.
-- Emmenez seulement le Professeur. Je préfère terminer ici, à l’ombre, objecta Adriana. Anthony doit recevoir le moins d’UV possible.
-- Comme tu voudras.
Adriana couvrit la tête d’Anthony d’un linge sombre, alors que les portes s’ouvraient pour faire descendre le brancard transportant Edea. Sitôt qu’elles furent refermées, elle reprit consciencieusement sa besogne, à l’ombre, certes, mais dans une atmosphère à la chaleur inconfortable. Les orages sur Centra étaient violents mais ne duraient jamais bien longtemps, et bientôt le puissant soleil du sud réaffirmait sa suprématie.
-- Je te remercie de te donner autant de mal, dit Anthony.
-- Je suis une maniaque du travail bien fait, répondit-elle en haussant les épaules. Et puis… Elle s’essuya le front du dos de la main : Ambrosia ne me le pardonnera jamais, si tu reviens amoché.
Anthony réussit à émettre un petit rire.
-- Je n’en ai plus pour longtemps, mais il faut faire vite, car l’anesthésie va se dissiper dans une vingtaine de minutes, reprit Adriana.
-- Alors au travail.
Sitôt le brancard transportant Edea descendu du véhicule, Phillea, dans un sursaut d’énergie nouvelle, s’arracha de nouveau à Kimberley et se précipita aux côtés de la jeune femme, sous le regard exaspéré de l’adolescente.
-- Matwin !! Ils t’ont enfin retrouvée ! Le Prince de la Lune t’a retrouvée ! Parle-moi, parle-moi !
Paul l’écarta doucement, pour laisser ses camarades manœuvrer le brancard :
-- Mais tu ne t’arrêteras donc jamais, espèce de petit cyclone ! « Matwin » est très fatiguée. Tu dois la laisser se reposer. Elle a besoin de beaucoup dormir. Tu la reverras bientôt, c’est promis.
-- Et le Prince de la Lune ? demanda-t-elle.
Une lueur amusée passa dans les yeux du jeune SeeD. Où avait-elle déniché ce surnom ? Paul pointa le véhicule du pouce :
-- Il est là-dedans. On finit de le soigner. Il a été blessé, et doit aussi se reposer. Maintenant laisse-nous passer.

Le Directeur Cornwall, accompagné d’un médecin, du psychologue et de l’agent de sécurité, entra dans la chambre d’Ambrosia, fort mécontent, mais contre personne en particulier :
-- Nous n’avions franchement pas besoin de cela, maugréa-t-il. Couvrez-moi cela, dit-il en désignant le corps, à l’adresse du médecin. Cette vue est une insulte à la Garden.
Dans un cri, Ambrosia se redressa brusquement et ramena avec pudeur son peignoir sur elle. Elle détourna les yeux, n’osant soutenir le regard des trois hommes. Alestar ne bougea pas, prostré sur le fauteuil face au bureau, tête basse, le regard dirigé vers le sol, les mains jointes. A le voir, il purgeait déjà sa peine.
-- Désolé d’ainsi faire intrusion dans votre intimité, Mlle Hunter, dit Cornwall avec sollicitude. Je suis sincèrement navré de votre infortune, mais les formalités sont ce qu’elles sont. Rassurez-vous, votre déposition sera enregistrée dans la plus stricte confidentialité. Prenez tout le temps que vous désirerez.
-- Je vous remercie, M. le Directeur, murmura-t-elle. Je souhaite procéder immédiatement, qu’on en finisse. Mais… Permettez-moi seulement… D’aller prendre une douche.
-- Je vous en prie, Mademoiselle, répondit Cornwall avec courtoisie. Prenez votre temps.
Ils sortirent momentanément de la chambre. Ambrosia se leva péniblement, une douleur lancinante entre les cuisses, dans les reins. Jamais elle n’avait autant souffert. Brian s’était montré cruellement méticuleux. Il l’avait pénétrée partout où il le pouvait et l’avait déchirée sans ménagement, si terriblement dur, si monstrueusement gros. Elle se vêtit et entra dans la salle d’eau. Au passage, elle posa une main hésitante sur l’épaule d’Alestar et la pressa en signe de remerciement. Le jeune homme ne bougea pas. Ambrosia le laissa à ses pensées.

Prendre une douche ? A quoi bon ? Elle se sentait souillée à jamais, comme s’il avait répandu ses fluides jusque sous sa peau, de telle sorte qu’aucune douche ne parviendrait à l’en débarrasser, et elle aurait toujours cette odieuse sensation sur elle, en elle, partout où elle irait. Rien ne pourrait la purifier. Ses jambes la trahirent et elle se laissa tomber, progressivement envahie par un épouvantable haut-le-cœur. Comment pouvait-on agir de façon aussi sauvage ? Comment avait-il osé ? Sur elle ? Qu’allait-elle devenir, à présent ? Si cela venait à se savoir ? Et Wilfried ? Comment allait-il réagir ? La grande glace murale lui renvoya une image qui acheva de la choquer. Elle resta médusée d’incrédulité et d’aversion devant cette jeune femme aux yeux hagards, au teint brouillé, aux cheveux décoiffés, à la posture soumise. Non. Ce n’était pas elle. Ambrosia Hunter était une jeune femme au port haut et fier, sûre d’elle, admirée et respectée de tous, et non pas cette mie-souillon à l’allure négligée, et portant sur elle l’empreinte du déshonneur le plus profond. Et pourtant c’était bien elle. Non. Elle ne voulait pas de cette image. Ce qu’elle voyait, les autres le verraient aussi. Ils sauraient qu’elle, Ambrosia Hunter, s’était laissé vaincre et déshonorer sans opposer de résistance. Elle se mit à détester cette image. Elle saisit le premier objet à portée de main et le lança sur la glace qui se brisa en mille morceaux. Elle s’abandonna sur le sol, secouée de pleurs de rage et de honte. La rage contre elle, pour n’avoir pas su se préserver. La honte du regard des autres sur elle.

On la releva gentiment par les coudes. Quelqu’un la serra chaleureusement entre ses bras. Elle s’abandonna à la vague de réconfort qu’il lui offrait. Ce contact contre elle, au travers de la mince étoffe de son peignoir… Elle le repoussa violemment.
-- Va-t-en, laisse-moi ! Ne me touche pas !
-- Ambrosia, ce n’est que moi, Alestar. Il soupira : Je suis désolé, je n’aurais pas dû. Ca me fait de la peine de te voir comme ça. Ce n’est pas de ta faute, tu n’as rien à te reprocher. Ce type était un désaxé, ce qu’il t’a fait, il aurait pu le faire à une autre.
Elle secoua résolument la tête :
-- Je me suis laissé faire, et il en a profité.
-- Je suis sûr que non. C’est à moi de te demander pardon. Je n’ai pas su te protéger. Je m’étais promis que rien ne devait vous arriver, ni à toi, ni à Wilfried, mais j’ai été négligent, et tu as pâti de cette négligence. Ce n’est pas de ta faute, Ambrosia, il faut que tu en sois convaincue. Tu n’as rien fait qui ait pu encourager Brian dans ce sens. Il se trouve qu’il s’est mis à détester mon frère et a trouvé en te portant atteinte le moyen de lui faire le plus de mal.
Elle ne put réprimer un frisson :
-- Ne lui dis rien, s’il te plaît. Il ne doit pas le savoir.
Il secoua la tête :
-- Ce serait un mauvais service. Tôt ou tard il viendra à l’apprendre, et ça lui brisera le cœur de voir que tu lui as caché quelque chose d’aussi grave. Il faut que tu aies confiance en lui. Il l’encaissera mieux s’il l’apprend maintenant. Tu n’imagines pas la profondeur de ses sentiments pour toi. Rien ne pourra les miner, mais en même temps, il a besoin que tu sois transparente envers lui, tout comme lui ne te cachera jamais rien. C’est vital pour vous deux. Si tu ne te sens pas le courage d’affronter sa réaction, je peux lui annoncer à ta place. J’ai exécuté Brian, je peux bien faire ça.
Elle le regarda dans les yeux pour la première fois. Le visage habituellement serein était à présent déformé par la peine, et le regard naguère pétillant avait perdu de son éclat. Alestar semblait avoir brusquement vieilli.
-- Il nous a fait du mal à tous les trois, réalisa-t-elle. Tu auras ton propre fardeau dans cette affaire. Et quel fardeau…
-- Ne t’occupe pas de moi, et soigne-toi bien. Il faut que tu sois forte pour mon frère aussi : la nouvelle va le dévaster, et il ne s’en relèvera pas de sitôt. Je crois que lui et toi n’avez jamais… Enfin c’est ce que j’ai cru comprendre. Il s’apprêta à sortir : Prends autant de douches que tu veux. Pour moi, tu seras toujours la même Ambrosia Hunter. Et nul doute que ce qui vient d’arriver ne changera rien aux sentiments de mon frère pour toi. La cicatrice sera longue à guérir, c’est tout.
Il allait fermer la porte derrière lui, lorsqu’elle l’appela doucement :
-- Eric…
C’était la première fois qu’elle utilisait son prénom affectif. Ils faisaient partie de la même famille, à présent.
-- Oui, Ambrosia ?
-- Merci.
-- Pas de quoi. Je ne bouge pas d’ici. Je crois qu’ils voudront m’interroger moi aussi.

L’entretien fut pénible pour les deux jeunes gens. Ambrosia dut se soumettre à un examen pour établir qu’il y avait bien eu viol, passer des tests psychologiques et répondre à toutes sortes de questions, des plus anodines aux plus indiscrètes, pour prouver qu’elle n’avait pas tenté Brian pour le pousser à l’acte ; Alestar se trouva de nouveau face à lui-même, avec la conscience d’avoir commis un crime, et néanmoins la quasi-certitude d’être protégé par la loi de Centra. Il fut tout de même momentanément soupçonné d’avoir orchestré l’événement afin de pouvoir supprimer Brian Almasy en toute impunité, car il était arrivé sur les lieux à point nommé, avec tous les éléments en main pour pouvoir appliquer la sentence. Il eut grand-peine à se justifier, car qui pouvait croire, en effet, que son intuition lui permettait de sentir certains événements relatifs à des proches. Il dut lui aussi se soumettre à nombre de tests psychologiques interminables et épuisants, visant à révéler son intégrité et son bon équilibre mental, ou le contraire. Il n’en fut pas quitte pour autant, car il fallut établir un procès-verbal et délibérer sur son cas, et cela prendrait quelques jours.

La séance d’investigations terminée, au terme de trois heures, le Directeur Cornwall prit congé des deux jeunes gens :
-- Mlle Hunter, je ne saurais que trop vous conseiller, parce que vous êtes SeeD et que vos missions exigent un mental solide, de suivre les séances de soutien psychologique afin de vous remettre le plus vite possible d’aplomb. Croyez bien que je compatis à votre infortune. Se fut-il agi de ma propre fille, je ne sais dans quel état je serais. Je suis prêt, si vous le désirez, à vous accorder une permission afin que vous puissiez chercher le réconfort dont vous avez besoin auprès de vos proches. Et vous, M. Leonhart, vous vous réjouirez certainement d’apprendre que votre frère est rentré de mission, que celle-ci a été un relatif succès, et qu’il est hospitalisé pour blessures au centre médical en ce moment. Je ne doute pas que vous allez lui rendre visite de ce pas, avant d’être confiné à vos quartiers en attendant le verdict. Profitez de cette période d’isolement pour travailler un peu. Je sais que vous êtes un brillant étudiant, mais cela ne fait pas de mal de lâcher un peu les cartes de temps en temps.
Il lui lança un clin d’œil et ferma la porte derrière lui.


Anthony ne fit qu’un bref séjour d’une nuit en salle d’observations. Tout ce que le personnel avait eu besoin de faire sur lui avait été de lui mettre une attelle semi-rigide au bras, de changer son bandage de fortune à la jambe, et d’en poser un autre, de couleur noire, autour de la tête, pour couvrir la blessure à la tempe. Adriana avait fait le plus gros du travail. On lui remit également de la pommade photo-absorbante pour les mois à venir, ainsi qu’un masque en tissu opaque pour dormir, car, ainsi qu'Adriana l’avait prévenu, il lui était pratiquement impossible de fermer l’œil droit, puis on le laissa. Tour à tour, ses camarades Rubis Incandescents vinrent prendre de ses nouvelles et le féliciter pour ce qu’il avait fait. On lui fit part de l’état d’Edea : elle était hors de danger. Anthony se réjouit de la bonne nouvelle. Le défilé des visites passé, Anthony put se reposer. Il poussa un soupir, les yeux au plafond, une main derrière la tête. Une mission de plus accomplie. Mais il avait eu de la chance.

Plusieurs semaines sans pouvoir toucher à sa Gunblade. Cela allait lui manquer, car il adorait l’arme familiale des Leonhart. Mais ce qui allait lui manquer le plus serait sans aucun doute la belle et puissante Shiva. Oh il avait bien d’autres Guardian Forces, mais Shiva était véritablement sa favorite. Il entretenait avec elle ce qui était presque une relation d’amants, mais il n’en ressentait aucune honte, au contraire. Il était fier que Shiva eût accepté de devenir sa première Guardian Force, fier d’avoir fait d’elle ce qu’elle était devenue, et sentir ce halo cristallin autour de lui le remplissait de bonheur. Bah, qu’à cela ne tienne, il mettrait cette période d’inaction forcée à profit pour se consacrer aux révisions des examens d’hiver qui approcheraient, comme chaque année, trop vite. Cette année universitaire serait la dernière pour Anthony, après quoi il serait SeeD à temps plein. Il ne séjournerait plus en résidence à la Garden, recevrait ses ordres de mission par courrier, et vivrait alors de ses seules missions. Il n’avait à ce sujet aucune inquiétude : il était déjà le SeeD le mieux payé de la Garden, et s’il continuait à agir avec rigueur et circonspection, cela ne changerait pas.

Cela avait du bon de terminer enfin de longues études : il aurait toute latitude pour annoncer et célébrer dignement ses fiançailles avec Ambrosia, et commencer à construire sa vie de couple. La seule ombre au tableau était que, en tant qu’héritier du Duc de Centra, il serait obligé de retourner vivre au palais ducal, et cette perspective ne l’enchantait guère. Sa querelle avec le Duc était en suspens, et revenir au palais signifiait devoir de nouveau se battre pour défendre son indépendance. Et comment ses parents allaient réagir en apprenant qu’il avait décidé de prendre pour femme une jeune fille de l’aristocratie moyenne, et non l’une de ces filles de haute naissance, figurant sur la liste officielle des candidates invitées au bal de ses vingt-cinq ans, au cours duquel il devrait choisir parmi l’une d’entre elles. Anthony poussa un profond soupir : rien n’avait changé, au fond. Jusqu’à présent, grâce à la Garden, il avait échappé à tout ce programme rigide. Mais une fois qu’il sortirait, le protocole le rattraperait à grands pas, et il ne pourrait s’y soustraire. Stupide étiquette… Qu’allait-il faire durant les deux ans qui précéderaient le bal officiel ? Rencontrer une à une toutes les jeunes filles sélectionnées au cours de cocktails organisés afin de mieux les connaître et arrêter son choix sur l’une d’entre elles ? Il secoua la tête. Ca n’avait pas de sens. Il était profondément amoureux d’Ambrosia, et seul cela signifiait quelque chose pour lui. Hmph, il agirait comme d’habitude, il mettrait son entourage devant le fait accompli, quitte à soulever un scandale mondain. Ce n’était pas son problème. Mais il pouvait également procéder de manière plus subtile : Ambrosia devait sortir exactement deux ans après lui, ce qui coïncidait avec l’année du bal. Il pourrait lui faire parvenir une invitation officielle, et rien ne pourrait lui être reproché, puisqu’il aurait suivi le protocole à la lettre. Du moins sur ce point. Ambrosia serait alors mieux accueillie au palais que si elle avait été annoncée à brûle-pourpoint. L’on trouverait juste un peu étrange qu’une jeune fille de telle naissance eût pu être choisie pour être promise au futur Duc. Bah, la haute aristocratie de Centra trouverait choquant que l’on tienne sa tasse de thé de la main gauche… Pour avoir vécu dans la simplicité et le fonctionnel, Anthony se sentait si éloigné de ces menues préciosités que cela lui parut comique. Il étouffa un petit rire, et décida de procéder de la seconde façon. Enfin il allait concrétiser ses projets avec Ambrosia, et cela valait bien quelques tours de passe-passe. Ce fut bercé par ces douces perspectives qu’il s’abandonna sur son oreiller. L’occasion de faire une sieste était rare, et il ne la dédaigna pas.

Il somnolait à moitié, le sourire aux lèvres en pensant à Ambrosia lorsqu’on frappa à la porte de sa chambre. Il fronça les sourcils et se redressa à demi : ce n’était pourtant plus l’heure des visites…
-- Entrez, répondit-il, se demandant qui pouvait bien avoir obtenu la permission de venir en ces heures.
La vue de son frère dans l’encadrement de la porte acheva de le réveiller et le laissa pétrifié de stupeur : le jeune homme était blafard, comme si le poids du monde s’était abattu sur ses épaules. Anthony mit un temps à retrouver l’usage de la parole, et ce fut avec une interprétation erronée de l’allure de son frère qu’il l’accueillit :
-- Grands dieux, Eric, tu en fais une tête ! Vois par toi-même, je suis en pleine forme. J’ai juste le bras en écharpe, et une bonne cinquantaine de points de suture sur la tête, mais je t’assure, tout va bien. Entre donc, ça me fait plaisir de te voir.
-- Wilfried… commença Alestar d’une voix hésitante.
Anthony perdit de son élan jovial :
-- Eh bien, qu’y a-t-il ?
Le visage délicat du cadet Leonhart se décomposa à vue d’œil, et ce fut les larmes aux yeux qu’il se précipita au chevet de son aîné, et tomba à genoux devant lui :
-- Pardon, Wilfried ! Je n’ai pas su la protéger pendant ton absence. Depuis une heure je cherche le moyen de te l’annoncer. Oh mon Dieu !
Anthony posa sa main valide sur l’épaule de son frère et le secoua doucement :
-- Eh bien parle, qu’y a-t-il ?
-- Ambrosia… C’est cette brute de Brian… Il l’a… Il a profité de ton absence pour la violenter.
Le sang se retira de son corps :
-- Qu’est-ce que tu dis ?
Alestar trouva enfin le courage d’affronter le regard atterré de son frère :
-- Ambrosia a été violée par Brian, dit-il lentement, débitant chaque mot avec grand peine. Je suis désolé. Tu n’avais pas besoin de ça.
Ce fut comme s’il venait d’être frappé en plein cœur. Il avait espéré avoir mal compris. Ambrosia… Comment cet avorton avait-il osé ? Anthony serra les poings de fureur :
-- Et… où est ce… scélérat ? demanda-t-il d’une voix lente et dangereuse.
Alestar secoua la tête et déglutit péniblement avant de répondre :
-- Je… J’ai appliqué la loi de notre père. Je l’ai exécuté sur-le-champ.
Anthony ne s’était jamais mis en colère contre son frère, mais cette fois, il brûla de le frapper : Alestar ne lui avait même pas laissé l’occasion de venger l’honneur d’Ambrosia. Devinant sa réaction, Alestar leva des yeux suppliants sur lui :
-- Ne te mets pas en colère, s’il te plaît. Tu n’en aurais tiré aucune satisfaction, et cela t’aurait fait davantage souffrir. Si tu savais comme je suis malade de l’avoir exécuté… J’étais fou de rage, mais maintenant, c’est pire : j’ai tué un homme de sang-froid, et ça me poursuivra toute ma vie.
Anthony ne voulut en entendre davantage. Il tremblait de rage, lacéré dans son âme et dans son cœur. C’était encore une conséquence de l’affaire de l’Anacondaur… Et cette fois, c’était Ambrosia qui faisait les frais de son incompétence. Et à quel prix… Ne serait-il donc jamais en paix ?
-- Sors d’ici. Laisse-moi seul, ordonna-t-il.
-- Comprends-moi, je devais le faire. Pour vous deux ! insista Alestar avec véhémence.
-- Dehors ! tonna Anthony.
Alestar obéit en hâte, mais hasarda une dernière tentative d’apaiser son frère au moment de sortir :
-- Elle a besoin de toi. Va la voir, si tu le peux. Vous seuls pouvez faire quelque chose l’un pour l’autre. Elle a demandé à être temporairement transférée dans une autre chambre. Ils l’ont mise dans la section des candidats au probatoire.
Il ferma la porte derrière lui. Juste à ce moment, un grand fracas résonna dessus. Alestar ferma très fort les yeux et partit en courant, la poitrine douloureuse de sanglots. « Pardonne-moi ».

La carafe d’eau vola en éclats contre la porte sitôt celle-ci fermée. Comment Eric avait-il osé prendre cette liberté ? Et comment Brian avait-il eu l’insolence de toucher à Ambrosia ? Ambrosia, blessée à jamais, et lui, sans moyen d’épancher sa rage. Pis encore, Brian était allé là où lui-même n’avait jamais osé aller. Oh, maintes fois, il avait senti le désir lui brûler les entrailles, mais il s’était toujours réfréné, de peur d’effrayer Ambrosia par son ardeur. A présent, il n’était même plus sûr d’oser songer à lui faire l’amour, sachant quel traumatisme elle avait enduré. Quelle vie l’attendait, s’il ne pouvait l’honorer comme elle le méritait, sentir son doux corps apaiser les impatiences du sien ? Et grâce aux bons soins d’un frère trop consciencieux, il ne pouvait même plus punir le responsable.
-- Chien galeux ! hurla-t-il à l’adresse de quelque fantôme, avant de s’abandonner, le visage au creux de sa main valide, prononçant d’une voix gémissante le nom d’Ambrosia.

Trouver le sommeil s’avéra impossible : chaque fois qu’elle fermait les yeux, c’était pour se revoir molestée par Brian. Pas question d’avaler des somnifères. Elle devait franchir cette épreuve seule. La vie continuait, et elle ne devait pas s’arrêter sur cet épisode, combien malheureux fût-il. Mais… Ce poids sur elle, tout ce qu’il avait déposé sur elle, en elle… Ambrosia sortit du lit et s’engouffra dans la salle d’eau pour prendre ce qui devait être au moins la cinquième douche. C’était à en devenir folle. Elle se sentait malpropre, et pourtant elle savait que cela n’avait rien de physique. Mais c’était plus fort qu’elle. Cela ne pouvait plus durer. Il lui fallait faire quelque chose pour occuper son esprit et le détourner de ce souvenir. Elle enfila une combinaison de combat, et prit ses deux fouets pour se rendre au centre d’entraînement. Mon Dieu, la tenue était par trop ajustée, et révélait ses attributs féminins dont autrefois elle était si fière. A présent, c’était presque sacrilège de se montrer ainsi. Elle passa un ample blouson. « Maudit sois-tu ! » Brûlant de fureur, elle attrapa ses fouets, sortit et marcha jusqu’au centre d’entraînement. Il lui fallait une grosse proie, quelque chose de coriace à affronter. Un Tri-Face ou même un T-Rexaur. Elle fit claquer ses fouets pour manifester sa présence.
-- Allez, venez à moi si vous l’osez, murmura-t-elle entre ses dents.
Une grosse forme rouge surgit d’un talus et se jeta sur elle. Trois paires de mâchoires menacèrent de l’égorger. Ambrosia sauta en arrière et joua de ses fouets, l’un après l’autre à une cadence régulière et soutenue, dans une étrange danse, d’une mortelle grâce. Les cruelles pointes en Azurium entamèrent progressivement les trois épaisses encolures. Rendu furieux, le Tri-Face chargea et lança une attaque qui changeait l’état de multiples façons. Ambrosia était équipée pour résister aux altérations les plus invalidantes, mais pas Berserk. Elle ne pouvait pas prendre en charge plus de trois sorts à la fois. Et ce fut aveuglée par la colère qu’elle frappa, encore et encore, jusqu’à ce que les trois têtes tombent, et que le gros corps massif s’abatte lourdement sur le sol, répandant une mare de sang acide et fumant. Ambrosia se couvrit le nez pour ne pas respirer les vapeurs nocives, et s’éloigna. Elle laissa derrière elle les cinq Curse Spikes, trophées tant convoités à chaque Tri-Face tué par ceux qui maîtrisaient les sorts de la catégorie « Blue Magic » : tout ce qu’elle voulait, c’était tuer, encore et encore, s’enivrer de tuerie jusqu’à en être si épuisée qu’elle pouvait tout oublier de ce qu’elle avait subi. Elle sema nombre de cadavres sur son chemin sans trop savoir ce qu’elle avait affronté, des Anacondaurs à tête de Jelleye, des Jelleyes rampant sur le sol tels des Geezards, des Geezards aux échasses de Grand Mantis… recevant coups et blessures plus ou moins importants, avant de rencontrer enfin un T-Rexaur attiré par l’odeur du sang frais. Sachant que ses fouets n’étaient pas aussi efficaces contre les T-Rexaurs qu’une large et tranchante Gunblade, elle invoqua Pegasus, la plus puissante de ses Guardian Forces. A la formule « Heaven’s Wrath », le cadre du centre d’entraînement s’obscurcit, et fit place à la profondeur somptueuse et infinie d’un ciel inondé de rivières d’étoiles pulsant de leurs mille feux. Le grand cheval ailé à la robe argentée arriva au grand galop, ses sabots résonnant comme le tonnerre. En quelques puissants coups d’ailes, il s’éleva, tel une comète, et disparut pour n’être à peine plus visible qu’une grosse étoile brillant plus fort que toutes les autres. Un voile scintillant descendit alors de la voûte bleu nuit : une tempête d’étoiles incandescentes s’abattit sur le T-Rexaur et tourbillonna en un ouragan meurtrier composé de milliers de flammes bleues qui frappèrent le monstre, lui infligeant autant de profondes entailles, et entraînant derrière elles des ruisselets entiers de sang. A Pegasus Ambrosia associa sort après sort, causant davantage de dommages au dinosaure. Eprouvée par les précédentes rencontres, elle était moins vigilante, et ne put esquiver à temps le violent coup de queue qui l’envoya contre un énorme tronc d’arbre. Elle crut se briser les os et n’en mit que plus longtemps à se ressaisir. Le T-Rexaur fut prêt à la saisir entre ses puissantes mâchoires pour la secouer sans ménagement. Elle réussit à l’éviter de justesse en roulant sur le côté. Mais la grosse tête rouge-brun était trop près, et les terribles crocs lui entamèrent profondément l’épaule et le dos. Elle resta paralysée par la douleur. Le souffle du T-Rexaur lui effleura de nouveau la nuque. Dans un cri, elle se traîna hors de portée et tenta de se retourner pour faire face à son adversaire, qui s’approchait toujours un peu plus près. Trop près. Il fallait en finir. Elle cria « ULTIMA ! » dans un sursaut désespéré. Le sort emporta le dinosaure sur-le-champ. Ambrosia s’abandonna, pantelante, tremblant pour sa vie qu’elle avait failli perdre. Elle n’avait jamais eu autant de mal à tuer une créature. Se pourrait-il que Brian eût affecté aussi ses capacités guerrières ? Non, ce n’était pas concevable. Il n’y avait qu’une seule explication possible : les monstres devenaient plus forts. La main pressée sur sa blessure d’où le sang coulait à flots, elle se hâta de sortir du centre d’entraînement, avant d’attirer d’autres prédateurs. Finalement, elle passerait cette nuit au centre médical. Ce n’était pas plus mal. Elle franchit le sas, fut prise d’un vertige et dut s’appuyer contre le mur. Sa frénétique équipée avait porté ses fruits : elle tenait à peine sur ses jambes. Serrant les dents, elle reprit sa lente et pénible progression pour se rendre au centre médical. Son dos la brûlait affreusement. Dans quel état le T-Rexaur l’avait-il mise ? Curieusement, lutter contre cette souffrance lui procura quelque réconfort : cela la forçait à se concentrer sur ses efforts, et elle en oubliait quelque peu ce qui l’avait amenée à venir affronter les monstres.

Que le temps lui semblait long… Elle avait l’impression d’avoir marché durant des heures. Le centre médical n’était pourtant pas si loin… Elle ne voyait plus très clair, et son souffle devenait plus court. Et elle commençait à avoir anormalement froid. Elle devait être plus gravement blessée qu’elle ne le pensait. Il fallait faire vite avant qu’elle ne soit en état de choc. Redoublant d’efforts avec le peu de forces qu’il lui restait, usant surtout de volonté, elle marcha. Elle était parvenue dans le hall. Cette lumière diaphane diffusée par le dôme d’Azurium ne trompait pas. Tout était si calme. Les escalators avaient cessé de fonctionner, taisant leur discret ronronnement. Seules les élégantes fontaines qui agrémentaient le hall murmuraient de leur frais clapotis. Ambrosia réalisa qu’elle avait très soif. Elle se dirigea vers la fontaine la plus proche, se guidant plus à l’oreille qu’à la vue, lorsque le monde dansa devant ses yeux avant de se perdre dans un épais brouillard noir.

Un écho lointain lui parvint. « Curaga ». Un flux de chaleur bienfaisante l’envahit. Elle se sentit battre des paupières, la réalité revenant doucement à elle. « Curaga ». L’onde de chaleur se répandit dans tout son être, fermant instantanément ses blessures les plus superficielles. La brûlure dans son dos s’apaisa. Chacun avait une certaine façon d’appliquer les sorts. Ce flux ordonné, guidé par un esprit expert jusque dans les moindres fibres de ses muscles, ne trompait pas. Le beau visage se précisa au-dessus du sien. « Wilfried… » prononça-t-elle. Un feu violent monta brusquement à ses joues. Elle détourna la tête, incapable d’empêcher les larmes d’emplir ses yeux :
-- Ne me regarde pas, je t’en prie. Je suis affreuse.
Il lui caressa tendrement la joue du dos de l’index :
-- Non, Ambrosia. Tu es la plus belle chose qu’il me soit donné de voir chaque jour. Ne te détourne pas de moi. Ce que tu as subi, nous le traverserons ensemble. Je t’aiderai à te relever.
Elle refusait obstinément de le regarder.
-- Je te demande pardon, je n’ai pas été digne de toi.
-- Tu n’as rien à te reprocher. Dire que je n’étais pas là quand tu as eu besoin de moi… Il la serra convulsivement contre lui de son bras valide : Mon Dieu Ambrosia, que t’a-t-il fait… Regarde l’état dans lequel tu t’es mise. Tu as voulu te suicider, ou quoi ? Quand je t’ai vue là, baignant dans ton sang… Il laissa en suspens.
Si tantôt elle avait repoussé le bras d’Alestar, elle ne se sentit pas le cœur à repousser celui d’Anthony : le contact d’Anthony était bien différent, si doux et si chaleureux, épousant ses courbes avec une si parfaite adéquation. Elle trouva enfin le courage de lever les yeux sur lui. Son visage était ravagé par l’anxiété et la douleur, mais le regard qu’il portait sur elle n’avait pas changé : elle pouvait y lire la même vénération, la même admiration sans borne, la même tendresse. C’était tout ce dont elle avait besoin pour le moment.
-- Comment te sens-tu ? questionna-t-il en lui essuyant ses larmes.
-- Mieux que tout à l’heure.
-- Je ne peux pas te porter, s’excusa-t-il, à cause de mon bras immobilisé, mais tu peux t’appuyer sur moi. J’espère que je ne vais pas récolter un blâme pour m’être glissé en douce hors de la salle d’observation, mais pour toi je ferais n’importe quoi.
Ce disant, il passa son bras autour de son épaule valide et l’aida à se relever.

Ainsi qu’il l’avait prévu, aucune charge ne fut retenue contre lui, mais Alestar ne s’en sentit pas soulagé pour autant. Dans les faits, il avait tué un homme, et c’était ce qui importait. Pendant les jours qui suivirent, ils évita de croiser Alicia, n’ayant pas le courage d’affronter son regard rempli d’innocence. Il se sentait impur, et ne voulait pas la souiller du sang dont ses mains étaient couvertes. Il évita de la même façon de se retrouver sur la route d’Anthony, déserta les lieux qu’il avait l’habitude de fréquenter, et se fit quasiment invisible dans la Garden, préférant de longues promenades en solitaire à dos de Chocobo à la compagnie de ses camarades SeeDs.


Anthony et les Rubis Incandescents qui l’avaient accompagné se virent remettre une distinction à l’occasion d’une cérémonie exceptionnelle, au cours de laquelle l’unité des Rubis Incandescents fut officiellement reconnue aux yeux de tous comme unité d’élite de Centra Garden. Edea elle-même dut reconnaître la valeur de ce groupe qui n’avait pas son approbation, et qui pourtant l’avait sauvée d’une mort certaine. Le Directeur Cornwall lui-même ne parvint pas à la convaincre. Elle ne voyait en cette succession d’événements que l’approche d’une funeste échéance qu’elle aurait voulu repousser à jamais. Mais Edea ne pouvait fuir ses devoirs, et pour elle rien ne devait changer. Pour l’heure.

Ambrosia rinça le fluide âcre qu’elle avait rendu. Cela faisait trois fois aujourd’hui, et cela durait depuis bientôt une semaine. Que lui arrivait-il ? Ce n’était ni une gastro-entérite, ni une grippe intestinale. « Brian, que m’as-tu encore fait ? » De nouveau, la peur s’empara d’elle. Elle croyait que c’était fini. Elle avait réussi, grâce au soutien d’Anthony, à mener de nouveau une vie à peu près normale, encore que l’événement fût encore frais dans ses souvenirs et la réveillait souvent en pleine nuit, la laissant en proie à des crises d’angoisse insurmontables. Anthony avait proposé de passer la nuit sur un lit de camp à côté d’elle pour ne pas la laisser seule en ces moments, et elle lui en était reconnaissante. Pauvre Wilfried… Il n’avait vraiment pas besoin de cela. Ses nouvelles responsabilités de Commandant des Rubis Incandescents étaient suffisamment prenantes pour qu’il n’eût pas besoin en plus de faire des gardes de nuit.

Elle partit à la recherche d’Anthony. Avec son bras pris dans une attelle, il passait le plus clair de son temps à étudier, soit dans sa chambre, soit dans la bibliothèque. Nul doute qu’il sortirait major de sa promotion cette année. Anthony était un véritable bourreau de travail lorsqu’il s’y mettait. Elle frappa doucement à la porte de la chambre. La voix source de tant de réconfort l’invita à entrer. Elle le trouva entouré de piles d’épais ouvrages de sciences politiques, suçotant pensivement un crayon alors qu’il compulsait. Elle se sentit fondre à cette vue. Il leva les yeux et sourit :
-- Entre, je t’en prie.
-- J’espère ne pas trop te déranger, dit-elle en fermant la porte.
Il s’étira amplement :
-- Tu ne me déranges jamais.
Il remarqua qu’elle restait adossée à la porte.
-- Quelque chose ne va pas ? s’enquit-il.
Il avait appris à déchiffrer certaines attitudes depuis le drame.
Elle baissa les yeux :
-- Je… je voudrais que tu m’accompagnes chez le médecin.
Cette fois inquiet, il se leva, fit le tour du bureau et vint lui prendre les épaules :
-- Qu’est-ce qu’il y a ?
-- Je crois… Elle détourna les yeux : Je crois que je suis enceinte. J’ai des nausées régulièrement sans raison apparente.
Anthony resta sans voix, pétrifié. « Il » ne leur avait rien laissé.
-- Mon Dieu Ambrosia…
Elle leva un regard éploré sur lui :
-- Je te demande pardon…
Il secoua la tête et lui sécha ses larmes, prêt à pleurer lui aussi :
-- Non, Ambrosia, non, tu n’y es pour rien. Il faut en avoir le cœur net. Allons-y.
Il lui prit la main et tous deux se rendirent au centre médical. En traversant le hall, Anthony aperçut Alestar en tenue de monte, qui sortait. Depuis le jour où Alestar lui avait annoncé la nouvelle, ils ne s’étaient plus adressé la parole. Anthony avait eu le temps de ravaler sa colère initiale et d’aborder les choses sous un angle plus serein. Il réalisa ce qu’Alestar lui avait épargné en prenant sur lui la responsabilité de l’exécution de Brian, et ce qu’il avait, par cet acte irréparable, sacrifié par amour pour son aîné. Depuis, Anthony cherchait à l’aborder de nouveau, mais Alestar l’évitait, croyant qu’il lui en voulait toujours. Il fit signe à Ambrosia de l’attendre, et courut pour rattraper Alestar.
-- Eric, attends !
Il le retint par le bras. Les deux frères se firent face quelques instants dans un silence total, au milieu des SeeDs qui allaient et venaient d’une porte à l’autre du hall, d’un escalator à l’autre, et contre toute attente, Anthony serra Alestar contre lui :
-- J’ai tout compris, Eric. Tu es le meilleur frère que l’on puisse avoir.
Un poids de plusieurs millions de tonnes sembla être délesté de ses épaules. Alestar se sentit absous de tout, enveloppé par la chaleur de l’amour fraternel, la confiance retrouvée de son aîné. Il était à nouveau libre. Des deux bras, il étreignit Anthony :
-- Merci. Sa voix se brisa et il inonda l’épaule d’Anthony de larmes de soulagement.
-- Il faut que tu parles à Alicia, dit Anthony. Elle fait partie de la famille. Ne la laisse pas malheureuse. Je ne veux pas vous savoir malheureux. Si tu le désires, nous tiendrons conseil tous les quatre, entre Leonhart.
-- Je lui parlerai, promit Alestar entre deux spasmes.
Anthony étreignit encore son frère, puis le laissa et rejoignit Ambrosia. Alestar arrangea sa mine, et chercha Alicia au milieu des SeeDs qui s’étaient arrêtés pour les observer. Il la trouva, pâle et fragile figure d’innocence aux yeux de biche. Comme un somnambule, il marcha vers elle. Il lui prit la main et la porta galamment à ses lèvres :
-- Une promenade à dos de Chocobo, gente demoiselle ? Je crois que je ne t’ai pas remerciée pour avoir sauvé mon frère.
Alicia sourit avec grâce et accepta l’invitation.

Ambrosia sortit du cabinet médical et repassa dans l’antichambre, plus pâle que jamais. Anthony se leva, craignant le pire. Elle se jeta dans ses bras en sanglotant.
-- Qu’allons-nous faire ? demanda-t-elle
-- C’est à toi seule d’en décider. Je serai à tes côtés quoi que tu fasses.
-- Ma famille est conservatrice. Je ne peux que porter ma grossesse jusqu’au bout. Oh Wilfried, qu’allons-nous faire ? Nos fiançailles sont compromises. Notre mariage, même.
Elle s’éloigna de lui et se laissa tomber sur une chaise pour laisser libre cours à sa détresse.
Anthony vint s’agenouiller près d’elle et lui prit une main entre les siennes :
-- Je t’en supplie Ambrosia, ne dis pas ça. Tu sais très bien que je ne veux que toi pour femme. Ne me laisse pas, ça me détruirait. Il regretta immédiatement ces derniers mots : Je te demande pardon, je ne suis qu’un infâme égoïste, mais c’est la vérité. Ne le laisse pas triompher. Je me fiche de ce qui a pu t’arriver. Pour moi, rien n’est changé : je suis toujours aussi amoureux de toi, et je veux que cet amour se concrétise.
-- Mais ta famille, Wilfried ! Ils n’accepteront jamais ! Tu vas être Duc ! Songe à l’honneur des Leonhart !
Soudain saisi par un accès de fureur, il se leva brusquement et frappa le mur du poing et fit les cent pas comme un lion en cage :
-- Au diable le duché ! hurla-t-il. Pourquoi remettez-vous tous le sujet sur la table ? Vous ne pouvez pas me laisser en paix ? Je ne suis pas né que pour ça ! Je suis un homme, j’ai le droit de vivre. Je ne rechigne pas à succéder à mon père, mais bon sang pour l’amour du ciel, laissez-moi le peu de liberté que j’ai ! Et je ne demande qu’une chose : pouvoir épouser la femme que j’aime, par tous les diables !
-- Mais tu ne le peux plus maintenant ! Avoue que j’ai raison !
-- Si, je le peux ! Ce sont les préséances qui les gênent ? Alors je me bannis du clan Leonhart ! Ils ne veulent pas de toi ? Alors ils ne m’auront pas !
-- Wilfried, tu ne peux pas fuir !
-- IL SUFFIT ! tonitrua-t-il, les yeux rougis de larmes difficiles, avant de se laisser tomber accroupi dos au mur, le visage au creux de sa main.
C’était la première fois qu’elle le voyait aussi désespéré, acculé comme un animal par une meute de chiens. Quelle triste vue. Elle se leva, vint s’asseoir près de lui et lui prit les épaules :
-- Et quand bien même parviendrais-tu à m’épouser, dit-elle doucement, pourrais-tu regarder comme tien le fils de celui qui t’a détesté au point de nous faire tout ce mal ?
Il leva la tête, sécha ses larmes et la dévisagea avec des yeux francs et honnêtes :
-- Non, je ne le pourrai pas. Il ne sera jamais mien. Je pourvoirai à ses besoins, j’en ferai quelqu’un de digne, mais il ne sera jamais mon fils. Mais je parviendrai à vivre avec cette idée, si tu es à mes côtés. Il lui prit le menton en douceur : Ne le laissons pas triompher, Ambrosia. Il nous a déjà pris tant de choses. Je sais que nous désirons autant l’un que l’autre nous épouser.
Elle préféra regarder ailleurs plutôt que dans ses yeux :
-- Je ne vois pas comment nous allons nous en sortir.
-- Tu ne vois pas de solution maintenant, mais tu en trouveras une. J’en suis sûr. Prends le temps de réfléchir. Je ne peux pas décider à ta place. Il s’agit de toi, et quoi que tu fasses, tu ne recevras jamais aucun reproche de ma part. Il tourna de nouveau son visage vers lui et plongea les yeux dans les siens : Cela fait longtemps que nous n’avons pas été seuls. J’aurais souhaité que cela fût dans d’autres conditions. Puis-je t’inviter à dîner en ville ce soir ? Je crois que nous avons tous deux besoin de respirer un peu. Que dirais-tu de L’écrin des Ducs ?
C’était l’un des plus cotés de Centra. La carte était exceptionnelle, le cadre exquis et raffiné. Seul Anthony, en tant que SeeD avec ses cachets incroyables à chaque mission, pouvait s’accorder le privilège de mettre les pieds dans un tel lieu.
-- Wilfried, tu es gentil, mais…
-- Ne refuse pas tout de suite, s’il te plaît. Je ne m’attends pas à une soirée du tonnerre, mais ça nous fera du bien. Tu me répondras plus tard. Nous avons le temps d’ici ce soir.
Il était redevenu le même, inébranlable, confiant, plein de ressources. Pour Ambrosia, cette assurance était salutaire. Elle soupira :
-- Je suppose que c’est mieux que de se morfondre dans la Garden… C’est entendu.
Il sourit :
-- Je passe te prendre à 19:30.
Il se leva, prit une profonde respiration, comme pour chasser l’ombre d’infortune qui planait sur eux, et prit la main d’Ambrosia. Il avait toujours eu ce don de se remettre très vite d’aplomb à chaque coup du sort. Son entraînement psychologique poussé à l’extrême y était certainement pour quelque chose. Ambrosia l’admirait pour cette faculté qu’il avait à ne jamais se laisser dominer par les événements.
-- Où puis-je t’accompagner avant de rentrer dans ma tanière ? dit-il alors qu’ils sortaient.
Elle n’eut pas le temps de répondre : un agent de sécurité approchait. Il salua :
-- Vous êtes les officiers Hunter et Leonhart ?
Ils acquiescèrent.
-- Cela fait un moment que l’on vous cherche. Vous êtes attendus au salon N°1 par le Professeur Kramer. Dépêchez-vous.

******
Edea s’enduisit le cou de pommade photo-absorbante, et noua un élégant foulard de soie autour pour cacher l’affreuse cicatrice avant de sortir de sa chambre, accompagnée de Phillea. La vie avait repris son cours à l’orphelinat ; seule Edea ressentait plus que jamais la nécessité de protéger les siens de la menace qui sommeillait en elle. Mais elle n’avait encore trouvé personne pour lui succéder aux différents postes qu’elle occupait. Cid aurait pu faire l’affaire, mais il était trop gentil, et ce trait était exclu lorsqu’il fallait négocier les contrats nécessaires au Garden Project. De plus, Cid avait une Garden entière à superviser, et cela lui suffisait bien ainsi. Qui parmi ses SeeDs serait à la hauteur ? S’il y avait quelqu’un apte à saisir la gravité de la situation, c’était bien un SeeD. Anthony Leonhart avait déjà les mains prises par ses futures fonctions de Duc, et il occupait le nouveau poste de Commandant de l’unité des Rubis. Son jeune frère, malgré toutes ses qualités, se destinait à une carrière d’avocat, et ne possédait pas l’initiation requise. Oh, elle trouverait : il y avait quatre mille SeeDs à Centra Garden.
-- MATWIN !! Tu n’as pas écouté ! retentit soudain la voix de Phillea, l’arrachant à ses pensées.
Edea sursauta et considéra la petite fille avec étonnement :
-- Tu voulais me dire quelque chose, Phillea ? Oh, excuse-moi, je suis un peu distraite, ce matin, dit-elle en émettant un rire gêné. Tiens…
Elle lui tendit son assiette de pancakes qu’elle tenait depuis elle ne savait combien de temps. La mine de la petite fille se renfrogna. Elle saisit tout de même l’assiette et alla s’asseoir, de mauvaise humeur :
-- C’est bien ce que je dis, tu n’écoutes pas.
-- Eh bien maintenant je t’écoute.
-- Tu m’emmèneras revoir le Prince de la Lune ?
-- Le « Prince de la Lune » ? répéta Edea. Elle réfléchit un instant et finit par faire le rapprochement : Oh, tu veux parler d’Anthony Leonhart ! Mais dis-moi, pourquoi veux-tu le voir ?
-- On est amis, tu sais, confia la petite fille. Et sa fiancée est très belle. Elle m’a montré son grand cheval en argent.
Edea resta interdite. Phillea, vierge de tout entraînement, avait vu Pegasus ? Comment cela était-il possible ? Sans faire attention au soudain mutisme de la jeune femme, Phillea continua fièrement sur sa lancée :
-- Elle m’a dit que je serais une très grande SeeD, et que j’aurais plein de… Um… Ah oui, des Guardian Forces !
-- Phillea, dit enfin Edea, je crois que nous allons revoir le Prince de la Lune et sa fiancée plus tôt que prévu. Mangeons vite et partons. Tu m’accompagnes.
Le visage de la petite fille s’éclaira :
-- C’est vrai ? On va les voir ? Elle poussa un grand cri de joie et sauta en rond dans toute la grande cuisine.
-- Allons, Phillea, un peu de tenue. Si tu ne manges pas, non n’irons pas les voir.
Cet argument seul suffit à couper net l’élan de la petite fille, qui se hâta de s’asseoir pour manger sagement son petit déjeuner. La limousine vint ensuite les chercher, et toutes deux partirent.


Sans savoir pourquoi, Edea trouva Ambrosia Hunter quelque peu changée. Une ombre subtile dans les profondeurs de son regard mauve, elle ne sut quoi. Toujours était-il que Phillea sauta de joie en revoyant Anthony, lorsque celui-ci, accompagné de la jeune SeeD, entra dans le salon de réception. Anthony s’extraya avec peine de l’étreinte de la petite fille, et salua Edea. Ambrosia fit de même, et tous deux s’assirent côte à côte dans le confortable divan face à leur professeur. Phillea vint se percher sur les genoux d’Anthony.
-- J’aimerais que tous deux, vous m’expliquiez vos connexions avec cette enfant, dit Edea sans autre forme de cérémonie.
Anthony et Ambrosia étaient depuis longtemps habitués aux manières de leur professeur de mysticisme. Il n’était pas dans les habitudes d’Edea, lorsqu’elle avait une idée en tête, de faire des détours ; elle allait toujours droit au but.
-- En vérité, c’est elle qui m’a trouvé, dit Anthony. Elle m’a dit que j’étais venu la voir pour l’emmener – uh – sur la lune. C’est de cette façon que nous avons su que vous aviez disparu.
-- Elle affirme l’avoir vu en rêve, et elle savait d’une façon ou d’une autre qu’ils allaient se revoir, poursuivit Ambrosia. J’ai eu l’impression qu’elle parvient à appréhender le futur sous des formes allégoriques dans ses rêves. Par contre, elle n’avait pas prévu votre disparition.
-- Ambrosia, je crois que vous avez pris la liberté de lui montrer l’une de vos Guardian Forces.
-- C’est exact, Professeur. Je me suis dit que si elle avait le pouvoir d’entrevoir l’avenir, elle possédait un certain potentiel. Et en effet, elle a été capable de voir Pegasus, alors que sa camarade n’a rien vu.
-- Seule une Sorcière peut voir ainsi les Esprits Sauvages, murmura Edea. C’est inné.
-- Une Sorcière ? répéta Anthony.
Edea se leva et fit les cent pas :
-- Comment croyez-vous que je sois parvenue à vous former au mysticisme ? Je suis une Sorcière. C’était la première fois qu’elle l’avouait tout haut. Vous, les SeeDs, avez acquis un pouvoir proche du mien par l’entraînement. Je l’ai depuis toujours. Et cela fait de moi une menace potentielle pour ce monde. J’ai reçu en héritage, il y a longtemps, les pouvoirs d’une autre de mon espèce. Et parce que je possède une partie d’elle, elle a le pouvoir de venir prendre possession de mon corps, de ma conscience, pour accomplir ses projets. C’est pour cela que j’ai créé la fondation Kramer, avec le Garden Project. Vous, les SeeDs, n’êtes pas seulement une force internationale de soldats mystiques aux immenses pouvoirs. Votre véritable mission est de combattre les Sorcières qui menaceraient de semer le chaos. C’est pourquoi toutes les frontières vous sont ouvertes : il fallait garantir votre liberté totale de mouvement, car vous aurez à les affronter partout où elles sont. Et je sens l’échéance proche. Des changements mineurs sont intervenus récemment. En particulier, il semblerait que les monstres soient devenus plus forts, chose que j’ai été incapable de vérifier par moi-même, et c’est à cause de cela que vous avez pris des risques pour me retrouver, ce dont je vous serai éternellement reconnaissante. Surtout à vous, Anthony. J’ai cru comprendre que vous avez failli laisser votre vie dans cette mission, mais vous n’avez jamais hésité.
-- Professeur, je n’ai fait que mon devoir, protesta doucement Anthony, alors qu’Ambrosia lui pressait la main, submergée de fierté.
-- Pour en revenir à mon histoire, poursuivit Edea, imperturbable, il vous faut vous tenir prêts : un jour je serai votre mortelle ennemie, et la bataille qui nous opposera sera sans pitié. « Elle » a juré votre mort, et vous poursuivra jusqu’au dernier pour détruire ce que Cid et moi-même avons accompli. Tant qu’il y aura des SeeDs, les Sorcières seront tenues en échec. Gardez bien ceci en vous. Tous les responsables des Gardens connaissent la véritable mission des SeeDs, et ils ne vous la révéleront qu’au moment opportun. Ce jour-là, le monde sera mis à feu et à sang.
Anthony et Ambrosia écoutaient, médusés. Tout cela leur paraissait si lointain, si abstrait, que c’en était à peine croyable.
-- Et… reprit Ambrosia, quel rapport avec Phillea ?
-- Elle n’est pas la seule enfant à posséder ces pouvoirs depuis la naissance. Je croyais qu’une Sorcière ne le devenait que parce qu’une autre lui transmettait ses pouvoirs, mais je me trompais. Il nous faut retrouver d’autres enfants possédant ce même potentiel, afin de les protéger contre cette menace. Apparemment, ce sont toutes des filles.
» Pour une fois, je regrette qu’il n’y ait pas d’autres Anthony Leonhart dans les autres Gardens pour former des unités équivalentes à nos Rubis Incandescents. Je vais cependant demander des rapports à Cid de Balamb, Martine de Galbadia et Deverrin de Trabia sur leurs meilleurs éléments. D’ici, nous allons vous répartir sur Centra, afin que vous retrouviez les futures Sorcières. Nul doute que notre ennemie vous barrera le chemin de toutes les façons possibles. Certains d’entre vous ne reviendront pas de cette mission. Souvenez-vous que cette ennemie ne ressemble à aucun autre adversaire que vous avez eu à affronter, et qu’elle possède des pouvoirs équivalents aux vôtres, quoique certainement bien supérieurs. Anthony, je vous laisse le soin de choisir qui de vos Rubis sera le plus apte à remplir cette longue mission. Efficacité et discrétion seront les maîtres-mots. Moins vous vous ferez démasquer, plus vous aurez de chances d’échapper à l’ennemi. Sachez enfin qu’elle arrive d’une époque bien plus avancée que la nôtre, et que ses connaissances en matière de Jonction sont certainement beaucoup plus sophistiquées que celles que je vous ai transmises. Notez qu’elle est capable de voyager dans le temps, ce qui montre bien l’étendue de ses pouvoirs.
» Cette mission ne ressemblera à aucune autre. Elle est commanditée par la Fondation Kramer elle-même, et il n’y aura pas de rétribution. Tous les frais que vous pourrez engager seront directement couverts par la Fondation.
-- Que devrons-nous faire des enfants ? demanda Anthony.
-- Faites que cela ressemble à un simple recensement. Si nous les faisons toutes venir à la Garden, cela sera suspect. Contentez-vous de relever le maximum d’informations, et nous enverrons un courrier à leurs familles les invitant à nous confier leur enfant afin que nous assurions son éducation. La Fondation et la Garden jouissent d’une bonne réputation auprès des familles, et je compte bien me servir de cette manne pour protéger ces enfants.
» Prenez votre temps, Anthony, car une fois que vous serez lancé, vous ne pourrez plus vous arrêter. Il faudra aller jusqu’au bout, quelles que soient les conséquences. Vous aurez une lourde responsabilité dans cette mission, car certains des camarades que vous enverrez mourront. Jusqu’à présent, nous n’avons subi aucune perte en mission, mais cette fois les règles sont différentes. C’est une guerre que vous allez livrer. La véritable guerre des SeeDs. Et elle ne fait que commencer.

Depuis son sinistre royaume de mort et de souffrances, dominé par son seul pouvoir, dans sa demeure gothique et sombre, la présence de pourpre vêtue qui avait réussi à s’insinuer dans ce monde et dans cette époque éclata d’un grand rire de satisfaction. Qu’ils découvrent peu à peu ce qu’étaient exactement les Sorcières. Quelle ironie que ce soient ses ennemis eux-mêmes qui lui donnent le moyen d’agir. Edea avait commis une grave erreur en partant à la recherche d’autres petites filles possédant ce même pouvoir. Parfois il valait mieux rester dans l’ignorance. En voulant retrouver les enfants, elle débusquerait de nouveaux pions dont Ultimecia pourrait se servir. Ultimecia savait que ces enfant ne pourraient lui servir que temporairement : leurs esprits fragiles et inexpérimentés ne résisteraient pas à sa puissance. En s’emparant d’eux, elle les tuerait. Mais qu’importait donc, puisqu’elles lui donneraient le moyen se rapprocher de son principal objectif, qui était d’investir de façon permanente le corps d’Edea lorsqu’elle deviendrait suffisamment puissante pour l’accueillir sans que son corps et son esprit ne subissent de dommage. Par ailleurs, en tuant ces enfants, elle se débarrasserait d’éventuelles rivales. Edea faisait partie d’un projet de plus grande envergure, dont Ultimecia avait pu voir en pointillés les étapes, en remontant au hasard le temps. Elle ne maîtrisait pas cette aptitude, et cherchait quelqu’un qui pourrait lui donner la possibilité de se déplacer à travers les différentes époques à volonté, de façon exacte et ciblée. Elle avait pu entrevoir au cours des ses sauts anarchiques et hasardeux qu’une telle personne existait, et qu’elle avait des connexions avec Edea. En possession de cette personne, elle pourrait étouffer le Garden Project dans l’œuf, et plus aucun obstacle ne se dresserait devant elle. Sa terrible défaite dans le futur n’aurait plus de raison d’exister. Ses laborieux efforts pour réparer ses erreurs, époque par époque, allaient être récompensés. Quelle douce ironie de voir que c’étaient ses pires ennemis qui lui ouvraient la voie de la réussite ! Secouée d’un rire hystérique incontrôlable, elle s’affala sur son grand trône, se demandant si elle n’allait pas mourir de rire avant d’avoir pu accomplir ses desseins.

Evan Cornwall convoqua Edea sitôt qu’elle eut un moment de libre entre ses cours. Elle le trouva debout face aux grandes fenêtres de son bureau, les mains croisées dans le dos. Edea savait depuis longtemps ce que signifiait cette attitude : un grave problème tracassait le directeur.
-- Je n’ai pas voulu gâcher votre convalescence, c’est pourquoi j’ai attendu pour vous entretenir sur un grave sujet, commença-t-il.
Il se retourna vers elle. Edea vit en effet, aux traits brusquement vieillis du directeur, qu’il se tramait quelque chose de terrible. Elle préféra s’asseoir avant d’entendre quoi que ce fût.
-- La Garden va plonger dans un scandale dont elle ne sortira pas indemne, annonça Cornwall. Et il n’y a rien que je puisse faire pour l’éviter.
-- Comment cela ?
-- Pendant les opérations visant à vous retrouver, l’un de nos étudiants, Brian Almasy – Edea se cacha le visage : encore lui… – s’en est pris à Mlle Ambrosia Hunter. Il y a eu viol.
Edea leva un regard incrédule et horrifié sur Evan Cornwall.
« Viol ! Oh mon Dieu… Voilà pourquoi elle paraissait changée… La pauvre enfant ! Comment peut-on… »
-- Brian Almasy a été exécuté en lieu et place, selon une loi peu connue de Centra, mais parfaitement établie, et par personne d’autre qu’Alestar Leonhart.
C’était pire que de sauter de Charybde en Scylla.
-- Vous n’ignorez pas que le père d’Ambrosia Hunter…
-- Je sais qui il est, interrompit Edea, ne pouvant en supporter davantage.
Au moment où elle allait avoir le plus besoin de l’influence de la Fondation et de la Garden…
Robert Hunter n’était autre que l’ambassadeur de Centra.
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Merisel Faradhreia

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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Dim 10 Juil - 23:31

Suite (un peu rapprochée je sais). Normalement j'aurais dû mettre ce chapitre particulier à la suite du post précédent, parce que c'est un peu la conclusion d'une première partie. Et en fait, vu le contenu, je me suis demandé si j'allais effectivement le poster Wink C'était mon premier (et dernier) essai en matière d'écriture "hot". Je ne l'ai pas refait parce que ce n'était pas justifié, ici ça l'était peut-être un peu plus, et puis c'est mieux de laisser courir l'imagination. Bon allez, savourez, après ça vous ne me regarderez plus de la même façon, j'en suis sûre. La version que vous avez ici est plus complète que celle sur le forum de l'alliance, j'ai réécrit et rajouté des petites choses.


Chapitre 7

Ambrosia sourit à Anthony, alors qu’ils parvenaient devant sa porte :
-- Je te remercie pour cette charmante soirée. Tu as eu une excellente idée.
-- Je suis content que tu aies retrouvé un peu de ton sourire. Et…(il lui caressa le visage du dos de la main) Je te remercie pour t’être faite si belle. Je sais à quel point ça a dû t’être difficile de te glisser à nouveau dans une robe. Je n’en suis que plus honoré.
Elle portait en effet une longue robe de soirée en soie rouge assortie d’une interminable étole, et les élégants drapés vaporeux et fluides du vêtement mettaient en valeur sa somptueuse silhouette. Anthony savait, pour en avoir entendu parler, que les femmes qui avaient été violées n’osaient plus porter ni robe, ni jupe, ce qui était aisément compréhensible.
Elle rougit au compliment et sourit avec modestie :
-- C’est que l’on ne dîne pas tous les soirs à L’écrin des Ducs…
-- Ambrosia, il faut que je te dise… Tu ne l’as peut-être pas remarqué, mais nous avons été photographiés, pendant le dîner. Nous paraîtrons à coup sûr dans la presse mondaine de demain. Je suis désolé. J’avais oublié. Je tenais tellement à te faire plaisir. Il vit son visage s’éteindre : Crois-moi, je n’ai pas du tout cherché à…
Elle leva une main pour l’interrompre :
-- Je le sais. Ne gâche rien, s’il te plaît. Tu crois peut-être que je ne sais pas depuis toujours ce que j’aurai à risquer en étant avec « Anthony Leonhart » ? Je suis fille d’ambassadeur, je te le rappelle, et je ne suis pas étrangère à ces choses. Ne te tracasse pas pour si peu.
-- Tu sais que ça va remonter aux oreilles de nos parents…
Elle haussa les épaules et arqua les sourcils :
-- Qu’est-ce que cela peut nous faire ? Cela officialisera en quelque sorte nos fiançailles, et tu seras ainsi déclaré « chasse gardée » auprès de toutes celles qui te convoitent. Et je sais qu’elles sont nombreuses. Je tiens à préserver mon investissement le plus précieux.
Les bras lui en tombèrent :
-- Qu… Quoi ? Alors tu maintiens nos fiançailles ?
Il n’en croyait pas ses oreilles. Il avait eu tellement peur qu’elle ne rompe…
-- Que puis-je faire d’autre ? Nous sommes si profondément engagés l’un envers l’autre que nous ne pouvons plus rebrousser chemin. J’ai eu le temps de réfléchir et j’ai pris ma décision. Mais elle implique une chose : je vais devoir m’exiler le temps de mener ma grossesse à terme. Personne ne doit savoir où je suis. Même pas toi. Tu devras supporter mon absence et mon silence pendant près d’un an. Je vais m’arranger auprès du Directeur Cornwall pour qu’il déguise mon départ en mission ultra-confidentielle. Il m’a promis son soutien dans cette affaire, et je vais en obtenir le maximum. Lorsque l’enfant viendra, je ne le garderai pas. Je ne veux pas le garder. Il n’est pas de toi, et je ne l’ai pas désiré, même si je dois le porter.
-- Tu vas l’abandonner ? questionna-t-il, abasourdi.
-- Qui te dit que je vais l’abandonner ? De toute façon je n’ai pas le choix. C’est le seul moyen que j’aie trouvé pour nous sortir de ce marasme sans dommage, ou presque. Cette affaire va éclabousser énormément de monde si elle est ébruitée : ta famille, ma famille, et accessoirement, la Garden entière. Je prends sur moi la responsabilité de l’étouffer, et ma disparition momentanée ainsi que celle de l’enfant est le prix à payer.
Il secoua la tête, incrédule : comment allait-elle trouver le courage de faire ce qu’elle s’apprêtait à faire ? Elle paraissait si déterminée, si sûre d’elle… Admirable Ambrosia… Supporter à elle seule cette épreuve…
-- C’est ta décision, et je n’ai rien à dire. Mais… Un an sans te voir… Je suppose qu’il ne me reste plus qu’à m’abrutir de travail pour tuer le temps. Mais je t’en prie, ne pars pas sans m’avoir dit au revoir. Je ne veux pas me réveiller un matin en découvrant que tu as disparu de la circulation.
Elle lui pointa un doigt menaçant au nez :
-- Et moi je ne veux pas rentrer et te trouver dans les bras d’une autre ! Je t’égorgerais plutôt que de te voir avec une autre.
Surpris chacun par sa propre stupidité, ils éclatèrent de rire. Une porte s’ouvrit, et un SeeD à moitié endormi et la tête ébouriffée apparut :
-- Ce n’est pas un peu fini, tous les deux ? Il y en a qui dorment, ici ! grogna-t-il.
-- Oh, je suis désolé, Anders, dit Anthony, se calmant avec peine et néanmoins contrit, je raccompagnais la demoiselle.
-- Oui, eh bien tu en fais, un raffut, pour une simple reconduite. Tu es peut-être en arrêt, mais moi je pars en mission aux aurores, moi.
Anders claqua la porte. Anthony et Ambrosia se tordirent de rire pendant encore un bon moment, le plus discrètement qu’ils purent. Elle lui caressa la joue :
-- C’est vrai qu’il n’arrête pas en ce moment, le pauvre, dit Ambrosia en s’essuyant les yeux avec précaution pour ne pas faire filer son maquillage. Mais dis-moi, tu les connais tous ?
-- Tous ceux avec qui j’ai eu le privilège de partir en mission, l’équipe de Choco-Polo, ma promo, et celle qui suit.
Cela faisait un peu plus de huit cents SeeDs. Ambrosia ne trouva aucun commentaire à faire. Elle posa un instant le regard sur la porte d'Anders, puis leva de nouveau les yeux vers lui ; elle lui caressa les épaules :
-- Veux-tu que je te dise ?
Perdu dans sa contemplation de la jeune fille, il n'était pas à la conversation.
-- Quoi donc ?
-- Je crois que tu as réussi, dit-elle avec en lui faisant un clin d'œil.
-- A quoi faire ? demanda-t-il distraitement, décidément à des lieues de là.
Elle lui tapa gentiment l'abdomen pour le faire revenir sur terre :
-- A faire oublier que tu es un Leonhart ! Tu as entendu comme il t'a rabroué ? On ne parle pas sur ce ton au fils du Duc Maximilian.
Son visage s'illumina de la plus béate des surprises :
-- C'est ma foi vrai !
Elle avait du mal à contenir son hilarité ; il pouvait être si candide.
-- Comment était-ce ?
Il fit une moue satisfaite :
-- Confortable. Rassurant, renchérit-il en souriant de plus belle.
Elle rit :
-- Tu es bien le premier à qui ça fait plaisir de se faire crier dessus. Viens, il est temps d'aller se coucher.
Elle ouvrit la porte et alluma. Elle entra et laissa ouvert, pensant qu’Anthony viendrait avec elle, comme il avait l’habitude de faire depuis plusieurs jours. Le voir s’étendre sur le lit de camp était devenu pour elle une vision familière et rassurante. Mais il resta là où il était, indécis.
-- Eh bien, tu n’entres pas ? demanda-t-elle.
Le bustier au plissé étudié soulignait la courbe délicate de ses seins, la finesse de sa taille encore mince, révélait la grâce des ses épaules nues, de son long cou. Les longs cheveux retenus en un élégant chignon glorifiaient son port de tête. L’éclairage de la chambre jouait de reflets de miel sur les longues mèches enroulées les unes sur les autres. Les longs pendants d’oreille en diamant ajoutaient une touche finale à l’ensemble, exquis à souhait. Anthony aurait pu la contempler pendant des heures. Plus il la regardait, plus il avait envie de défaire ces cheveux, épingle par épingle, pour le plaisir de les voir cascader en une chute soyeuse, de faire glisser la longue robe à terre pour admirer ce corps de nymphe dans toute sa gloire et le vénérer de ses caresses et de ses baisers. Le désir brûlait si fort en lui que c’en était douloureux. Non. C’était trop tôt. Il ne pouvait pas rester près d’elle cette nuit. Il ne devait pas. Il s’arracha à sa contemplation et détourna les yeux :
-- J’ai du travail ce soir, mentit-il.
Les yeux d’Ambrosia s’agrandirent et brillèrent d’hilarité :
-- A une heure du matin ? Tu ne réussiras qu’à somnoler au-dessus de tes livres. Ne sois pas déraisonnable, et viens dormir. Tu seras moins fatigué.
-- Il faut vraiment que j’y aille, insista-t-il. Je serai là demain soir, c’est promis.
Elle jeta un regard inquiet à son lit, soupira, puis dit :
-- J’essaierai de dormir seule pour cette nuit.
L’espace d’un instant, à la vue de la lueur d’angoisse au fond de ses yeux, Anthony manqua revenir sur sa décision. Bridant son désir d’une coque d’acier, il lui prit la main et la porta à ses lèvres :
-- Tout ira bien. Bonne nuit. Mon téléphone est disponible, tu le sais.
Elle esquissa courageusement un sourire et inclina la tête. Il se pencha sur elle et lui donna un baiser un peu trop furtif :
-- Bonne nuit ma douce. Tout ira bien.
-- Ne travaille pas trop tard.
N'osant lui répondre, il se contenta d'acquiescer vaguement, la lâcha comme si elle le brûlait, et s’en fut d’un pas hâtif, pressé de mettre de la distance entre eux.

Il s’enferma à double tour et se jeta sur son lit, haletant péniblement, la main sur son cœur affolé. « Pardonne-moi, mais je ne pouvais pas. Je ne suis qu’un homme qui aime profondément une femme, mais je t’aurais fait du mal. » Pour la centième fois au moins, il maudit Brian. A cause de ce qu’il avait fait, même la plus naturelle des envies, dictée par un sentiment sincère, devenait un outrage. C’était un comble, que de se sentir un danger pour elle alors qu’il n’était guidé que par des intentions pures à son égard. Au fond, il n’était pas plus mal qu’Ambrosia parte pour quelque temps. Cela la mettrait à l’abri. Anthony frappa du poing sur son oreiller : mais à l’abri de quoi, bon sang ? Il voulait juste l’aimer, de tout son cœur et de tout son corps. Quel mal y avait-il à cela ? Il se leva, se dévêtit et alla prendre une douche froide pour briser l’élan à ses ardeurs avant de se coucher. Les jours suivants, fidèle à sa promesse, il resta avec elle, mais Ambrosia ne put s’empêcher de détecter un changement subtil en lui. Il était toujours aussi charmant, prévenant, chevaleresque, mais il semblait y avoir une barrière entre eux. Intriguée, Ambrosia chercha à comprendre la raison de ce changement, et lorsqu’enfin elle comprit, elle sentit monter en elle une colère comme jamais elle n’aurait pensé en éprouver à l’encontre d’Anthony. Il ne perdait rien pour attendre.


Evan Cornwall se réjouit presque d’entendre Ambrosia exposer le stratagème qu’elle avait imaginé, en dépit du choc d’apprendre qu’elle était enceinte. Il se trouvait dans une telle impasse que toutes les solutions étaient les bienvenues, et il était prêt à concéder n’importe quoi à la jeune fille pour faire en sorte que son départ parût le plus naturel possible.
-- Et où désirez-vous vous établir pour cette… période ?
-- En Esthar, il y a un couvent dans la foret sacrée de Chocobos. Ce lieu reculé est oublié de tout, et fera une retraite idéale.
-- Je vous promets que votre destination ne sera révélée à personne. Donnez-moi le temps de vous fournir des papiers d’identité et un ordre de mission – factice, bien entendu, mais tout à fait officiel en apparence pour votre dossier – et vous pourrez embarquer pour l’aérodrome de Grandidi Forest. Je prendrai soin de contacter moi-même le couvent en question, afin que vous soyez accueillie convenablement là-bas. Je crois que ce sera tout pour le moment.
Ambrosia salua :
-- Merci M. le Directeur.
-- Ne me remerciez pas, Ambrosia, répliqua-t-il.
Il se leva et fit le tour de son bureau pour venir se tenir face à elle. Ambrosia remarqua que c’était la première fois que le Directeur appelait un SeeD par son prénom. Evan Cornwall serra une main d’Ambrosia entre les siennes :
-- Vous devez me trouver froid et professionnel, mais c’est ce que je suis. Diriger une Garden exige une certaine inflexibilité. Maintenant laissez-moi vous avouer une chose. Le Professeur Kramer et moi-même ne savions absolument pas comment tirer la Garden de cette situation, et par votre geste, vous venez de tous nous sauver. Je sais qu’aucune décoration, qu’aucune distinction ne pourra compenser la posture dans laquelle Brian Almasy vous a jetée, et qu’il serait indécent de vous en remettre une, aussi je tiens seulement à vous dire merci du fond du cœur.
-- A mon tour de vous avouer une chose, M. le Directeur. Je n’avais pas exactement la réputation de la Garden en tête lorsque j’ai pris cette décision. Ce que je fais, c’est pour sauver l’honneur de ma famille en premier, et celui des Leonhart. Il se trouve que la Garden se trouve mêlée à cela. Je me sers juste d’elle comme d’un moyen de parvenir à mes fins. Nous sommes tous des professionnels, M. le Directeur, et nous agissons en conséquence. Cependant, je me réjouis de voir que nos intérêts convergent dans cette affaire, et j’apprécie le fait que vous sachiez reconnaître le mérite et la valeur de ceux qui vous servent.
Cornwall ne s’était pas attendu à une réplique d’une telle maturité, et surtout d’une telle froideur.
-- Ambrosia, ne vous trompez pas sur mon attitude à votre égard. J’ai une fille qui a à peu près votre âge. Ce qui vous est arrivé aurait pu lui arriver aussi. Croyez bien que je suis bouleversé…
-- Mais je ne suis pas votre fille. Elle lui adressa un sourire sans chaleur et conclut la poignée de mains : Il ne sert à rien de poursuivre cet entretien. Nous nous comprenons parfaitement, et c’est l’essentiel. J’aimerais émette un dernier souhait : je voudrais que vous preniez les dispositions nécessaires afin que je puisse prendre part aux examens de cette année, ainsi qu’à la session d’hiver de l’année suivante. Je dois avoir accès aux rapports magistraux et à la bibliothèque de là où je serai, par n’importe quel moyen : courrier, connexion par satellite… Je ne veux pas subir de retard dans mon cursus universitaire, si cela m’est possible. C’est très important pour moi.
-- Je ferai le nécessaire, promit-il avec empressement. Je mettrai tout en œuvre pour vous aider.
-- Je vous remercie.
Elle salua et sortit du bureau. Elle avait la main sur la poignée de porte lorsqu’une idée lui traversa l’esprit :
-- En informerez-vous le Professeur Kramer, Monsieur ?
-- Je crois que cela s’impose. Edea Kramer n’est pas seulement votre professeur de mysticisme. Elle est à la tête de la Fondation Kramer, à laquelle appartient Centra Garden, et cette affaire la concerne de fait. Personne d’autre ne sera dans la confidence. C’est un secret trop lourd de conséquences pour être partagé par plus de monde.

Deux semaines plus tard, Ambrosia recevait dans sa chambre une grande enveloppe scellée, contenant un jeu de papiers d’identité, deux billets d’avion pour Grandidi Forest, et l’ordre de mission factice. Ambrosia devait partir la semaine suivante, et voyagerait sous l’identité d’une certaine Sandra Farrow. Une grande caisse marquée du sceau de confidentialité de la diplomatie de Centra accompagnait l’enveloppe. Elle contenait un puissant ordinateur portable ainsi que du matériel pour se connecter à la Garden par satellite. Voilà, c’était fait. Ambrosia s’assit en soupirant devant le volumineux bagage. Elle avait tellement attendu ce jour, et maintenant qu’il était venu, elle avait presque peur. Elle allait être seule avec son sort pendant neuf longs mois, loin de ses amis, privée du réconfort que lui procurait Anthony. Un an sans sa présence… Elle en peinait d’avance. Et personne ne serait là pour l’accompagner lorsque viendrait le jour fatidique de l’accouchement. Personne d’autre que des sœurs compatissantes et pleines de sollicitude, certes, mais qui ne valaient en rien une présence amicale. Et personne ne la soutiendrait lors de la seconde partie de son projet, celle qu’elle n’avait révélée à personne excepté Anthony, et qui mettrait tout d’elle à l’épreuve. Serait-elle assez forte, assez convaincue pour mener ce projet jusqu’au bout ? Elle n’aurait qu’elle-même pour se conditionner et se préparer. Et cet idiot qui…

Anthony sortit de la douche, une serviette autour des reins. A près s’être séché les cheveux, il remit le bandeau noir qui recouvrait sa cicatrice à peine visible à la tempe, et fixa l’attelle autour de son épaule. Cette journée passée le nez dans les livres l’avait abruti, et il était sorti courir dans le parc. On frappa à sa porte. C’était Ambrosia.
-- Une minute, je te prie.
Il se hâta de mettre de quoi paraître décent, et ouvrit. A son expression grave, il comprit :
-- Tu pars bientôt…
-- Demain.
Elle le poussa à l’intérieur et ferma la porte derrière elle.
-- Rentre vite avant que d’autres ne te voient !
-- Hé qu’est-ce qui te prend ?
Elle tourna le verrou et le regarda, sévère :
-- Pourquoi m’as-tu menti, l’autre soir ?
-- Je ne vois pas de quoi tu veux parler… répondit-il avec sincérité.
-- Tu as littéralement fui pour ne pas être près de moi. Pourquoi ?
Il comprit ce à quoi elle voulait faire allusion.
-- Je ne pouvais vraiment pas rester avec toi, crois-moi. Je ne le devais pas.
-- Et tu comptes me fuir à chaque fois ?
Il ne sut quoi répondre. Furieuse, Ambrosia marcha de long en large dans la chambre :
-- J’essaie de me guérir par tous les moyens, et toi tu… Mais à la fin, comment crois-tu que je vais interpréter ton attitude ? Que tu ne veux plus m’approcher parce qu’un autre est passé sur moi avant toi ?
-- Ambrosia, mais où vas-tu chercher de telles horreurs ? souffla-t-il, atterré. Tu crois peut-être que c’est facile pour moi ? Penser que ce que je voudrais te faire par amour, un autre te l’a fait pour te dégrader ? Tu ne comprends donc pas que j’ai la hantise de réveiller ce souvenir en toi ?
-- Tu m’as dit toi-même qu’il ne fallait pas le laisser triompher. Si nous ne franchissons pas ce cap, il restera gagnant. Je ne veux pas d’un époux distant parce qu’il a peur de me faire l’amour. Quelle vie mènerions-nous ? Comment oses-tu croire un seul instant que je puisse faire l’amalgame ? Il n’y a aucun point commun entre vous deux ! Qu’est-ce qui t’empêche d’en avoir conscience ?
-- Ambrosia, il t’a fait du mal !…
-- Et toi tu ne m’en feras jamais ! coupa-t-elle. C’est toute la différence ! Je ne réitèrerai jamais l’expérience auprès de toi pour cette seule et unique raison. Fais en sorte de conforter en moi cette certitude. J’en ai besoin. Cela fait plus d'un mois que notre relation est au point mort, et je ne veux plus que cela dure.
Il serra les poings et évita de la regarder. Enveloppée de sa fureur, elle était plus belle, plus désirable que jamais. Il s’était tellement bridé que sa seule proximité attisait en lui un feu insoutenable.
-- Je ne veux pas que tu viennes à moi uniquement pour me faire plaisir, ou pire, dans l’espoir que je vais effacer ce qu’il t’a fait. Ca ne doit pas être détourné en thérapie.
-- Est-ce que j’en ai l’air ? Je suis une femme, et je veux vivre normalement, je veux aimer, être aimée, sans qu’une ombre plane sans cesse au-dessus de ma tête. Tu as toujours attendu que je te donne mon aval en cette matière, et j’apprécie ta délicatesse. Je sais ce que ça a dû te coûter, et je suis désolée de te voir en souffrir maintenant, mais je ne veux plus que nous souffrions. Je veux en finir.
Elle s’approcha de lui, lui prit le menton et tourna son visage vers elle. Quelle triste ironie de voir qu’il avait plus peur qu’elle. Mais elle ne voulait plus de cette peur. Elle plongea son regard droit dans ses beaux yeux au formidable bleu océan, et dégagea avec tendresse les mèches qui tombaient obstinément sur son sourcil gauche :
-- Ne crois pas que je n’eusse pas souhaité une transition plus douce. Mais le temps nous fait défaut. Demain je serai partie pour un an. Je ne peux naturellement pas partir sans te dire au revoir, mais ce que je ne veux surtout pas, c’est que nous nous départions l’un de l’autre si longtemps en étant… en étant vierges l’un de l’autre.


Il n’y tint plus. Dévoré par un désir trop longtemps réprimé, il la saisit de son bras libre et s’empara de ses lèvres. Dieu, cette douceur sur lui… Comment avait-il réussi à s’en interdire l’accès si longtemps ? L’espace d’une courte seconde, il la sentit se raidir, mais bientôt, elle lui rendit le baiser avec une fougue inattendue, incendiant son être de caresses ardentes au travers de sa chemise. Ses jambes lui firent défaut et il dut s’arracher à elle pour reprendre son souffle. Impitoyable, guidée par une audace qu’il ne lui soupçonnait pas, elle glissa les mains sous la chemise, tout en promenant sur sa gorge la tendre humidité de sa langue, la chaleur enivrante de son souffle. Il émit un violent hoquet, lorsqu’elle atteignit son oreille, et arracha presque les boutons de sa chemise qu’il avait plus tôt fermée à la hâte. Il défit l’attelle et libéra son bras. Aucun obstacle ne devait subsister entre elle et lui.
-- Oh Ambrosia, comment ai-je pu…
-- Shhh… ne dis rien et dévêts-moi. Nous n’avons que trop attendu.
Il ne se fit pas prier. Il prit son visage entre ses mains, lui donna un tendre baiser, et l’effeuilla avec attention, ni trop vite, ni trop lentement. Il voulait ne rien gâcher, et prendre le temps de découvrir cette peau de pêche délicatement parfumée, ces courbes si harmonieuses, ces formes si merveilleusement proportionnées qui lui étaient strictement réservées. Qu’avait-il fait pour mériter un tel cadeau des cieux ? Il la vit tressaillir lorsque son dernier vêtement glissa à terre.
-- Qu’y a-t-il, mon amour ? demanda-t-il, craignant d’avoir mal fait.
-- Rien, assura-t-elle. Je suis juste… impatiente.
Il sourit, presque amusé :
-- Toi quand tu t’y mets… Laisse-moi au moins le loisir de t’admirer. Il la souleva sans effort dans ses bras pour la porter vers son lit : Si tu savais comme tu es belle…
Elle l’entoura de ses bras, fermant les yeux pour se nourrir du contact de ces muscles somptueux sur elle. Enfin… Elle enfouit le visage au creux de son épaule pour respirer l’odeur de sa peau hâlée. Elle était exactement comme elle s’y attendait : mâle, sensuelle, douce, porteuse des plus belles promesses. Il la déposa en douceur, s’écartant d’elle sans hâte :
-- Mon amour, murmura-t-il, si tendrement qu’elle se sentit fondre. Désolé de ne pas te coucher dans de la soie pour notre première fois.
-- Je crois que je m’y ferai. Maintenant, Wilfried. Fais-moi tienne.
-- A tes ordres, Princesse de mon cœur.
Il acheva de se mettre nu et vint s’étendre contre elle. Un violent frisson de plaisir trancha son être de sa lame incandescente alors qu’elle l’accueillait dans ses bras, sa gorge offerte à ses baisers. Flambant de tout son être, il perdit toute notion de la réalité, n’ayant plus d’autre repère que ces formes divines ondulant souplement contre lui qu’il parcourait de ses mains, de ses lèvres, de sa langue, que ce souffle enfiévré sur lui, ces soupirs, tantôt longs, tantôt hachés, cette voix qui l’encourageait, le suppliait gentiment et le poussait à faire toujours plus, à s’enfoncer toujours plus dans sa passion, à se perdre dans ces caresses et ces baisers. Une main glissa entre ses cuisses et acheva de le durcir. Il laissa échapper un cri de volupté, tendu de plaisir. Dieu que ça brûlait, que ça faisait mal, mais il n’y avait rien de comparable. Tous ses instincts l’appelèrent à venir en elle combler cette ultime vacuité qui n’attendait que lui.
-- Non, non, attends, réussit-il à dire entre deux souffles. On a tout notre temps.
Il voulait s’abreuver d’elle jusqu’à la dernière parcelle, la perdre comme elle le perdait, la mener jusqu’aux limites de la jouissance, avant d’en arriver à l’acte final.

Ambrosia n’aurait jamais cru que cela pût être aussi doux et aussi violent à la fois. Wilfried était un monstre de tendresse, et l’aimait sans s’économiser, la submergeant de caresses et de baisers, ses lèvres et ses mains trouvant d’emblée les zones qui la plongeaient dans le tourment le plus délicieux, de sorte qu’elle ne pouvait s’empêcher de l’encourager à continuer, tout en le suppliant de l’épargner. Oh, ce poids qui l’oppressait si tendrement, ces puissantes cuisses contre les siennes, ces superbes muscles qu’elle explorait enfin un à un, ces bras qui la faisaient se sentir si fragile, mais tellement protégée… Sa douce et ferme virilité lui taquinait le ventre. Elle glissa la main vers lui et ferma ses doigts sur lui. Quelle douce chaleur. « Oh Wilfried, c’est avec ça que tu vas me faire l’amour… J’en meurs d ’envie. » Elle le caressa sur tout son long, s’émerveillant de son étonnante douceur, bercée par la satisfaction de l’entendre crier. Oh elle l’aimait, elle l’aimait ! Elle ne savait plus quoi faire pour lui donner plus d’elle-même. Ivre d’amour, elle se sentait prête à s’ouvrir pour l’accueillir, lorsqu’il la retint. Il posa une main attentive entre ses cuisses, et chercha du bout du doigt. Soudain tendue à se briser, une main sur la bouche pour ne pas crier, elle crut mourir de plaisir. C’était indescriptible. Comment un point aussi ténu pouvait provoquer un tel déluge de sensations ? Une douce humidité déborda sur ses cuisses. Il en recueillit un échantillon et repassa sur elle, en décrivant des mouvements plus précis. C’était insoutenable. Mais elle n’aurait voulu pour rien au monde qu’il ne s’arrête. Elle se cramponna au drap sous elle, gémissant son plaisir, complètement affolée. Dieu que c’était bon. Elle ouvrit davantage les cuisses pour mieux s’exposer à cette caresse si précise, mais qui ravageait tout son corps de délice. Une onde d’une violence inouïe la secoua tout entière, lui arrachant un long cri. Qu’était-ce ? Du plaisir ? De la détresse ? Elle ne put en supporter davantage et dut repousser la main qui lui procurait de si fortes émotions. Elle ouvrit les yeux et croisa son sourire satisfait :
-- Avoue que c’eut été dommage de laisser ça de côté.
-- Mon Dieu, Wilfried, mais où as-tu appris à faire ça ! s’exclama-t-elle en haletant péniblement.
Il lui lança un clin d’œil :
-- Ce ne serait pas drôle si je te disais tout… Tu as aimé ?
-- C’était horrible ! s’écria-t-elle en riant, ne sachant plus très bien si elle venait de subir un supplice ou d’éprouver le plus intense des délices.
-- Oh eh bien dans ce cas…
-- NON !! hurla-t-elle d’une voix suraiguë.
Il éclata de rire :
-- Quoi, ne me dis pas que tu en as déjà assez !
-- J’ai l’impression que mon cœur va me lâcher si tu recommences…
Il rit doucement et ferma les bras sur elle, dans une étreinte incomparable de douceur pour apaiser son corps en détresse :
-- Ah, si tu savais comme je t’aime…
Il lui donna un baiser, puis un autre, picora la base de son cou, s’attarda plus bas du bout de la langue sur son sein, et descendit encore. Elle se sentit de nouveau partir en flammes, progressivement consumée par le désir, à mesure qu’il déposait ses lèvres douces et chaudes plus bas sur elle, toujours plus bas… Il ouvrit ses cuisses en douceur et… Ciel, sa langue, sa langue ! Elle enfonça les ongles dans ses épaules et tenta de le repousser, mais cette fois il se montra impitoyable, et ce fut hurlant d’extase qu’elle l’accueillit en elle. C’était encore douloureux, mais il sut si bien s’y prendre qu’elle ne sentit plus que cette infinie douceur glisser en elle, l’emplir parfaitement comme s’il avait été fait pour elle, et l’emmener sous la houle de ces reins puissants mais attentionnés, tant et si bien qu’elle versait des larmes de bonheur lorsque, dans un ultime spasme, il se délivra en elle en gémissant longuement son nom.

Loin d’avoir étanché leur soif l’un de l’autre, enfin libres dans leur corps et dans leur esprit, ils firent l’amour sept fois cette nuit, jusqu’à ce qu’il tombât épuisé et s’endormît, vidé de ses forces. Elle veilla sur lui jusqu’au dernier moment, contemplant sans se lasser ce visage paisible, ce beau corps dont elle était à présent imprégnée, après quoi elle quitta la chambre et regagna la sienne pour se préparer à partir. A son réveil, Anthony trouva à côté de son oreiller ces simples mots « Au revoir » griffonnés sur un billet épinglé à une rose. Le cœur lourd, il serra la fleur contre lui et enfouit son visage dans les draps, qui portaient encore la trace de son parfum, se réfugiant tout entier dans le souvenir de cette nuit inoubliable.

Un an plus tard, presque jour pour jour, Edea trouva devant la porte du manoir un couffin dans lequel sommeillait un bébé de trois mois. Une enveloppe était posée sur les langes. A l’intérieur, elle put lire : « Elevez cet enfant comme jamais sa mère ne le pourra. Son nom est Seifer Almasy. »


Ici s'achève ce qui dans mes pages est le chapitre 20 (comme quoi ils sont très courts), qui réalise une véritable coupure dans la fanfic. Pour ceux qui ne connaissent pas, il me parait important de dire un mot sur Seifer Almasy. Il n'est pas une invention, c'est l'un des protagonistes de FF8, et il est même le rival de Squall Leonhart. Si j'ai imaginé de telles circonstances sur sa naissance, c'est à cause du dernier combat entre Squall et Seifer, où Seifer est enfin mis au tapis. Avant de perdre connaissance, il a une vision de sa mère, et on se demande ce que cache ce simple mot "Mother" qu'il prononce avant de tomber. A savoir que tous les personnages principaux de FF8, sauf Rinoa, sont orphelins et ont été élevés par Edea. Tant de choses sont encore à venir qui lient la fanfic au jeu, à commencer par ce chapitre suivant, que l'on peut véritablement intituler "First Contact", avec comme temps fort la naissance de Griever, dernier boss avant Ultimecia. M'en a fait baver, ce lion... SHOCKWAVE PULSAR !! Je m'en souviendrai...
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Merisel Faradhreia

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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Dim 10 Juil - 23:34

Au sujet des visions du futur (on voyage beaucoup dans le temps dans FF8, et surtout dans le passé), j'ai fait allusion à une autre Guardian Force qui accompagnait souvent Squall dans mon jeu. Squall avait 100% de compatibilité avec Shiva parce que j'en ai fait sa G-Force attitrée et que je passais mon temps à le faire l'invoquer, mais également avec Quetzacoatl, l'esprit de la foudre (le grand oiseau doré mentionné dans le texte plus bas). Quetzacoatl était la Guardian Force attitrée de Quistis et Irvine, mais comme je vous ai déjà expliqué qu'on pouvait les échanger entre personnages, j'équipais très souvent Squall avec, et je l'invoquais à dessein, pour faire grimper le taux de compatibilité. Plus le taux est élevé, plus le délai d'incantation est court. Au départ, quand le taux est nul, la G-Force met une éternité à être invoquée, et lorsque le taux atteint 100% elle apparait en moins de 3 secondes, juste le temps de valider la commande GF et de voir le personnage faire le geste d'invocation. Dès le début de l'incantation, la barre de temps de réaction du personnage et ses points de vie sont remplacés par la barre d'incantation de la G-Force, qui n'a pas du tout la même vitesse, et ses points de vie. Et pendant ce temps, le temps de réaction de l'ennemi tourne ! Si la compatibilité est basse, la barre de la G-Force met longtemps à raccourcir, et si le personnage prend un coup durant tout le temps de l'incantation, c'est la G-Force qui prend le coup à sa place, et voit ses points de vie diminuer. On n'a pas trop intérêt à le faire. Par ailleurs, le fait que je fasse tuer Squall par Ultimecia dans la vision est une volonté d'entretenir la confusion, puisque les deux ont la même tête et que de toute façon Anthony meurt à la fin, et peut-être que cette vision est une vision du futur, mais pas du même qui veut que Squall triomphe d'Ultimecia. Bref, bonne lecture !

Habillé en civil, Anthony déambulait dans les rues paisibles de Khany City, petite ville frontalière des Plaines du Lolestern, nichée entre les quatre lacs principaux de la province. Etrange cité que Khany City : ici, on subissait l’influence culturelle de Centra et d’Esthar, et l’architecture des bâtiments qui résultait de cet intéressant amalgame était pour le moins exotique, alliant l’attirance des Esthariens pour les lignes modernes et fonctionnelles, la froideur du métal et du verre et le goût des Centrans pour la chaleur de la pierre et du bois, la sensualité baroque des décors en stuc faits de gracieuses arabesques florales posées sur des façades aux doux coloris pastels. L’hôtel de ville était en cela un exemple typique, avec son imposant fronton, ses colonnes accouplées de chaque côté de la grande porte principale et ses hautes fenêtres aux décors intriqués. Alors qu’elles auraient dû être en pierre noble, les colonnes étaient en verre ; le grand fronton, qui aurait dû présenter une rosace baroque en son centre, présentait au lieu de cela un simple disque de métal parfaitement poli, qui captait les rayons du soleil et devenait à son tour un astre aveuglant. Les décors autour des fenêtres comportaient des détails faits de verre coloré, qui offraient d’intéressants jeux de lumière à mesure que les rayons du soleil changeaient d’orientation. Les grandes portes, au lieu d’être en bois sculpté et montées sur des gonds de bronze, étaient de grands panneaux automatiques en métal ajourés de verre formant les inutiles mais élégants motifs chers aux Centrans. Pour les besoins de sa mission de renseignements, Anthony avait dû régulièrement fréquenter l’hôtel de ville, et avait eu tout le loisir de découvrir ces curiosités. Même les statues en pierre blanche étaient d’élégantes sculptures en verre agrémentées de détails en bronze, le tout avec des lignes beaucoup plus épurées que l’art Centran, et bien moins anguleuses que les créations Esthariennes.

Curieuse mission qu’était celle-ci : il lui suffisait d’arpenter chaque jour la ville jusque dans ses moindres impasses tel un touriste, Shiva flottant à son épaule, et d’observer qui, des nombreux enfants qu’il croisait au gré de ses promenades, s’arrêterait, ébahi, en voyant la forme cristalline à ses côtés. Jusqu’à maintenant, il n’en avait repéré aucun. Cela ne fut pas pour l’étonner : les Sorcières, héritières de Hyne, étaient des êtres nécessairement rares. Et chaque jour, patiemment, équipé d’un simple plan, il quadrillait la ville, secteur par secteur, masqué derrière des lunettes de soleil au revêtement réfléchissant, parfaitement opaques à qui le regardait, afin que personne ne sût qu’il était Anthony Leonhart en personne, de passage dans Khany City. Il avait fait promettre à la réceptionniste de l’hôtel de luxe dans lequel il logeait, aux frais de la Fondation, comme convenu dans son contrat de mission, de garder le silence sur sa présence dans la ville. Il était simplement en vacances, et comptait profiter de sa tranquillité. Comme la ville lui plaisait, avec son charme étrange et son panorama lacustre incomparable, il ne sortait jamais sans sa mallette de photographe, qui contenait un puissant appareil aux fonctions sophistiquées, bardé d'électronique mais entièrement reconvertible en manuel, ainsi que plusieurs objectifs qui lui permettaient de fixer sur la pellicule les vues les plus imprenables, avec une qualité de lumière presque professionnelle. Cela rendait plus convaincant son prétendu séjour de plaisance. Le soir, de retour dans sa chambre, il en profitait pour avancer ses révisions. Cela faisait presque trois mois qu’Ambrosia était partie, et il ne supportait déjà plus son absence, se demandant à chaque levé si elle allait bien, comment elle vivait sa grossesse toute seule. Pour tromper sa solitude et son inquiétude, il ne se donnait pas une minute de répit, et travaillait jusqu’au dernier moment avant d’aller dormir.

C’était la quatrième ville qu’il explorait des Plaines du Lolestern, et il n’avait toujours pas obtenu de résultat quant à ses recherches. Faute d’atteindre son objectif de mission, il mettait à profit ses différents séjours pour mieux connaître ses futurs sujets, s’enquérir de leur bien-être sur ces terres qui seraient les siennes, découvrir les spécificités de la région qu’ils habitaient pour voir comment il pourrait en tirer le meilleur bénéfice. Anthony n’avait pas choisi cette destination par hasard : les Plaines du Lolestern étaient la région la moins connue du continent, et il voulait la découvrir. La première chose qui l’avait frappé lorsqu’il était arrivé sur ces Plaines, c’était leur relative mise à l’écart par rapport aux autres régions de Centra. Peu de routes y menaient, et il n’y avait qu’un seul tout petit aéroport pour desservir l’ensemble du territoire. Apparemment, les Lolesterners nourrissaient le même goût pour l’isolement que leurs voisins Esthariens, car ils semblaient satisfaits de leur solitude géographique. Anthony se demandait comment il allait pouvoir convaincre le gouverneur de la province de créer les infrastructures qui permettraient l’ouverture de cette région au reste du continent, voyant en le Lolestern une plate-forme formidable pour les futures relations commerciales avec Esthar. Chaque jour, il prenait des notes sur ce qu’il apprenait de la province, transformant une simple mission en véritable voyage d’études.

Cela faisait deux semaines qu’il était à Khany City, et il était toujours bredouille. Il avait quasiment fini d’explorer la ville, et se préparait à lui faire ses adieux. Il partirait le lendemain pour une autre ville du Lolestern. Il lui en restait encore trois, et il aurait fait le tour de la province. Centra n’était pas un continent très peuplé. La majeure partie de la superficie était occupée par la jungle, et il avait fallu déployer des moyens immenses pour urbaniser les rares zones habitables et les relier entre elles, mais le résultat était là, et le duché était florissant.

Ses valises faites et prêtes à être emportées à l’aube, Anthony sortit de l’hôtel pour porter un dernier regard sur Khany City, sous le couchant. Il avait repéré les ruines d’un vieux monastère qui surplombait les quatre lacs pendant son séjour, et avait été charmé par le cadre en les visitant. Il souhaitait s’y rendre une dernière fois pour prendre quelques photos. Ce lieu était le seul qui lui offrît une vue d’ensemble sur les quatre lacs. Il parvint en haut de ce qui restait du chemin de ronde, et chercha un point de vue idéal. Tels de gigantesques miroirs, les étendues aquatiques réfléchissaient la lumière cuivrée du soir. Des vols entiers de grands oiseaux blancs sillonnaient le ciel rose-orangé pour regagner leur nid. La jungle se déversait le long des hautes collines en d’immenses coulées luxuriantes, dont la couleur émeraude contrastait magnifiquement avec l’incroyable palette de nuances vespérales projetées depuis le firmament. Anthony se laissa émerveiller par ce spectacle grandiose. Une brusque vague de nostalgie le submergea : comme il aurait voulu qu’Ambrosia fût avec lui. Oh il l’emmènerait ici, à n’en pas douter. Il sortit son appareil, le fixa sur son pied, effectua les réglages pour obtenir la meilleure lumière, et commença à ajuster l’objectif qui lui offrait le plus grand angle.


-- Vous vous promenez toujours avec elle, fit une voix dans son dos. Vous êtes amoureux ?
-- En quelque sorte, répondit-il machinalement, tout à son ouvrage…
… Qu’il suspendit brusquement, dans un sursaut. Elle voyait Shiva ? Il se retourna pour regarder son interlocutrice : elle devait avoir aux alentours de quinze ans, la mine quelque peu défaite, comme si elle ne devait pas s’amuser tous les jours, l’allure négligée, avec ses vêtements de garçon presque trop grands et ses cheveux sombres noués à la hâte en une grosse natte trop lâche. Il en rencontrait enfin une. Mais ce n’était pas exactement ce à quoi il s’était attendu.
-- Que viens-tu faire par ici ? lui demanda-t-il.
Elle vint s’accouder au rempart émoussé par les temps et regarda au loin :
-- Je viens toujours ici. J’aime cet endroit. Et vous ?
-- Je suis en vacances. Je suis venu pour emporter un souvenir avec moi.
-- Et vous l’avez eu ?
-- Je m’apprêtais à le faire.
Elle se tourna de nouveau vers le panorama grandiose, non sans jeter un regard à la Guardian Force. Anthony crut voir ses yeux se teinter momentanément de jaune.
-- Son nom est Shiva, dit-il.
Elle examina l’esprit de glace, presque avec une lueur d’envie dans les yeux. Encore cette teinte jaune.
-- On ne dirait pas que c’est une guerrière.
-- Comment le sais-tu ? fit-il, décidément de plus en plus surpris.
Pour toute réponse, elle haussa les épaules. Puis elle le scruta, lui, d’un regard si pénétrant qu’il se sentit mal à l’aise :
-- Je vous ai déjà vu.
-- C’est… possible, parvint-il à dire.
-- Mais… Ce n’est pas avec elle. Vous aviez un grand oiseau doré…
Il n’en avait pas. Aucune de ses Guardian Forces n’avait la forme d’un grand oiseau doré.
-- Es-tu sûre que c’est moi que tu as vu ?
-- Pas de doute, assura-t-elle. Mes rêves ne me trompent jamais.
Il déglutit péniblement, sentant pour la première fois la peur le saisir au ventre. Elle appuya son menton entre ses mains et retourna à sa contemplation, en exhalant un lourd soupir :
-- Voilà, ça recommence. C’est toujours pareil. Tout le monde a peur de moi, parce que je vois des choses. Mes parents se disputent sans cesse à cause de moi, et ma sœur me déteste. Elle croit que j’ai tué son petit copain, parce que je n’en ai jamais eu.
La peur fit place à la sympathie. Comment une jeune fille pouvait-elle avoir une vie si triste ? Sa mine se décomposa davantage, et elle fondit en larmes :
-- J’ai voulu le sauver, mais je n’ai pas réussi ! Elle a cru que c’est moi qui l’ai poussé sous la voiture ! Je ne veux plus être comme ça, je veux être normale, normale ! cria-t-elle en martelant la pierre, avant de fondre en larmes.
Anthony ne pouvait que compatir devant tant de détresse, et malgré les consignes relatives à sa mission, il ne put s’empêcher de vouloir lui venir en aide :
-- Tu sais, je connais un endroit où on est tous comme toi. Enfin à quelques détails près. Ca te plairait d’y venir ? Tu verras, ce n’est pas si mal, de n’être pas comme les autres.
Elle sécha ses larmes et essaya courageusement de regagner une attitude digne :
-- Je… je ne sais pas.
-- Je ne te demande pas de me suivre tout de suite. Mais sache que là-bas, tu seras bien accueillie.
-- J’y réfléchirai. On m’a tellement dit que je n’étais pas normale que j’ai fini par y croire.
-- Et toi, qu’en penses-tu ?
Elle secoua la tête en signe d’ignorance.
-- Tu peux aider les gens avec ce que tu as. Mais il te faudra apprendre à vivre avec, à ne pas en avoir peur.
-- Je ne sais pas…
-- Réfléchis-y. Maintenant, si tu me le permets, j’aimerais prendre une ou deux photos avant que la lumière ne change.
Il se pencha, regarda au travers de l’objectif, et déclencha une longue pose
-- Superbe, murmura-t-il. Je pense qu’elle fera un très bel agrandissement.
-- Figer le temps… laissa échapper la jeune fille.
Il la dévisagea :
-- Je te demande pardon ?
-- Cette photo… C’est comme si vous veniez d’immobiliser le temps. Bien des fois, j’aimerais tant pouvoir arrêter le temps…
-- Pourquoi ?
-- Pour ne pas voir ce que je sais déjà.
-- Et… Que sais-tu ?
-- Souvent, je fais le même cauchemar : il y a des morts partout, et cet horrible château suspendu dans les airs et relié à la terre par d’énormes chaînes. Et il y a… il y a cette femme. Elle a de grandes ailes noires sur le dos. Et… Elle le regarda comme si elle le reconnaissait vraiment : Elle vous tue avec son grand lion !
Anthony resta sans voix. Comment réagir, en effet, lorsque quelqu’un vous prédisait votre mort ? Elle se cacha le visage et fondit de nouveau en larmes. Anthony ne voulut pas lui dire qu’elle se trompait sûrement : elle s’était déjà heurtée à tant d’incrédulité et de scepticisme.
-- Je n’en suis pas là, tu sais. J’ai de longues années à vivre devant moi, et je tiens à en profiter.
-- Vous ne me croyez pas…
-- Je n’ai pas dit ça. Je refuse seulement de croire que tout a déjà été décidé pour moi à l’avance. Cela fait des années que je me bats contre cette notion. Je veux façonner ma vie comme je l’entends, c’est tout. Tu as certainement vu un aspect de la vérité, car on finit tous par mourir un jour, mais tu as une certaine façon de voir les choses qui altère ta perception de l’avenir. Pour commencer, je vois mal comment un élément aussi gros et aussi lourd qu’un château pourrait flotter dans les airs, à tel point qu’il faille l’ancrer comme un bateau. Tu n’es pas d’accord avec moi ?
Elle s’essuya les yeux du dos de la main et essaya de sourire entre ses larmes :
-- Vous avez certainement raison. C’est bête de croire que ça pourrait être vrai… Mais je vous assure que ça avait l’air vraiment réel.
-- Sèche tes larmes et n’y pense plus. Veux-tu que nous allions manger quelque part ? Il se fait tard et tu dois avoir faim.
Elle jeta un regard inquiet derrière elle :
-- Je n’ai pas le droit de rentrer tard. Mes parents me puniraient. Elle lui prit les deux mains et y appliqua la joue : Vous êtes le premier à avoir été gentil avec moi. Je ne l’oublierai jamais. Je prierai chaque soir pour vous.
Il sourit, quelque peu gêné, mais très touché :
-- Tu es gentille. Quel est ton nom ?
-- Hadora. Hadora Fischer. Et le vôtre ?
Courtoisie pour courtoisie, il se présenta à son tour, sous sa vraie identité. Les yeux grandis de crainte, elle tomba à genoux devant lui :
-- Monseigneur…
Il s’empressa de la relever doucement par les coudes :
-- Hé là, hé là, doucement, je ne vais pas te manger, tu sais…
Il se sentait bouleversé. Que pouvait-on bien lui raconter sur les Leonhart pour qu’elle eût une telle réaction ? Il avait beau avoir des relations critiques avec son père, Anthony reconnaissait en lui un homme bon et aimé de son peuple.
-- Pardon… Pardon de vous avoir importuné.
-- Mais non, pas du tout, protesta-t-il doucement. Je cherchais justement à rencontrer quelqu’un comme toi. Je suis heureux de t’avoir trouvée avant de repartir. Centra Garden cherche à recruter des filles comme toi. Nous t’enverrons un papier officiel, et si tu as envie de nous rejoindre, nous t’accueillerons avec plaisir. Tu verras, c’est un endroit formidable.
-- Je ne sais pas.
-- Penses-y, tu as le temps. Maintenant rentre vite chez toi. Je ne voudrais pas que tu te fasses réprimander par ma faute.
Comme un automate, elle descendit du chemin de ronde et partit chez elle, il ne savait où. Anthony rangea son matériel et quitta le monastère à son tour. Il avait finalement été récompensé pour sa patience. Il redescendit en hâte en ville et se précipita à l’hôtel de ville, avant que celui-ci ne ferme. Il entra en coup de vent dans le service de l’état-civil et recueillit tout ce qu’il devait savoir sur les Fischer, puis regagna son hôtel.

Il ne dormit que peu, cette nuit : au fond de lui-même, il avait toujours su qu’il mourrait de mort plus ou moins violente, mais l’entendre dire de la bouche d’autrui restait dérangeant. Faute de pouvoir dormir, il relut son épais carnet de voyage, complétant çà et là ses notes, et commença à rédiger son rapport de mission, lorsqu’il entendit un camion de pompiers passer en trombe sous sa fenêtre. On était au beau milieu de la nuit. Un accident ? Dans cette ville ? Un cortège d’ambulances suivit. A la fin, que se passait-il donc ? Il se vêtit et sortit. Dans la rue, des gens avaient été tirés du lit par le vacarme, et ils se tenaient sur le trottoir, drapés de leur robe de chambre, hagards. C’était la première fois que Khany City connaissait pareille agitation.
-- Que se passe-t-il ? demanda-t-il à un homme qui se tenait près de lui.
L’homme restait bouche bée, incapable de répondre, les yeux fixés dans la direction du district est de la ville. Anthony leva les yeux dans la même direction, et vit ce qui mettait les habitants en émoi : le ciel nocturne était éclairé par un halo rouge-orangé qui émanait d’un bâtiment.
-- Qu’est-ce qui brûle ? demanda-t-il.
L’homme tourna vers lui un regard catastrophé :
-- C’est… C’est l’hôpital du quartier est !
Un incendie dans un bâtiment rempli de civils à mobilité réduite. Tous les réflexes d’Anthony prirent le dessus :
-- Il faut prêter main forte aux secours ! cria-t-il à l’adresse des spectateurs désorientés. Amenez toutes les couvertures que vous pourrez, et de l’eau ! Il se tourna de nouveau vers l’homme à côté de lui : Pouvez-vous m’y conduire ?
Trop soulagé de voir enfin quelqu’un prendre une initiative, le personnage trapu répondit :
-- Oui, oui, bien sûr. Ma voiture n’est pas loin.
-- Alors on y va. Passons d’abord chez vous prendre le nécessaire. Allez, vous autres, ne traînez pas !
Subjugués par l’autorité du jeune homme, la foule se mit lentement en mouvement, et bientôt, une file de voitures roulait vers l’hôpital.

L’incendie faisait déjà rage, et les lances à eau crachaient leur puissant jet pour contrer l’élément destructeur. Le bâtiment flambait de bas en haut. Les derniers étages n’étaient plus qu’un immense brasier, dont les longues flammes tentaculaires s’échappaient de toutes les ouvertures calcinées. Les fenêtres du troisième étage menaçaient d’exploser. Plus bas, on pouvait deviner l’avancée des flammes par leur incandescence aux lueurs capricieuses. Des débris étaient projetés de toutes parts et retombaient au hasard, produisant une dangereuse pluie de flammeroles qui se fracassaient en milliers d’étincelles au contact du sol. Anthony conseilla à l’homme d’arrêter la voiture à distance respectueuse du périmètre meurtrier, et descendit. Il dut se couvrir le visage du bras, surpris par l’intense chaleur qui régnait, même à cette distance. Il s’adressa à son conducteur :
-- Emmenez vos voisins vers les ambulanciers, et proposez de vous occuper des blessés légers pour les décharger. Ils vous guideront. Restez seulement à distance du bâtiment.
-- Très bien.
Ceci fait, il courut vers le chef de la brigade des pompiers.
-- Eh, qu’est-ce que vous faites là, vous ? Ne restez pas ici, c’est dangereux ! lui dit l’homme vêtu d’une combinaison anti-feu et au visage recouvert par un masque.
-- Je suis SeeD, je peux vous aider. Donnez-moi simplement de quoi m’équiper.
Le chef héla un de ses hommes et transmit l’ordre. Dans pareille circonstance, il eût été stupide de refuser quelqu’aide que ce fût.
-- Comment cela se présente-t-il ? demanda Anthony tout en passant la combinaison.
-- Mal, répondit simplement le pompier d’un ton lucide et professionnel. Je crains qu’il n’y ait plus grand-chose à sauver. Si nous sortons les trois-quarts des occupants de l’hôpital, nous sommes déjà bénis.
Anthony prit note de la situation d’un regard : médecins, infirmiers, brancards se précipitaient hors de la fournaise dans la panique. On portait des grands brûlés, et d’autres moins gravement atteints, au milieu d’un concert de cris, de hurlements et de gémissements.
-- La maternité est au premier étage ! Ils sont coincés là-haut ! Faites vite ! entendit-il par-dessus le grondement des flammes et les lamentations des humains.
Un des camions de pompiers s’était approché, et sa longue échelle montait lentement vers les fenêtres du premier étage. Un deuxième amorçait la même manœuvre. Plusieurs pompiers montaient déjà. Anthony coiffa le casque et appliqua le masque à air en hâte et leur emboîta le pas. Il sauta à l’intérieur. La confusion la plus totale régnait. Sages-femmes, infirmières et jeunes accouchées couraient en tous sens pour se mettre à l’abri des flammes qui avaient gagné toutes les pièces. On évacuait la nursery, et les berceaux encombraient les coursives.
-- Laissez les berceaux et prenez les enfants ! cria-t-il. Nous allons vous évacuer par les fenêtres. Par ici !
Il fit de grands gestes pour se faire remarquer au milieu de la cohue. Une jeune maman accourut et se précipita dans ses bras :
-- S’il vous plaît, sauvez mon bébé ! Sauvez-le !
-- Calmez-vous, madame, répondit-il d’une voix rassurante, nous allons vous sortir de là, vous et votre bébé. Approchez des fenêtres et laissez-vous aider.
Il attrapa un pompier par le bras :
-- Faites passer les enfants le long d’une échelle, et les adultes le long de l’autre. Nous irons plus vite de cette façon.
-- Bonne idée, accorda le pompier.
Il donna les instructions, et Anthony s’enfonça plus loin pour chercher les éventuelles personnes prisonnières des flammes ou des décombres. Un souffle de feu jaillit de derrière une porte, la faisant voler en éclats. Il dut battre en retraite avant de continuer sa progression. Même au travers de la combinaison, il pouvait sentir la terrible fournaise environnante. « Blizzaga ! » cria-t-il. En quelques instants, il se fraya un véritable corridor de glace qui éteignit provisoirement le feu autour de lui. Cela devait lui laisser un peu de temps pour poursuivre ses recherches. Une poutre tomba et le manqua de peu. Le contact avec la glace fit mourir le feu dans un terrible sifflement. Il continua, balayant les salles qu’il croisait du regard. Il arriva à la chambre des prématurés, où l’on mettait les bébés en couveuse. Une infirmière en larmes s’affairait autour de trois minuscules nouveaux-nés. Elle poussait leur couveuse le plus loin possible des flammes.
-- Que faites-vous ? lui demanda-t-il. Il faut sortir.
Les pleurs de l’infirmière redoublèrent :
-- Je ne peux pas les laisser. Si on les sort de leur couveuse, ils mourront.
-- Et vous avec, fit-il remarquer. Couvrez-les avec tout ce que vous trouverez comme couvertures et sortez vite. Des ambulances attendent en bas. Faisons vite.
Elle obéit. Elle couvrit les enfants et en prit deux dans ses bras. Anthony prit le troisième, et la fit sortir devant lui.
-- Passez devant. Vous n’avez qu’à suivre la glace.
Elle resta interdite devant le chenal de glace qui persistait au milieu des flammes comme une cicatrice bleue au milieu de toute cette marée rouge et orange.
-- Allez-y, ce n’est pas de la glace naturelle, elle résiste mieux, vous n’avez rien à craindre. Dépêchons. Savez-vous s’il y a d’autres personnes ?
-- Je ne sais pas. Il y a encore des chambres dans ce couloir.
Il lui tendit le dernier bébé :
-- Prenez-le. Ca ira ? Je vais voir s’il reste des personnes à sortir.
Elle le regarda, admirative, et inclina la tête. Ils partirent chacun de leur côté.


Anthony explora les chambre restantes : personne. Un bruit d’explosion se fit entendre. Il rebroussa chemin en toute hâte, quand soudain un énorme tourbillon de flammes balaya la coulée de glace qu’il avait créée. Il se jeta à terre pour se protéger, se couvrant la tête des mains. Une sensation familière tournoya autour de lui : Tornado. L’incendie n’était donc pas d’origine accidentelle. Qui avait donc bien pu le provoquer ? Il fallait trouver le responsable. Il se couvrit d’un Shell et se mit à la recherche de l’ennemi. Les courants de magie le conduisirent sur le palier complètement embrasé. Une silhouette se tenait au milieu de flammes. Il la reconnut sur-le-champ :
-- Hadora ? demanda-t-il incrédule. C’est… C’est toi qui…
-- Je vous attendais, SeeD, dit-elle d’une voix qui n’était pas la sienne. Je savais que cette petite mise en scène vous tirerait de votre trou.
Elle avait un accent étranger atroce à l’oreille. Et tant de haine dans la voix…
-- SeeD ! Engeance de ce monde ! Je vous écraserai tels une poignée d’insectes ! MAELSTROM !
Il fut frappé de plein fouet par le puissant sort, à peine atténué par son Shell, et durement jeté à terre. Il resta à moitié assommé. La jeune fille approcha d’un pas mécanique. Elle se pencha et lui saisit le menton pour mieux le regarder. Anthony put voir qu’elle avait les yeux entièrement teintés de jaune.
-- Hm… Je connais ce visage, dit-elle pensivement. Comme nous nous retrouvons… Vous n’aurez pas l’occasion de m’affronter, cette fois-ci, minable petit vermine que vous êtes.
-- Qu’est-ce que vous racontez ? laissa-t-il échapper.
-- Ah, vous ignorez tout de votre futur, n’est-ce pas ? Qu’à cela ne tienne, votre courte vie n’ira pas plus loin !
Anthony commençait à comprendre. C’était « elle ». Elle avait pris possession du corps d’Hadora. Avant qu’il eût pu réagir, elle s’éloigna de lui et lui lança un deuxième Maelström. Le sort le déchira de l’intérieur, sans lui infliger une seule blessure apparente. Anthony se tordit de douleur, alors que les flammes gagnaient du terrain. S’il restait là encore, il ne survivrait pas. Un éclair d’intérêt passa dans les yeux de la Sorcière. Ses lèvres s’entr’ouvrirent dans un méchant sourire, plus proche du rictus qu’autre chose :
-- Mais que vois-je ? dit-elle, en fixant la main gauche d’Anthony. Vous avez quelque chose qui me revient, je crois…
-- Qu… Quoi ?
Que voyait-elle au travers de son épais gant de protection ?
-- Ce bijou de famille, en connaissez-vous au moins le secret ?
Que voulait-elle dire au sujet de son anneau ?
-- Il est écrit « Richard, Ultime Gardien » poursuivit-elle. Elle éclata d’un rire hystérique : Pauvre ignorant ! Vous le portez sur vous, et vous ne le savez même pas ! Richard est la plus puissante Guardian Force de tous les temps. C’est dommage, vous n’aurez même pas l’occasion de le voir à l’œuvre. Car dorénavant, il s’appellera Griever, et sera mon serviteur ! Griever, la Bête de souffrance ! Dites adieu à votre compagnon, SeeD. « Draw G-Force ».
Anthony vit sa main gauche s’entourer d’effluves bleus et pourpres, les mêmes qui se dégageaient de ses adversaires lorsqu’il leur soutirait un sort ou une G-Force. Un chapelet d’étoiles bleues et pourpres s’échappa et fila vers Hadora. Il la vit trembler de plaisir, investie d’un pouvoir neuf.
-- Maintenant, Griever, mon esclave, montre-lui l’étendue de tes pouvoirs. Saigne-le à blanc !
Les flammes furent écartées par un puissant courant de magie. Un immense lion noir à la crinière blanche debout sur deux pattes apparut devant lui. C’était bien le lion qui était sculpté sur son anneau. Comment avait-elle pu le voir ? Il avait toujours su que cet anneau n’était pas ordinaire : son contact l’avait toujours mis mal à l’aise sans qu’il sût dire pourquoi, mais il l’avait toujours porté, pour sacrifier à la tradition familiale : cet anneau devait toujours être porté par le premier fils Leonhart.
Griever leva une patte et l’abattit pour dilacérer Anthony. Avant même qu’il eût pu l’atteindre, le halo de brume et de glace se matérialisa, et Shiva s’interposa entre son maître et les terribles griffes. La blessure infligée à la Guardian Force de glace fit couler l’eau de son corps en un flot cristallin par les profondes entailles. Jamais Anthony n’avait vu Shiva aussi gravement blessée. Elle se tourna vers lui, le visage tordu de souffrance, respirant avec peine :
-- Pardon, Seigneur, je ne pourrai te protéger plus cette fois. Je dois me retirer. Griever est plus puissant que toutes les Guardian Forces réunies.
-- Shiva… murmura-t-il. Ne me demande pas pardon. Tu es et resteras la plus fidèle Guardian Force que l’on puisse avoir.
Shiva s’évanouit dans les airs, non sans avoir partiellement banni le feu dangereusement proche, dans un dernier acte de bienveillance. La sorcière éclata de rire à nouveau. Anthony essaya de ne pas l’entendre.
-- Votre heure a sonné, SeeD ! Je serai bientôt débarrassée de celui qui devait avoir raison de moi. Vous ne pourrez plus me battre. Personne ne triomphe d’Ultimecia. Je suis la Sorcière Suprême, l’Ultime Enchanteresse, la forme la plus aboutie de l’évolution d’une Sorcière. Vous ne pouvez rien contre moi, et je régnerai en maîtresse absolue de l’espace et du temps ! Contemplez votre mort vous déchiqueter, SeeD ! Allons, Griever, montre-nous tes pouvoirs. SHOCKWAVE PULSAR !
Le lion ne parut pas bouger, l’expression impassible, les yeux rouges regardant fixement sa proie, mais bientôt, une sphère aveuglante illumina le palier et tout s’emplit de lumière. La sphère tourna sur elle-même, jetant tout autour d’elle des rayons blancs. Un nuage d’étoiles bleues l’entoura. Anthony poussa un hurlement de douleur à se briser la voix. Ce fut comme si des milliers de sabres le transperçaient de part en part. Il ne versa toutefois pas une goutte de sang. Pourtant l’attaque était bien réelle, car il crut passer de vie à trépas, pratiquement drainé de toute vie.
Ivre de son pouvoir nouvellement acquis, Ultimecia poussa un rire triomphal assourdissant :
-- L’Ultime Enchanteresse ! L’Ultime Guardian Force ! Quelle belle paire nous formons. Griever, achève-le ! Sa vue est une pestilence.
Elle joignit les mains, prête ordonner un nouveau Shockwave Pulsar. Anthony ferma les yeux. C’était la fin. « Adieu, Ambrosia, mon amour. Adieu, Shiva, ma déesse. Adieu Eric, mon cher frère. Pardon, Père. Pardon, Mère. ».
-- Je ne vous laisserai pas faire ! Je ne vous laisserai pas le toucher !
Cette voix…
-- Hadora ? dit-il faiblement.
Il se redressa péniblement, tous les muscles tétanisés de douleur, le crâne comme martelé par un terrible bélier. Il se sentait si faible qu’il ne put même pas se tenir sur un coude. Il dut se laisser tomber à nouveau, à bout de forces.
-- « Cu… Curaga » prononça-t-il avec un effort surhumain, une main posée sur la poitrine.
Le sort parut mettre une éternité à agir. Ses forces lui revinrent, petitement. Mais c’était suffisant pour l’heure. Il parvint à se relever, et vit Hadora, recroquevillée sur elle-même, la tête entre les mains, semblant livrer une terrible lutte mentale.
-- Sortez de ma tête ! hurlait-elle. Je vous interdis de le toucher ! Sortez de ma tête !
Elle sanglotait, gémissant, se débattant, secouait la tête de toutes ses forces, semblant souffrir atrocement.
-- Allez vous-en !
Elle poussa un cri, gémit plus fort, le corps tendu de souffrances. Anthony assistait en spectateur impuissant. Il n’y avait rien qu’il pût faire pour l’aider. La jeune fille poussa soudain un long hurlement d’agonie qui lui glaça les sangs, un « NOOOOOOOOON » qui résonnerait dans sa tête pour le restant de ses jours, et s’effondra. Elle fut secouée d’un violent spasme et cracha un jet de sang frais.
-- HADORA ! cria Anthony avant de se précipiter vers elle.
Il la soutint dans ses bras. La jeune fille ouvrit les yeux et lui sourit faiblement :
-- C’était elle… dit-elle entre deux souffles. Elle est cruelle, cruelle… Elle veut votre mort. Mais… elle toussa et cracha encore du sang. Je ne l’ai pas laissée faire. Vous êtes le seul à avoir été gentil avec moi. Je ne devais pas la laisser faire. Et j’ai réussi !
Son souffle se fit plus court, plus difficile.
-- Hadora, ne dis plus rien, je vais t’emmener, et on va te soigner.
Elle secoua la tête :
-- C’est trop tard. Ecoutez-moi… s’il vous plaît. Je voulais vous sauver parce que… Je crois que… Dès que je vous ai vu… Je n’ai jamais eu de petit copain, vous savez…
Anthony comprit. Malgré la fournaise, les flammes, les gaz toxiques, il retira son masque et se pencha sur elle. Il scella ses lèvres par un baiser qu'il voulut le plus sincère possible. Etre un SeeD demandait parfois des compétences qui dépassaient de très loin celles exigées d’un simple soldat. Il la sentit s’abandonner, les bras autour de son cou.
-- Merci, dit-elle dans un murmure à peine audible, des larmes de reconnaissance coulant de ses yeux clos. Sur ses lèvres maculées de sang flottait presque un sourire.
Son corps se mit soudain à flotter, et échappa aux bras d’Anthony. Ses vêtements partirent en flammes. Mille plaies apparurent sur elle. Sa poitrine explosa. Le sang gicla de toutes ses veines et retomba en une pluie cramoisie qui macula tout autour d’elle. Tout son corps fut déchiqueté, démembré par une force invisible, et toutes les parties furent éjectées dans toutes les directions. Anthony dut détourner les yeux pour échapper à l’horrible vision qui s’offrait à lui. Il ne se sentait pas le courage de soutenir cette vue. Et il se maudissait pour sa propre lâcheté, pour son incapacité à rendre un dernier hommage à celle qui l’avait sauvé d’une mort certaine.
La voix d’Ultimecia résonna :
-- Voilà ce qui arrive lorsque l’on contrecarre mes projets. De toute façon, elle serait morte. Mais j’ai voulu la punir pour sa trahison. D’une Socière envers une autre. Je vous poursuivrai, SeeD, et cette fois, vous n’en réchapperez pas. Tous les SeeDs doivent mourir. Vous le premier.

Le couloir de glace qu’il avait créé résistait encore, et tanguait devant ses yeux. L’air surchauffé brouillait sa vue déjà partiellement gênée par la visière du masque maculée de sang. A chaque pas, il était pris d’un haut-le-cœur. Sa combinaison était entièrement couverte de sang et dégouttait, laissant derrière lui une piste écarlate dans laquelle se reflétaient les flammes en furie. Il marchait comme un somnambule, le pas incertain, trébuchant par moments, la tête volontairement vide de toute pensée, pour ne pas avoir à revivre le souvenir de l’instant passé. Au fond de son cœur, une seule flamme brûlait et mobilisait tout son esprit : sa haine sans limite pour cette ennemie venue du futur. Il ne trouverait pas le repos tant qu’il ne l’aurait pas transpercée de sa Gunblade.

-- On ne peut plus attendre, tout va s’effondrer ! s’écria le pompier.
-- Je vous en supplie, répliqua l’infirmière, il n’y a plus grand-chose après la salle des prématurés. Attendez encore.
-- Si on attend encore, on va y rester ! Ca ne vaut pas la peine. Allons, descendez, tout l’étage est évacué. Ca ne sert à rien de rester. Il est peut être déjà mort !
-- Regardez ! coupa-t-elle.
La silhouette chancelante approchait. A la vue de sa combinaison ensanglantée, l’infirmière laissa échapper un cri d’effroi. Elle s’élança vers lui et l’aida à progresser :
-- Mon Dieu mais que vous-est-il arrivé ? Que s’est-il passé ?
-- Une mauvaise… rencontre, articula-t-il avec peine.
Ses forces l’abandonnèrent, et il tomba, inconscient.


Commentaire sur la Guardian Force Griever.
Dans le jeu on découvre Griever pour la première fois lorsque Squall offre sa bague à Rinoa. Elle est comme je l'ai décrite dans la fanfic, à un détail près, l'inscription à l'intérieur : dans le jeu, il est écrit Griever. Dans la fanfic, il est écrit Richard, Ultime Gardien. Dans le jeu on peut s'amuser à renommer les Guardian Forces si ça nous amuse. J'ai saisi cette possibilité du jeu pour l'exploiter dans la fanfic de la façon suivante : si on les renomme, ça les dénature. Et voilà comment naît Griever selon moi...
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Merisel Faradhreia

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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Dim 10 Juil - 23:42

Allez, un dernier histoire de vous achever. "First Contact" est certainement la meilleure partie que j'aie écrite jusqu'à aujourd'hui. La suite, c'est juste pour maintenir le rythme.

Le bilan de l’incendie fut lourd : moins de la moitié des survivants en avaient réchappé. Beaucoup de ceux que l’on avait pu secourir avaient succombé à leurs brûlures trop étendues, et tous les autres avaient été tués par le feu, qui s’était propagé d’un coup et à une vitesse terrifiante, envahissant presque tous les étages en même temps. Par chance, Khany City disposait d’un deuxième hôpital, autrement il y aurait eu davantage de victimes à déplorer. Les causes de l’incendie étaient inconnues, et une enquête était en cours.

Anthony lui-même avait dû être transporté, car il était en état de choc. Les médecins s’étaient interrogés sur son cas, n’ayant détecté aucune lésion, externe ou interne, pouvant justifier un tel état. Tout ce que l’on avait trouvé sur lui était cette combinaison entièrement couverte de sang, et qui de surcroît n’était pas le sien. Il ne sut pas combien de temps il était resté inconscient. Il s’était réveillé un matin dans cette pièce nue, au mobilier réduit au strict minimum, bardé de perfusions et d’électrodes, sans aucun souvenir de ce qu’il avait vécu. S’ensuivit alors une longue et pénible période de convalescence rythmée par des phases de délire et des crises de névralgie, si insoutenables, qu’il fallut avoir recours à des injections de morphine. Comme si un malheur ne suffisait pas, son bras qu’il avait à peine recommencé à rééduquer le faisait de nouveau souffrir. Durant ses périodes de conscience, il essaya de retrouver sa mémoire, sans succès. On parlait de lui en termes « d’amnésique » ; il n’était qu’un numéro parmi les dossiers du personnel médical, et cela le frustrait.

Lorsqu’enfin il parvint à se souvenir de qui il était, ce qu’il faisait ici et pourquoi, la nouvelle qu’Anthony Leonhart en personne séjournait dans l’hôpital ouest de Khany City se répandit comme pétales au vent. La presse chercha à s’emparer de l’événement, et il fallut déployer un véritable cordon de sécurité afin d’assurer la tranquillité du blessé. Le maire en personne vint le féliciter pour sa conduite héroïque, et le déclara citoyen d’honneur de Khany City : il serait toujours accueilli en prince à chaque fois qu’il serait de passage dans la ville. Cela ne constitua pour le jeune homme qu’une maigre consolation : pour lui permettre de survivre, quelqu'un avait donné sa vie de façon inconditionnelle. Ce n'était pas censé se passer dans ce sens ! Il revoyait encore son regard sur lui, rempli par la foi, la reconnaissance, l'adoration. Il la revoyait encore, luttant vaillamment avec pour toute arme sa seule volonté. C'était cela, le vrai héroïsme. Anthony devait pleurer longtemps le sacrifice de cette innocente. Que pouvait-il faire pour se montrer digne du don inestimable qu'elle lui avait fait ?

Par ailleurs la disparition d’Hadora Fischer finirait par être signalée, et il serait logiquement soupçonné de l’avoir tuée lorsque l’on apprendrait qu’elle était morte, elle aussi, dans l’incendie. Tout le sang trouvé sur sa combinaison serait une preuve irréfutable de son supposé crime, et il ne pourrait s’en défendre. En Centra, les SeeDs n’étaient autres que des soldats d’élite disposant en plus d’un statut universitaire, à la différence de l’armée, et très rares étaient ceux qui savaient qu’ils exploitaient, en plus des moyens militaires classiques, des forces occultes. Les créatures de Hyne appartenaient à la sphère mythologique de Centra, et n’existaient que dans les légendes que l’on racontait aux enfants avant de les coucher. Révéler la vraie nature des SeeDs provoquerait de trop importants remous, et Anthony ne se sentait pas d’envergure à lever un tel voile. Seul le Duc en avait la capacité. Par ailleurs Anthony savait parfaitement ce que l’on risquait pour meurtre en Centra.

Encore une chambre d’hôpital… Ses séjours dans ces structures se faisaient trop fréquents à son goût. Et celui-ci risquait d’être particulièrement long. Ultimecia l’avait presque tué, et il lui faudrait quelques semaines au moins pour être à nouveau sur pied. Parce que l’urgence de la situation l’exigeait, il avait fait son rapport de mission directement à Edea, dans des conditions exceptionnelles : par téléphone, sur un réseau non sécurisé. Il apprit à la jeune femme tout ce qui s’était passé, comment il avait ouvert la voie à Ultimecia en identifiant une Sorcière, et après une brève concertation, tous deux se mirent d’accord pour faire avorter la mission et rappeler tous les Rubis qui avaient été envoyés. Cet échec n’était pas sans conséquences, et Anthony espéra sincèrement avoir été le seul à découvrir une Sorcière. Il confia à Edea le code d’accès au fichier des Rubis Incandescents dans son ordinateur, afin qu’elle pût contacter ses camarades un à un par le réseau de communications protégé de la Garden. En attendant, et parce qu’il était trop faible, il devait se soumettre aux injections de morphine à chaque crise, et bien qu’il contrôlât ses doses avec la plus grande rigueur, il savait qu’il était devenu dépendant, et se préparait sans enthousiasme à entrer dans le cauchemar des cures de désintoxication. Pour l’heure, toutes ses Jonctions étaient sens dessus dessous, et il était incapable d’invoquer une seule de ses Guardian Forces, sachant que l’une d’entre elles avait le pouvoir de lui rendre ses forces perdues. Seules ses réserves de sorts étaient disponibles, et bien que tous ses sorts, ses Curagas en particulier, eussent perdu leur puissance, il s’administrait tout de même un Curaga par jour, à l’abri des regards, afin d’activer sa guérison. On ne réparait pas des dommages causés par la magie avec des moyens médicaux ordinaires. Les premiers Curagas ne firent quasiment pas d’effet, mais Anthony avait depuis longtemps appris à être patient, et bientôt ses efforts finirent par porter leurs fruits : il sentit ses forces lui revenir plus tôt qu’elles ne le devaient, ses sorts regagner peu à peu leur puissance, et il fut bientôt capable de quitter son lit. Dès qu’il le put, Anthony entreprit de reconstruire sa musculature perdue à cause de cette longue période grabataire. Il savait qu’un corps d’athlète tel que le sien perdait en très peu de temps ce qu’il avait mis des années à gagner, et il ne pouvait se le permettre. Quotidiennement et consciencieusement, il retravaillait chacun de ses muscles au moyen d’exercices précis et ciblés. Il se livra en plus à de longues séances d’arts martiaux qui mobilisaient toute sa concentration : elles l’aidaient à supporter les crises de névralgie, et ainsi à éviter les injections de morphine devenues trop nombreuses. Les médecins furent naturellement surpris par cette rémission si rapide, mais il se garda bien de donner quelque détail que ce fût pour expliquer le phénomène.

Anthony repoussa le plateau sur lequel on lui avait servi l’habituel et frugal petit déjeuner en soupirant. On mangeait mieux à la Garden, et la nourriture était bien plus variée. Ne connaissait-on pas l’impact de la variété et de la qualité de l’alimentation sur le moral, en ces lieux ? Comme il avait hâte de sortir enfin. Mais son cas était trop exceptionnel pour que les médecins acceptent de le laisser partir de si tôt. Ils voulaient le garder en observation afin d’en apprendre le plus possible sur lui. Et en particulier, le neurologue avait lu quelque chose d’inhabituel dans son EEG, une onde supplémentaire d’origine inconnue, apparue récemment. Pour Anthony, cela signifiait deux choses : premièrement, ses Jonctions se remettaient peu à peu en ordre, et deuxièmement, il lui était devenu dangereux de rester plus longtemps. Il était temps de rentrer à la Garden, quitte à séjourner encore dans le centre médical, où l’on avait l’habitude de lire et d’interpréter la GF-Wave. Au moins il serait chez lui. Il se leva pour commencer sa matinée d’exercices, lorsqu’il sentit en effet dix présences pulser dans sa tête. Il avait tellement eu l’habitude de leur existence dans ce coin particulier de son cerveau que les sentir à nouveau après leur disparition momentanée lui paraissait étrange. L’une d’elles était particulièrement faible, comme sur le point de disparaître. « Mon Dieu, Shiva… » pensa-t-il soudain, alarmé. Il alla fouiller dans ses affaires, rapatriées depuis son hôtel, et sortit une boîte en carton qui contenait des fioles, à l’abri des chocs au milieu de billes de mousse : des potions destinées à restaurer les Guardian Forces. En temps normal, il n’en emportait jamais, mais parce que cette mission n’était pas ordinaire, il avait préféré s’équiper, par précaution. En cherchant au milieu des billes de mousse, il vit passer, non sans réprimer un frisson glacial, une étiquette marquée « G-Returner ». Grâce au ciel, il n’était pas parvenu à cette extrémité. Une Guardian Force ramenée à la vie n’était jamais la même, et il n’aurait voulu pour rien au monde voir Shiva changer. Cela lui aurait brisé le cœur. Il trouva enfin ce qu’il cherchait : cinq fioles de G-High Potion. Il les posa sur sa table de chevet, et alla à la porte. A peine l’eut-il ouverte qu’une myriade de flashes l’assaillit. Aveuglé, il dut se couvrir les yeux. Avec les éclairs de lumière fusèrent les questions, dans un brouhaha indescriptible :
-- Monseigneur, une question s’il vous plaît…
-- Que s’est-il passé dans l’hôpital du district est ?…
-- Combien de personnes avez-vous sorties du feu ?…
-- Qu’est-ce qui vous a poussé à vous rendre là-bas ?…
-- Aviez-vous un proche hospitalisé là-bas ?…
Les officiers postés à sa porte tentèrent tant bien que mal de repousser les journalistes. Il essaya de faire taire l’averse d’interrogations :
-- S’il vous plaît, s’il vous plaît ! Ecoutez-moi. Je ne suis pas encore en mesure de répondre à vos questions pour le moment. Je ne ferai aucune déclaration, sinon que je vais bien.
-- Monseigneur, s’éleva une voix, d’où provient le sang que l’on a trouvé sur votre combinaison ? Et l’une des infirmières affirme avoir suivi un couloir de glace au beau milieu des flammes. Comment un tel phénomène a pu être possible ?
Silence. Relancés par un sujet qu’ils savaient être un scoop, les journalistes reprirent de plus belle. Anthony parvint à les faire taire une seconde fois :
-- Encore une fois, je ne suis pas en mesure de vous fournir d’explication. Plus de réponse.
Il s’adressa aux officiers :
-- Faites que l’on ne me dérange sous aucun prétexte pour la demi-heure à venir.
-- Bien, Monseigneur, répondirent-ils en saluant.
Sa tranquillité assurée, il ferma la porte et appela doucement Shiva. Elle tomba dans ses bras, très faible. Son aura n’émettait plus qu’un mince flux maladif, et son éclat était complètement terni. La Guardian Force était à l’article de la mort.
-- Tu t’es bien fait attendre, Seigneur, dit-elle d’une voix à peine audible.
La remarque ne trahissait cependant aucun reproche. Tout ce qu’il avait toujours lu dans les magnifiques yeux bleus de sa Guardian Force était une foi sans limite. Même en ce moment, cette foi était intacte. Il lui caressa les cheveux, remarquant pour la première fois à quel point elle ressemblait à Ambrosia. Se pouvait-il qu’il l’eût façonnée à l’image de celle qu’il considérait comme son idéal de la femme ?
-- Je te demande pardon, Shiva, mais je ne pouvais vraiment pas faire autrement. Et puis dans l’état où j’étais, tu m’aurais tué en me ponctionnant. Et même maintenant je ne peux pas complètement te recharger. Tu ne m’en veux pas ?
-- Tu as toujours su ce qu’il y avait de meilleur pour moi, Seigneur. Mais… Je me sens si faible…
-- Je sais. Je vais te guérir.
Il s’installa sur le sol près de la petite table et reposa sa tête sur ses genoux. Il prit une première fiole et commença à la déboucher :
-- Je sais que tu ne les supportes pas, mais nous n’avons pas le choix. Tu dois te recharger.
Une expression de pure aversion tordit son harmonieux visage à la peau bleutée, et elle secoua la tête en lui jetant un regard suppliant.
-- Shiva, dit-il gentiment, tu sais bien que ce n’est pas de gaîté de cœur que je te fais boire ce breuvage, mais il le faut vraiment.
A contrecœur, elle le laissa verser le philtre entre ses lèvres, et avala le contenu de la fiole en une seule gorgée. L’effet fut immédiat : elle porta les mains à la poitrine et se tordit de douleur en gémissant :
-- Elle me brûle !
Il lui déposa un baiser sur le front :
-- Allons, un peu de courage, je sais que ça fait mal, mais c’est pour ton bien.
Il lui fut beaucoup plus difficile de lui faire boire les quatre fioles suivantes, mais à force de patience, de douceur et de cajoleries, la Guardian Force les vida les unes après les autres. Anthony assista à sa rémission avec satisfaction, en voyant l’aura argentée revenir nimber la créature de ses effluves, et le corps regagner éclat et beauté. La santé d’une Guardian Force s’évaluait principalement à l’apparence de cette dernière : une Guardian Force était d’autant plus belle et rayonnante qu’elle était en bonne santé. Ainsi régénérée, même partiellement, Shiva prit une profonde respiration et s’éleva de nouveau pour flotter au-dessus de lui. Elle s’étira avec délice :
-- Je me sens revivre…
Il rit doucement :
-- Attention, tu n’es pas complètement remise !
Elle posa sur lui ce regard pour lequel il aurait triomphé de n’importe quel combat, à n’importe quel prix :
-- Je sais. Mais… Je ne veux plus boire de cette infâme potion.
Il se leva et alla dissimuler les fioles dans sa valise :
-- C’était un mal nécessaire, ma Shiva.
-- Quand reviendrons-nous vaincre d’autres ennemis ?
Il sourit, amusé : l’instinct guerrier d’une Guardian Force était si fort qu’il avait l’impression qu’elles ne vivaient pratiquement que pour ça. Et Shiva était un beau spécimen en la matière. Il n’était pas sûr que ses autres Guardian Forces fussent aussi belliqueuses.
-- Quoi, tu es à peine guérie, et tu veux déjà retourner te battre ?
Il retourna s’installer sur son lit :
-- J’avoue la faiblesse de reconnaître que je ne suis pas en état de retourner au combat. Il va me falloir du temps pour redevenir celui que j’étais. Tu dois être patiente. Mais je te promets les plus terribles Dragons de Rubis que ce continent abrite encore en guise d’amendement. Il lui tendit les bras : Viens, Shiva. Je sais que je vais certainement perdre connaissance pendant le processus, mais cela m’est égal : cela fait trop longtemps que je ne t’ai pas sentie me ponctionner, et j’en meurs d’envie. Prends ce qu’il te faut, je te dois bien cela, et c’est peu de chose.
Avide et goulue, Shiva fondit sur ses lèvres et le draina sans merci, à perdre haleine.


On lui tapait vigoureusement les joues. « Hm… Que… » Le voile noir refusait obstinément de se lever. Aucun de ses muscles ne répondait. Une terrible odeur d’ammoniac passa sous son nez. Il émit un hoquet surpris, repoussa le petit flacon de sels et se redressa, soudain en pleine possession de ses moyens.
-- C’est bon, c’est bon, je suis conscient. Quelle odeur… C’est infect !…
Plusieurs visages étaient penchés sur lui : un médecin, des infirmières, les officiers de police, et… Edea Kramer ?
-- Combien de temps suis-je resté inconscient ? demanda-t-il à l’adresse des officiers.
-- Cela fait plus d’une heure que vous êtes enfermé, Monseigneur. Cette dame a insisté pour vous voir, et nous vous avons trouvé dans cet état. Vous vous sentez bien ?
Il se massa les tempes :
-- J’ai dû avoir un étourdissement. J’ai un de ces maux de tête, dit-il en souriant en signe d’excuse. Puis-je avoir une aspirine, je vous prie ? Après cela, veuillez me laisser seul. Je dois en effet m’entretenir avec le Professeur Kramer.

-- Vous êtes bien pâle et vous avez maigri, dit Edea en fermant la porte.
Il se contenta de vider son verre d’aspirine, sans protester : à quoi bon nier l’évidence ?
-- Et je suis devenu toxicomane, ajouta-t-il sans le moindre humour.
Elle posa un regard inquisiteur sur lui :
-- Que faisiez-vous avec votre Guardian Force, Shiva ? Elle était là, n’est-ce pas ?
Il valait mieux lui avouer la vérité. On ne trompait pas une experte en mysticisme telle qu’Edea. La jeune femme se laissa tomber sur l’unique chaise posée à côté du lit à la fin de son récit :
-- Vous avez dépassé les limites de la compatibilité, Anthony. Vous êtes désormais sur un terrain inconnu et certainement préjudiciable pour votre santé physique et mentale.
-- Faites pratiquer des tests sur moi, et vous verrez qu’il n’en est rien, Professeur.
-- Nous verrons cela. Anthony, si je suis venue, ce n’est pas pour rien, vous le savez. Deux de vos camarades sont morts. Alec Dahl et Charlotte Riker. Je suis désolée.
Alec Dahl ! Anthony se sentit défaillir. Alec était pour lui ce qu’il y avait de plus proche d’un ami. Il était aussi le plus ancien des Rubis Incandescents, et co-fondateur du groupe. Depuis le probatoire, ils étaient restés d’inséparables compères, s’entraînant ensemble, jouant ensemble au Choco-polo. Ensemble, ils avaient accompli plus de sept cents missions. Leur gentillesse et leur disponibilité auprès des plus jeunes SeeDs les avaient rendus populaires dans toute la Garden. Tout le monde connaissait au moins l’un des deux de nom, et il ne se passait pas un jour sans qu’ils reçussent par l’intranet de la Garden des dizaines de requêtes. Tous deux étaient tellement proches que même leur rivalité pour conquérir le cœur d’Ambrosia revêtait les allures d’une saine compétition, et lorsque la jeune fille pencha enfin pour Anthony, Alec s’était retiré avec élégance et galanterie, pour jeter son dévolu sur une autre, qui n’était autre que Charlotte. Les quatre SeeDs ne laissaient passer aucune occasion pour se retrouver autour d’une table dans le grand restaurant, et ils profitaient de leurs permissions pour aller camper ensemble.

A présent, Alec et Charlotte n’étaient plus, et c’était lui, leur propre ami, qui les avait envoyés à la mort. Il se couvrit le visage d’une main et ferma les yeux très fort pour ne pas laisser passer les larmes. Edea posa sur son épaule une main pleine d’amitié. Il se laissa aller à la surprise et la dévisagea : elle ne s’était jamais montrée aussi chaleureuse et compatissante.
-- Ne le prenez pas sur vous, Wilfried. Cette responsabilité, vous la vivrez chaque jour, comme moi je la vis en voyant chacun de vous chaque jour. Vous ne devez pas la laisser vous miner. Ils étaient des Rubis Incandescents, et connaissaient les risques mieux que quiconque. Vous n’avez rien à vous reprocher. Vous-même avez failli mourir, et pourtant vous êtes allé jusqu’au bout de votre mission. Les SeeDs sont entraînés pour ça.
Elle l’appelait par son prénom affectif, à présent ?
-- Mais moi je ne suis pas mort. Pourquoi eux ?
-- Pourquoi pas eux ? Eux ou d’autres, cela n’aurait pas été plus juste. Croyez-moi, Wilfried, vos choix étaient des plus judicieux, et rien ne peut vous être reproché. Vous pouvez pleurer leur disparition parce qu’ils étaient vos amis, mais ne la pleurez pas si vous vous sentez fautif. Ce que vous vivez là n’est qu’un avant-goût de ce que vous aurez à vivre en tant que Duc. De toutes les décisions que vous aurez à prendre dépendra l’avenir de millions de civils, et non pas d’une poignée de camarades.
Encore son avenir de Duc… Mais il reconnut qu’elle avait raison. Un long silence passa entre eux. Les mots n’étaient pas nécessaires en de telles circonstances.
-- J’ai appris pour Ambrosia, finit-elle par dire. Je suis sincèrement navrée. Vous aviez des projets…
-- Je crains… qu’il n’y ait rien à dire à ce sujet, répondit-il presque sèchement.
-- Vous avez certainement raison, accorda-t-elle en soupirant. Je vous demande pardon. Quand nous reviendrez-vous ? Vous nous manquez.
-- J’essaierai d’être là pour les examens de fin d’année. Mais je dois passer en cure de désintoxication. Trop de crises de névralgie, trop de morphine… expliqua-t-il, en la voyant ouvrir des yeux étonnés. Cependant, je souhaite la suivre à la Garden. Professeur, vous devez me sortir d’ici : ils ont découvert la GF-Wave, et ne sont pas près de me laisser sortir. Je suis sur pied, je n’ai plus de raison de rester.
-- Je ferai l’impossible, promit-elle. Que souhaiteriez-vous que je dise à votre frère ? Votre long silence n’a pas mis tout le monde à l’aise.
-- Dites-lui seulement que je vais bien, et que je rentre bientôt.
-- Je lui transmettrai. A présent, c’est à mon tour de vous faire une requête. Voyez-vous, Ultimecia a déjà réussi à m’investir, mais elle ne parvient pas encore à me contrôler. Cependant, je sens l’échéance proche, et un jour viendra où je ne pourrai plus faire obstacle à son influence. Vous avez vu ce dont elle est capable. Je vous demande de me… de me tuer lorsque ce jour viendra. Elle ne doit pas entrer dans ce monde, dans cette époque afin de façonner l’avenir selon ses goûts. Vous êtes le seul à qui je puisse demander une telle chose.
Anthony laissa passer un silence pétrifié.
-- Je… je ne me sens pas prêt à accéder à ce genre de requête. Pas maintenant. J’ai vu trop de sang couler pour en faire couler à mon tour.
-- Il en coulera davantage si nous la laissons faire. S’il vous plaît, Wilfried. Votre famille et vous-même êtes de mes amis, et c’est en amie que je viens vous demander ce service. Vous êtes un Leonhart, vous pouvez comprendre ce qui me motive. Et… Ce serait un honneur pour moi que de me voir porter l’estocade par quelqu’un du sang des Leonhart, si c’est pour sauver Centra. Faites-le, Wilfried, je vous en prie. Vous avez…
-- …Votre bénédiction ? enchaîna-t-il avec sarcasme. Bon sang, Professeur, je suis un SeeD, un mercenaire de luxe, certes, mais pas un assassin ! Ne me demandez pas l’impossible.
-- Elle vous poussera à l’impossible. Ecoutez-moi. J’ai… j’ai eu moi aussi une vision de l’avenir, et je crois qu’elle sait qu’elle mourra de la main d’un Leonhart. C’est pourquoi elle n’aura de cesse de vous poursuivre, jusqu’à ce qu’elle vous ait exterminés jusqu’au dernier afin de mener ses projets à bien. En tant que SeeD, en tant que Leonhart, vous ne pouvez pas la laisser faire. C’est votre mission. Pour votre vie. Pour celle de vos proches.
Il détourna le visage, incapable de répondre, incapable de la regarder. Elle avait raison. Face à une Sorcière, il n’aurait d’autre choix que de se battre jusqu’au bout et vaincre. Mais que pouvait-il faire lorsque cette ennemie avait le visage de celle qui lui avait tout appris, qui l’avait accompagné durant tout son cursus, enseignante avisée, sage et intelligente conseillère ? Il nourrissait une profonde admiration pour son professeur, et oser penser qu’il aurait à…

On frappa à la porte, et on n’attendit pas qu’il réponde pour ouvrir. Un homme vêtu en civil entra, escorté de deux officiers de la police continentale de Centra. Ce n’était même plus la police locale de Khany City.
-- M. Anthony Leonhart ? demanda-t-il sans autre préambule.
-- Moi-même, dit-il, en échangeant un regard intrigué avec Edea.
L’homme exhiba sa carte, accompagnée de l’insigne de la police continentale.
-- Inspecteur William Tryst, de la brigade criminelle de Centra. M. Leonhart, je vous arrête pour le meurtre prémédité d’Hadora Fischer.


Inutile de préciser que l'histoire de la GF-Wave est une pure invention de ma part Wink Il y avait un énorme détail dans FF8 que j'ai complètement occulté dans la fanfic, mais qui je pense a son importance : la jonction avec une G-Force fait perdre les souvenirs au fil du temps. Une sorte de sacrifice pour gagner une parcelle du pouvoir de Hyne, très bien décrite dans le jeu (une scène de dialogues y est consacrée). Vous aurez l'occasion de découvrir d'autres G-Forces.
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Merisel Faradhreia

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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Dim 10 Juil - 23:45

Suite ! Va-t-il s'en sortir ? Dans ce chapitre, présentation de la famille ducale, que j'ai copiée sur je ne sais plus quelle famille royale en Europe. Et voici comment je relie l'ascendance de Squall à ce qui est dans le jeu. Le jeu laisse clairement penser que Squall est le fils de Laguna Loire et de Raine, sa défunte épouse. D'ailleurs une scène du jeu le confirme : dans le village Shumi, ils rencontrent des petites créatures qui travaillent pour les Shumi, et avec qui Laguna avait sympathisé dans ses voyages. Ces créatures savent sentir le sang et le reconnaissent. Le sang a une grosse symbolique pour les Japonais. Et lorsque Squall rencontre ces créatures, elles le reconnaissent sans hésiter en l'appelant Laguna.

Pourquoi selon moi Squall ne pouvait pas être le fils de Laguna, mais il était plutôt d'ascendance noble ? Quelques détails très simples : les bijoux qu'il porte et sa Gunblade, tous présentent un élément à l'effigie d'un lion, qui ne peuvent être qu'un héritage d'une riche famille. Raine vivait très simplement dans la petite ville de Winhill ; Laguna menait plus ou moins une existence nomade quand il a quitté l'armée de Galbadia. Pour moi ça ne collait pas. Mais le jeu établit clairement des liens du sang. J'ai donc relié la fanfic à cet élément en créant Rheda Loire, qui n'est autre que la soeur de Laguna Loire. Dieu merci, les créateurs de FF8 ont laissé suffisamment de flou autour de cette ascendance, et cela m'a permis ce petit tour de passe-passe.

Petit détail rigolo, la première dissemblance entre Squall et Anthony : Squall n'est pas très grand, il doit faire 1m70, dans mes souvenirs. Il est même plus petit que Seifer. Anthony est plus grand d'une vingtaine de cm. Mon attirance pour les hommes de haute stature Wink On ne se refait pas...

Voilà, place à la lecture.


Chapitre 8

-- Voyons, Inspecteur, vous faites erreur, dit Edea en se levant, ébranlée par ce qu’elle venait d’entendre.
-- Puis-je me permettre de vous demander qui vous êtes, Madame ? fit-il.
-- Edea Kramer, présidente de la Fondation Kramer, et professeur à Centra Garden. Je connais bien M. Leonhart, il est SeeD et étudiant dans notre établissement. Il était en voyage d’études dans le canton, tout ceci n’est qu’une malheureuse coïncidence.
William Tryst mit les poings sur les hanches :
-- Vous appelez ça une coïncidence ? La combinaison de pompier qu’il avait sur lui est entièrement couverte du sang de la jeune fille, et on a retrouvé des… des restes d’ossements calcinés éparpillés dans tous les sens à l’endroit où un témoin l’a vu se rendre pour la dernière fois. Les analyses dentaires, ou du moins ce qu’il en reste, confirment qu’il s’agit bien d’Hadora Fischer. Et la veille du drame j'ai appris par les employés des services municipaux que le suspect était allé recueillir des renseignements très précis sur les Fischer. Vous appelez ça une coïncidence, peut-être ?
Edea se tourna vers Anthony, le regard suppliant :
-- Wilfried, défendez-vous, je vous en supplie.
Il leva sur elle un regard résigné :
-- Je ne le peux pas, vous le savez bien. Puis, à l’inspecteur : Inspecteur, je n’ai pas tué cette jeune fille. Je n’ai malheureusement aucun alibi à fournir. J’étais sur les lieux au moment de sa mort, seul et sans témoin. Mais passez-moi au détecteur de mensonges, et vous verrez.
-- Hah ! Vue l’ignominie de votre acte, vous seriez capable de tromper la machine.
-- C’est mal me connaître, Inspecteur, dit-il.
-- S’il est arrêté, intervint Edea, je veux être entendue comme témoin.
-- Vous me retirez les mots de la bouche, Madame.
-- Professeur, non ! s’écria Anthony, devinant trop bien les intentions d’Edea.
-- Nous n’avons pas le choix, Wilfried. Cette accusation est fausse, et vous le savez aussi bien que moi. Je ne peux pas vous laisser condamner rien que pour protéger la Garden.
-- Le peuple de Centra n’est pas prêt à saisir la portée de tout ce que nous pourrions révéler. La Garden n’a que cinq ans, et elle ne supportera pas les conséquences de tout ce que nous serons forcés de dévoiler pour m’innocenter. Je sais que je suis innocent, et cela me suffit pour être en paix.
-- Wilfried, votre loyauté envers la Garden vous fait honneur, mais il s’agit de votre future carrière et de l’honneur de votre famille, et rien ne doit briser cela.
-- Hé là, hé là, assez de messes basses, hein ! fit l’Inspecteur Tryst. Vous pourrez raconter tout ce que vous voudrez devant le tribunal. En attendant, veuillez quitter les lieux, Madame Kramer, votre présence n’est ni utile, ni requise pour le moment.
-- Encore quelques instants, s’il vous plaît, Inspecteur, fit Anthony. Je suppose que je vais être retenu ici sans autorisation de visite. Laissez-moi au moins transmettre un message à ma famille.
-- Faites vite.
Anthony emmena Edea le plus loin possible de l’inspecteur, dans un coin de la chambre :
-- Je vais manquer de Curagas, chuchota-t-il. C’est grâce aux Curagas que j’ai réussi à me rétablir si vite et à me passer de cette saleté de morphine.
Elle lui prit la main et lui transmit ses réserves :
-- Prenez tout mon stock. Je suis même prête à vous confier Alexander, afin que vous l’utilisiez à votre profit.
-- Ce ne sera pas nécessaire, néanmoins je vous remercie. J’ai une Guardian Force qui peut me venir en aide, en cas de besoin. Mais j’aimerais autant que possible me passer des Guardian Forces pour le moment. Ils ont déjà découvert la GF-Wave, cela ne doit pas aller plus loin.
-- Centra saura tout le jour de votre procès, et vous n’aurez plus à dissimuler quoi que ce soit.
-- Professeur, je vous en conjure, ce que vous vous apprêtez à faire, seul mon père peut le faire sans recevoir de dommage. Réfléchissez encore. Ne mettez pas la Fondation en jeu rien que pour moi. Je ne suis pas grand-chose.
-- Taisez-vous donc ! s’exclama-t-elle, au bord des larmes. Vous n’avez aucune idée de ce que vous représentez pour la Garden, de tout ce que vous avez accompli pour elle. Nous nous damnerions pour vous. Je ne vous laisserai pas déporter pour un crime que vous n’avez pas commis. Laissez-moi vous aider pendant que je le peux encore. Elle s’éloigna de lui, étreignant toujours sa main, sentant que l’inspecteur commençait à perdre patience : Au revoir, Wilfried, nous vous sortirons de ce mauvais pas.
-- Ne dites rien à ma mère, surtout, elle en mourrait de chagrin.
-- Je vous le promets.
-- Et puisque je vais être absent, confiez mon poste à Adriana Lockhart. Elle est la plus compétente.
-- Ce sera fait.
-- Merci pour tout, Professeur.
Il serra sa main entre les siennes et la garda un instant, autant pour garder avec lui ce qu'il savait être le dernier contact amical avant longtemps, que par sollicitude, pour lui transmettre un peu de sa force, un peu de son courage, et parvint à lui adresser un sourire, lui signifiant que tout irait bien. Ne pouvant en supporter davantage, Edea sortit en hâte de la chambre, en se tamponnant les yeux d’un mouchoir, non sans avoir jeté un regard lourd de signification à l’Inspecteur Tryst : « Faites en sorte que votre dossier soit plus solide que le mien, car vous ne vous relèverez pas s’il s’avère que vous avez tort ». Comme s’il avait entendu de vive voix, l’homme déglutit malgré lui.
-- Elle… Elle est toujours comme ça ? demanda-t-il.
-- C’est une femme très puissante, dit Anthony. Mais je doute qu’elle puisse faire quoi que ce soit pour moi en l’occurrence.
Sans plus prêter attention à l’officier, il commença ses exercices. Il avait besoin de faire le vide. L’odieux souvenir de la mort d’Hadora malmenait encore sa mémoire, et il voulait s’en défaire. Et ce contre-temps mettait à l’eau deux projets qui lui tenaient particulièrement à cœur : retrouver, si tant était qu’il y eût quelque chose à retrouver, les corps d’Alec et de Charlotte. Il ne pourrait dormir sur ses deux oreilles que lorsqu’il aurait retrouvé une quelconque trace d’eux. Curieusement, apprendre leur mort lui avait fait plus de mal qu’apprendre sa propre arrestation. Il savait plus ou moins que la mort d’Hadora Fischer remonterait jusqu’à lui, et avait accepté le fait que rien ne pourrait le défendre. Son autre projet était, bien entendu, d’être là à temps pour accueillir Ambrosia lorsqu’elle reviendrait. C’était peut-être ce qui l’attristait le plus. Quant à son frère… Eric allait certainement se mettre en quatre pour trouver un moyen de le sortir de ce piège. Il connaissait par cœur les lois de Centra jusque dans leurs moindres subtilités, et trouverait une faille, s’il en existait une.

Pauvre petit frère… Comment allait-il réagir en apprenant la nouvelle de la bouche d’Edea ? Anthony espérait qu’il ne commettrait pas la sotte maladresse d’aller voir leur père : le Duc ne pouvait se soustraire à ses propres lois, quand bien même cela eût été pour l’un de ses fils, bien au contraire. La génération suivante se devait d’être encore plus irréprochable que ses aînés, et si faute il y avait, la punition se devait d’être encore plus sévère et significative que pour le commun du peuple. Le mieux qu’il pût faire était de laisser se tenir le procès, laisser appliquer la sentence, et intervenir ensuite. Il aurait tout le loisir de consulter Edea, ou n’importe qui ayant les compétences nécessaires afin de prouver l’innocence de son fils et de restaurer l’honneur des Leonhart aux yeux de Centra, mais personne ne pouvait et ne devait lui dicter la conduite à tenir avant que tout ne fût terminé. Son autorité ne pouvait être remise en question. Le Duc devait agir seul, en toute indépendance, sans donner l’impression d’être ne fût-ce qu’influencé par quiconque. Il fallait être patient et accepter le sort qui l’attendait, quel qu’il fût. Anthony n’avait rien à se reprocher, et n’éprouvait aucune peur à l’idée d’affronter ce qui l’attendait dans les camps de redressement réservés aux criminels s’il devait y séjourner. Les souffrances, les mauvais traitements, les séances punitives… Il serait prêt à les supporter dignement, en Leonhart, tant qu’il savait que son honneur avait une chance de rester intact. Ce serait… un autre aspect de son voyage d’études. Tôt ou tard, le peuple de Centra aurait à savoir toute la vérité sur les Gardens, et cet incident était l’occasion rêvée pour tout lui apprendre. Mais afin de ne pas bousculer l’opinion publique et de ne discréditer ni les Leonhart, ni la Fondation, personne d’autre que le Duc ne pouvait faire ce pas. Anthony espérait que le Directeur Cornwall et Edea comprendraient ce que lui n’avait aucun mal à saisir, et ne tenteraient rien avant le Duc, auquel cas il serait perdu. Tous ses espoirs reposaient sur l’attitude à venir de la Garden, et c’était bien peu de chose. C’était surtout sur Alestar qu’il comptait, et cette confiance, cet amour entre frères était une arme à double tranchant : Alestar était le deuxième fils du Duc Maximilian, et il était à même de comprendre les secrets méandres de l’autorité ducale, mais par amour pour son frère, Alestar était capable de n’importe quoi, du meilleur comme du pire. Il l’avait déjà prouvé en exécutant Brian.


Adossé à la porte, William Tryst observa le jeune homme exécuter ses mouvements avec la grâce et la souplesse d’un félin, contrôlant parfaitement le moindre de ses puissants muscles, presque avec envie : il était si bien bâti pour quelqu’un d’aussi jeune, et apparemment si expert dans ce qu’il était en train de faire. Même l’entraînement réservé aux unités d’élite ne parvenait pas à un tel résultat. Que leur enseignait-on exactement dans cette Garden ? Une simple académie militaire ne formait pas aussi soigneusement ses membres : d’après ce qu’il savait de la Garden, toutes les disciplines universitaires, ainsi que de nombreuses autres compétences, y étaient représentées. Et que tenait-il tant à cacher que le peuple de Centra n’était pas prêt à apprendre ? Ses instincts d’enquêteur l’incitèrent de nouveau à chercher la vérité.
-- Qu’est-ce que vous faites exactement à la Garden ?
-- Est-ce un interrogatoire en règle, Inspecteur ? demanda le jeune homme, sans se laisser perturber.
-- Juste de la curiosité. Vous y êtes bien étudiant… J’ai un garçon qui est en âge de rentrer à l’université.
-- Tout ce que je peux dire, c’est que s’il choisit la Garden, il ne le regrettera pas. J’y ai passé les cinq meilleures années de ma vie.
-- Mais qu’y apprenez-vous ? insista Tryst.
-- Nous composons nous-mêmes notre cursus. C’est l’avantage de la Garden, avec toutes les disciplines qu’elle propose. Pour ma part, et parce que j’en ai besoin, j’ai suivi le cycle de sciences politiques ; j’ai également fait une maîtrise en droit, j’ai un peu touché à la chimie, suivi des cours d’art dramatique pour le plaisir, je pratique régulièrement le Choco-polo, le Tai-Chi et le Kung-Fu. Je manie également la Gunblade, mais c’est de famille.
-- Et Mme Kramer, qu’est-ce qu’elle vous enseigne ?
Anthony réfléchit rapidement au moyen de donner une réponse crédible et non compromettante :
-- Oh, elle… C’est une théologienne. La Garden nous apprend surtout à chérir la vie sous tous ses aspects, et nous avons régulièrement des séances de théologie pour y réfléchir.
-- J’ai l’impression qu’elle est bien plus que cela.
-- Ne m’en demandez pas plus, Inspecteur, et réservez vos questions pour les séances d’interrogatoire dorénavant.
Ces dernières paroles, prononcées sans élever la voix, coupèrent court à tout élan de conversation que l’Inspecteur aurait pu avoir. Quelle autorité naturelle, quelle force émanaient de ce garçon… Un vrai Leonhart. Mais abordable et sympathique malgré tout. Quelque chose ne collait pas au personnage : pourquoi aurait-il tué cette jeune fille ? Cela ne rentrait pas dans son profil. Pourtant les faits étaient bien là. Et en plus il était expert en arts martiaux, et élève dans une académie militaire où on les entraînait à combattre. Autant d’autres faits qui jouaient en sa défaveur. Ce cas allait être épineux, et Tryst craignait déjà pour son grade.

Pendant plus d’une heure, il resta à observer son captif, l’étudiant à loisir. Le jeune homme ne semblait pas gêné par sa présence, et continuait à pratiquer consciencieusement sa gymnastique. Toute cette paix, cette tranquillité en lui… Ce n’était décidément pas l’attitude de quelqu’un qui avait quelque chose à se reprocher. Et il n’avait même pas cherché à l’agresser, alors qu’un véritable criminel aurait tout fait pour s’échapper. Quelque chose ne collait décidément pas au personnage, et cela avait un rapport avec ce secret qu’il tenait absolument à préserver. Un secret auquel la Garden était mêlée. Tryst brûlait de le découvrir. L’heure du déjeuner arriva bientôt, et l’on vint servir son plateau à Anthony.
-- Apportez-en un à l’Inspecteur Tryst, je vous prie, il est mon invité, dit-il à l’aide-soignante.
L’ordre fut exécuté sur-le-champ.
-- Vous essayez de m’acheter, ou quoi ? demanda Tryst.
-- Non, mais puisque vous êtes là, je ne vais pas déjeuner seul sous vos yeux.
Réponse saine et pleine de bon sens. Anthony soupira en lorgnant son plat sans enthousiasme :
-- Ce qui me manque vraiment, ce sont les menus de la Garden. Si mon séjour ici doit se prolonger, je vais finir par exiger de me faire acheminer tous mes repas depuis là-bas ! Je vais faire une dépression, à la longue…
-- Je peux faire cela pour vous, si vous voulez… proposa Tryst, dans un élan de compassion : la nourriture était froide et n’avait en effet aucun goût. Même les sandwiches bon marché qu’il se procurait à la va-vite avaient plus de saveur.
-- Vous feriez cela, Inspecteur…
-- C’est quelque chose que l’on ne peut pas vous refuser. Du moins pour le moment.
-- Et cela vous permettrait de faire une incursion dans la très secrète Garden qui vous intrigue tant, remarqua Anthony. Je ne vous le reproche pas, vous faites votre travail, et c’est bien normal. Laissez-moi seulement vous avertir que c’est peut-être un trop gros poisson.
-- C’est à moi seul d’en juger, M. Leonhart.
-- Naturellement.
-- Dites-moi, M. Leonhart, pourquoi tenez-vous tant à ce que rien ne soit divulgué sur la Garden ?
-- Si vous le découvriez par vous-même…
-- Je ne comprends pas. Apparemment, le moyen de vous innocenter se trouve là, et vous n’en voulez pas ? Pourquoi ?
-- Je ne peux pas le dire.
Tryst se leva, fit le tour de la petite table, et vint secouer le jeune homme par les épaules :
-- Bon sang, revenez sur terre, mon garçon ! Apparemment vous êtes un type bien, et manifestement vous n’avez pas tué cette fille. Vous allez être déporté dans le Yorn, vous savez ce que ça veut dire ?
-- Je le sais.
Abasourdi, il laissa tomber les bras.
-- Mais pour l’amour du ciel, pourquoi refusez-vous que l’on vous défende ?
-- Parce qu’on ne le peut pas.
-- Vous cherchez à protéger quelqu’un, c’est ça ? Il y avait une autre personne ?
-- Non, personne. J’étais seul avec elle. Je vous l’ai déjà dit.
-- Alors bon sang, laissez-vous défendre, par tous les moyens !
-- Inspecteur, il n’y a pas moyen, croyez-moi. Dans les faits, je suis coupable. Alors tenez-vous-en simplement aux faits. Cela facilitera la tâche pour beaucoup de monde.

Les mains croisées derrière le dos, Alestar marchait en rond d’un pas nerveux dans le bureau du Directeur Cornwall. Le directeur était avachi derrière son bureau, la tête entre les mains. Edea, assise dans l’un des fauteuils de la pièce, tentait de sécher des larmes qui ne tarissaient pas.
-- Mon frère est fou, il est fou à lier ! s’exclama Alestar pour la centième fois au moins. Qu’est-ce qu’il espère, que sa disculpation va lui tomber du ciel ? Si ça le chante de jouer les martyrs, moi je ne le laisserai pas faire. Et je suppose qu’il n’a même pas demandé à voir un avocat ?
-- Il a répété que son cas était indéfendable, ce n’est pas pour prendre un avocat, dit Edea.
-- Eh bien moi je le défendrai, qu’il le veuille ou non, que diable ! Le Code de déontologie de l’Ordre des Avocats de Centra n’interdit pas que l’on défende un membre de sa famille, à condition d’être étranger au chef d’inculpation. Je le suis, non ?
-- Alestar, vous n’êtes même pas encore titulaire d’une autorisation, même temporaire, d’exercer. Comment allez-vous faire ? demanda le Directeur.
-- Ecrire à l’Ordre. Et je vous garantis que je l’aurai, mon autorisation, en quelques jours. Vous savez à quel point je peux être persuasif.
Oh oui, Evan s’en souvenait. Il se souvenait encore comment ce jeune homme à l’apparence calme et insouciante, invariablement aimable et courtois, l’avait exhorté à lui confier le chapelet de missions réservé aux jeunes recrues, afin que lui et son frère puissent parrainer les futurs SeeDs, le lendemain de l’affaire de l’Anacondaur. Usant d’une rhétorique irréprochable, il l’avait amené au pied du mur, piégé dans un fabuleux chantage, si intelligemment construit, si imperceptible, qu’il n’avait eu d’autre choix que lui céder le paquet d’enveloppes. Alestar Leonhart ferait à n’en pas douter un brillant avocat. Evan en était encore à se demander lequel des deux frères était le plus dangereux : l’aîné parce qu’il était le futur Duc, détenteur de tous les pouvoirs, ou le cadet parce qu’il était toujours imprévisible, et cachait son véritable jeu derrière une façade angélique qui attirait inexorablement la sympathie.
-- Et vous, Professeur Kramer, qu’en pensez-vous ? Vous êtes la dernière à avoir vu M. Leonhart.
Edea se moucha et se tamponna les yeux :
-- Mon Dieu… Je ne sais que dire. J’ai eu l’impression qu’il ne voulait pas que nous intervenions. Il m’a presque suppliée de ne rien faire, et c’était la première fois qu’il était au bord de supplier quelqu’un. Mais… Elle frappa l’accoudoir de son fauteuil du poing : C’est idiot ! Nous avons tous les moyens de le faire innocenter. Pourquoi refuse-t-il ? Il pense que la Garden se cassera les reins, et moi j’affirme que nous devons tenter cette action. Je suis prête à tout pour ne pas le voir maltraité dans le camp de Yorn.
Alestar se mordit les lèvres, le cœur serré par l’angoisse. Le camp dit de redressement de Yorn, situé dans les froides hauteurs montagneuses de Centra, était connu de tout Centra. Là étaient détenus les grands criminels et les assassins, leurs journées rythmées par les travaux dans les mines d’Azurium, les corvées insensées, les corrections publiques destinées aux esprits les plus rebelles… Aucune loi n’existait à part celle du plus fort. Les plus faibles étaient soumis à la cruauté des dominants, et il n’était pas rare de voir des détenus périr des mauvais traitements infligés par d’autres. Wilfried n’avait rien à y faire. Alestar craignait que son frère, malgré la solidité psychique qui le caractérisait, ne sortît brisé de cette inutile épreuve. Il serra les poings, refusant de tout son être, de toute son âme, l’affreuse possibilité.
-- Il n’ira pas là-bas ! s’écria-t-il avant de sortir précipitamment
Edea se leva :
-- Alestar ! ERIC !
Elle partit à sa poursuite. Surpris de s’entendre appeler par son prénom familial par une personne autre qu’un membre sa famille, Alestar suspendit sa course. Edea put alors le rattraper et le retenir par le bras :
-- Eric, je vous en conjure, ne commettez pas de folie, vous en avez suffisamment commis. Ne compromettez pas davantage votre frère.
-- Et que voulez-vous que je fasse ? Que je m’asseye et que j’attende que cela se passe ? Qu’on l’emmène à Yorn ? Je m’y refuse, il n’a pas à aller là-bas !
-- Je vous demande juste de réfléchir encore. C’est le conseil que votre frère m’a donné, et il se trouve que c’est un sage conseil. Ne commettons rien qui conforte les autorités. Nous avons un énorme dossier à monter, et j’ai besoin de vos compétences, mais la tête froide.
-- Pensez-vous que… que ce soit approprié, si j’allais le voir ? Je parviendrai peut-être à le convaincre.
-- Il est interdit de visite…
Alestar marmonna un juron.
-- Dans ce cas j’irai le voir quand même, par mes propres moyens. Cela fait un moment que je n’ai pas chevauché Equileos. Il a besoin d’exercice.
Equileos était l’une des huit Guardian Forces d’Alestar. C’était la seule connue à ce jour avec laquelle l’invocateur devait établir un véritable contact physique pour s’en servir.
-- Encore une fois, Eric, je vous en conjure, ne commettez pas d’imprudence. Nous savons à quel point votre dévouement à l’égard votre frère peut vous faire perdre la tête et vous rendre dangereux. Et votre frère n’a pas besoin de cela en ce moment.
-- Je veux savoir pourquoi il ne veut pas qu’on l’aide. C’est tout de même absurde.
-- J’espère que vous savez ce que vous faites…
-- Moi aussi, Professeur, moi aussi…

******

En présence de son meilleur avocat, Maximilian Leonhart arpentait pensivement son cabinet de travail. La Duchesse Rheda pleurait silencieusement, recroquevillée dans un fauteuil.
-- Quelles sont nos chances de le défendre avec succès ? demanda-t-il à l’avoué.
L’avocat lorgna le Centra Herald posé sur l’imposant bureau ovale : on pouvait lire en première page le titre qui ébranlait tout le duché : « Le fils du Duc accusé de meurtre ».
-- Si l’on en croit cet article, aucune. Tous les faits sont dirigés contre M. Leonhart. Mais ce n’est jamais que la version de la presse.
Il se garda bien de suggérer quoi que ce soit d’explicite au Duc. L’étiquette et le verbe étaient parfois bien délicats à accorder. Le Duc prit note de l’adroit sous-entendu en inclinant la tête.
-- Sollicitez-vous un entretien avec mon fils ?
-- Avec votre permission, Monsieur, ce serait un privilège. Devrai-je vous faire un rapport ?
-- Aussi détaillé que possible. La loi de Centra lui donne le droit de se défendre. Nous exigeons toute la vérité sur cette affaire. Vous avez ordre de faire l’impossible pour monter ce dossier.
Il s’assit à son bureau et délivra un ordre de mission manuscrit et marqué de son sceau, qu’il tendit à l’avocat.
-- Je pars sur-le-champ pour Khany City, Monseigneur.
Resté seul en compagnie de la Duchesse Rheda, Maximilian tourna un regard absent vers les hautes fenêtres de son cabinet, qui dominait le quartier des affaires de Centra District. Il laissa échapper un soupir las. « Mon fils, qu’avez-vous fait ? » Il avait beau entretenir un grave différend avec son fils aîné, il n’en restait pas moins que le jeune homme était de sa chair et de son sang, du sang des Leonhart, et la famille Leonhart devait rester unie en toute circonstance. Lui envoyer un avocat avec un ordre signé de sa main était le moins qu’il pût faire. Et le plus, en ces circonstances. Rheda Leonhart approcha et posa une main sur son bras :
-- Je vous implore, mon ami…
Il se tourna vers le visage en pleurs de son épouse : à quarante et un ans à peine, après avoir donné le jour à deux beaux garçons, Rheda Leonhart paraissait étonnamment jeune et était encore d’une beauté exceptionnelle. C’était elle qui leur avait donné cette magnifique chevelure brune, ainsi que ces yeux bleus à l’éclat unique, ce visage fin et harmonieux. Wilfried et Eric ne tenaient pas grand-chose de leur père, en vérité, mais il aimait tellement sa femme qu’il n’aurait voulu pour rien au monde que ses fils eussent un autre visage. A chaque fois qu’il voyait sa femme, il revoyait ses fils, et le souvenir n’était malheureusement guère plaisant : Wilfried s’était outrageusement rebellé, et Eric, dans un élan de liberté éhontée, l’avait suivi. Mais ils s’en sortaient bien, les diables, là où ils étaient, dans cette Garden, dont il recevait régulièrement les rapports de la main d’Edea Kramer. Maximilian aurait dû proclamer sa fierté à l’égard de ses fils, mais il ne le pouvait pas : les deux garçons avaient outrepassé son autorité, et il était hors de question pour lui d’approuver d’une quelconque façon. Il en était réduit à afficher un masque indifférent à chaque fois que l’on mentionnait l’un des deux, et l’exercice était souvent bien difficile. Maximilian étreignit la fine main :
-- Rheda, ma chère, vous savez que je ne peux rien faire d’autre. Je ne peux pas me placer au-dessus de mes lois. Il nous faut être patients.
-- Il n’a pas pu faire cela… Pas Wilfried.
-- La justice seule tranchera.
Maximilian était lui aussi convaincu que son fils ne pouvait être l’auteur d’un tel forfait, mais c’était une opinion qu’il ne devait garder que pour lui. Le palais ducal possédait trop d’oreilles. Le seul moment où il pouvait dévoiler son cœur était dans la stricte intimité de leur chambre, sur le lit conjugal. En envoyant son avocat muni d’un ordre écrit de sa main, il adressait à son fils le message en filigrane que celui-ci pouvait s’exprimer librement, sans que ses dires soient considérés comme une source d’influence sur l’autorité ducale. C’était pour lui le seul moyen de découvrir la vérité. La Duchesse s’éloigna de quelques pas et lui fit une profonde révérence :
-- M’accorderez-vous la permission de revoir une fois notre fils ? C’est une mère qui vous implore.
-- Je vous l’accorde, ma chère, répondit-il, le cœur lourd de voir que même sa propre épouse n’échappait pas au protocole.
-- Je vous en serai éternellement gré.
Elle s’inclina plus bas, puis se leva pour quitter le cabinet. Le lendemain, le jet privé de la famille ducale s’envola pour Khany City.


L’Inspecteur Tryst entra et ferma la porte :
-- Bonjour M. Leonhart. J’ai de bonnes nouvelles. Vous allez être transféré à Centra District. Ce sera en tout cas mieux que de moisir dans cette chambre d’hôpital où manifestement vous n’avez plus rien à faire.
-- A qui le dites-vous…
-- J’ai reçu un mandat afin de vous faire muter. S’ils avaient une raison de vous retenir ici, ils ne peuvent plus le faire.
-- Qu’est-ce qui vous fait dire que je suis retenu ici ?
Tryst haussa les épaules :
-- C’est mon travail… Vous me paraissez plutôt en forme pour quelqu’un qui doit rester à l’hôpital.
-- Vous oubliez que je suis devenu dépendant à la morphine.
-- Le Bureau de la Police Continentale possède le personnel qualifié pour s’occuper de vous.
-- Quand partons-nous ?
-- Ce soir. Oh, M. Leonhart, je tiens à vous préciser que là-bas, c’est mon fief. Aussi voudrez-vous bien vous soumettre aux fouilles de rigueur. Toutes vos affaires seront passées au peigne fin, et vous ferez preuve de la plus totale collaboration.
-- Vous l’avez toujours eue, Inspecteur.
-- Mais vous refusez de nous dire quoi que ce soit sur la Garden.
-- Enquêtez par vous-même, Inspecteur, c’est la seule réponse que je peux vous donner.
Tryst soupira :
-- J’aimerais parfois avoir des hommes aussi loyaux que vous… J’espère que ce silence ne vous portera pas préjudice.
On frappa à la porte. Un officier se présenta et salua :
-- Uh… une visite pour M. Leonhart, dit-il sur un ton hésitant.
Tryst sauta sur ses pieds :
-- Vous savez bien qu’aucune visite n’est autorisée !
-- C’est que… Il s’agit de la Duchesse en personne, Lieutenant.
Tryst jeta un regard malaisé à Anthony : il avait presque oublié qu’il avait le fils aîné du Duc devant lui. C’est que le jeune homme faisait tout pour qu’on oublie ce détail pourtant énorme.
-- Je vous laisse dix minutes avec elle.
-- Merci Inspecteur, dit simplement Anthony, la voix étranglée par l’émotion.
L’Inspecteur Tryst s’éclipsa et laissa, non sans s’incliner profondément, le passage à la Duchesse. A la vue de sa mère qu’il n’avait pas revue depuis près de cinq ans, Anthony sentit son cœur se serrer. Elle n’avait pas changé. Elle était toujours aussi belle et avait toujours l’air aussi fragile que le jour où il était parti. Il se sentit submergé par une immense tristesse. C’était elle qui avait le plus souffert de son départ, et elle était la première à accourir à son secours.
-- Mon fils… Je vous retrouve enfin…
Il s’inclina devant elle :
-- Je vous prie de me pardonner de ne pas vous recevoir plus décemment.
-- Cela n’est rien, mon fils. En ces tristes temps, vous revoir est tout ce qui importe pour moi. Son visage se décomposa, et elle se précipita pour le prendre dans ses bras en sanglotant : Oh mon Dieu, Wilfried ! Tout le palais est en émoi. Que s’est-il passé ? Promettez-moi que vous n’avez pas commis ce crime ! Promettez-le moi, je vous en conjure !
-- Je vous le promets, Maman. Je n’ai pas tué cette jeune fille.
-- Alors pourquoi ? Pourquoi toutes ces accusations ?
-- Je n’ai aucun moyen de les démentir. J’étais là au mauvais endroit, au mauvais moment. Pardonnez-moi, Maman, mais avec tout le respect que je vous dois, seul Père est en mesure d’apprendre de ma bouche la vérité afin de la faire éclater au grand jour. Je m’en remets entièrement à son autorité et à sa compétence de dernier juge. Trop de choses sont en jeu pour que je puisse en parler de manière anodine.
-- Mais… Vous serez tout de même déporté dans cet endroit !
-- Je le crains, mais je suis prêt.
Elle se détourna en chancelant, une main sur la bouche, tentant de refouler son désarroi. Ce n’était pas possible. Pas son fils ! Pourquoi ? Il n’avait rien fait !
-- Je ne peux pas le croire… Il ne peut pas vous faire ça…
Elle était prête à s’effondrer. Il la soutint et l’accompagna vers la chaise pour la faire asseoir :
-- Je vous en prie, ne vous mettez pas dans cet état. Rien n’est encore joué. Tant que rien n’est tenté avant Père, je suis sauf. Je vous en prie, nous n’avons que peu de temps, ne le gaspillons pas en pleurs. Je suis profondément navré de vous causer tous ces tourments, et je vous en demande pardon. Pour tout vous dire, je préfère être condamné injustement qu’être acquitté pour manque de preuves. Père me doit cette faveur, et il le sait.
-- Assez, ne dites plus un mot ! Je n’en supporterai pas davantage. Etes-vous donc devenu fou ? Ce n’est point faveur que de vous faire jeter dans le plus impitoyable des pénitenciers de Centra !
-- Si cela est nécessaire pour prouver mon innocence et me sortir blanchi, alors c’en est une.
-- Vous êtes bien le fils de votre père, rétorqua-t-elle amèrement. Votre fierté vous tuera.
-- Je suis ainsi fait, et rien n’y pourra changer. Je préfère mourir fier que survivre accablé de honte. Il y va du nom des Leonhart. Je croyais, en m’inscrivant à la Garden, ce que je ne regrette pas le moins du monde, me libérer de ce carcan, mais je me trompais. J’ai tout fait pour que l’on oublie que je suis un Leonhart, mais cela n’a jamais été le cas. Moi-même, instinctivement, durant tout mon cursus, je n’ai eu de cesse d’essayer de représenter chaque jour le plus dignement possible notre dynastie. Leonhart je suis né, Leonhart je resterai. Je ne peux pas fuir.
Elle se leva et alla à la fenêtre :
-- Et il vous a fallu ce terrible bras de fer avec votre père pour le comprendre… Il ne pourra pas vous pardonner, comme moi je vous ai pardonné le jour-même où vous êtes parti.
-- Je le sais. J’ai agi en tout état de conscience, et c’était le prix à payer. Mais je ne regrette rien.
Elle prit son visage entre ses mains et l’embrassa. Du haut de son 1m90, Anthony dut se pencher pour qu’elle n’eût pas à se mettre sur la pointe des pieds.
-- Je comprends. Votre père vous envoie Maître Richter, muni d’une carte blanche. Il est en route par le train. Vous avez tout notre soutien.
« Dieu merci… » Anthony ferma les yeux et expulsa en une profonde respiration toute la pression qu’il avait accumulée depuis le début de cette affaire. Il était là, le signe qu’il attendait. Le Duc avait été plus prompt à réagir qu’il ne l’avait escompté. Il échapperait peut-être à Yorn.
-- A présent, laissez-moi vous regarder… Vous avez bien changé. Vous vous êtes aguerri et vous êtes à présent fait comme votre ancêtre Macsen… Oh mon fils… Je me suis fait un sang d’encre à votre sujet. Nous n’avons cessé d’aller de coup de théâtre en coup de théâtre. Un jour vous étiez à l’article de la mort, le jour suivant vous étiez conscient… Cela devenait intolérable. Je vous en prie, racontez-moi ce qui vous est arrivé.
Il lui raconta ce qu’il put, et la rassura sur son état. Elle lui posa toutes sortes de questions, sur lui, sur Alestar, avide de combler cinq ans d’ignorance absolue en ce qui le concernait, et relative en ce qui concernait Alestar. Alestar avait été le seul à envoyer de rares courriers, alors que lui s’était entièrement coupé du palais.
-- Vous avez l’air bien heureux, dans cette Garden… finit-elle par observer.
-- Je le suis, confirma-t-il avec un sourire qui illumina son regard.
-- Auriez-vous fait… quelque galante connaissance ?
Son sourire s'élargit et il inclina la tête. Sa mère avait toujours attaché tant d’importance aux affaires de cœur. Son heureux mariage avec Maximilian Leonhart y était sans doute pour quelque chose.

Rheda Leonhart, de son nom de jeune fille Loire, était la fille aînée d’une grande famille de Galbadia. Le climat trop déséquilibré de Galbadia ne convenait pas à la santé d’Eleonore Loire, la grand-mère paternelle, et celle-ci avait dû s’expatrier en Centra. Rheda l’avait suivie, par pure dévotion familiale. Le reste de la famille, composé de cinq autres frères et sœurs, resta auprès des parents. Soucieuse de l’avenir de sa petite-fille, Eleonore Loire mit à contribution l’immense fortune des Loire pour éduquer Rheda et la propulser dans les plus hautes strates de la société hiérarchisée de Centra. C’est ainsi qu’elle fut remarquée par Maximilian lui-même, avenu Duc de Centra à trente-deux ans, à la mort prématurée de son père. Un an plus tard, il l’épousa. Rheda venait d’avoir dix-sept ans. Malgré l’immense écart d’âge entre les deux époux, tous deux s’aimaient profondément et le couple qu’ils formaient était un modèle pour toute la société de Centra.

-- Vous étiez avec elle à l’Ecrin des Ducs…
Il sourit de plus belle.
-- On ne peut rien vous cacher. Vous l’aimerez.
La Duchesse soupira :
-- Je suppose que vous avez arrêté votre choix, et que vous n’y reviendrez pas…
-- Je m’accommoderai fort bien de ce bal, n’ayez crainte. Mais les jeux sont déjà faits.
-- Je vois que vous avez réussi à vous dompter, quoiqu’incomplètement.
Une lueur d’inquiétude voila de nouveau le doux regard :
-- Mais… serez-vous au moins là pour cette occasion ? Que va-t-il advenir de vous ?
-- Je n’en sais rien. Mais je ferai l’impossible, avec l’aide de Maître Richter. Mon souhait serait que tout soit fini dans les six mois à venir.
L’inspecteur Tryst frappa à la porte et entra :
-- Madame, veuillez pardonner mon intrusion, mais il est temps.
Anthony embrassa sa mère sur le front :
-- N’ayez plus aucune crainte à mon sujet. Je suis entre de bonnes mains, quoi qu’il arrive.
-- Je prierai pour vous, Wilfried.
Il hésita, puis dit, dans un souffle :
-- Dites à Père… que je lui suis reconnaissant.
Il crut voir des larmes briller à nouveau dans les yeux de la Duchesse alors qu’elle le quittait. Il se rendit alors compte qu’il venait de rompre cinq ans de silence absolu entre lui et son père. Cela avait été d’une facilité déconcertante… Il sourit pour la première fois à l’inspecteur :
-- Inspecteur, votre curiosité va être satisfaite : je peux enfin parler. Mon avocat arrivera d’ici quelques heures.
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Merisel Faradhreia

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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Dim 10 Juil - 23:51

Anthony et ses proches... Ce qui m'a toujours agacée dans presque tous les jeux et DA japonais, c'est qu'ils sont tous seuls au monde, orphelins ou issus de parents inconnus. Bizarre, ça ne vous rappelle rien ? C'est plus facile de partir de ce zéro-là. Ce qui m'a également agacée dans ces RPG c'est qu'on a l'impression que l'univers est désert, hormis les personnages principaux, et limité à leur monde. Tout au long de la fanfic j'ai essayé de créer des interactions avec l'environnement, le monde extérieur à la Garden, la population. D'autant qu'ils sont fils de Duc, cela fait d'eux des personnages publics. Ce chapitre-ci en est un exemple, même si je n'ai pas bien su aller jusqu'au bout de mon idée : porter un regard depuis l'extérieur, et non depuis l'intérieur. Et le personnage de l'inspecteur ne pouvait mieux tomber, puisque son rôle est d'enquêter, de découvrir la vérité. Dommage que je n'aie pas mieux exploité ce filon, car il y a véritablement de la matière. Je suis en tout cas partie de l'idée que la Garden Society ne pouvait faire l'unanimité, et qu'elle susciterait quelque chose de négatif, parce que c'est humain. C'est humain de jalouser l'élite, mais ce qui est encore plus humain c'est d'avoir peur de ce que l'on ne connaît pas et de vouloir le détruire. Il n'appartient pas à tout le monde d'avoir la force de tenir un vrai discours d'ouverture et de tolérance. Je veux dire un discours qui ne soit pas fait que de mots.

Un mot sur les noms choisis pour les personnages de la fanfic. Vous aurez remarqué qu'ils ne portent pas la marque FF. Normal, j'arrivais de l'Anneau des Nibelungen, de la littérature américaine et anglaise, et les noms à consonnance germanique, anglosaxonne, véhiculaient pour moi une véritable dimension romanesque. Ca n'a jamais changé. Normalement on aurait dû trouver des noms comme Zand, Deri, Stipp... Bref des mono et bisyllabes percutantes, pour donner le ton FF. Et quelques-uns à forte valeur symbolique pour donner plus de charisme à certains. Sephiroth. Pour ne citer que le plus connu de tous. Mais le nom Leonhart a appelé d'autres sources, à l'est du Rhin, au nord de la Baltique, à l'ouest de la Manche. Alors ça peut paraître un peu pompeux, surtout le "code" pour le nom des deux frères (un nom public et l'autre familial) mais nous sommes sur le Duché de Centra, quelque 20 ans avant FF8. Quelque part l'ambiance de FF8 est assez baroque, romanesque, plongée dans un monde alliant hi-tech et magie, avec des décors extrêmement recherchés, raffinés, élégants. J'ai juste voulu pousser le bouchon un peu plus loin avec Centra Garden, la première des Gardens à avoir été bâtie. Et la première qui sera détruite Wink

Pour la petite histoire j'ai raccroché (comment pouvait-il en être autrement) l'histoire des Leonhart à la mythologie pré-arthurienne, en prenant délibérément pour ancêtre l'empereur Macsen Wledig, auquel la Duchesse Rheda fait allusion quand elle revoit son fils. Pour en savoir plus sur l'empereur Macsen on peut lire les ouvrages de Katharin Kerr, dont l'oeuvre se tient au coeur des légendes celtiques. Vous verrez plus loin comment j'ai dévié ce bout d'histoire au service de la fanfic. Bah oui, on est en pleine génèse de FF8, il faut bien remonter aux origines Wink

Chapitre suivant donc, Anthony ne finira pas ses jours au pénitencier d'Alcatraz... uh de Yorn. Alestar va-t-il commettre la plus grosse bêtise de sa vie ? Est-ce qu'il a toujours la cote ? ;p Que va faire Ultimecia maintenant qu'elle a gagné Griever qu'elle va vous jeter à la figure au CD 4 ? Va-t-on assister à un Salem version FF ? Et Squall ??? Il arrive quand ??? Uh pour ça il va falloir être un peu patient, il y a un écart d'un an entre Seifer et Squall, et de quelques mois entre Rinoa et Squall.


Chapitre 9

Anthony accueillit Maître Richter d’une chaleureuse poignée de mains :
-- Maître, vous pouvez vous vanter : jamais de toute sa carrière un avocat n’aura été attendu avec plus d’impatience. Inspecteur Tryst, je vous présente le seul homme qui puisse assurer ma défense dans tout Centra. Maître Hagen Richter. Il est le meilleur avocat de notre famille. Je vous en prie, Maître, installez-vous aussi confortablement que vous le pouvez. Je vous prie de bien vouloir m’excuser pour l’indigence des lieux. Commençons tout de suite, voulez-vous ? Ce dossier est extrêmement complexe et dense. Inspecteur, je vous demande d’écouter attentivement. Vous allez être le premier à connaître la vérité sur les Gardens et les SeeDs.
-- Mais… mais enfin je ne comprends pas, balbutia William Tryst, vous venez de me dire il n’y a pas si longtemps que rien ni personne ne pouvait vous venir en aide !
-- Hagen Richter est le seul homme en tout Centra à pouvoir assurer ma défense, répéta Anthony.
L’avocat ajusta ses lunettes et toussota :
-- Si tant est qu’il y ait quelque chose à défendre, Monseigneur. Pour le moment, mon rôle se limite à établir la vérité sur cette affaire. Par ordre de votre père.
-- Cela me suffit amplement. Eh bien, par quoi commençons-nous, Maître ?
-- Je crois comprendre, à votre attitude, que les accusations qui pèsent contre vous ne sont pas fondées…
-- C’est exact. A présent, dit-il en lançant un regard à l’inspecteur Tryst, laissez-moi vous expliquer ce que nous apprenons exactement dans les Gardens… Et je suis disposé à tout vous révéler.

Vêtu de noir des pieds à la tête, chevauchant un coursier céleste à la robe noire comme du charbon, Alestar approchait de l’hôpital de Khany City. Les sabots de l’immense cheval frappaient les courants aériens de leur galop de velours. Equileos, qu’Alestar aurait pu baptiser Black lorsqu’il l’avait attrapé, mais ne l’avait pas fait, au risque de dénaturer les pouvoirs de la bête, avait tout d’un destrier de guerre : il avait pour lui la puissance, l’endurance, le courage et la générosité qui lui permettaient de se livrer complètement à la moindre impulsion de son cavalier, et la bouche confiante d’un cheval parfaitement aux ordres. Passionné de montures, Alestar n’aurait pu rêver d’un meilleur compagnon. Caparaçonné pour le combat, ou vêtu d’un simple manteau de velours noir sous la selle pour des montes plus usuelles, il procurait toujours le même plaisir. Avantagé au combat par un auxiliaire qui lui offrait hauteur et vitesse, Alestar avait tout le loisir de faucher son adversaire d’un coup de son Royal Flail, ou de le pourfendre avec la longue épée suspendue à la selle, assortie au lourd équipement du cheval. Et il ne s’en privait pas : cette épée avait la propriété de lui rendre des forces en volant celles de l’adversaire qu’elle touchait. Alestar avait dû chercher longtemps pour enfin donner cette propriété à cette arme qui possédait le glorieux nom de « Sword of the Stars », nom qui rappelait ses origines : elle avait, semble-t-il, été forgée avec les fragments d’un météore tombé depuis plusieurs milliers d’années. Afin de lui donner sa capacité à drainer les forces des adversaires, Alestar avait dû entamer une longue et épuisante quête pour trouver la rarissime pierre noire que l’on nommait Crystal of the Vampire, et la sertir sur le pommeau de l’épée.

Alestar galopa autour du bâtiment, plus furtif à l’œil qu’une ombre, comme quelqu’oiseau de nuit volant de ses ailes aux plumes si souples qu’on les entendait à peine battre, et chercha à chaque fenêtre éclairée la silhouette familière de son frère.

William Tryst se leva péniblement, s’étira et se frotta les yeux. Cela faisait bien six heures qu’ils étaient enfermés à écouter ce qui était plus, bien plus qu’une déposition. C’était le bouleversement de toutes les croyances populaires, de toutes les idéologies communément acceptées en Centra. Ce qu’Anthony leur avait appris jusque-là éclipsait totalement l’affaire du meurtre, dont la coupable avait un lien indéniable avec l’existence des SeeDs. Des SeeDs et des Sorcières… Une Sorcière venant du futur… Tryst avait l’impression d’avoir sombré dans un cauchemar dont il ne pouvait se réveiller. Et pourtant, tout était bien réel, puisque le jeune homme leur avait fait à plusieurs occasions une démonstration de ses pouvoirs qui n’avaient rien d’une illusion : véritables cristaux de glace qui poussaient du sol, flammes qui brûlaient, en suspension dans les airs, et qui n’en étaient pas de fausses, puissants courants d’air qui tournoyaient dans la pièce et faisaient voler les feuilles de notes de l’avocat, qui s’étaient à présent amoncelées en une épaisse liasse, et enfin cette… Cette… créature ! Il ne l’avait pas exactement vue, mais il avait pu deviner ses formes derrière cet épais écran de givre, et il avait senti… Comment dire ? son souffle autour de lui, comme un reptile glacé glissant sur sa nuque. Dire qu’il en existait encore beaucoup d’autres, qu’elles étaient là depuis des temps immémoriaux, et qu’il en tournoyait probablement autour de lui à l’instant même ! Et dire que ce garçon était capable les voir. Il se souviendrait du regard rempli d’adoration qu’il avait posé sur celle qu’il appelait Shiva. Tryst en avait encore des sueurs froides. « Sorcellerie »… L’inspecteur s’était surpris à plusieurs reprises à penser avec une sorte de frayeur superstitieuse, lui qui se considérait comme un homme des plus terre-à-terre, que plus rien n’étonnait. Il croyait avoir tout vu de part son long service dans la criminelle, et maintenant, ce gosse… Anthony s’interrompit en le voyant se lever pour se dégourdir les jambes :
-- Oui, Inspecteur ?
-- Vous… Vous permettez que j’aille faire un tour dehors ? J’ai une de ces migraines… J’avoue que je ne m’étais pas du tout préparé à ça !
-- Et moi donc ! renchérit Maître Richter en ôtant ses lunettes pour se soulager le nez. Faisons une pause.
Il rassembla l’épaisse pile de feuilles et reprit lentement la lecture de ses notes depuis le début, secouant parfois la tête d’un air incrédule. Que savait le Duc de la vraie nature des SeeDs ? Ses deux fils étaient tout de même formés à la Garden, il ne pouvait pas être ignorant… La Garden était une organisation à l’égal des services secrets, derrière l’innocente façade d’une académie militaire haut de gamme, qui de plus offrait un programme universitaire des plus complets. Surentraînés et formés aux disciplines les plus variées, même les plus inattendues, comme croupier dans un casino, musicien dans un orchestre, mannequin dans une agence réputée, danseur ou danseuse de cabaret, golden boy à la bourse, personnel de service hôtelier, ou encore call-girl, les SeeDs étaient envoyés aux quatre coins du monde pour effectuer les missions les plus diverses. Ils étaient de véritables soldats de l’ombre, agissant sous une fausse identité, en tenue civile, et usant des moyens les plus discrets. Ils ne laissaient aucune trace de leur passage, et pourtant, ils étaient si sollicités. Là où l’on craignait d’attirer l’attention, ils étaient présents sur le terrain, parfaits inconnus ou simples visages vaguement familiers que l’on oubliait aussitôt. Jamais les clients ne voyaient qui ils employaient pour effectuer les missions confiées : leur seul interlocuteur lors de la signature du contrat était le directeur de la Garden.

Si cette facette des SeeDs et des Gardens était plus ou moins bien connue du public, l’autre, au contraire, celle pour laquelle les SeeDs étaient réellement formés, ne l’était pas du tout. Hagen Richter se demandait d’ailleurs comment l’opinion allait accueillir pareille révélation, à commencer par le Duc, en admettant qu’il ignore la vraie nature des SeeDs. Mais l’avocat ne pouvait admettre cette possibilité. Dans ce cas, pourquoi le Duc aurait-il permis le Garden Project tout en taisant la vérité ?

Profitant de l’absence momentanée de l’inspecteur, Anthony s’approcha de l’avocat et l’aborda sur le ton de la confidence :
-- Maître Richter, savez-vous ce qu’est cet objet ?
Il lui tendit l’anneau à l’effigie de Richard – il ne pouvait se résoudre à l’appeler autrement que Richard. Depuis qu’Ultimecia lui avait soutiré la Guardian Force, Anthony avait l’impression que le métal avait perdu de sa vie. Il n’avait plus ce sentiment d’inconfort qui l’habitait au contact de l’anneau. En le retirant de son doigt, il avait également constaté que l’inscription à l’intérieur avait changé : à la place des mots « Richard, ultime Gardien », on pouvait dorénavant lire « Griever ». Hagen Richter prit le bijou et le regarda sous tous les angles :
-- Ma foi, fit-il avec une moue pensive, c’est l’anneau familial des Leonhart, et il vous revient de droit, puisque vous êtes le premier fils Leonhart ; à part cela, je ne sais rien d’autre. Je dois vous avouer que c’est la première fois que je le vois en réalité, et d’aussi près. Pourquoi cette question ?
-- Cela a un rapport direct avec notre affaire, et j’aimerais savoir si mon père connaît la véritable nature de cet anneau ; et s’il la connaît, pourquoi il ne m’a jamais révélé ce secret. Cette ignorance a failli me tuer.
Richter lut l’inscription gravée à l’intérieur :
-- « Griever » ? dit-il en fronçant les sourcils.
-- Ce n’est pas ce qui était écrit à l’origine. La créature qui habitait cet anneau jusqu’à ce qu’Ultimecia ne s’empare d’elle s’appelait Richard. Je ne sais pas grand-chose, mais tout porte à croire que Richard est une très ancienne Guardian Force, probablement l’une des premières, et de surcroît c’est une Guardian Force extrêmement puissante. Et si cet anneau est dans la famille Leonhart depuis si longtemps que l’on a oublié ce qu’il est réellement, c’est que dans un passé reculé, la dynastie des Leonhart savait ce que sont les Esprits Sauvages, et savait se servir des Guardian Forces.
-- Très bien, j’ai compris. Vous voulez savoir si votre père a conservé une trace de ce savoir, et vous sollicitez une audience auprès de lui pour mieux en parler. Je lui transmettrai.
Richter griffonna cette dernière volée d’informations sur ses papiers. Se sentant soudain observé, Anthony regarda par la fenêtre. C’était un de ces picotements qui vous raidissait la nuque des ses fourmillements si agaçants qu’ils vous poussaient à chercher de tous côtés comme un forcené. Il vit quelque chose, ou plutôt quelqu’un dehors, de l’autre côté du balcon. Mon Dieu, ce visage, ces yeux bleus qui ressemblaient tant aux siens… Tryst, quant à lui, était de dos, mais la posture de l’inspecteur ne trompait pas.
-- Mais qu’est-ce que… fit-il, se levant à moitié.
-- Qu’y a-t-il, Monseigneur ? demanda Richter, sans lever le nez.
Le jeune homme se leva précipitamment et se jeta presque hors de la chambre, vers la terrasse.


NB : Sword of the Stars est une référence directe à Diablo 2, sauf qu'elle ne fait pas du tout la même chose. Référence directe au gameplay des FF : pour améliorer ses armes il faut aller chercher des objets spéciaux, on sait lesquels en lisant les magazines d'armement qui traînent un peu partout, ensuite payer une grosse somme en Gils ;p

Sur la petite terrasse de la chambre, William Tryst alluma une cigarette d’une main tremblante et aspira une pénible bouffée. Le bol de fumée traversa sa gorge et le fit suffoquer. Il toussa abondamment, sans pouvoir reprendre son souffle. Il regarda le paquet de cigarettes : était-ce bien la marque qu’il fumait d’habitude ? Cette histoire l’avait plus perturbé qu’il ne voulait l’admettre. Il en avait appris plus qu’il ne pouvait en absorber. Dire que l’on confiait de tels pouvoirs à des jeunes. Il se suffisait d’un seul apprenti sorcier ayant un peu d’ambition, et tout pouvait basculer dans l’horreur. Les responsables de ces institutions y avaient-ils au moins pensé ? Les Gardens étaient implantées sur tous les continents, à l’exception d’Esthar. Comment avoir la certitude qu’un jour le monde n’en viendrait pas à combattre ses propres SeeDs ? Et par quels moyens ? L’échantillon qu’Anthony Leonhart avait montré de ses talents en disait long sur la puissance réelle du jeune homme. Et il était appelé à devenir Duc… Deux types de pouvoir réunis dans le même homme… Quel en serait le résultat ?

Un souffle discret étira les volutes de fumée de la cigarette et attisa imperceptiblement le bout incandescent, dont la lueur rouge se fit à peine plus intense. Tryst aurait pu ne pas s’en apercevoir, si l’air de la nuit n’avait pas été si calme. L’inspecteur leva les yeux : ce n’était pas un oiseau. Il y aurait eu un bruissement d’ailes. Qu’est-ce que c’était ? La manifestation d’un de ces… Esprits Sauvages ? Un tour de son imagination éveillée par l’inconnu ? De l’imagination ? C’était bien la dernière chose qu’il pensait avoir en lui. Alors qu’est-ce que c’était ?

Dans toute sa carrière, Tryst s’était toujours battu contre des ennemis invisibles, mais qui laissaient des traces concrètes : une balle, des empreintes, un poignée de cellules, un cheveu par-ci par-là, des échantillons de tissu… Des hommes et des femmes, qu’il finissait par retrouver, des êtres de chair et de sang, comme lui, et qui surtout ne sautaient pas d’une époque à l’autre. L’univers de la criminelle avait quelque chose de rassurant, au fond : un mort, une piste, un tueur. Rien ne restait inexpliqué, et tout trouvait son dénouement au terme d’une démarche invariablement logique.

Mais avec ces nouvelles données, provenant du domaine de l’occulte, comment savoir si certaines de ces démarches n’avaient pas été faussées de quelque façon ? Et si Tryst s’était trompé en cherchant une piste rationnelle là où il n’y en avait pas, entraînant ainsi la condamnation d’un innocent ? Non, non, ce n’était pas possible. William Tryst était une référence dans la criminelle. Ses jeunes collègues venaient fréquemment le consulter et tirer enseignement de la finesse de son raisonnement, de son sens de la déduction, de l’acuité de son intuition… Son intuition, son sixième sens…Une faculté qui ne reposait sur rien d’exact, et qui pourtant conduisait à des résultats frappants d’exactitude… Et si ce sixième sens, altéré par des données inconnues qui n’avaient rien de rationnel, l’avait trompé sur certaines affaires ? Comment le savoir ? Comment en être sûr à présent ? Cet univers sur lequel Anthony Leonhart lui avait ouvert une fenêtre, il l’avait côtoyé depuis toujours sans le savoir. Tryst avait toujours considéré le doute comme son pire ennemi, et ses démarches avaient toujours consisté à supprimer le doute sur une enquête, pour ne plus laisser persister que la certitude.

A présent il ne pouvait plus répondre de rien. En plus de trente ans de carrière, l’inspecteur ne s’était jamais senti si peu en sécurité. Et il s’était suffi des révélations d’un tout jeune homme au regard d’un bleu hypnotique pour jeter ce trouble et saccager sa sérénité. Et ce jeune homme avait raison : ce nouveau poisson était peut-être trop gros pour Tryst. Il n’était pas prêt à relever ce nouveau défi, qui rentrait pourtant bien dans ses compétences et qui malgré tout était si éloigné de tout ce qu’il avait connu jusqu’à ce jour. Pourtant…

Quelque chose dans l’air le fit porter la main à son arme, dissimulée sous son aisselle. Une altération de la lumière nocturne projetée par la lune qui trônait dans le ciel. Il y avait quelque chose tout près de lui. Quelque chose de très gros. Il ne voyait cependant rien, si ce n’était comme une ombre planant au-dessus de lui. Une ombre ? Ou était-ce seulement une impression ? La sensation d’une présence à proximité était bien réelle. Mais… Ici ? Au troisième étage ? Il dégaina et pointa l’arme de poing là où il croyait voir l’ombre :
-- Montrez-vous, qui que vous soyez !
Pas de réponse. Aucun mouvement. Evidemment… Il n’y avait rien. Mais comment s’en convaincre ? Si sa logique réfutait le fait, son instinct lui dictait que quelque chose se tenait là. Et il entendit. C’était un cheval. Ce bronchement ne trompait pas. Enfin un signe concret, une preuve qu’il y avait bien quelque chose. Mais par quel sortilège ? Face au balcon, dans le vide ? Devenait-il fou ou paranoïaque ? Il était là, haletant, parcouru de sueurs froides, l’arme pointée à bout de bras vers Dieu seul savait quoi. Etait-ce au moins menaçant ? Pourquoi cette réaction ?
-- Montrez-vous ou je tire !
-- Arrêtez ! Vous êtes devenu fou, ou quoi ? retentit une voix dans son dos.
Anthony lui prit le bras et l’obligea à baisser son arme. Son regard inquiet fixait la chose. Il la voyait, et savait ce qu’il voyait. Le malaise de l’inspecteur n’en fut qu’accru. Tryst le vit secouer la tête, presque suppliant, en direction de l’ombre, tenter d’esquisser un sourire quelque peu crispé, et hocher la tête. La sensation de présence disparut aussitôt.
-- Bon sang, mais qu’est-ce que c’était ? s’écria-t-il.
-- C’était mon frère !

Alestar reconnut sans peine l’homme assis dans la chambre face à son frère. Hagen Richter, la figure de proue du barreau, la référence de toutes les annales judiciaires, et avocat de la famille Leonhart. Et ce fut dévoré d’envie et de frustration qu’il les regarda converser d’homme à homme, sans prêter attention au troisième individu qui se tenait sur l’étroite terrasse. Apparemment, Richter cherchait à compléter ses notes en demandant plus de précisions. Alestar aurait pu verser des larmes de rage : son frère avait préféré faire appel à quelqu’un de l’extérieur, plutôt que de laisser la Garden voler au secours de l’un des siens. Plutôt que de le laisser, lui, Alestar Leonhart, lui venir en aide. Pourquoi ? N’avait-il pas à maintes reprises prouvé à quel point sa loyauté envers son aîné était sans bornes ? Pourquoi Anthony ne lui avait-il pas, cette fois, en de si graves circonstances, accordé l’honneur et le privilège de le servir ? Etait-il si peu digne de confiance, si peu compétent aux yeux de son frère ? Trahison. Le douloureux éclair lui pourfendit l’esprit et lui déchira les yeux face à la vérité trop aveuglante. Anthony l’avait trahi. Jamais Alestar ne l’en aurait cru capable. Sous sa selle, Equileos piaffa et broncha. Le tumulte de ses émotions bouleversées le débordait tellement que le cheval en faisait lui aussi les frais au bout des rênes. L’agitation de la Guardian Force le sortit de sa rage désemparée. On lui criait quelque chose. L’homme sur la terrasse pointait un objet vers lui, ou plutôt vers là où devinait qu’il se tenait. Une arme de poing. Alestar resta interdit, trop abattu pour réagir. L’homme paraissait prêt à tirer, sans trop avoir l’air de le voir. Quelle curieuse sensation, que d’être vu sans vraiment l’être. Mais un autre regard pesait sur lui. Un regard sciemment dirigé vers lui, parfaitement focalisé, habité par une conscience. Anthony l’avait aperçu depuis la chambre, et le regardait droit dans les yeux. L’espace d’une fraction de seconde lui fit voir ce que l’homme s’apprêtait à faire, et ce fut avec la rapidité souple et féline qui le caractérisait qu’il se précipita sur la terrasse, saisit le bras de l’homme et lui fit baisser son arme. Leurs yeux au bleu identique se croisèrent de nouveau. Ceux d’Anthony arboraient un éclat inhabituel, qui frappa Alestar de stupeur. Jamais il n’avait vu cette lueur dans le regard de son aîné : il était en train de le supplier du regard de partir. Et il y avait autre chose : de l’inquiétude. Une inquiétude vraie et sincère. S’il s’était déjà tourmenté pour son cadet, Anthony ne l’avait jamais montré aussi ouvertement. Alestar réalisa alors qu’il avait failli mourir d’une balle aveugle. Sans l’intervention d’Anthony, il aurait été transpercé de part en part. Il aurait tant voulu comprendre. Que se tramait-il que son frère refusait de dire ? Il l’interrogea de nouveau du regard. Anthony secoua la tête et l’enjoignit silencieusement de partir. Lorsque les choses étaient trop extraordinaires, l’on n’osait désobéir, et ce fut très troublé qu’Alestar tourna bride, non sans jeter un regard en arrière, interrogeant une dernière fois son frère. Il rencontra ce qui se voulait être un sourire rassurant, et un mouvement d’approbation de la tête. Alestar décida qu’il n’en resterait pas là, et qu’il aurait son mot d’explication. Il lança Equileos au galop. Anthony était bien le fils de leur père. Hagen Richter… Il ne choisissait vraiment que les meilleurs pour le servir. Il n’en restait pas moins qu’Alestar se sentit profondément blessé par ce choix.

Plus tard dans la nuit, les trois hommes partirent pour Centra District dans un hélicoptère de la police continentale. Etant donné les circonstances trop extraordinaires de l’enquête, Tryst décida qu’Anthony serait assigné à résidence à la Garden le temps nécessaire à l’avocat pour compléter son dossier. Nul doute qu’il serait nécessaire d’interroger nombre de membres de la Garden, à commencer par Edea Kramer, car elle était la plus initiée en matière de mysticisme, et elle avait pu être en contact avec la vraie coupable.

La voiture de la police continentale franchit la grille de Centra Garden sous le soleil de fin d’automne. Anthony embrassa avec une certaine émotion l’allée centrale et les pelouses parsemées de massifs floraux. Il était enfin chez lui, après ce qu’il lui avait paru une éternité. On pouvait encore voir, marqué par de jeunes pousses fraîchement semées, l’endroit où les deux véhicules blindés avaient failli rentrer en collision. Le dôme d’Azurium brillait de tous ses feux sous la lumière matinale, immense joyau posé sur son socle de pierre blanche. Anthony n’avait jamais réalisé à quel point cette vue lui était chère. Entrer à la Garden avait véritablement été la meilleure décision de toute sa vie. Il regrettait déjà le jour où il aurait à quitter définitivement son enceinte.
-- Alors voilà la fameuse Garden de Centra, dit Hagen Richter. La Fondation n’a pas lésiné sur les moyens. Même le palais ducal ne peut se targuer d’un tel luxe. Toutes les Gardens sont-elles ainsi ?
-- Je l’ignore, dit Anthony. Certainement.
William Tryst, lui, se contentait de conduire et de regarder tant qu’il avait des yeux pour voir. Il ne trouvait rien de suffisamment éloquent pour exprimer ce qu’il ressentait devant un tel édifice. Dire que cette chose était une université et une académie militaire…

La voiture s’arrêta sur le parking réservé aux véhicules visiteurs, et les trois hommes descendirent. Les valises d’Anthony furent déchargées du coffre, et tous trois se dirigèrent vers les grandes portes vitrées.
-- Messieurs, dit Anthony, soyez les bienvenus à Centra Garden. Je crois que vous êtes les premiers civils qui ne soient pas des membres de familles à y mettre les pieds. Nous allons d’abord vous procurer des badges visiteurs, puis je me ferai un plaisir de vous faire faire un tour des lieux. Ne soyez pas surpris, le hall d’entrée est très lumineux. Par certains temps, on est obligé de porter des lunettes de soleil pour le franchir.
A peine les portes automatiques passées, les deux hommes durent se couvrir les yeux.
-- Je vois ce que vous voulez dire, dit Richter.
Ils restèrent un moment pour s’habituer à la lumière et observer autour d’eux, époustouflés par le hall. Leur émoi passé, ils purent voir tous ces jeunes gens uniforme blanc orné de galons dorés qui passaient, seuls, par deux ou en petits groupes, d’un escalator à l’autre. Les deux vigiles postés à l’entrée saluèrent Anthony en le reconnaissant :
-- Heureux de vous voir de retour, Commandant Leonhart.
Anthony leur rendit leur salut :
-- Merci. Je vous avoue que je ne suis pas fâché de rentrer.
Une voix se fit entendre qui résonna dans tout le hall :
-- Anthony ? C'est Anthony, Anthony est revenu !
L’exclamation produisit une émeute miniature en direction du jeune homme. Plusieurs dizaines de SeeDs vinrent l’entourer pour lui serrer la main.
-- Tu nous as manqué ! Comment te sens-tu ?
-- Ma foi, répondait-il, je vais bien, maintenant.
On le pressait de questions, les paroles de bienvenue pleuvaient ; il répondait du mieux qu’il pouvait. Puis il aperçut Adriana, un peu en retrait. Il s’excusa et se fraya un passage au milieu de la petite foule jusqu’à elle ; tous deux se saluèrent.
-- Bienvenue à la maison, Anthony, dit-elle simplement.
-- Merci. Je suis désolé d’avoir eu à te surcharger de travail, mais mon poste ne pouvait rester vacant plus longtemps. Ca n’a pas été trop dur, j’espère ?
-- Ne t’en fais pas. Tout le monde y a mis du sien pendant ton absence. Et… Je suis désolée pour Alec et Charlotte. Nous ne savions pas comment tu voulais organiser leurs funérailles…
-- Pas avant d’avoir retrouvé une quelconque trace d’eux, coupa-t-il.
-- Comme tu voudras. Je suppose que tu veux reprendre tes fonctions…
-- Malheureusement je ne le peux pas encore, et je vais devoir te solliciter encore une fois, ce dont je m’excuse par avance. Je suis assigné à résidence, le temps d’une enquête très grave, qui mettra en jeu toute la Garden.
-- Comment cela ? Que veux-tu dire ?
-- Le Professeur Kramer ne vous a pas expliqué pourquoi vous avez été rappelés ? Il soupira : Elle aurait dû. Bien, écoutez, dit-il à l’adresse du groupe entier. Voici l’inspecteur Tryst, de la criminelle, et Maître Richter, l’avocat de ma famille. Ces deux messieurs vont passer un certain temps dans la Garden pour vous poser des questions. Facilitez-leur la tâche au maximum. Je vais demander au directeur d’organiser au plus vite une réunion dans le grand auditorium afin de tout vous expliquer.
On le tira brusquement par le bras. Une gifle cinglante lui fut décochée en travers du visage. Des exclamations choquées retentirent. Le temps de reprendre ses esprits, Anthony croisa le regard bleu si familier. Une flamme furibonde brûlait dans les yeux d’Alestar.
-- Eric ? Mais qu’est-ce qui te prend ?
-- Pourquoi m’as-tu fait ça ? fulmina Alestar. J’étais prêt à remuer ciel et terre pour te venir en aide, et toi tu… tu fais appel à quelqu’un de l’extérieur ?
-- Eric, mais tu n’y es pas du tout ! Et puis ce n’est ni le lieu, ni le moment d’engager une querelle familiale ! Bien, tu veux que l’on se donne en spectacle ? Alors soit ! Tu ne seras pas déçu du voyage ! Maître Richter m’a été envoyé par Père lui-même, il ne s’agit aucunement de mon initiative. J’étais quasiment certain que tu foncerais tête baissée pour me sortir de la situation dans laquelle je me trouvais, mais il se trouve que tu n’aurais rien pu faire.
-- Mais ils ne savent rien de la Garden, alors que moi je suis dedans !
-- C’est justement pour cela que ça n’aurait pas marché ! Maître Richter, muni d’un ordre de Père, est le seul qui puisse faire quelque chose. Je pensais que tu aurais compris, cela t’aurait épargné de te mettre dans cet état.
Alestar resta sans voix. Des larmes désemparées montèrent à ses yeux. Anthony l’attira à lui :
-- Viens là. Ecoute, il faut que tu cesses de ne vivre que pour moi. Ne te trompe pas, j’apprécie énormément ton dévouement, mais tu as ta vie à construire, une femme charmante à aimer… Pense à toi. Cela ne m’enchante pas de te voir constamment accroché à mes intérêts au point de tout sacrifier. Je suis assez grand pour les défendre tout seul, tu sais.
-- Mais… Tu es tellement plus important que moi !
Anthony l'étreignit plus fort :
-- Ah, mon frère… Nous sommes tous deux victimes chacun à notre façon de notre glorieux nom… (il l'écarta doucement et lui prit les épaules) Ne permets plus jamais, m’entends-tu, plus jamais à une telle pensée de te traverser une nouvelle fois l’esprit. Il n’y a pas de hiérarchie entre nous. Tu es mon frère, point final. Et parce que tu es mon frère, j’ai une mission à te confier que toi seul peux remplir à ma place, puisque je vais être consigné ici. Retrouve les dépouilles d’Alec et de Charlotte, ou n’importe quoi qui témoigne de leur existence. Je les ai envoyés sur la presqu’île de Poccarahi, et ils n’en sont jamais revenus. Je ne te cache pas que tu risques de trouver des horreurs, là-bas. Je suis bien placé pour le savoir, et j’en tremble encore.
-- Quand dois-je partir ?
-- Attends la réunion à l’auditorium. J’aime autant que tu sois préparé à ce que tu risques de découvrir.

L’affaire Fischer dura quatre mois, au cours desquels la vérité sur les Gardens et les SeeDs fut révélée au peuple de Centra par la bouche du Duc lui-même. Anthony fut acquitté, mais suivit une inévitable période de troubles durant laquelle les SeeDs furent assaillis par des commandos anti-Garden, aveuglés par une peur et une paranoïa irraisonnées. Edea elle-même n’échappa pas à une tentative d’assassinat. Durant cette période, l’on vit pour la première fois le corps d’armée du Duc soutenir les unités de SeeDs. L’impact psychologique d’une telle coopération fut sans précédent, et les commandos perdirent leur crédit. Mais Centra garda à tout jamais des cicatrices de cette crise : de nombreuses jeunes filles prises à tort pour des Sorcières furent enlevées et tuées, et ces meurtres furent maintes fois attribués à Centra Garden. Ayant vu le travail qu’Hagen Richter avait accompli pour Anthony, Evan Cornwall s’attacha de nouveau les services de l’avocat et porta plainte contre les groupes anti-Garden pour diffamation, préjudice moral et meurtre. L’affaire fut entendue à l’avantage de la Garden, qui reçut plusieurs centaines de millions de Gils en dommages et intérêts. Mais si elle était officiellement blanchie de tout crime, il lui fallut plus longtemps pour s’imposer à nouveau dans l’estime des Centrans : on ne cachait pas impunément la vérité pendant près de cinq ans.
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Merisel Faradhreia

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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Dim 10 Juil - 23:58

Chapitre suivant ! Je ne sais pas trop comment le qualifier, tant il contient de choses différentes, y compris un délire complètement stephanebernien digne de "Beverly Hills 90210" ou "Melrose Place", mais qui doit immédiatement mettre la puce à l'oreille des fans de FF8. En fait le but de ce passage complètement décalé était de faire dire au lecteur : "Mais lol... J'y crois pas..." J'espère avoir réussi ;p

J'ai reproché au jeu d'avoir parachuté les Sorcières sans rien expliquer de leurs origines, ou bien trop vaguement. Ce chapitre a pour but d'apporter un certain nombre de réponses, du moins ma version des réponses, avec en prime une incursion dans la longue histoire des Leonhart. Ici il convient de faire un petit point de linguistique concernant le nom d' Ultimecia. J'ai joué sur la prononciation, connaissant l'écriture en Katekana d'Ultimecia. Selon la prononciation japonaise, on peut indifféremment prononcer Artemisia ou Ultimecia ; lu en Katekana ça donne à peu près "Altimishia". D'ailleurs les Japonais transcrivent plus volontiers en "Altemisia", alors que le jeu américain a transcrit en "Ultimecia". L'idée d'exploiter cette petite variation était de donner une sensation d'évolution dans le temps, et de laisser penser qu'elle a altéré son nom histoire qu'on ne la reconnaisse pas. Du moins pas de suite.

Pourquoi avoir donné à Squall une ascendance noble et de toute évidence fortunée ? Pour une seule raison très très simple. Squall est véritablement né sous le signe du lion : tous les objets qui lui sont chers (collier bague Gunblade) sont à l'effigie de Richard. Enfin Griever. D'où a-t-il bien pu en hériter, sachant leur valeur manifeste, et sachant que Laguna a plus ou moins mené une vie de bohème, rentrant de temps en temps à Winhill voir Raine et Ellone, et ce jusqu'à ce qu'il devienne président d'Esthar ? Le jeu ne dit pas comment ces objets se sont retrouvés transmis à Squall et par quel moyen (certainement par l'intermédiaire d'Edea, qui d'autre ?), et d'ailleurs il n'y a aucun lien logique entre Laguna et ces objets. La seule raison pouvant expliquer que Squall y tienne autant, refusant jusqu'à simplement montrer sa Gunblade à Zell (CD 1), est qu'ils sont la seule trace d'une famille à laquelle il a appartenu, la seule preuve qu'il n'a pas toujours été seul. En me triturant un peu les méninges j'en suis venue à la conclusion que Laguna ne pouvait décidément pas être le père de Squall, mais plus vraisemblablement un proche parent, de la lignée la plus directe qui soit, ce que Squall ignore, parce que Laguna a eu les mains pleines des problèmes Esthariens, et n'a pas pu se rapprocher de lui avant le CD 4. D'ailleurs je n'ai pas fini de me triturer les méninges, puisque cette partie (la transmission des objets personnels d'Anthony à Squall) qui doit figurer dans la fanfic n'a pas encore été écrite ;p Plus je me replonge dans cette fanfic, plus j'ai une idée précise de ce qui se passa. Brrr...

C'est dommage que le jeu ne montre pas plus de flashbacks sur la vie de Laguna. Il a un destin au moins aussi touchant et grandiose que celui de Squall. Depuis simple soldat de l'armée de Galbadia, il finit président du plus grand continent de la planète, à la tête d'un projet énorme. Même sa vie intime mérite qu'on s'y penche : il a aimé une première femme (et pas n'importe laquelle) qu'il n'a jamais pu épouser, a certainement erré pour s'en remettre et oublier, il en aime une deuxième qu'il épouse et perd alors qu'il est au loin, et ne voit jamais le visage de leur enfant qu'elle a mis au monde avant de mourir, c'est lui qui libère Esthar de la domination d'une Sorcière, et c'est lui enfin qui donne les clés de la réussite à Squall et ses compagnons. Un personnage aussi puissant méritait mieux que ces quelques flashbacks humoristiques dont le jeu nous a gratifiés. Et il est d'autant plus touchant que c'est un gaffeur, que ses deux copains n'hésitent pas à chambrer gentiment. Oui oui c'est mon chouchou, il me fait complètement craquer ;p Je le trouve même plus beau que Squall, avec sa coupe de cheveux à la Atsushi (chanteur du groupe Buck Tick). En fait, je les préfère tous les trois au groupe de Squall, en particulier Kyros, le black qui combat comme il danse, je l'ai trouvé très charismatique. Ward je le trouvais très drôle, avec son esprit "gros sabots" et ses airs de US Marine. Ah là là, que de souvenirs, et cette fanfic qui ne cesse de les faire affluer... Wink


Chapitre 10

Adelaide von Grünberg repoussa son thé et la délicate pâtisserie qui l’accompagnait, et à laquelle elle n’avait pas touché. Cela lui faisait à chaque fois le même effet : à chaque fois qu’elle posait le regard sur cette photo parue dans le Celebrity, le plus coté des magazines mondains, elle en perdait tout appétit. Comment osait-il ? Comment osait-il s’afficher de la sorte avec cette pimbêche d’Ambrosia Hunter, une roturière, de surcroît, l’emmener ainsi dîner dans le plus cher des restaurants de luxe de Centra, sous le regard de tous ? Ambrosia avait depuis disparu dans la nature et Anthony s’était refondu dans l’ombre, insaisissable, comme à l’accoutumée. Depuis la découverte de cette photo agrémentée des usuelles platitudes journalistiques, la jeune fille n’avait toujours pas digéré ce qu’elle considérait comme un véritable affront. Anthony… que disait-elle ? Wilfried et elle se connaissaient depuis l’enfance, et elle figurait sur la très courte liste des candidates les plus probables aux épousailles avec le fils du Duc. Combien de fois l’avait-on vue à son bras lors d’élégantes soirées, de cocktails huppés, de dîners d’apparat… Elle avait même été sa cavalière lors du bal de fin d’année qui devait clôturer leur cycle scolaire au lycée. Jamais elle n’avait douté de leur avenir ensemble. Son ambition était de devenir Duchesse, et elle avait toutes les cartes en main. Jusqu’à ce que cette… cette… Dans un cri de rage exaspérée, elle bondit de sa chaise, manqua briser la précieuse porcelaine Shumi, et sortit en trombe de son salon privatif, installé dans l’exquise véranda qui jouxtait sa chambre, et qui offrait une charmante vue sur le parc du château. C’était décidé : Wilfried était resté trop longtemps dans cette université, cette Garden, à côtoyer la populace.

Un silence impressionnant, lourd et abattu, pesait dans tout l’auditorium, alors qu’Anthony achevait son récit. Qu’il était malaisé de voir ces quelques quatre mille paires d’yeux sur soi, toutes habitées par la même terrible question : « Qu’allons-nous faire ? », et à laquelle il n’avait aucune réponse honnête à donner. Pour la première fois, la Garden découvrait un ennemi qui la surpassait, et qui, en dépit de sa réalité, n’avait pas de visage, pas de substance. Comment combattre cet adversaire imprévisible, qui apparaissait et disparaissait à son gré, à l’insu de tous ? Anthony déglutit péniblement et prit une dernière fois la parole :
-- Le seul moyen de l’empêcher de venir en cette époque est de ne lui laisser aucune porte d’entrée autre que… que le Professeur Kramer. Ne vous amusez pas à identifier d’éventuelles Sorcières. Profitons du temps dont nous disposons pour nous aguerrir davantage. Pendant que nous le pouvons encore. Car viendra un jour où le Professeur ne pourra plus faire obstacle à Ultimecia, et ce jour-là… Il baissa les yeux, incapable de soutenir les regards de ses camarades : Ce jour-là, nous devrons être prêts. Je ne sais malheureusement pas de combien de temps nous disposons. Cela peut être très court, comme très long. Je ne suis certain que d’une chose : elle est immensément puissante, et elle nous hait. Elle puise son pouvoir dans sa haine, et vous ne pouvez pas imaginer ce dont elle est capable.
Il s’interrompit, la voix soudain chargée de larmes, au souvenir de la jeune Hadora, morte dans les plus atroces conditions, pour lui sauver la vie. Il n’avait pas osé leur livrer les détails.
-- J’en ai terminé. Merci. Et bonne chance à vous.
Il descendit lentement de la scène et sortit de l’auditorium, au milieu du silence pétrifié. Pendant plusieurs minutes, personne ne bougea de son siège, ou de la place qu’il avait trouvée pour s’asseoir. Puis lentement, tous les SeeDs sortirent à leur tour, presque un par un, sans qu’une parole ne fût proférée. Jamais un tel silence n’avait régné dans toute la Garden. Pour la première fois, Evan Cornwall se demanda si ses SeeDs n’étaient pas trop jeunes pour mourir. Car cette fois, les conditions étaient différentes : il s’agissait d’une guerre, et il y aurait des morts. Par centaines, par milliers, qui savait.

Anthony regagnait, tête basse, ses quartiers, pour retrouver l’environnement si rassurant de ses livres. Mais pour une fois, il n’avait pas le cœur à travailler. Il ne restait que quelques semaines avant les examens d’hiver, et le temps n’était pas à la relâche, mais Anthony se sentait sans courage : s’il avait pu parler à toute la Garden, la seule personne qu’il aurait tant voulu avertir du danger était absente. De là où elle était, Ambrosia était ignorante de tout, et Anthony s’en sentait tourmenté, au point de ne plus pouvoir songer à autre chose. Il ferma la porte derrière lui et alla se laisser tomber dans le fauteuil face à son bureau, et resta là, sans toucher à un seul ouvrage.

Ambrosia… Que le temps était long sans elle… C’était à en devenir fou. Elle approchait du terme de sa grossesse. Plus qu’une saison à tenir, et il la retrouverait. Ensuite il leur faudrait attendre encore deux ans avant s’épouser. Deux ans… Deux ans inutiles, si ce n’était pour respecter un protocole aussi rigide que ridicule. Un délai bien trop long au goût d’Anthony, durant lequel il pouvait se passer n’importe quoi, susceptible de contrecarrer ce projet qui lui tenait tellement à cœur. A commencer par l’arrivée d’Ultimecia en cette époque.
Le bruit de la porte le tira de ses sombres pensées. Il reconnut la voix de son frère, et alla ouvrir.
-- Comment te sens-tu ? demanda Alestar.
-- Un coup de cafard. Ca me passera.
Anthony retourna à son siège, et considéra l’anneau des Leonhart en silence. Richard… Griever… Par sa faute, son ignorance, les SeeDs couraient certainement un plus grand danger que l’on ne l’imaginait. Alestar vint se jucher sur le bureau, près de lui :
-- Tu es soucieux. Y aurait-il quelque chose que tu aurais dû dire et que tu n’as pas osé dire ?
-- Je n’en ai pas eu le courage, avoua-t-il. Mais vous savez l’essentiel.
-- Pour moi, ce n’est pas suffisant. Tu m’envoies sur les lieux, et de fait, j’ai besoin de tout savoir. Tu peux craquer devant moi, je m’en fiche, je suis là pour ça. Qu’est-ce qui s’est passé exactement ?
Le regard hanté se leva sur lui :
-- Mon Dieu, Eric, tu ne peux pas t’imaginer, j’en fais des cauchemars la nuit…
Les larmes aux yeux, Anthony commença son récit. Et Alestar sut, dans les moindres détails.
-- Et dire que nous allons devoir nous battre contre ça… finit-il par dire, très pâle.
Anthony arpentait la pièce d’un pas agité :
-- Tout ça, c’est ma faute : j’ai laissé échapper la seule chose qui soit en mesure de se dresser contre elle !
Alestar l’interrompit dans son manège :
-- Hé là, hé là, tu n’y es pour rien ! Tu ne pouvais pas savoir ce que cet anneau représentait en réalité !
-- Mais j’aurais dû m’en douter ! Toutes ces sensations à son contact auraient dû me mettre la puce à l’oreille. Au lieu de ça, je me suis laissé aveugler par le sentiment d’inconfort, plutôt que d’y percevoir un message ! Parfois mon incompétence me consterne.
-- De toute façon, ça ne sert à rien de te ronger les sangs, le mal est fait, il n’est plus de notre bord. Et arrête de culpabiliser, tout le monde a droit à l’erreur, même les meilleurs !
Anthony se laissa tomber sur son lit, la tête entre les mains :
-- Ca se voit que tu n’as pas affronté cette chose ! Et Ambrosia qui ne sait rien de tout ça…
-- Je peux t’assurer que dans son état, elle a besoin de tout sauf de ça. Alors ne te tracasse pas pour elle. Tu vas finir par nous faire des cheveux blancs avant l’âge !
On frappa à la porte : un coursier apportait un courrier marqué du sceau du Duc. Anthony ouvrit le pli :
-- Je suis convoqué au palais pour un entretien avec Père. Maître Richter a fait vite.
-- Je n’arrive pas à y croire, fit Alestar, stupéfait. Vous avez enfin renoué le dialogue ?
-- En quelque sorte, répondit Anthony en haussant les épaules. Je t’avoue que je suis un peu nerveux : j’espère que cette entrevue ne tournera pas au démêlé rancunier.
-- De toute façon, vous êtes tous deux trop entêtés et fiers pour reconnaître chacun vos torts.
-- Le seul tort que je reconnaisse, c’est d’avoir fait de la peine à notre mère quand je suis parti, rétorqua Anthony. S’il y a quelqu’un devant qui je dois m’agenouiller pour demander pardon, c’est bien elle. Autrement, je ne regrette rien d’autre.
-- A ta guise, mais sache que Père se trouve dans une situation telle, que de toute façon, il ne s’inclinera jamais. Donc, quoi qu’il advienne, tu devras faire un geste. Il lui mit une main amicale sur l’épaule : Penses-y. Ne gâche pas cette occasion unique. Je pars demain pour la presqu’île de Poccarahi. Maintenant que j’ai toutes les informations nécessaires, je peux partir. Je te promets de retrouver Alec et Charlotte, dussé-je mettre toute la province sens dessus-dessous.
-- Sois prudent.
Alestar lui fit un clin d'oeil et sourit :
-- Toujours.


Vêtue d’un somptueux tailleur haute couture rehaussé d’un col de fourrure, et dont la couleur vert émeraude mettait en valeur son opulente chevelure d’un roux flamboyant, Adelaïde passa les portes de la Garden. La forte luminosité l’obligea à s’abriter les yeux un instant avant de pouvoir regarder autour d’elle. Elle s’était promis de ne se laisser surprendre par rien de ce qu’elle trouverait, mais elle dut reconnaître, non sans une certaine envie, que ce hall était de toute beauté. Et tous ces jeunes gens qui le traversaient, vêtus d’élégants uniformes blancs à galons dorés, n’enlevaient rien au charme des lieux. Pas étonnant que tout le monde voulût entrer à la Garden. Etait-elle au moins assez chère ? Adelaïde eut une petite moue dédaigneuse : il seyait bien à la populace de travailler pour gagner son pain. Wilfried, avec toute la fortune qui l’attendait, n’avait de toute évidence rien à faire ici.

L’un des vigiles postés à l’entrée l’aborda poliment en la saluant :
-- Puis-je vous renseigner, Mademoiselle ?
Elle le toisa un instant. Il était ridicule, dans cette affreuse tenue rouge et gris.
-- Oui, finit-elle par dire d'un ton pompeux. Faites savoir à Wilfried Leonhart qu’Adelaïde von Grünberg le mande sur-le-champ.
L’homme eut bien du mal à réprimer son hilarité devant un tel culot.
-- Eh bien je ne sais si le Commandant Leonhart est en mesure de recevoir qui que ce soit en ce moment. Je vais néanmoins me renseigner. Venez avec moi, je vais vous installer dans l’un de nos salons de réception. Vous patienterez plus agréablement.
Et de cela Adelaïde dut se contenter. Elle attendit, furieuse : on ne l’avait jamais traitée avec autant de rudesse. Un bon quart d’heure passa avant que le jeune homme ne parût dans le salon. Adelaïde resta sans voix à sa vue : il avait tellement changé. Elle n’avait pas souvenir qu’il était aussi séduisant par le passé, même s’il faisait déjà partie des plus beaux garçons du lycée à l’époque. Son uniforme moulait à la perfection sa silhouette d’athlète ; ses mèches brunes au tomber infiniment sensuel encadraient son regard bleu inoubliable ; ses traits avaient perdu leur imperfection adolescente, et possédaient la régularité sculpturale d’une statue antique. La dynastie des Leonhart ne pouvait pas trouver plus beau représentant. Il surpassait même le légendaire Macsen.
-- Adelaïde ? fit-il, apparemment ravi de la revoir. J’ai d’abord cru à une blague !
Il approcha et vint lui baiser galamment la main :
-- Si je m’y attendais… Qu’est-ce que tu viens faire ici après toutes ces années ? Comment se porte ta famille ?
-- Ma… Ma famille… bredouilla-t-elle, se sentant soudain ridicule. Oh, Père et Mère vont très bien, je te remercie. Et… et toi, tu m’as l’air… épanoui.
-- En ce moment ça ne va pas très fort, mais la Garden m’a beaucoup apporté, c’est vrai.
-- C’est ce que je vois !
-- En tout cas, tu n’as pas changé.
Le choc des retrouvailles lui avait presque fait oublier l’objet de sa venue.
-- Non, tu as raison, je n’ai pas changé, dit-elle en rejetant coquettement ses mèches lumineuses. Je t’espère toujours. Et j’espère ne pas attendre ce bal pour entendre ce que tu dois me dire.
L’étonnement le plus total se peignit sur son visage :
-- Mais de quoi parles-tu ?
Elle passa deux bras voluptueux autour de son cou :
-- Mais de nos épousailles, mon tendre ami. Et je dois te dire que je suis outrée de constater que tu profites de ton séjour ici pour courir après cette roturière d’Ambrosia.
« Ma parole, elle prend ses rêves pour une réalité, ou quoi ? » se dit Anthony. Ils s’étaient en effet montrés ensemble lors de quelques soirées, mais jamais il n’avait fait une quelconque allusion à quelque projet que ce fût. Anthony détestait ce genre de situations, où toute diplomatie était impossible. Comment lui faire comprendre sans être indélicat que… Il toussota et l’écarta de lui :
-- Uh… tu ne crois pas que tu vas un peu vite en besogne ? Et puis je ne crois pas avoir avancé quoi que ce soit nous concernant.
-- Tu n’es pas gentil ! Tu m’as littéralement humiliée en t’affichant avec cette fille !
Puisqu’elle le prenait sur ce ton…
-- Excuse-moi, mais premièrement, je sors avec qui me plaît, deuxièmement, il se trouve qu’Ambrosia Hunter est une fille exceptionnelle, et troisièmement, je ne me suis jamais engagé vis-à-vis de toi. Je ne vois pas où il a pu y avoir humiliation. Et puis tu choisis bien ton moment pour venir me parler de telles futilités.
-- Des futilités ? Notre avenir ?
-- S’il te plaît, arrête de te monter la tête et reviens sur terre. Je ne suis pas amoureux de toi, voilà. On est bons copains. Est-ce que c’est suffisamment clair ?
-- Tu mens !
-- Je t’assure que non. Navré de t’avoir fait perdre ton temps et de t’avoir présenté les choses sous un angle aussi aigu.
« Comment perdre une copine d’enfance en cinq minutes », songea-t-il, très peiné. En dépit de son tempérament de fille gâtée, Adelaïde était de bonne compagnie ; il appréciait surtout cette insouciance, ce côté boute-en-train irrésistible qui l’avait rendue célèbre dans toute la haute société. Aucune soirée n’était réussie sans sa présence.
-- Tu as décidément passé trop de temps en ces lieux, Anthony Leonhart, persifla-t-elle. Mais on ne se débarrasse pas aussi facilement de moi. Où est-elle, cette Ambrosia ? Où est-elle, l’heureuse élue, que je la voie ?
-- Elle est en mission. Et je te préviens : tente quoi que ce soit contre elle, et tu entendras parler de moi.
Elle s’esclaffa :
-- Des menaces, à présent ?
Il la domina de toute sa taille et lui pointa un doigt menaçant au nez :
-- Je suis on ne peut plus sérieux. Touche à un seul de ses cheveux, et tu verras.
Le discret tintement de l’aura chargée de givre et de brume se fit entendre. Apparemment, Shiva n’appréciait pas l’attitude de la jeune fille. Contre toute attente, Adelaïde écarquilla les yeux en apercevant ce qui se matérialisait à l’épaule d’Anthony :
-- Mais qu’est-ce que c’est que ça ? Qui est celle-ci, à présent ?
-- Qu… quoi ? fit-il, soudain alerté.
Adelaïde ? Ce n’était pas possible… Il se hâta de renvoyer Shiva dans son continuum et saisit le bras de la jeune fille pour la reconduire dans le hall :
-- Adelaïde, rentre chez toi, et ne reviens plus jamais ici.
-- Mais… mais enfin !…
-- Ne discute pas, il y va de ta vie. Prions seulement pour qu’il ne soit pas déjà trop tard.
-- Mais de quoi parles-tu ?
-- Pas le temps de t’expliquer. Surtout ne reviens jamais ici.
-- Je n’en ai aucune intention ! J’ai été accueillie comme une mie-souillon. Je n’en supporterai pas davantage.
-- Alors c’est parfait ! répliqua-t-il, presque soulagé, autant qu’excédé. Rentre vite, et surtout ne reviens jamais.
Il la fit franchir les portes du hall, la reconduisit à son coupé grand luxe, lui ouvrit la portière côté conducteur et la fit monter dedans. La jeune fille mit les mains sur le volant et le regarda, ahurie, se demandant comment elle avait pu se retrouver si vite dans sa voiture. Anthony recula de quelques pas et lui fit un élégant salut SeeD :
-- J’ai bien peur que ces cinq années ne nous aient trop éloignés l’un de l’autre, ma chère. Rentre vite, et surtout ne cherche jamais à me revoir, que ce soit ici ou au palais. Je te le dis, pour ta propre sécurité. Adieu, Adelaïde.
Il rentra précipitamment à la Garden et, muni de la convocation du Duc, alla déposer une demande d’autorisation de sortie, puis réserva une voiture. Etant consigné, il dut s’accommoder de la présence de deux officiers de la police continentale, qui l’escortèrent jusqu’au palais ducal. « Ce n’est pas possible, ce n’est plus du hasard ! » se dit-il pendant le trajet, alors qu’il conduisait en silence, le visage fermé. « Je les attire toutes, ma parole ! » Passé cet entretien avec son père, il avait l’intention de consulter Edea au sujet d’une question qui avait germé dans son esprit, et qui lui donnait la nausée. Le danger était bien plus imminent qu’il n’y paraissait.


Il fut introduit dans le cabinet de travail du Duc, et non dans la salle d’audience. Son père avait eu la délicatesse de choisir un comité restreint pour assister à leurs retrouvailles, qui s’annonçaient orageuses. Il se tenait assis derrière son imposant bureau, en présence de la Duchesse et de l’avocat. Anthony ne put réprimer un sentiment de malaise. Se retrouver devant son père après toutes ces années n’était guère plaisant. C’était même oppressant. Tous deux se dévisagèrent un long moment, semblant se livrer une silencieuse joute, dans l’amère lice du douloureux souvenir de leur dispute restée en suspens.

Maximilian Leonhart n’avait pas changé ; il émanait de lui cette même autorité inflexible, cette même force, contre lesquelles Anthony avait été le premier à se dresser, sans résultat autre que son départ. Plus qu’une rupture, cela avait été un véritable exil. A présent, il se retrouvait au même point que cinq ans auparavant, et rien n’avait été résolu. Pis encore, les circonstances le mettaient en position de faiblesse, et cela lui était difficilement tolérable. Il serra poings et mâchoires, et défia le Duc du regard. Le visage fermé et sévère, Maximilian lui renvoya un regard tout aussi dur et chargé de rancune. Alestar avait vu juste : aucun des deux ne cèderait du terrain à l’autre, et après cinq ans, la situation s’était endiguée au point de devenir critique. « Qu’est-ce que je fiche ici ? Ca ne sert à rien ! » L’espace d’un instant, Anthony aperçut le regard hanté de sa mère, qui allait de l’un à l’autre. Une lame insidieuse transperça ses défenses, et l’atteignit là où il était le plus vulnérable. Non. Pas une seconde fois. Pour l’amour d’elle, il n’avait pas le droit. Elle n’y survivrait pas. Anthony se sentait acculé ; il n’avait pas le choix : seul son père pouvait le sortir de sa situation. Alestar avait raison, encore une fois : c’était à lui de s’incliner, quand bien même fût-il conscient de son bon droit dans cette querelle.

Ravalant péniblement sa fierté, il serra les dents et mit un genou en terre. Lentement. Avec ce qui lui parut un effort surhumain. Une main sur la bouche, Rheda Leonhart laissa échapper un hoquet suivi d’un sanglot. Elle connaissait suffisamment son fils aîné pour savoir ce qu’il lui en coûtait de faire ce geste devant des témoins. De là où elle était assise, elle pouvait presque le voir trembler sous l’effort. Son regard alla du fils au père, porté par l’espoir de voir enfin se combler le fossé qui les séparait. Un espoir bien mince : ces cinq ans avaient cimenté les choses en un édifice de rancœur bien difficile à ébranler, pour ne pas dire impossible. Mais Rheda savait, parce qu’elle connaissait le cœur de son époux, que celui-ci avait conscience d’être parvenu au point de non-retour, et que s’il ne trouvait pas une solution, il perdrait définitivement ce qui faisait sa plus grande fierté, bien que sa position ne lui permît pas de le clamer haut et fort. Ce qu’elle vit la fit retenir son souffle : les deux mains à plat sur le bureau, comme s’il était sur le point de se lever, Maximilian regardait son fils d’un air stupéfait. Après tout ce temps, Wilfried savait encore le surprendre, et de belle manière : en s’inclinant, il lui ouvrait une porte sauve vers le pardon, sans que son autorité eût à pâtir. Mais il était encore trop tôt pour l’absoudre publiquement. Encore un mot, et la glace serait brisée. « Je vous en supplie, Wilfried, faites un dernier effort », pria Rheda de tout son cœur. Pendant plusieurs interminables secondes, la langue du jeune homme refusa de se délier. Et enfin, le flot de la délivrance la submergea, et ce fut en versant des larmes de soulagement qu’elle écouta les mots tant espérés s’égrener un à un :
-- Père, veuillez accepter ce geste, en signe de ma reconnaissance ; nonobstant mon attitude indigne, vous avez choisi de passer outre pour me sauver de ma triste situation.
Il serrait les poings si fort que ses ongles transpercèrent la chair de ses paumes. Le Duc laissa échapper un imperceptible soupir et se leva :
-- Relevez-vous, mon fils. Je crois que vous avez beaucoup à me dire, et je suis disposé à vous entendre.
Anthony s’exécuta lentement. C’était terminé. Il était enfin libre. Mais Dieu que cela avait été difficile. Ecartelé entre un irrépressible sentiment de rage pour avoir eu à s’abaisser, et le soulagement de savoir que grâce à cette reddition, un pas décisif avait enfin été franchi, il tremblait de tous ses muscles. Ses jambes refusèrent un instant de le porter et il dut poser une main sur le sol pour rétablir son équilibre. Il se maudit et retint un juron de justesse. Le Duc s’en aperçut, et vint à son secours :
-- Peut-être préféreriez-vous le confort aéré de notre parc à cette atmosphère confinée…
Anthony leva les yeux vers son père et le regarda avec une surprise incrédule, sa rage balayée : toutes ces longues promenades durant lesquelles ils discutaient de choses et d’autres… Ainsi il s’en souvenait. C’était plus qu’un traité de paix. Il était de nouveau le bienvenu sous le toit familial. Après toutes ces années, son père savait encore le surprendre.
-- Ce serait avec joie, murmura-t-il, la gorge serrée par l’émotion. Si vous n’y voyez pas d’inconvénient.
-- Vous joindrez-vous à nous, Maître Richter ? Et vous, très chère ?
Tous quatre quittèrent le cabinet et descendirent dans le parc du palais.

Après avoir comblé cinq ans de silence dans une conversation à cœur ouvert, ils discutèrent de l’épais rapport remis par Hagen Richter, et décidèrent de la meilleure façon de procéder, sans trop heurter l’opinion publique. Très précisément informé par Edea Kramer elle-même, le Duc savait depuis le début ce qu’était le véritable objectif des Gardens, mais il n’avait pas tenu, à l’époque, à en informer le peuple de Centra, cherchant ainsi à éviter une inutile agitation. A présent que le danger semblait se rapprocher, le moment était opportun. Afin de rendre l’intervention de son père plus légitime et crédible, Anthony devrait passer en jugement. Le jeune homme n’en fut pas surpris : il savait depuis longtemps qu’il aurait à comparaître devant un tribunal, et s’y était préparé. A la déception d’Anthony, le Duc ne savait par contre rien de l’anneau familial, sinon qu’il était transmis de père en fils depuis des générations. Il invita cependant son fils à consulter les chroniques de la dynastie, qui détenaient certainement des informations oubliées.

Accompagné d’un éminent traducteur, Anthony descendit dans les humides caves du palais, où il accéda à de précieux parchemins vieux de plusieurs siècles, et miraculeusement conservés. Ainsi qu’il l’avait supposé, Richard était bien la Guardian Force des Leonhart, et protectrice de ce qui était à l’époque l’empire de Centra.

A l’âge de seize ans, Macsen Wledig épousa Octavia, dite la Magnifique, qui possédait des pouvoirs très proches de ceux des SeeDs actuels. Anthony déduisit qu’Octavia était une Sorcière, et une Sorcière très puissante, à en croire les miracles qu’elle accomplissait. Elle apporta pour toute dot l’anneau, dans lequel la créature, capturée et dressée par ses soins, était enfermée, et apprit à son époux à s’en servir. L’anneau devint la propriété de Macsen, et il le porta pendant les soixante années de son règne, durant lequel Centra connut son âge d’or. Et Macsen Wledig devint Macsen Leonhart.

En ces temps reculés, les Esprits Sauvages faisaient partie du paysage quotidien, et il n’était pas rare de voir des enfants, possédant ce que l’on appelait alors le Don, jouer avec. D’après les chroniques, Richard était le seul Esprit Sauvage à être utilisé à des fins guerrières. Et il le fut pendant six générations de Leonhart, ce qui dura à peu près trois siècles.

L’histoire de la puissante dynastie des Leonhart était jalonnée de très grands hommes, dont les deux plus remarquables furent sans aucun doute Macsen et Ambrosius. Macsen fut l’architecte de la grandeur des Leonhart ; Ambrosius en fut le restaurateur. La dynastie connut en effet une période de déclin à partir du règne d’Edric, durant lequel, et pendant les deux siècles qui suivirent, Centra fut continuellement assaillie, puis enfin dominée par les hordes de barbares venus des terres du nord, et plus précisément du continent d’Esthar. Edric mourut prématurément, tué au sur le champ de bataille, laissant pour unique descendance une fille, Artemisia. Le secret de l’anneau fut emporté avec la mort d’Edric. Le règne d’Artemisia fut l’un des épisodes les plus douloureux et les plus obscurs de l’histoire des Leonhart : pour sauver Centra de la destruction, l’impératrice n’eut d’autre choix que de se donner en mariage au cruel Elleshar, Empereur d’Esthar, sacrifiant ainsi sa personne sur l’autel d’une paix construite sur la terreur et l’asservissement.

Artemisia ne donna jamais l’anneau de son père à un seul des fils qu’elle enfanta, et qu’elle considérait comme de vils bâtards, conçus dans la violence et la douleur. Son seul espoir était de faire parvenir l’anneau à l’autre branche de la dynastie, descendante directe de Macsen et Octavia, la lignée des Ducs Wledig, et faction quelque peu rivale de la lignée régnante. Les chroniques laissaient entendre qu’Artemisia était elle-même Sorcière, mais qu’elle ne parvint jamais vraiment à contrôler Richard. Par peur de le voir tomber entre des mains compétentes appartenant à la descendance d’Elleshar, elle préféra s’en séparer, sachant ce qu’il lui en coûtait : elle cédait à l’autre branche de la famille le symbole du pouvoir.

Cependant, aucun des Ducs Wledig ne savait utiliser l’anneau, mais le simple fait de voir l’héritage de Macsen revenir au sein de la dynastie ramena quelqu’espoir, et l’on commença à entendre parler de libération. Malheureusement, tout ce que l’on aurait pu connaître sur les Guardian Forces était perdu. L’anneau devint simple joyau familial, et Richard fut oublié. Avec les ans, la compatibilité entre les fils de Macsen et la Guardian Force s’affaiblit, au point de devenir nulle. L’anneau continua à être transmis de père à fils aîné, selon une nouvelle tradition, qui se voulait plus optimiste et porteuse d’espoir que l’ancienne, la transmission se faisant désormais à la naissance du fils, et non plus à la mort du père. A peine deux siècles avant la présente ère, la domination nordique prit fin sous le glaive d’Ambrosius, au terme d’une guerre qui dura plus de vingt ans. La victoire d’Ambrosius marqua l’avènement du Duché de Centra, et, fidèle à Macsen, Ambrosius reprit le nom de Leonhart. Le règne d’Ambrosius marqua le début d’une nouvelle ère de prospérité et de lumière, dont l’actuel Duc bénéficiait encore des retombées.

Anthony leva le nez vers le traducteur, qui s’épongeait le front, après cet effort linguistique qui lui avait fait traverser quasiment huit siècles de variations grammaticales et syntaxiques, d’idiomes oubliés et de terminologies détournées et parfois à contresens du vocabulaire actuel :
-- Et l’on ne sait rien d’autre sur Artemisia ?
Le sexagénaire réajusta les épais verres qu’il portait sur le nez :
-- Mis à part le fait que l’on pense qu’elle a assassiné Elleshar, elle disparut dans l’ombre, à la mort de celui-ci.
Artemisia… Ultimecia… Quelle curieuse consonance… Et si… Et si Ultimecia n’était autre qu’Artemisia, revenue prendre son dû ? Que savait-on de la longévité d’une Sorcière ? Le cœur battant, Anthony brûlait et tremblait de le savoir à la fois. Ainsi cette guerre qui s’annonçait ne serait autre qu’une querelle séculaire entre Leonhart ?
-- Et… qu’en est-il d’Octavia ? demanda-t-il lentement n’ayant que trop peur de savoir.
Le traducteur, qui apparemment était aussi un peu historien, fit une moue pensive :
-- Eh bien… Les chroniques ne disent rien sur elle après la mort de Macsen. Apparemment, elle s’exila dans une province reculée de l’empire, et ne fit plus jamais parler d’elle. Vous savez, parvenir à conserver des documents d’une telle ancienneté relève déjà de l’exploit. Je ne peux pas vous dire exactement si ces chroniques sont bien complètes. En apparence, elles le sont, mais ce n’est jamais qu’une supposition.
-- Oui, je vois… Il se leva et tendit la main au vieil homme : Professeur Krüger, je vous remercie infiniment et vous félicite pour votre brillante collaboration. Je ne vous ai pas facilité la tâche.
Ingmar Krüger accepta la poignée de mains et sourit avec modestie :
-- Ah, ce n’était rien, Monseigneur. Néanmoins votre compliment me va droit au cœur. Je me tiens à votre entière disposition ; si vous avez d’autres compléments d’information à me demander, je me ferai une joie de vous éclairer.
Ce soir-là, Anthony dîna de nouveau et pour la première fois en compagnie de ses parents, et ce fut avec un cœur réchauffé et rasséréné qu’il prit congé.


En proie à une furie incontrôlable, Adelaïde s’enferma dans ses appartements et y brisa et renversa tout ce qu’elle trouva à portée de main. Ainsi c’était vrai : il l’avait évincée au profit d’une fille du peuple. Ambrosia Hunter serait la prochaine Duchesse de Centra. Une fille de fonctionnaire, sans terre et sans titre, aux côtés du Duc… L’idée était intolérable.
-- Je la hais ! hurla-t-elle, en jetant un vase.
Ne trouvant plus rien de suffisamment léger à projeter, elle s’empara d’une dague ornementale et s’attaqua aux précieux rideaux de velours.
-- Ce sera moi ou personne ! cria-elle, en tailladant aussi fort que ses bras le lui permettaient. Elle déchira un lambeau : Intrigante ! Puis un autre, et encore un autre… Elle ponctua chaque coup d’un mot chargé de venin : Effrontée ! Catin ! Tu l’as corrompu ! Sois maudite ! Je t’écraserai ! Je te tuerai !
Finalement épuisée, elle se laissa tomber à genoux et épancha sa rage, en griffant l’épaisse moquette en fibres de soie de ses longs ongles méticuleusement manucurés. Ils le lui paieraient. Tous les deux.
-- Ma chère enfant, vous êtes bien colère… Est-ce bien la peine de vous mettre dans pareil état ?
L’accent étranger était abominable à l’oreille, mais la langue impeccable. Adelaïde se redressa brusquement, et chercha qui avait ainsi osé faire intrusion chez elle en pareil instant.
-- Vous ne pouvez malheureusement pas me voir, reprit la voix. Mais moi je vous vois, je vous entends, je vous comprends, et je peux vous aider à réaliser votre ambition, moyennant quelque service, bien entendu.
-- Qui êtes-vous ?
-- Quelqu’un qui… compatit. J’ai les moyens de vous faire accéder au pouvoir. Non seulement régnerez-vous en Duchesse de Centra, mais vous serez reine de ce monde. Vous avez un grand potentiel en vous, qui ne demande qu’à être exploité. Il vous suffit pour cela de suivre mes instructions.
Reine du monde ! Avec les cinq continents à ses pieds pour faire selon ses moindres volontés… Mais comment était-ce possible ?
-- Vous divaguez. Personne ne peut gouverner une planète entière.
-- Vous le pouvez, chère enfant. Un très grand pouvoir dort en vous, et je peux vous aider à le réveiller et à le contrôler. Et vous aurez alors tout le loisir de venger l’affront qui vous a été fait.
-- Et Anthony rampera devant moi ?
-- Comme le misérable ver qu’il est.
Adelaïde se releva et réarrangea sa tenue :
-- Dites-moi comment faire.
-- Pas si vite, ma fille. Vous devez d’abord entamer un petit voyage d’études. Je vous apprendrai tout ce que vous devrez savoir.
-- Où partons-nous ?
-- Pour Esthar. C’est le seul continent qui ne soit pas infecté par l’influence des Gardens. Là, vous serez à l’abri pour exercer votre pouvoir dans un premier temps. Conquérez d’abord Esthar, asservissez sa technologie, et vous conquerrez le monde.
-- Quand partons-nous ? demanda lentement Adelaïde, de plus en plus séduite par la perspective.
-- Immédiatement, si vous le désirez. N’emportez que le strict minimum. Pour voyager vite, il faut voyager léger.
Dix minutes plus tard, Adelaïde sortit de sa chambre, emportant avec elle un simple sac de voyage, le regard froid et tourné vers de nouveaux horizons. Elle croisa sa servante, laquelle s’arrêta, médusée, en apercevant la chambre.
-- Nettoyez ce désordre et appelez un décorateur, ordonna Adelaïde. Je pars pour un très long voyage.
Elle s’éloigna, les lèvres tordues dans un méchant sourire et les iris teintés de jaune.

Edea reçut Anthony en son manoir. Malgré l’heure tardive, le jeune homme ne pouvait attendre d’en savoir plus sur les Sorcières, et il avait l’espoir qu’Edea, en tant que Sorcière, pourrait le renseigner davantage. Il arriva alors que les orphelins venaient de monter à leur dortoir. Edea et lui allèrent s’asseoir dans le grand salon. Elle lui servit une tasse de thé et s’installa en face de lui.
-- Je dois vous avouer que c’est la première fois que je reçois un de mes étudiants chez moi, dit-elle en guise de préambule.
-- Navré de vous importuner à pareille heure alors que vous venez de terminer votre journée, répondit-il.
-- Ah, fit-elle avec un geste de la main, je sais que vous avez de bonnes raisons de le faire. Eh bien je vous écoute.
-- Je viens de consulter les chroniques de ma famille, et il se trouve que les Leonhart ont depuis des siècles des connexions étroites avec les Sorcières. Que pouvez-vous me dire de la longévité d’un tel être ?
Elle but une gorgée de son breuvage :
-- Je ne peux que vous communiquer mon expérience personnelle, qui, disons-le, est bien courte. Regardez-moi bien. Cela fait plus de dix ans que je suis à la tête de la Fondation, et mon apparence n’a pas changé. Je le sens à l’intérieur de moi-même : j’ai l’impression que mes cellules sont bloquées dans l’état où elles étaient lorsque j’ai reçu les pouvoirs d’Ultimecia, et qu’elles n’évolueront plus. Pas de perte, pas de renouvellement. Mon temps est comme suspendu à tout jamais. Mais ce n’est peut-être qu’une impression ; nous ne vieillissons certainement que très lentement. Je n’ai jamais vu Ultimecia, je ne sais pas de quoi elle a l’air. Je parviens tout juste à deviner une silhouette assez haute et mince, vêtue d’une tenue pourpre. Elle a peut-être les cheveux gris. A la voix, on croirait une femme d’une quarantaine d’années, mais je peux me tromper.
-- Vous dites qu’elle est capable de vous investir, et de vous forcer à agir à sa place…
-- Pas encore. Le fait d’avoir chassé et dressé des Esprits Sauvages pendant quelques années m’a quelque peu forgée, et je parviens à lui résister. Mais un jour elle trouvera une faille en moi.
-- Elle arrive en tout cas à posséder les esprits très jeunes. Mais… que pensez-vous qu’elle puisse faire avec une jeune fille de mon âge ?
-- Un esprit mûr est difficile à pénétrer et à manipuler. Il doit y avoir une part de consentement.
Cette réponse ne fut pas pour rassurer Anthony : Adelaïde aimait tout ce qui pouvait la grandir, la valoriser aux yeux des autres.
-- Et… pouvez-vous me dire si une Sorcière peut… disons… absorber les pouvoirs d’une autre ? Ce qu’elle sait ?
Edea pâlit, manqua lâcher sa tasse, et le dévisagea longuement.
-- Pourquoi cette question ?
Ce qu’elle entendit de la bouche du jeune SeeD la fit blêmir de seconde en seconde, et ce fut le souffle court qu’elle écouta :
-- Il y a eu deux Sorcières dans ma famille : Octavia et Artemisia. Artemisia… Cela vous rappelle-t-il quelque chose ? Octavia maîtrisait parfaitement Richard. Artemisia n’y parvenait pas. A supposer qu’Ultimecia ne soit autre qu’Artemisia, comment expliquez-vous le fait qu’elle soit parvenue à reconnaître aussi facilement cette Guardian Force, à la soutirer comme s’il s’agissait d’un sort banal, et à lui ordonner de se retourner contre moi comme si la Guardian Force la servait depuis toujours ?
Edea porta une main à sa gorge et essaya de reprendre une respiration normale :
-- Mon Dieu, Wilfried, vos implications… Ultimecia, une Leonhart… Revenue réclamer ce qui lui appartient et reprendre le pouvoir qui lui a été volé… Et elle aurait absorbé les connaissances d’Octavia…
-- Vous le saviez ? demanda-t-il, très étonné de l’entendre dire tout haut ce qu’il pensait, mot pour mot.
-- Artemisia a été forcée de se soumettre à la cruauté d’Elleshar, mais elle n’a jamais oublié qu’elle était toujours Impératrice de Centra. Je connais bien cette partie de l’histoire de Centra, mais jamais je n’ai fait le rapprochement…
-- Et vous, Professeur, qu’avez-vous exactement reçu d’Ultimecia ?
-- Oh moi je n’ai reçu que ses pouvoirs, pas ses connaissances. C’est bien assez. Je ne peux rien vous dire d’autre ; je ne sais pas comment cela a pu se passer entre les deux Sorcières. Et cette jeune fille à laquelle vous faisiez allusion ?
-- Une personne de mon entourage. Elle a vu Shiva. Sans aucun entraînement. Juste quelques secondes. Est-ce suffisant pour qu’Ultimecia l’identifie comme une Sorcière ?
-- Et… Vous craignez que…
Ils échangèrent un long regard, bien plus lourd de signification que n’importe quelle parole.
-- Il ne nous reste que peu de temps, Wilfried. Impossible de dire quand, mais c’est imminent. Nous allons entrer en guerre contre une Sorcière. Et ce ne sera pas moi.
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Merisel Faradhreia

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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Lun 11 Juil - 0:01

La suite est arrivée ! C'est rigolo, en relisant ce chapitre, j'ai eu l'impression de voir un extrait des OAV de X 1999 (à ne pas confondre avec autre chose !), avec les engrenages qui tournent et s'entraînent on ne sait comment, tant il y en a, et les plumes qui volent. Brrr... Wink Et toujours ma minute midinette : il est trop craquant Alestar !! :p Même si je n'ai pas toujours été logique le long de mon écriture, j'ai quand même su doter mes personnages de failles. Je pense que ça les a rendus plus attachants que s'ils étaient parfaits. Et ça date d'il y a plus de 10 ans.


Chapitre 11

Rheda considéra longuement le témoin positif du test, et sourit, rougissante, à son reflet dans la glace de sa coiffeuse. Maximilian s’était montré exceptionnellement tendre et viril depuis que Wilfried leur était revenu. Et cette longue nuit avait, semble-t-il, porté quelque fruit. Et si c’était un troisième fils ? Elle rangea le test et s’en fut annoncer la nouvelle au Duc, certaine qu’elle estomperait les rides de son front : depuis que l’affaire Fischer avait été portée au tribunal, il ne se passait pas un jour sans que de violentes manifestations contre la Garden vinssent troubler la quiétude de la capitale. Evan Cornwall avait eu la sagesse d’ordonner à ses SeeDs de ne pas riposter sur les groupes de civils en colère : le peuple n’était pas l’ennemi des SeeDs.

Le premier jour du procès, la confusion la plus totale régnait devant les marches du palais de justice. Anthony, accompagné de Maître Richter et de l’inspecteur Tryst, était entré conspué par une foule hystérique, furieuse et scandalisée. Alors qu’il parvenait en haut des marches, il se trouva nez à nez avec les parents de la jeune défunte. Telle une furie, Mme Fischer s’était jetée sur lui et l’aurait égorgé sur place. Il fallut l’intervention de pas moins de trois gardes pour l’arracher au jeune homme. Le début de la séance fut historique : Hagen Richter annonça que son client plaidait coupable, parce qu’il y était contraint et forcé. Il y avait un article dans le code pénal de Centra, pratiquement jamais invoqué, tant l’occurrence était rare, qui prévoyait une échappatoire à ce genre de circonstances, et l’avocat appela le Duc en personne à venir témoigner. Les premières révélations jetèrent le doute le plus complet sur ceux pour qui l’affaire était entendue, et ce fut dans le silence le plus complet, sous des milliers de regards interrogateurs, qu’Anthony quitta le palais de justice, pour y revenir la semaine suivante. Les media s’emparèrent de l’événement, et suivit une série de longues soirées télévisuelles spécialement consacrées au procès, où le Duc dévoilait au public l’entière vérité sur les Gardens et les SeeDs. Tout cela se surajoutait bien entendu aux éprouvantes séances au tribunal, où défilèrent un grand nombre de membres de la Garden, à commencer par Edea et Evan Cornwall, le corps enseignant tout entier, et plusieurs dizaines de SeeDs.

Alestar descendit d’Equileos, dans le premier endroit à l’abri des regards qu’il trouva, aux abords de la ville d’Ardintin. La jungle alentours avait été abattue pour laisser place à d’immenses vergers tropicaux aux arbres chargés des fruits les plus succulents que l’on puisse trouver, nourris par le généreux delta du Tohomi, le plus long et le plus grand fleuve de Centra. Ardintin était la troisième ville que le jeune homme visitait, et il n’avait toujours pas retrouvé la trace des deux SeeDs disparus. Alestar ne s’inquiétait cependant pas d’être bredouille : il retrouverait la trace de ses camarades bien assez tôt ; la province de Poccarahi était essentiellement agraire, et les champs et les cultures excédaient largement le nombre de villes, qui par ailleurs n’étaient pas bien grandes. Tout ce dont Alestar avait besoin, c’était d’un peu de patience. Il était descendu derrière l’un des immenses entrepôts d’une plate-forme de convoyage, où de longs véhicules de transports maraîchers se relayaient. Par-dessus l’incessant ronronnement des énormes moteurs, on pouvait entendre les voix des employés de la plate-forme héler collègues et conducteurs, le claquement des portes et le choc des caisses de fruits empilées les unes sur les autres en d’impressionnants édifices de planches légères. Alestar aperçut deux camions de taille moyenne marqués des armoiries de la famille ducale. Ceux-là livraient exclusivement le palais. Leur destination était l’un des aéroports de la province, où un vol commercial spécialement affrété prenait le relais. Le transport durait à peine deux heures, et de fait, les occupants du palais étaient les seuls privilégiés à consommer des fruits fraîchement récoltés. Baluchon sur le dos, Alestar quitta discrètement la plate-forme et rejoignit la route qui menait vers la petite ville. Un conducteur obligeant le prit en stop et l’y emmena directement.
-- J’y habite, expliqua l’homme. Et vous, qu’est-ce que vous faites dans ce coin perdu ?
-- Oh, fit-il d’un air évasif, je vais là où mes pas me mènent. J’ai décidé de découvrir un peu la région.
-- Et ça vous prend souvent de visiter les entrepôts ? fit son compagnon d’un air amusé.
-- Eh bien disons que je n’en ai jamais vu d’aussi près ! Je suis de Centra District, alors vous comprenez…
L’homme émit un sifflement :
-- Centra District… Vous avez fait tout ce chemin par vos propres moyens…
-- Il faut bien se débrouiller lorsque l’on n’est qu’un pauvre étudiant qui ne roule pas sur l’or, répondit-il en souriant d'un air innocent.
-- On entend des choses sur Centra District, en ce moment. Il paraît qu’il y a des émeutes ? Et le fils du Duc aurait trempé dans une affaire de meurtre ? Ces sales gosses de riches… Ca ne sait plus quoi faire, alors ça sombre dans la délinquance. Ah si j’étais Duc, moi…
-- Ma foi vous ne l’êtes pas, alors restez-en là, interrompit froidement Alestar, contenant sa fureur avec peine. C’était injuste à l’égard de son frère, et il ne pouvait permettre de pareilles médisances.
La réplique, tranchante comme un coup de sabre, au contraste sans précédent avec le sourire qui avait quelques secondes plus tôt illuminé le visage aux traits délicats, laissa l’homme sans voix. Intimidé, il se contenta de conduire en silence, jetant de temps à autre un regard inquiet au jeune inconnu. Un long silence passa, durant lequel le jeune homme tentait visiblement de reprendre le contrôle de son tempérament chauffé à blanc.
-- Parlez-moi plutôt de ce que vous connaissez, finit-il par dire, non sans un certain sarcasme. Je cherche à retrouver deux amis qui ont certainement séjourné dans Ardintin. Ces visages vous disent-ils quelque chose ?
Il exhiba les photographies d’Alec et de Charlotte.
-- Ah ce n’est pas à moi qu’il faut demander ça, répondit l’homme en regardant rapidement les deux portraits. Vous savez, je pars travailler aux aurores, et je rentre directement chez moi pour ne plus sortir. Je ne vois pas grand-monde à part mes collègues. S’ils ne sont pas du coin, ils sont certainement descendus dans le seul hôtel potable du patelin. Vous savez, Ardintin est une petite ville modeste qui n’accueille presque jamais de visiteurs. Qu’est-ce que vous voulez voir d’autre ici que des champs et des plantations ? Ca n’intéresse personne.
-- Serait-ce abuser que de vous demander de m’y déposer ? demanda poliment Alestar, sa rage à présent apaisée.
-- Du tout, mon gars, je vous y emmène.

Ardintin était une petite ville agricole tranquille, fonctionnelle et sans prétention, peuplée d’honnêtes et braves citoyens, dont la seule ambition et la seule motivation étaient d’obtenir les plus belles récoltes tout au long de l’année. Alestar n’avait jamais vu une ville avec aussi peu d’animations ; tout était orienté vers l’activité pour laquelle Ardintin était mondialement connue, et toute la ville était organisée de façon à garantir la meilleure logistique quant aux productions. Il y avait d’ailleurs un centre d’études météorologiques à la pointe de la technologie à proximité de la ville qui envoyait des rapports quotidiens d’une grande précision ; une armée d’ingénieurs agronomes employés par la municipalité contrôlaient la qualité des sols, continuellement renouvelés par les crues printanières du Tohomi, et la propreté des eaux employées pour les cultures. Les plantations étaient pratiquement la seule source de revenus d’Ardintin, et les habitants ne pouvaient se permettre de prendre des libertés avec les aléas du climat et l’équilibre de l’environnement qu’ils exploitaient. Pour cela, Ardintin était un modèle de cohabitation entre industrie et écologie.

La camionnette s’arrêta juste à la porte d’un bâtiment à peine plus attractif que le reste de ces maisons et petits commerces qui bordaient l’avenue. Seule l’enseigne indiquait qu’il s’agissait de l’hôtel principal de la ville. Alestar descendit du véhicule et tendit la main à son conducteur :
-- Merci de m’avoir facilité le trajet. Au fait, je vous prie de bien vouloir m’excuser, dit-il, avev un large sourire, aussi innocent qu'il était plein de malice, je ne me suis pas présenté : Alestar Leonhart.
Le nom fit l’effet d’une bombe. Sans rien ajouter de plus, Alestar s’éloigna et entra dans le petit hôtel, plutôt une auberge, et se dirigea vers le petit comptoir de la réception. Une employée désœuvrée feuilletait distraitement le livre des comptes de la maison en griffonnant des figures cabalistiques sur un morceau de papier. Au bar à côté, quelques clients sirotaient une bière de fabrication locale. Un vieux juke-box jouait un air folklorique sorti d’un répertoire dépassé. Alestar espérait sincèrement que ce n’était que l’heure creuse : quoi de pire que de s’ennuyer à son travail ?
-- Pardonnez-moi, Mademoiselle…
La jeune femme leva les yeux et ne parut pas comprendre. Si rares étaient les clients qu’elle avait perdu l’habitude de les reconnaître quand elle en voyait. Elle mit plusieurs secondes à réaliser qu’il était certainement venu pour louer une chambre.
-- Que puis-je faire pour vous ?
-- J’aurais un renseignement à vous demander. Je suis de passage ici, à la recherche de deux amis, et je me suis dit qu’ils étaient certainement descendus dans cette auberge. Vous souvenez-vous de les avoir vus ?
Il lui montra les photos de ses camarades. Le visage de la réceptionniste s’illumina d’un éclair cognitif passager :
-- Oui, lui je m’en souviens, on aurait dit un prince, ou quelque chose de ce genre. Je crois qu’ils sont toujours là.
-- Je vous demande pardon ? fit-il, interloqué.
-- Eh bien… Il n’ont jamais signé le registre de sortie.
Alestar retint un frisson : il avait retrouvé leurs traces.
-- Pourriez-vous me montrer leur chambre, je vous prie ?
-- Bien sûr. C’est juste à l’étage.
Il la précéda à l’étage, puis la laissa le conduire à une porte. Elle ouvrit, et lui céda le passage. Le cœur gros, Alestar fit le tour de la pièce : leurs affaires étaient là, comme s’ils s’étaient absentés pour la journée.
-- Et… quand les avez-vous vus pour la dernière fois ?
-- Oh, ça fait longtemps. J’espère qu’ils n’oublieront pas de revenir régler la note. Ca commence à peser, ajout-t-elle, passablement mécontente.
Il la dévisagea un instant, poussé par l’envie de la rabrouer, mais se retint :
-- Ne vous en faites pas pour la note. Montrez-moi le registre.
Plus de trois mois s’étaient écoulés. Pourquoi faisait-il si chaud dans cette auberge ? Alestar s’essuya le front d’une main fébrile :
-- Et… vous n’avez jamais songé à lancer de recherches ?
-- Des recherches ? Pourquoi faire ? Que voulez-vous qu’il se passe dans ce coin ? Il m’arrive de recevoir des ingénieurs agronomes, qui s’absentent pour plusieurs jours, et qui reviennent sans problème.
Ardintin était vraiment très différente de Centra District. C’était presque un autre monde. Alestar sortit sa propre carte de crédit et régla la réceptionniste :
-- J’aimerais louer une chambre pour quelques jours. Et rassurez-vous, je ne me volatiliserai pas.
Qu’il était difficile de paraître impassible, alors qu’il était enfin parvenu à son but, là où ses camarades avaient vécu leurs derniers jours. La jeune femme lui donna sa clé, et il monta poser son sac. Se sentant soudain très las, il se laissa tomber sur le lit. Trois mois… Qu’allait-il retrouver ? Pour Alec et Charlotte, il ne pouvait pas se contenter de ramener uniquement leurs affaires. Anthony l’avait bien prévenu de ce qu’il risquait de trouver, mais l’appréhension était toujours là, oppressante, le guettant comme un oiseau de proie furtif. Il se résolut à ouvrir son communicateur, et appela son frère, sur sa ligne directe.
-- Je suis à Ardintin, expliqua-t-il en guise de préambule. La dernière ville où ils ont séjourné. Ils sont arrivés ici il y a plus de trois mois, et n’en sont jamais repartis.
-- Oh mon Dieu… Et… tu les as retrouvés ? lui demanda prudemment Anthony.
-- A vrai dire… Puis-je te demander de m’envoyer une équipe sur place ? Je ne me sens pas le cran à faire ce travail seul. Sincèrement.
-- Je comprends. Pour quand les veux-tu ?
-- Le plus vite possible. Ardintin est une petite ville.
-- Je vais faire le nécessaire. Reconnais les lieux en attendant. Eric…
-- Hm ?
-- Sois assuré que si j’avais pu le faire moi-même…
-- Je sais, je sais…
--Je suis désolé de t’infliger ça. Ne t’en fais pas, je t’envoie des types solides. Essaie de tenir le coup.
-- Je m’y efforcerai.


Alestar ne trouva rien dans la ville elle-même, aussi élargit-il méthodiquement son périmètre de recherches, jusqu’à atteindre les rivages boueux du Tohomi. Il n’avait toujours rien trouvé, lorsque deux jours plus tard, quatre SeeDs arrivèrent à l’hôtel. Il eut l’extrême surprise de trouver Alicia parmi eux. Les trois autres, des membres des Rubis Incandescents, étaient promis à la branche médico-légale, et Alestar ne douta pas une minute de leur flegme dans cette mission. Alicia, par contre, était vraiment la dernière personne qu’il espérait voir.
-- Par tous les cieux, Alicia, mais que viens-tu faire ici ? fit-il en l’embrassant furtivement. Jamais je n’aurais songé que mon frère…
-- Il n’y est pour rien. Dès que j’ai su que tu demandais des renforts, j’ai insisté pour venir. Tu as besoin d’un appui psychologique, et je crois être la mieux placée pour remplir ce rôle. Tu n’as toujours rien trouvé, dis-moi ?
-- Non, et plus le temps passe, plus je me sens mal à l’aise.
Elle lui prit la main et la pressa tendrement :
-- Tout ira bien, maintenant, tu n’es plus seul.

Elle marchait avec peine dans l’allée du couvent, le ventre terriblement ballonné et alourdi, régulièrement raidi par les lentes ondes d’un travail qui lui envahissait déjà les reins, l’obligeant à s’arrêter pour prendre son souffle. Ambrosia ne ressentait pas d’excitation particulière : sa longue attente parvenait enfin à son terme, et ce jour où elle serait enfin délivrée de cette semence impure était arrivé. Elle ne se sentait même pas impatiente de savoir à quoi ressemblerait cet être qu’elle avait porté en elle pendant neuf mois, et dont la croissance avait jour après jour déformé son corps et l’avait rendu malhabile, cet être qui avait puisé dans ses réserves pour se construire. Tout ce qu’elle souhaitait était de le savoir enfin hors d’elle, le résultat de cet acte ignoble, dont le souvenir la hantait encore. C’était à se demander si elle en serait guérie un jour. Se fût-il agi du fils d’Anthony… Mais cela n’était pas le cas. Anthony… Pourquoi était-il absent ? Par certains jours, la solitude était intolérable. Il peuplait ses songes, si réel, si charnel, qu’elle se réveillait souvent en sursaut, croyant sentir sa présence à ses côtés, pour découvrir la décevante et froide réalité, qui lui arrachait des sanglots à fendre l’âme. Plus elle avançait vers le terme, plus l’absence d’Anthony se faisait pesante. C’était à se demander si elle n’était pas devenue dépendante de lui. Ambrosia refusait de l’admettre ; Anthony avait besoin de tout sauf d’un boulet, et en tant que future Duchesse, elle devrait lui apporter tout son soutien dans ses fonctions. Les dernières semaines de sa grossesse avaient mis sa patience à rude épreuve, et elle avait préféré se mettre à l’écart des autres pensionnaires du couvent, afin de ne pas leur faire subir son humeur dégradée. Assez souvent, fatiguée de rester à travailler dans sa petite chambre encombrée de matériel, elle partait seule dans la foret de Chocobos s’occuper de l’élevage de mères pondeuses, dont le couvent avait la responsabilité. Elle était hébergée avec tant de bonté, entourée de tant de sollicitude et d’amitié de la part des autres sœurs, qu’Ambrosia considérait normal de participer à la vie du couvent en dehors de ses heures d’études. Nulle n’ignorait les circonstances de sa grossesse, et toutes s’étaient entendues pour l’accompagner au mieux durant son attente. Une première étape de sa mission allait être franchie. Restait encore à fournir à cet enfant le minimum nécessaire aux premiers mois de sa vie, mais Ambrosia ne voulut pas y songer tout de suite. Elle ferait ce qu’elle aurait à faire.
Elle parvint lentement à la cellule de la mère supérieure, sa marche interrompue par l’étrange claudication imposée par le rythme des contractions. La petite chambre, nue de toute décoration, ressemblait en tout point à toute autre cellule du couvent, si ce n’était qu’elle abritait tous les documents administratifs nécessaires au fonctionnement de l’établissement, rangés dans un immense bahut.
-- Sœur Edwige… Je… je crois que ça commence, annonça simplement la jeune fille, en s’efforçant de ne pas grimacer.
L’honorable religieuse se leva de sa méditation et vint la prendre par le bras :
-- Venez, mon enfant, dit-elle avec sollicitude. Allons dans le cloître. Il faut marcher. Cela écourtera votre labeur.

Trop heureux d’être revenu à la Garden, Anthony avait renoué sans attendre avec ses anciennes habitudes : entre deux séances au tribunal, il fréquentait avec davantage d’assiduité la salle de musculation et le centre d’entraînement lorsqu’il n’était pas sur le terrain de Choco-polo. Sa boîte de messages regorgeait de requêtes de parrainage, de questions en tout genre, mais aussi de messages d’amitié de camarades s’inquiétant de son absence prolongée. Il mettait à jour ce courrier en retard du mieux qu’il le pouvait entre ses révisions qu’il parachevait, afin d’être certain de passer les épreuves haut la main. Anthony était de ces étudiants à l’esprit modeste et prudent, qui ne laissaient rien au hasard, de peur de se laisser surprendre alors qu’ils avaient besoin de posséder tous leurs moyens. Les examens d’hiver n’étaient plus qu’à quelques jours, peu avant les fêtes de fin d’année. Le comité d’étudiants délégué à l’organisation du bal de fin d’année travaillait d’arrache-pied pour en terminer avec les derniers préparatifs, mais l’ambiance de cette année était quelque peu gâchée par les événements qui agitaient la Garden : des groupes de civils hostiles à la Garden étaient amassés chaque jour aux grilles de la Garden, et manifestaient bruyamment ; les SeeDs ne sortaient guère plus dans Centra District à l’occasion de leur permission, de peur d’être agressés. Anthony s’en sentait d’autant plus peiné qu’il se savait plus ou moins à l’origine de ce désordre, mais il n’y avait rien qu’il pût faire. Et chaque jour, Gunblade à l’épaule, il s’efforçait de ne point trop y penser. Le seul objectif qui l’habitait était de devenir suffisamment puissant pour affronter un jour celle qui était réellement à l’origine de tout cela : Ultimecia. Il n’avait pas encore eu l’occasion de faire part à son père de la découverte qu’il avait faite au sujet de la Sorcière, tant ce dernier était sollicité par la presse et la télévision. Mais il savait qu’il ne devrait pas tarder : si Ultimecia était réellement une Leonhart, alors la famille ducale étant en danger.

Un grand bruit jamais encore entendu dans les coursives de la Garden retentit et le tira de ses pensées : la sirène d’alarme du centre d’entraînement. Que se passait-il donc de si grave pour que quelqu’un ressentît le besoin de l’actionner ? Un important rassemblement s’était formé près de l’entrée du centre, alors que l’on entendait une voix par-dessus l’incohérent brouhaha :
-- Ecartez-vous, laissez-nous passer, que diable !
Des cris retentirent, et une allée se forma d’elle même pour laisser passer deux SeeDs qui en transportaient un troisième, au bord de l’inconscience. Il était plus blanc qu’un linge, et Anthony vit avec horreur que son bras droit était presque complètement arraché. Les structures articulaires complètement disloquées étaient apparentes, et le sang se répandait sur le sol en un flot continu. Le membre en lui-même était complètement broyé. Il emboîta le pas aux deux SeeDs :
-- Qu’est-ce que…
-- T-Rexaur ! lui répondit-on. Pas eu le temps de le tuer.
-- Je m’en charge, sinon il va s’en prendre à tout le monde. Faites vite, j’espère que ce pauvre bougre survivra.
-- Fais attention, il n’est pas normal !
« Pas normal ? Qu’entend-il par là ? » se demanda Anthony.
Il vérifia le barillet de sa Gunblade, ses munitions, et entra au centre :
-- Quelqu’un avec moi pour chasser un T-Rexaur ! Ce n’est plus de la rigolade !
Deux volontaires se joignirent à lui, et tous trois partirent débusquer le monstre. Anthony associa sa lame au sort de mort, afin d’être sûr de frapper un organe vital, et examina ses coéquipiers :
-- Vous avez déjà tué un T-Rexaur ?
-- Jamais en solo, lui répondirent-ils.
-- On va frapper vite et fort, avec nos Guardian Forces. Apparemment, c’est un spécimen plus dangereux que tous les autres, et il ne faut lui laisser aucune occasion.
Ils le trouvèrent sans mal, la gueule ensanglantée, portant de nombreuses blessures sur les flancs. C’était un monstre du genre, deux fois plus gros et plus puissant que tous les autres T-Rexaurs du centre. Il avait pratiquement la taille d’un Dragon de Rubis. Comment était-il passé inaperçu depuis tout ce temps ?
-- Mon Dieu, mais c’est un mutant ! murmura Anthony stupéfait en avisant l’animal.
Un puissant souffle le fit se jeter à terre : un coup de queue.
-- Et rapide avec ça ! Commencez à invoquer pendant que je l’occupe !
Il s’élança vers la créature, et laissa le sort Death guider sa main. Dès qu’il sentit la lame entamer la chair, il décocha une balle. La charge explosa dans le poitrail du monstre et vit voler des lambeaux de chair dans toutes les directions. Le T-Rexaur chancela, mais ne fut pas déséquilibré pour autant. Presqu’aussitôt, un grand dragon fantôme s’abattit sur lui, toutes griffes dehors, les ailes déployées en de grandes voiles vaporeuses qui ne produisaient aucun souffle d’air, suivi de près par un immense griffon doré aux plumes étincelantes, comme éternellement baignées par l’éclat du soleil, et au pelage de bronze. Il ne fallut pas moins de l’assaut des deux Guardian Forces réunies pour jeter le monstre à terre. Anthony en profita pour revenir à la charge, et appela Shiva alors qu’il frappait de nouveau. Une volée de flèches explosives déchira un flanc du T-Rexaur, révélant une rangée de côtes géantes, cependant que la majestueuse Guardian Force de glace, libérée de sa pyramide glaciaire surgie de terre, déclenchait une vague de glaciation phénoménale dans le centre d'entraînement, qui balaya le T-Rexaur dans une avalanche de givre, de glace et de neige. Un disque de feu lui taillada profondément le cou, ouvrant l’une des artères principales allant vers le cerveau. Un autre coup de Gunblade arracha une patte antérieure.
-- Ecartez-vous, ça va gicler ! cria Anthony.
Il glissa près du ventre, et l’ouvrit sur tout son long. Un ultime spasme secoua le monstre, qui s’écroula, resta inanimé.
-- Bon sang… quel massacre… murmura Anthony en s’éloignant. Celui-là n’embêtera plus personne.
Mais ses camarades ne semblaient pas partager son avis, et regardaient, médusés, horrifiés, même.
-- Eh bien quoi ? J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ?
L’un des deux pointa le doigt :
-- Il… Il se relève !
-- Qu… Quoi ?
Le jeune homme se jeta sur lui et le plaqua au sol :
-- Couche-toi !
Un terrible coup de dents claqua non loin au-dessus de leur tête. Comme habité par une seconde vie, le T-Rexaur revenait à la charge, tout sanguinolent qu’il était, traînant sous lui des filets d’intestins entremêlés. A présent, Anthony comprenait ce que l’on voulait lui dire par « pas normal ». Tous deux roulèrent sur le sol et se mirent hors de portée comme ils le purent. De nouveau, le griffon doré revint à l’assaut. Anthony eut juste le temps de se relever et de lancer un Scan sur le monstre, chose qu’il n’avait pratiquement jamais faite, mais il brûlait de savoir de quoi était fait ce T-Rexaur si extraordinaire, qui ne succombait pas à ses blessures.
-- Mais qu’est-ce que c’est que ça ! s’écria-t-il, incrédule.
D’après les données que lui renvoyait le sort, le T-Rexaur était déjà mort. Quelqu’un ou quelque chose se servait des attributs dont la nature l’avait pourvu, et le manipulait comme un pantin meurtrier. Il intensifia le sort, espérant voir par son intermédiaire ce que ses yeux ne pouvaient voir. Là ! Une ombre, ou plutôt une silhouette sombre, au-dessus de la tête du T-Rexaur. Il put même deviner une paire d’yeux flamboyants.
-- Mais comment… Il tendit la main vers celui qui venait de le sauver, sans quitter des yeux ce qu’il venait d’entrevoir : Passe-moi une de tes flèches. Vite.
Il lui en remit trois. Anthony saisit un projectile entre ses doigts, et le lança vers l’ombre. La flèche explosa à son contact. Anthony la vit se recroqueviller. Sans hésiter, il lança une deuxième flèche. Il la vit vaciller encore. Et avant même qu’il eût pu lancer la troisième flèche, elle disparut. Le T-Rexaur s’effondra finalement, pour n’être plus que le cadavre qu’il aurait dû être.
-- Mais qu’est-ce que c’était ! s’écria l’un des deux jeunes hommes.
Soucieux, Anthony essuya sa Gunblade :
-- Je n’en suis pas sûr. J’espère « qu’elle » ne reviendra pas ici.
-- De qui parles-tu ?
-- Ce n’était pas Ultimecia. Cette façon d’agir ne lui ressemblait pas. Et Ultimecia est bien plus forte.
-- Quoi, tu veux dire que…
-- Nous allons être aux prises avec plus d’une Sorcière, oui. Merci pour le coup de main. Je vous prends chez les Rubis quand vous le voulez. Il se tourna vers celui qui l’avait si promptement jeté à terre : Je te dois la vie, merci. Il put enfin voir le visage de plus près : Dis-moi, ce n’est pas toi qui as remporté la course de Chocobos, l’année dernière ? Sur Deeto-Rouge-Duvet ?
-- Uh… Oui, oui, c’est moi, répondit l’autre, tout surpris de voir quelqu’un se souvenir encore de ce mince exploit.
Anthony lui tendit la main :
-- Anthony Leonhart, très heureux de faire ta connaissance. Je n’ai pas eu le plaisir de partir en mission avec toi, je crois. Tu as une superbe Guardian Force.
Le jeune homme se passa la main dans les cheveux et rit modestement :
-- Oui, je sais, Rashka fait des jaloux. Mais le dragon fantôme de Fred n’est pas mal non plus, dit-il en désignant son camarade. Il faut le voir à l’œuvre. Fred et moi sommes partenaires de mission depuis six mois, et Rashka et ce monstre de Drath forment un tandem du tonnerre. Um… Puisque nous sommes là, ça te dirait de faire une partie de chasse ?
Anthony soupira et sourit en signe d’excuse :
-- Non, je suis un peu écœuré, comme qui dirait. J’ai eu ma dose de massacre pour la journée. Ce n’était pas de la chasse, c’était une boucherie. Une autre fois, avec plaisir, mais pas aujourd’hui. Oh, et je suis désolé pour toute cette zizanie. Je sais que certains d’entre vous ne supportent plus d’être enfermés dans la Garden, et c’est en partie ma faute. A bientôt.
Sans rien ajouter d’autre, Anthony les salua et quitta le centre d’entraînement.


La main plaquée sur une blessure bien réelle, d’où coulait son sang qu’elle voyait pour la première fois, la jeune fille se tordait de douleur, étendue sur le sol.
-- Oh mon Dieu, ça fait mal ! gémissait-elle.
-- Ce sont des choses qui arrivent, lorsqu’on livre bataille, répondit la voix, sans aucune trace de compassion. Mais patience, ma fille, votre entraînement ne fait que commencer, et bientôt vous ne saurez plus ce qu’est la douleur. Dommage que ce ne soit pas Anthony Leonhart, à qui vous avez arraché le bras. Cela aurait arrangé nos affaires… « Curaga ».
La présence disparut, et Adelaïde resta seule dans le compartiment du train qui l’emmenait vers Esthar.

Le SeeD mutilé succomba à ses blessures dans la nuit, amputé d’un bras pour lequel on ne pouvait plus rien. Les obsèques passées, une polémique éclata au sein de la Garden : fallait-il maintenir le centre d’entraînement ?
-- Je ne forme pas des SeeDs pour les voir se faire mettre en pièces dans ce qui n’est jamais qu’un centre d’entraînement ! glapissait le Directeur.
A quoi Edea répondait avec ferveur :
-- Les SeeDs sont des soldats, et ils connaissent les risques ! Ne leur supprimez pas maintenant le seul moyen qu’ils aient pour se mesurer à armes égales à leur véritable ennemie !
-- Quelle ennemie ? Vous ? Cette chimère que l’on nomme Ultimecia ? Ne soyez donc pas ridicule !
-- Ecoutez, Evan, l’échéance est bien plus proche que vous ne le croyez. Je le sens en moi. Et nos SeeDs doivent être prêts. Or ils sont loin de l’être. Ultimecia est loin d’être une chimère. J’ai vu l’état dans lequel elle a mis Anthony Leonhart ; notre meilleur élément, au sommet de sa carrière. Nous devons maintenir le centre d’entraînement tel qu’il est, et renforcer les mesures de sécurité si cela peut vous tranquilliser, mais nous ne devons surtout pas le fermer. Cela condamnerait nos SeeDs.
-- Demandez-leur donc leur avis. Faites procéder à un vote, abandonna le directeur.
-- Soit !
Après deux semaines de réflexion et de discussions houleuses, tant au sein du corps enseignant que parmi les étudiants, on parvint à un compromis : le centre d’entraînement serait réaménagé en deux sections, dont l’une serait exempte de T-Rexaurs. L’accès à l’autre section requerrait que les SeeDs aient au minimum 30 en classe de combattant. A ce niveau, on pouvait espérer que chacun disposait d’au moins une Status Attack, élément indispensable pour handicaper les plus gros monstres.

-- Alors ? demanda Alicia. Toujours rien ?
Equipé de jumelles surpuissantes, Alestar observait l’autre côté du delta. Ce paysage plat aux horizons occultés par des arbres touffus ne rendait pas la surveillance facile. Il abaissa ses jumelles en soupirant :
-- Non, rien. C’est comme s’ils s’étaient volatilisés.
-- Tu penses qu’elle aurait dissimulé les corps ?
-- Je n’en sais rien. J’aurais plutôt tendance à penser qu’elle veut que nous sachions qu’elle est là et qu’elle nous guette. L’incendie de l’hôpital, tel que mon frère me l’a décrit, ne fait pas de doute. Elle se moque pas mal de ce qu’elle peut laisser derrière elle.
Il reprit ses jumelles et scruta un autre secteur. Alicia l’entendit retenir un discret hoquet.
-- Qu’y a-t-il ?
-- Je n’en suis pas sûr.
Il lui tendit les jumelles :
-- Dis-moi ce que tu vois. Au milieu de ces arbres, là-bas.
-- Ca ressemble… A un vieux bâtiment calciné, non ? Je distingue mal, avec ce feuillage, mais… Oh mon Dieu, Eric… Ce sont bien des corbeaux ?
Le jeune homme déglutit et la regarda, très pâle.
-- Allons voir de plus près.
Les cinq SeeDs remontèrent à bord du véhicule tout terrain gracieusement prêté par la municipalité, et traversèrent le delta en contournant les zones marécageuses, les champs et les plantations délimités par des chemins de terre humide qu’empruntaient régulièrement les immenses tracteurs. Il leur fallut bien une heure pour couvrir toute la distance qui les séparait de leur objectif entraperçu au milieu de l’épaisse végétation. Il n’était plus question de reculer : ils étaient peut-être parvenus au bout de leur mission.

Ce qui n’était plus qu’un édifice de ruines calcinées et de cendres avait dû être une ferme isolée, comme on en voyait rarement désormais. Mais ce ne fut pas cela qui força Alestar à arrêter le véhicule et à se couvrir les yeux, comme s’il avait été ébloui. Jamais il n’avait vu autant de foyers de magie concentrés en un seul lieu, bouquets d’étincelles et de flammèches pourpres et rosées, qui scintillaient alors qu’elles s’élevaient en de gracieuses spirales du sol. Tous ne recelaient qu’un seul type de sort : Death. Il y avait là de quoi recharger la Garden entière. Au-dessus d’eux, des nuées entières de corbeaux voletaient en poussant leurs lugubres croassements.
-- Je crois que nous y sommes, dit l’un de ses camarades. C’est à nous de jouer. Tu nous accompagnes, Alestar ?
Tétanisé au fond de son siège, le jeune homme eut tout juste la force de secouer la tête. Le SeeD lui tapota l’épaule :
-- Ne t’en fais pas. On est là pour ça.
Les trois descendirent et commencèrent à s’équiper : ils chaussèrent des lunettes de protection, se couvrirent d’un épais masque et enfilèrent d’épais gants en latex. Puis ils déchargèrent deux grandes housses noires, et s’éloignèrent. Alestar sentit son malaise redoubler. Il jura et asséna un poing rageur sur le volant :
-- Je ne suis qu’un poltron ! Et dire que c’était à moi de faire ce travail !
Alicia lui prit les épaules et le secoua doucement :
-- Non, Eric, ne dis pas ça. Personne ne te le reprochera, et surtout pas moi. Nous n’avons pas été formés pour ce genre de tâches macabres. Je suis au moins aussi malade que toi à l’idée de ce qu’ils vont trouver.
-- Ils sont là, parvint une voix qui leur glaça les sangs. Oh mon Dieu…
Un long et terrible silence suivit. Apparemment, les trois SeeDs étaient sous le choc de ce qu’ils venaient de découvrir. Alestar et Alicia se dévisagèrent, l’un plus pâle que l’autre.
-- Je n’ai jamais vu une chose pareille. Les housses, vite, on ne peut pas les laisser comme ça.
-- Attends, attends, on va faire un rapport d’autopsie, même sommaire, fit une deuxième voix, très blanche. Je ne tiens pas les rouvrir une fois arrivé à la Garden. Qu’on en finisse.
-- Bon sang, je n’ose même pas imaginer ce qu’ils ont dû endurer avant de mourir, commenta le troisième. Rien de ce qui leur a été infligé n’était létal, à l’exception du coup dans la cage thoracique.
Ce qu’Alestar entendit de là où il était chargea ses yeux de larmes de rage, alors qu’Alicia se jeta en sanglotant au creux de son épaule. Puisse son frère ne jamais savoir ce qui était arrivé à ses amis. Yeux arrachés, dents cassées par plusieurs impacts, cage thoracique défoncée et poumons – du moins ce qu’il en restait – perforés, viscères extirpées certainement à la main… Apparemment, l’auteur de cet acte avait laissé mourir lentement ses victimes : le sang avait envahi les poumons, provoquant une noyade inexorable.

D’autres restes furent retrouvés, impossibles à identifier, éparpillés en tous sens alentours, appartenant certainement aux occupants de la petite ferme. Les trois SeeDs se mirent en besogne de les réunir et de les ensevelir. Ils revinrent au véhicule en portant les deux housses chargées de leur macabre contenu, tous plus blêmes les uns que les autres. Ils les déposèrent à l’arrière. Alestar vit que le nom des deux disparus était étiqueté sur chacune d’elles.
-- Tu n’aurais pas tenu le coup, fit l’un des trois avec sympathie à Alestar. Même nous, on est sous le choc. Ce n’était pas beau à voir. Ils ont été salement torturés, et le démon qui leur a fait ça savait exactement ce qu’il faisait. Ton frère avait raison : il faut nourrir une sacrée haine en soi pour faire une chose pareille. Dire que ça aurait pu arriver à n’importe lequel d’entre nous…
-- Rentrons, dit seulement Alestar, qui ne voulait pas en discuter davantage. Demain matin, nous repartirons pour la Garden.

Secouée de pleurs, Alicia se précipita dans l’auberge et monta à sa chambre.
-- Alicia, attends ! commença Alestar, avant de partir à sa suite.
Il se ravisa, et revint sur ses pas, vers les trois autres SeeDs :
-- Je savais qu’elle n’aurait pas dû venir. En tout cas, je vous dois une fière chandelle, les gars. Ce que vous avez fait, je ne suis pas sûr que d’autres y seraient parvenus. Et croyez-moi, mon frère ne choisit que les meilleurs.
-- Ce n’est rien, Alestar, on a fait notre travail, c’est tout.
-- Je voudrais vous demander un dernier service : il ne doit jamais savoir ce qui s’est réellement passé. Epargnez-le lui.
-- Sois sans crainte : le secret professionnel, ça nous connaît. Il pointa le menton vers l’intérieur de l’auberge : Va la rejoindre, je crois qu’elle a besoin de toi.
Alestar resta interloqué : c’était la deuxième personne à lui dire qu’Alicia avait besoin de lui. Il avait pris son vœu de servir Anthony tellement à cœur qu’il s’était oublié, qu’il avait occulté tout ce qui pouvait graviter autour de sa personne. A l’exception de la Triple Triade, Alestar n’aimait guère se distinguer, et préférait rester discret. Le rôle de vedette revenait exclusivement à Anthony. Quant à Alicia, son penchant pour la jeune fille était bien réel, mais il ne lui était jamais venu à l’idée qu’elle pût avoir besoin de sa présence, de ses attentions. Alestar se sentit rougir, et acquiesça. Le jeune homme sourit d’un air encourageant :
-- On se retrouve au dîner ?
Il répondit par un pâle sourire :
-- On va essayer.
Et sur ces mots, il s’en fut.

Il la trouva étendue sur son lit, le visage entre les bras, enfoui dans son oreiller, les épaules secouées de larmes. Quelque chose se brisa soudain en lui à cette vue : plus jamais il ne voulait la voir dans cet état, et quiconque l’y plongerait de nouveau devrait en répondre devant lui. Elle était trop jolie pour être la proie du chagrin. Il vint s’asseoir à côté d’elle et passa tendrement la main sur ses cheveux. Ils étaient doux comme de la soie.
-- Ne pleure plus, Alicia, je suis là, murmura-t-il.
Elle se redressa, le regarda un instant au travers de ses larmes, puis se jeta à son cou :
-- Oh Eric ! Je suis désolée, je n’aurais pas dû venir. J’ai été suffisamment sotte pour croire que je te serais d’une quelconque utilité.
-- Voyons, qu’est-ce que tu racontes ? demanda-t-il en l’étreignant. Ca m’a fait du bien de t’avoir avec moi. J’avais peur d’être seul à affronter ça, et tu es venue. Et nous avons été deux à nous effondrer sur le sort d’Alec et de Charlotte.
-- J’ai peur, Eric. Ce qui leur est arrivé aurait pu nous arriver aussi.
Elle n’avait apparemment jamais pu se remettre de l’épisode de l’Anacondaur : une certaine fragilité l’habitait toujours.
-- Non, répondit-il résolument. Il ne t’arrivera rien. Pas tant que je serai près de toi. Un jour, nous serons face à Ultimecia, c’est inéluctable. Je te défendrai jusqu’à mon dernier souffle.
-- Elle a l’air si puissante… Alec et Charlotte n’étaient pas n’importe quels SeeDs. C’étaient des Rubis.
-- Si tu me le demandes, je peux devenir un Rubis. Je n’y tiens pas, pour des raisons qui me regardent, mais je suis parfaitement capable d’intégrer cette unité. Il te suffit d’un mot, et je le ferai.
Elle secoua la tête :
-- C’est trop dangereux d’être un Rubis : vous êtes toujours en première ligne.
-- Alors n’en parlons plus.
Il prit son ravissant visage entre ses mains et sécha les reliquats de larmes qui perlaient le long de ses joues :
-- Je serai ton Rubis, à toi seule, dit-il avant de lui donner ce qu’il réalisa être leur premier véritable baiser d’amour.

La cérémonie funéraire, quasi-princière, à la mémoire d’Alec Dahl et de Charlotte Riker, se tint dans la chapelle de la Garden. Seuls les Rubis Incandescents y assistèrent, sur décision d’Anthony, afin de ne pas entamer davantage le moral de l’ensemble des étudiants, déjà mis à mal par les événements relatifs à l’affaire Fischer. Le bal de fin d’année, bien que somptueux, ne connut pas les explosions de bonne humeur et les éclats de rires des années précédentes, mais chacun fit de son mieux pour être à la fête, afin de se détourner, le temps d’une soirée, de la tourmente au cœur de laquelle était plongée la Garden, bien malgré elle. Avec la menace d’une guerre contre une Sorcière, ce bal risquait de clôturer non seulement l’année, mais aussi une ère de paix pour toutes les Gardens.
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Merisel Faradhreia

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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Lun 11 Juil - 0:05

Certainement le chapitre de la conception de mon paladin ! Vous comprendrez en tombant sur un passage particulier. C'est également un chapitre qui risque d'en faire sourire certains, puisque je me suis un peu lachée du point du vue du langage. Je me suis beaucoup amusée, tant c'était inhabituel. En tout cas il cadre tout à fait avec ce que je voulais faire de cette fanfic : lier l'univers intrinsèque de FF au monde extérieur.

Un petit mot sur le nom Ederan. Beaucoup des anciens l'ont certainement connu, puisqu'il s'agit ni plus ni moins du nom d'un MA du serveur YS. Je cherchais un nom, et je l'ai trouvé parfaitement circonstancié. Vous remarquerez donc qu'on remonte un peu dans le temps et que ce chapitre date d'il y a environ 8 ans. J'ai rajouté quelques petites choses, parce que ce qui fait la richesse d'un récit ce sont les détails. Bonne lecture !


Chapitre 12

Anthony examina, admiratif, l’œuvre de l’orfèvre de la famille Leonhart : ce superbe pendentif en forme de tête de lion, la réplique du sien, à la différence qu’il était taillé dans une pierre d’Azurium de la plus belle eau, irait à merveille au cou d’Ambrosia. Quatre diamants étaient montés de part et d’autre du pendentif, et le tout était porté par un triple cordon de perles de Balamb au ras du cou, harmonieusement entrelacé avec deux chaînes en or incrustées de minuscules diamants, qui en rehaussaient l’éclat. Les perles étaient la parure favorite d’Ambrosia. Le fermoir lui-même était à l’effigie de l’emblème des Leonhart. Ce collier ferait sensation sur n’importe quelle robe de soirée. Cela était bien peu de chose, mais Anthony tenait à faire un présent à Ambrosia pour son retour, en gage de beaucoup de choses, qui lui avaient traversé le cœur et la tête pendant cette année de solitude. Il s’était entre autre rendu compte que son angoisse liée aux deux ans précédant le bal représentait juste une affaire de face : il brûlait de présenter Ambrosia à tout Centra, afin que le peuple vît le visage de sa future Duchesse, et avait peur d’être pris de court par des événements que personne ne maîtrisait, alors que dans son cœur, il l’avait épousée cette nuit où il lui avait fait l’amour pour la première fois. Fort de cette certitude, il n’avait dorénavant plus de complexe quant à paraître avec Ambrosia comme le futur couple ducal, d’où cette incroyable pièce d’orfèvrerie, dont la valeur symbolique excédait de très loin la valeur marchande. L’orfèvre avait promptement travaillé : il restait encore quelques jours avant le retour de la jeune fille. Il ferma l’écrin de velours bleu et s’adressa à l’artisan :
-- Vous êtes un maître dans votre art, dit-il en guise de compliment, quoi que vous m’eussiez confié à propos de votre aptitude à travailler les perles. Il est vrai que les métaux ont notre faveur, dans la famille, mais ceci est pure merveille.
Il déposa une caissette remplie de billets rangés par liasses sur le comptoir :
-- Voici comme convenu. Vous pouvez compter.
Il aurait pu user de sa carte de crédit, ou bien de son carnet de chèques, mais il avait préféré la manière traditionnelle : au palais, l’on était très attaché aux traditions. Même le langage y était quelque peu ancien.
-- Monseigneur est trop généreux, fit l’orfèvre en comptant les liasses.
Anthony sourit :
-- Cela est bien peu de chose, comparé à vos talents.
L’artisan ferma la caissette et s’inclina :
-- Ce fut une joie que de vous servir, Monseigneur. Puis-je savoir à qui vous destinez pareil présent ? s’enquit-il poliment.
Anthony secoua la tête :
-- Jusqu’au bal, seuls mes parents jouiront du privilège d’avoir connaissance de l’identité de ma future élue. J’avoue m’être par trop empressé, et je ne tiens pas à ce que l’affaire s’ébruite, au risque de provoquer un esclandre.
-- Ah, fit l’homme avec indulgence… La jeunesse est fougueuse et avide de vivre, et le protocole est bien exigent…
Le jeune homme soupira et sourit :
-- Si tout le duché pouvait être aussi clément que vous… Adieu, mon ami.
Anthony quitta l’atelier de l’orfèvre, et regagna le véhicule de la Garden qu’il avait emprunté. Depuis que les manifestations anti-Garden avaient débuté, il restait l’un des rares à oser s’aventurer seul dans Centra District. Des partisans de la lutte anti-Garden étaient postés partout, et ces berlines blanches, marquées du blason de la Garden, n’étaient que trop voyantes. Quelques places plus loin, deux hommes en costume de civil montèrent dans leur véhicule banalisé qui démarra à peine quelques secondes après lui. Afin de ménager l'intimité du jeune homme, la Police Continentale le suivait sans cesse depuis le début du procès, mais de loin, autant pour surveiller ses mouvements que pour assurer sa protection. Que le fils aîné du Duc passe en jugement était déjà bien assez délicat, il ne fallait pas que d'autres incidents sur sa personne vinssent surcharger l'actualité déjà brûlante.

Anthony préféra passer par les grandes artères, malgré la circulation, afin de se fondre autant que possible dans le flot de voitures, et regagner la Garden sans encombre. Il traversa tour à tour le quartier des affaires, le quartier diplomatique, longea l’avenue commerçante la plus cotée, où boutiques de luxe et hôtels de prestige rivalisaient d'élégance. En passant devant le casino, il sentit son cœur se serrer douloureusement, et un souffle de colère attiser sa haine contre Ultimecia : c’était là qu’il avait effectué sa dernière mission avec Charlotte. Combien allaient encore mourir avant qu’il pût débusquer cette incarnation du mal ? Où se terrait-elle ? Ou plutôt… Quand ? Ultimecia, une Leonhart… Non seulement la famille ducale était-elle en danger, mais c’était tout Centra qui était menacé. Non, pas sa patrie, pour laquelle des générations de Leonhart, y compris son père, avaient tant œuvré. Il ne la laisserait pas détruire cette terre, tant qu’il serait en vie. Il serra les dents, essuya d’une main rageuse une larme qui roulait le long de sa joue, et changea brusquement de file, essuyant au passage des coups d’avertisseur indignés, pour se diriger vers la vieille ville, qui abritait le temple de la Déesse Raven, laquelle, selon la légende, était la première fille de Hyne, et que la dynastie Leonhart vénérait depuis le temps d’Octavia.
– Merde, qu'est-ce qu'il fait, il veut nous échapper ou quoi ? s'exclama l'officier au volant de la voiture banalisée.
– Suis-le ! Ne le perds pas de vue, glapit son collègue.
En maugréant l'officier au volant braqua brusquement pour emprunter le même itinéraire, déclenchant une nouvelle salve d'insultes par avertisseur interposé.
– Qu'est-ce qui lui prend, il ne nous a jamais fait faux-bond, grommela le conducteur, négociant la circulation pour ne pas perdre la berline blanche de vue
– On va le savoir.
– Tu as intercepté un appel ?
– Aucun.
Au fur et à mesure qu'ils progressaient, le trafic s'éclaircissait, et bientôt il n'y eut plus que les deux voitures dans la rue étroite de la vieille ville aux petites maisons penchées serrées les unes contre les autres comme si elles s'appuyaient les unes aux autres pour s'empêcher de tomber, leurs murs trop âgés pour soutenir d'eux mêmes les toitures en bois, les petits balcons surchargés de fleurs. Ici régnait un petit air rural, toutes les maisons possédant un jardinet dans lequel on faisait pousser tout et n'importe quoi, du moment que cela agréait la fantaisie des habitants. C'était comme se promener dans un immense jardin botanique où se succédaient pelouses aux parterres multicolores, potagers bigarrés, serres évanescentes, pergolas éclatantes, bosquets mystérieux, le tout dans un arrangement d'une charmante anarchie, au milieu de la douce folie des couleurs et des senteurs, et des formes végétales les plus improbables que seule la nature était en mesure de sculpter, artiste suprême du monde, tant de fois imitée, jamais vraiment égalée. Ils reconnurent sans peine le bâtiment devant lequel se gara, en quelques coups de volants secs et pressés, la berline de Centra Garden. Au milieu de son alcôve d'arbres penchés sur sa coupole, leurs ramures recueillies, s'élevait le petit mais tant vénéré temple de la Dame Raven, d'une surprenante rectitude au milieu des maisons penchées, à croire que le fil à plomb qui avait servi à les bâtir à l'époque avait fait un pied de nez à la pesanteur trop ennuyeuse qui l'obligeait à se tenir bien droit, mais n'avait osé faire à sa fantaisie lorsqu'il se fut agi d'élever les murs à la gloire de la première fille de Hyne.

Les deux officiers s'arrêtèrent un peu plus loin. Celui qui était au volant commença à détacher sa ceinture pour descendre lorsque son collègue le retint :
– Attends, je ne pense pas qu'il cherche à nous filer entre les doigts.
Ils le virent sortir de sa voiture et entrer précipitamment dans le temple.
– Il n'a pas l'air bien, remarqua l'officier assis côté passager, entrevoyant l'expression contractée sur le visage du jeune homme.
Non loin de là, assis à l'ombre des arbres entourant le temple, un groupe de jeunes garçons se mit en mouvement dès qu'ils virent la voiture de la Garden s'arrêter le long du trottoir. Ils se levèrent, attendirent qu'Anthony ait disparu, et approchèrent. L'officier côté passager fit signe à son collègue et lui montra le groupe qui vint tourner autour de la berline.
– Ceux-là par contre, ne sont pas animés des meilleures intentions.
– Ils ne vont tout de même pas faire un casse devant le temple ! s'exclama le conducteur, scandalisé.
Il défit sa ceinture, commença à ouvrir la portière, cherchant en même temps son arme sous son aisselle. L'autre le retint :
– Eh attends ! On a reçu des ordres, on ne peut rien faire. On n'agira que s'ils s'en prennent à lui.
– Mais on ne va pas les laisser accomplir un acte de violence devant le temple !
– Pour le moment ils n'ont pas l'air de vouloir casser la voiture, dit l'autre en désignant le groupe du menton.
– C'est pas la voiture qu'ils vont casser, c'est sa figure à lui !
De mauvaise grâce, il se rassit.
– De toute façon on ne peut rien faire, répondit son collègue. Pas tant qu'il ne lui arrive rien.
– Ces gosses n'ont vraiment aucun respect ! maugréa l'autre.
Son collègue lui fit un clin d'œil :
– Et toi tu étais prêt à déclencher une fusillade devant le temple, tu crois que tu passes pour un meilleur exemple ? Attendons, c'est encore ce qu'on a à faire de mieux.
Le conducteur croisa les bras sur le volant et étudia les jeunes garçons qui tournaient comme des loups autour de la voiture blanche, le menton pensivement appuyé entre ses bras :
– A ton avis, comme savaient-ils qu'il se rendrait là ? C'est clair comme de l'azurium qu'ils l'attendaient.
Et tous deux, nerveux, les mâchoires serrées, attendirent, craignant le pire. Car que d'autre cherchait une bande de garçons bien bâtis, l'air menaçant, armés d'objets contondants, si ce n'était à tabasser quelqu'un ? Quelqu'un comme Anthony Leonhart.


Anthony se gara sur le premier emplacement qu’il trouva, et s’engouffra à l’intérieur du monument. L’ombre permanente et la fraîcheur conférée par les murs de pierre brisèrent sa fureur, et ce fut d’un pas presque posé qu’il avança dans la nef, vers l’autel. Une cascade avait été aménagée au fond, et était dominée par la haute statue d’une femme au visage serein, dont les grandes ailes d’ange déployées projetaient leur ombre protectrice sur le monde. Elle avait la main gauche posée sur son cœur, et dans l’autre main, elle tenait une fiole, d’où coulait de l’eau, symbolisant le fluide divin destiné à laver le monde de tout ce qui pouvait le corrompre. Des monceaux de fleurs étaient déposés devant la cascade, et des dizaines de cierges l’illuminaient de leur flamme dansante. Des fumées d’encens embaumaient tout l’espace de leur parfum végétal aux propriétés apaisantes. Au fond du bassin où se déversait la cascade, brillaient des centaines de pièces de monnaie. Anthony alluma un cierge, et vint s’agenouiller devant la statue, réalisant que c’était la première fois qu’il venait prier de son propre chef, habité par le besoin de s’en remettre à des forces supérieures.
« Mère de tous les cieux, vous qui veillez sur nos âmes, je vous prie humblement, et vous implore d’accorder vaillance à mon cœur et force à mon bras, pour protéger les miens, et écarter la menace qui plane sur eux. Bénissez ma lame, et tous ceux qui auront le courage de se dresser contre cette ennemie aux pouvoirs si terribles. Je suis prêt à me sacrifier, s’il le faut, et devant Vous, je le jure, je me battrai jusqu’à mon dernier souffle, afin que jamais Ultimecia ne puisse venir en ce monde, en cette époque. Soyez remerciée, Mère de tous les cieux, vous qui, dans votre immense amour, veillez sur le pauvre comme le riche, l’enfant comme le vieillard, le malade comme le bien portant, le mourant comme le vivant. »
Il baissa la tête et se recueillit, méditant longuement sur sa prière. L’eau qui s’écoulait dans un clapotis régulier semblait emporter avec elle ses tourments ; à mesure qu’il respirait, le parfum de l’encens achevait de refroidir sa haine et sa colère, et le plongeait dans un état de paix comme il n’en avait plus éprouvé depuis longtemps. Un léger souffle d’air lui caressa les cheveux. Ce n’était pas Shiva : l’air ne s’était pas teinté de givre. Il releva la tête, et crut voir la statue lui sourire, l’espace d’un instant. Il se demanda s’il ne s’agissait pas d’une hallucination. L’état de sérénité, lui, était bien réel. Il remercia la Déesse de ce bienfait, et sortit, comme rafraîchi, du temple. Il traversait le parvis pour regagner la voiture, lorsqu’il vit quatre individus nonchalamment appuyés à la carrosserie. Apparemment, ils n’avaient pas endommagé la voiture, mais la vue de deux d’entre eux armés d’un bâton lui fit préparer ses défenses. Il se couvrit d’un Protect. Il avait la consigne de ne pas s'en prendre aux civils, mais cela ne lui interdisait pas de se défendre. Les quatre étrangers étaient de solides gaillards, d’à peu près son âge. Il valait mieux ne pas déclencher une bagarre, qui plus est, devant un lieu saint. Il les aborda de la manière la plus pacifique possible.
-- Auriez-vous l'amabilité de vous écarter de ma voiture afin que je puisse la récupérer et partir ?
Ce qu'ils firent, mais pas de la façon dont il l'espérait : ils vinrent l'entourer et le toisèrent d'un regard menaçant, bâton en évidence :
-- Tu ne serais pas Leonhart Junior, celui qui fait la une de la presse en ce moment ? Tu sais qu’on n’aime pas beaucoup vos pratiques à vous, les SeeDs ? Une secte de gosses de riches qui se pavanent avec leurs beaux uniformes blancs dans leur sale pompe à fric.
Avec un soupir las, il passa une main dans ses mèches brunes. Il n'avait vraiment pas besoin de cela. Il leva les yeux et les fixa tous quatre, se préparant sans joie à un affrontement inévitable, et dont il savait qu'il n'en ressortirait absolument rien de bon :
-- Ecoutez, les gars, je n’ai vraiment pas envie de me fritter avec vous. Tout ce que je veux, c’est monter dans ma voiture et rentrer à la Garden. OK ? Alors arrêtez vos conneries et rentrez chez vous. Ca vaudra mieux pour tout le monde.
-- Mais c’est qu’il nous donne des ordres, en plus, ce connard ! Vous l’entendez ? Il le saisit par le col de la chemise : Ecoute, mec, on sait qui est ton père, et ça ne nous fait pas peur, et pour autant que je sache, t’es pas encore à sa place, alors tes ordres, tu peux te les mettre où je pense ! Et puisqu’il paraît que t’es le meilleur de toute ta clique, tu vas servir d’exemple. Et avant qu’on te passe à tabac, écoute bien ce que j’ai à te dire : j’en ai marre de cette pompe à fric qui n’a rien à faire, en plus. C’est vrai quoi, à quoi vous servez, merde ! A buter des sorcières ? Me fais pas rire ! Où est-ce qu’elles sont, hein ? Vous êtes tous là à vous monter la tête avec votre trip ! Moi je vais te dire, moi, ce qui est réel : tu veux savoir ce que mes parents doivent débourser chaque année depuis que ma sœur y est entrée, dans votre foutue Garden ? N’importe quelle université aurait pu faire l’affaire, Centra District ne manque pas de bons établissements, mais non ! Tu sais pourquoi elle a insisté pour y entrer ? Parce qu’elle vous a vus, toi et ton frangin ! Voilà pourquoi ! Et depuis, toutes les économies de la maison passent dans ses études, tandis que moi, je dois bosser pour payer les miennes ! Vous vous faites un fric monstre avec vos missions, et nous on crève la faim ! J’en ai marre, marre !
Il relâcha Anthony en le poussant violemment en arrière, en direction de ses acolytes. La force du jeune homme le jeta droit entre leurs bras, et ils se trouva pris, immobilisé entre deux qui le maintinrent fermement. Fort de cet avantage, son adversaire se rua vers lui dans l'intention de le rouer de coups.

Depuis la voiture de police, les deux officiers sortirent pour se précipiter au secours du jeune homme. Au même moment, un halo de glace éblouissant enveloppa Anthony et brisa leur élan. Le froid intense et violent fit lâcher prise aux deux gaillards qui le tenaient, et Anthony se retrouva libre. Adressant une prière silencieuse et fervente à la gloire de Shiva, il bloqua l’attaque du bras et désarma son opposant. Il jeta le bâton et le mit hors de portée. Loin de se laisser démonter, le jeune homme revint à la charge et joua des poings. Anthony se contenta d’esquiver et de bloquer les coups.
-- Tu vas te battre, oui ? vociféra son adversaire.
-- Non, je n’ai pas été formé pour ça, répondit-il en reculant.
-- Arrête tes salades à la con et viens te battre, espèce d’enfoiré !
Il s’apprêta à lui administrer un coup de poing magistral en travers de la figure. Anthony fut plus prompt, et lui saisit le poignet. Il lui tordit le bras de force dans le dos et l’immobilisa. Le jeune homme se débattit, au risque de se luxer l’épaule. Excédé, Anthony força sur le bras, jusqu’à ce que l’autre émît un cri de douleur :
-- Maintenant ça suffit, dit-il, tout près de son oreille. Je suis fatigué, moi aussi, de tout ce foutoir. Mes camarades ne peuvent plus profiter de leur permission, de peur de tomber sur des fous furieux de votre espèce, et moi j’ai eu toutes les peines du monde à sortir. Vous ne savez même pas de quoi vous parlez, et vous vous permettez de vous en prendre à eux. Je suis désolé pour ta famille, mais je n’y suis pour rien. Alors ne me condamne pas pour ça. Je suis responsable de beaucoup de choses, mais pas de ça. Viens avec moi, dit-il, en le poussant vers la voiture. Ecartez-vous, vous autres, dit-il aux trois acolytes.
Des bruits de pas de course approchaient. Une voix retentit :
– Eh ! Police continentale ! Lâchez vos armes et écartez-vous !
Les deux officiers firent irruption sur l'esplanade du temple, faisant mine de chercher leur arme dissimulée sous leur veste. Apeurés, les trois jeunes garçons prirent la fuite sans demander leur reste. Ne restait plus que le jeune homme tenu par la poigne d'Anthony, et qui se débattait néanmoins avec la force d'un diable :
-- Lâche-moi, enfoiré ! Lâche-moi !
-- Monte, et boucle-la, ordonna-t-il sévèrement en ouvrant la portière côté passager et en le poussant à l'intérieur.
Surpris par l’autorité du SeeD, le jeune homme s’assit et attacha sa ceinture de sécurité. Anthony vit les deux officiers et les salua :
– Merci pour votre intervention, messieurs. Je suis désolé d'être à l'origine de tout ce désordre.
– Tout va bien, M. Leonhart ? s'enquit l'officier qui était côté passager.
Anthony inclina la tête :
– Ca va, merci. Je rentre à la Garden. Il se tourna vers le jeune homme déjà assis dans la voiture : Je te le ramène, c’est promis. Et en un seul morceau. On n’amoche pas les civils, chez les SeeDs. Alors fais-en autant.
Il monta, claqua la portière et démarra en poussant un lourd soupir.
-- Tu m’emmènes où ? demanda son voisin.
-- A ton avis ? rétorqua-t-il.
L’autre poussa un bref soupir et s’enferma dans un silence furibond. Anthony conduisit en silence et sortit de Centra District en suivant patiemment le lent flot de voitures qui s’écoulait le long des grands axes, la voiture de la police roulant derrière lui.

La circulation fut immédiatement plus facile au sortir de la capitale, où la ville faisait place sans transition à la jungle, au milieu de laquelle serpentait la route parfaitement entretenue. Il y avait des autoroutes qui passaient à flanc de montagne ; celles de Centra trouvaient leur itinéraire au beau milieu de la jungle, sous un dôme de verdure éclatante. De chaque côté se dressaient, à intervalles réguliers, les hauts pylônes des barrières électromagnétiques de sécurité qui empêchaient les gros monstres de sortir de leur espace forestier. Les créatures de petite taille, comme les Jelleyes, ne constituaient pas une menace, tant que l’on circulait en voiture dans ces zones laissées à l’état sauvage. Ils avaient parcouru la moitié de la distance qui séparait Centra District de la Garden. Anthony décida de rompre le silence :
-- Je connais un peu cette partie de la jungle, indiqua-t-il, pour l’avoir quadrillée avec des camarades. J’y ai tué quelques Dragons de Rubis. En as-tu déjà vu ?
Le jeune homme secoua la tête, signifiant qu’il écoutait vaguement. Il continuait toutefois à regarder par la fenêtre.
-- C’est très impressionnant, poursuivit le SeeD. La première fois qu’on se trouve face à un de ces bestiaux, on est tenté de fuir. Tu ne peux pas savoir comme c’est gros. Leurs griffes sont longues comme ma main, et leurs dents sont pires que celles d’un requin blanc. Mais ce sont des bêtes magnifiques. Leurs écailles sont rouges comme du grenat, et elles scintillent comme autant de pierres précieuses. Ils possèdent une sorte de crête noire en forme de V sur la tête qui leur donne énormément d’allure. Esthétiquement, elle compense la petitesse de la tête par rapport au reste du corps. Mais le plus beau, c’est leur sang. Ce fluide, c’est de la magie pure : au contact de l’air, il se cristallise et devient comme une pluie de rubis. Je l’ai découvert lorsque j’ai tué mon premier Dragon de Rubis, et depuis, c’est toujours le même émerveillement. C’était il y a quelques années. L’un de ces monstres avait réussi à passer la barrière électromagnétique que tu vois, certainement en brisant un pylône, et il a incendié tout un lotissement à la périphérie de Centra District, semant des centaines de victimes sur son passage. On l’a traqué pendant trois jours et trois nuits, sans relâche. J’étais avec un camarade. Notre première mission. Nous venions de passer le probatoire et étions fraîchement promus SeeDs de Centra Garden. Quand j’ai vu les dégâts qu’avait causé cet animal, les morts, les blessés, j’ai juré de chasser autant de Dragons de Rubis qu’il me serait permis de le faire. Mon ami en a fait autant, et, tous deux, nous avons fondé une sorte de club : les Rubis Incandescents. Le rituel d’entrée consiste à tuer un Dragon de Rubis, sous le parrainage d’un membre du groupe qui en a tué au moins deux. Mais on ne chasse pas n’importe quoi : la règle d’or des Rubis est de ne jamais charger une femelle, et surtout pas une femelle portant des œufs. J’ai mis un certain temps avant de faire la différence entre les mâles et les femelles ; les Dragons de Rubis sont si difficiles à approcher que les documents les concernant sont très rares. Alec – c’est le nom de mon ami – a beaucoup contribué à approfondir les connaissances à leur sujet. Notre bibliothèque regorge d’articles signés de sa main.
Anthony fit une pause et déglutit péniblement, au souvenir de son ami disparu.
-- Il est mort… Il y a quelques mois. Tué par une Sorcière, celle-là même à cause de laquelle je passe en jugement en ce moment, épilogua-t-il avant de se taire.
Il jeta un rapide coup d’œil à son voisin : le jeune homme le considérait à présent avec quelqu’intérêt ; le mépris et l’animosité avaient quitté son regard vert pailleté d’or.
-- Quel est ton nom ? reprit Anthony.
-- Ederan, répondit-il. Ederan McAllister.
-- McAllister ? Ta sœur s’appelle Honoria, n’est-ce pas ? Je suis parti en mission une ou deux fois avec elle. Je ne sais pas pourquoi elle avait tant insisté pour venir avec moi spécialement : on avait une trop grande différence de classes, et ça ne lui a pas profité. Mais maintenant, je comprends. Elle m’avait même demandé de la parrainer pour entrer chez les Rubis, mais j’ai refusé net : dans son cas, ç’aurait été du suicide.
Cette fois, Ederan fut sincèrement surpris : Anthony avait fait le lien entre lui et sa sœur sans la moindre hésitation. Ce type connaissait donc les quatre mille étudiants de la Garden un par un ? La rumeur n’était donc pas fausse. Anthony jeta de nouveau un regard à Ederan : l’air de famille était flagrant ; frère et sœur partageaient ces yeux, et la couleur des cheveux était très proche. Le visage avait également quelque chose de familier, avec ces hautes pommettes et ce front large, bien dégagé, et ce profil racé. Ederan était beau garçon, mais cela n’étonna pas Anthony : Honoria était également très jolie, et connaissait son petit succès auprès des autres garçons de la Garden. Il conduisit en silence durant le restant du parcours.


L’entrée dans la Garden fut des plus pénibles : les manifestants faisaient barrage devant les grilles, et Anthony dut une nouvelle fois user de toute sa patience afin de se frayer un chemin en douceur au milieu de la foule, qui levait des poings furieux à son encontre, et menaçait de se jeter sur le véhicule.
-- Mais c’est quoi, ce bordel ! vociféra Ederan, qui apparemment n’avait pas la tolérance du SeeD, à la vue de ce rassemblement anarchique.
-- C’est comme ça tous les jours depuis quelque temps, expliqua Anthony avec stoïcisme.
-- Quoi ? Et vous les laissez faire ? Mais putain, faut les secouer, ces abrutis ! Ils n’ont rien à faire ici ! Moi, si c’était le même foutoir devant chez mes parents…
-- Laisse tomber, Ederan, j’ai réussi à sortir, je parviendrai à rentrer, fit Anthony.
Abasourdi, Ederan s’emporta de plus belle :
-- Mais sur quelle planète tu vis, mec ? Vous êtes des soldats, oui ou non ? Alors repoussez-les, merde ! Ils n’ont pas le droit de faire ce qu’ils font.
-- Tu n’as pourtant pas hésité à m’attaquer, fit remarquer Anthony, toutefois sans rancune. Nos ordres sont formels : on ne touche pas aux civils.
Ederan défit sa ceinture et ouvrit la portière :
-- Ben justement ! Je suis un civil, et je n’ai pas reçu d’ordre. Ils vont voir !
-- Hé, attends ! s’exclama Anthony. Qu’est-ce que tu comptes faire ?
-- Faire le ménage, répondit Ederan. C’est pas permis, un foutoir pareil !
« Il est fou ! » pensa Anthony. Ne pouvant aider le jeune homme autrement, il le couvrit d’un Protect, et le nimba d’une Aura. Il n’avait aucune idée de ce que cela pouvait donner chez quelqu’un qui n’avait pas été entraîné à canaliser son énergie pour déclencher une Limit Break, mais si bagarre il y avait, l’effet pourrait néanmoins s’avérer intéressant. Ederan dut pousser la portière de force pour l’ouvrir, tant les gens se pressaient contre la voiture.
-- Poussez-vous, bande de nazes, laissez-moi sortir ! Bon Dieu, il n’y a pas moyen ! C’est vraiment qu’une bande de bœufs !
Il abandonna l’option de la portière, baissa la vitre et se glissa dehors, ne se privant pas pour frapper des manifestants au passage, et se fraya un passage jusqu’à l’avant de la voiture.
-- Je ne suis pas SeeD, moi, alors je cogne ! cria-t-il.
Il parvint à l’avant de la voiture, et défia ceux qui bloquaient le passage.
-- Alors ? Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Vous ne voyez pas que ce type essaie de rentrer ? Vous croyez qu’en l’empêchant de passer, vous allez arranger les choses ? Bande d’abrutis ! Tirez-vous, ou il y aura des dégâts !
-- Mais de quoi tu te mêles, blanc-bec ? riposta un homme sur sa gauche. Et d’abord qu’est-ce que tu foutais avec lui ?
-- Ca me regarde.
-- Si tu es avec lui, tu es contre nous ! retentit une voix.
Un grondement d’approbations s’éleva de la foule.
-- J’ai jamais vu une bande d’abrutis pareils, dit Ederan, exaspéré. On vous demande de vous pousser, vous êtes sourds ou quoi ? Merde !
Apparemment, l’Aura produisait quelqu’effet, car le jeune homme, qui n’avait pourtant pas la stature d’un bûcheron, parvint à lui seul à bousculer plus d’une douzaine de personnes. La riposte ne tarda pas. Plusieurs individus se jetèrent sur lui dans l’intention de le neutraliser, mais Ederan paraissait imbattable : plus vif et plus fort que jamais, il leur fit mordre la poussière avec une relative aisance. Par ailleurs, les coups qui lui étaient destinés semblaient ne pas pouvoir l’atteindre, constamment déviés qu’ils étaient, par un obstacle quelconque. Fort de cette bonne fortune, Ederan poursuivit son avancée, et ouvrit un véritable passage semé de bleus et de bosses, suffisamment large pour qu’Anthony puisse engager la voiture. De son côté, Anthony surveillait l’effet des deux sorts qu’il avait lancés sur le garçon, les renouvelant au besoin. Lorsqu’enfin ils parvinrent aux grilles, Ederan remonta dans la voiture. Les grilles s’écartèrent juste assez pour laisser passer le véhicule, puis se refermèrent immédiatement après son passage.
-- Je ne sais pas si je dois appeler ça du courage ou de l’inconscience, commenta Anthony, mais en tout cas, merci.
-- Un peu des deux, je crois, répondit Ederan en réarrangeant ses vêtements. Je n’ai pas l’habitude de me dégonfler lorsqu’il faut se bagarrer.
-- J’ai vu ça. Mais prends garde : tu as eu une sacrée chance, ce coup-ci. Un homme seul qui sort vainqueur d’une foule, ça ne s’est jamais vu que dans les films.
-- Ouais, accorda Ederan. Il regarda en arrière et soupira : Bon sang, quelle bande de lourdauds !
Anthony ne tenait pas à froisser l’amour-propre de son compagnon en lui révélant la vérité. Les SeeDs étaient véritablement les combattants de l’ombre. La voiture fut finalement rangée dans le parking souterrain de la Garden, et tous deux remontèrent. Anthony remit les clés au bureau de prêt de véhicules, et emmena Ederan dans le parc.
-- Viens avec moi, j’ai quelque chose à te montrer.
-- Vous ne vous privez vraiment de rien, constata amèrement Ederan, en regardant tout autour de lui.
-- Désolé, je n’y suis pour rien.
-- Pas étonnant que les études de ma sœur soient si chères… Il faut l’entretenir, ce bahut. Pfff… Tu parles d’un bahut… C’est un palace, oui. C’est vraiment parce qu’il la gâte, sinon mon père n’aurait jamais accepté qu’elle entre ici. Au moins elle a réalisé son rêve, elle a pu t’approcher. Je ne sais pas ce que ça lui a apporté, mais c’est un rêve qui coûte cher à toute la famille.
Il donna un petit coup de pied dépité dans le gazon. Anthony le considéra avec sympathie. Il ne s’était jamais, pour ainsi dire, retrouvé en situation de nécessité, si ce n’était lors de sa première année à la Garden, mais il considérait cet épisode comme une simple anecdote, ni plus, ni moins. La dette qu’il avait dû contracter pour financer son entrée ainsi que les contingences quotidiennes avait vite été effacée par les cachets incroyables qu’il toucha dès la deuxième année : l’équipe enseignante avait tôt fait de le remarquer, et le recommandait fréquemment pour les missions les plus délicates, c’est-à-dire les mieux rétribuées. Il emmena Ederan vers un endroit isolé du parc. Là, dans l’herbe, sous un grand arbre, étaient enchâssées trois dalles de pierre. Sur chacune d’elles était gravé le nom de ceux qui reposaient en dessous, ainsi que leurs dates de naissance et de décès. Il s’accroupit devant les tombes :
-- Ce sont nos premiers morts, expliqua-t-il, le visage fermé. Tous trois tués par une Sorcière. Alec et Charlotte devaient se fiancer cette année, je crois. Ils m’ont été ramenés dans des housses, et mes camarades ont catégoriquement refusé de me dire ce qui leur était arrivé, c’est dire si ça devait être horrible. Ils n’étaient d’ailleurs pas dans leur assiette. Le troisième, Colin, a agonisé sur son lit d’hôpital des suites d’une trop grosse blessure. Celle qui lui a fait ça s’était servi d’un des plus gros monstres de notre centre d’entraînement. Elle a pris possession de l’animal et lui a arraché le bras. Trois morts. Et ça ne fait que commencer. Il y a également eu des civils, pour lesquels nous n’avons rien pu faire.
-- Pourquoi tu me racontes tout ça ? demanda Ederan, visiblement mal à l’aise : il refusait de regarder les tombes.
-- Pour te faire comprendre que les Sorcières ne sont pas une lubie, et que nous, les SeeDs, ne sommes pas là pour parader. Il se leva : Viens, suis-moi. Je ne peux pas régler ton problème, mais je connais quelqu’un qui le peut.
Ils entrèrent dans la Garden, et Anthony conduisit le jeune homme dans l’un des salons de réception. D’ambiance vert pâle ou abricot, l’une et l’autre de ces deux pièces offraient un intérieur coquet et chaleureux, avec d’accueillants canapés et de confortables fauteuils de velours, arrangés en un charmant coin de conversation autour d’une table basse ; le sol parqueté était, à cet endroit, recouvert d’un moelleux tapis. Un grand aquarium tropical abritant les plus beaux spécimens des mers du sud et un coin bar laissé à la disposition des visiteurs complétaient l’ensemble.
-- Attends-moi ici, instruisit-il, avant de sortir du salon.

Anthony trouva Honoria McAllister dans la salle de musique, où la jeune fille s’exerçait à la flûte avec une camarade au piano. Elle avait un talent certain, et sa partenaire se régalait visiblement en l’accompagnant. Anthony laissa le duo terminer son fragment avant de se manifester. Il s’avança en applaudissant :
-- Bravo, c’était très joli. J’ai hâte d’assister au prochain récital de printemps !
Les deux instrumentistes restèrent bouche bée. Honoria fut si surprise de le voir venir à elle qu’elle manqua lâcher sa flûte.
-- Navré de vous interrompre, vraiment. Honoria, il y a une visite pour toi, dit-il simplement. Puis il se tourna vers l’autre jeune fille et lui demanda courtoisement : Puis-je te l’emprunter ? Je crains que nous en ayons pour un moment.
-- Mais je t’en prie, Anthony, répondit la pianiste en rassemblant ses partitions. Je sais bien que tu ne déranges personne pour rien. Elle se leva pour prendre congé : A plus tard, Honoria.
-- Merci, Katarin, dit-il, avant de s’adresser à Honoria : On y va ?
Elle lui emboîta le pas :
-- Qui peut bien venir me voir ? demanda-t-elle. Ca fait bien longtemps que je n’ai pas reçu de visite.
-- Tu verras. Il est au salon N°2.
-- « Il » ? répéta-t-elle. Voyons, je n’ai pas de petit copain à l’extérieur.
-- Je ne parlais pas forcément d’un petit copain, répliqua Anthony, constatant l’égocentrisme de la jeune fille. Tu sais, on a des familles, à l’extérieur, et il se trouve qu’elles aiment bien savoir ce qu’on devient de temps en temps…
« Quel hypocrite je fais… Moi qui me suis tu pendant cinq ans… » pensa-t-il. Il céda le passage à la jeune fille à l’entrée du salon vert. Honoria s’arrêta net à peine la porte franchie :
-- Ederan ? Mais qu’est-ce que… Elle se tourna vers Anthony, très troublée : Comment… Vous deux… ?
-- Je suis tombé sur lui, et… on a fait connaissance. En ville, tout à l’heure, dit Anthony en guise d’explication.
A la vue de sa sœur cadette, Ederan se leva, comme éjecté, de son fauteuil, le visage transfiguré par une émotion sincère. Anthony vit, au changement dans le regard du jeune homme, qu’il adorait sa sœur.
-- Honoria ? Bon sang, que tu as changé ! Il tendit les bras : Viens, ma puce, laisse-moi te regarder.
Elle approcha, tout en jetant un regard chargé d’interrogation à Anthony. Il la prit par les épaules et lui déposa un baiser sur le front :
-- Tu es décidément de plus en plus jolie. Tourne-toi un peu… Super, ton uniforme, il te va comme un gant.
-- N’est-ce pas ? répondit-elle avec fierté. Et j’ai gagné vingt classes depuis que je suis là.
-- Je ne sais pas très bien de quoi tu parles, mais si c’est important pour toi, alors je suis très content. Il la serra contre lui : Ah, qu’est-ce que tu as grandi… Il est loin, le temps où on se chamaillait pour la couleur de nos couvertures… Si papa te voyait…
Soudain mélancolique à l’évocation de leur père, il l’écarta, puis regarda en direction d’Anthony, qui se tenait adossé, les bras croisés, contre la porte :
-- Tu ne m’as pas fait venir ici rien que pour que je la revoie ?
-- Vas-y, répète-lui ce que tu m’as dit tout à l’heure, devant le temple de Dame Raven.
-- Eh bien, qu’y a-t-il ? interrogea Honoria.
-- Viens t’asseoir, dit Ederan. Il s’accroupit devant elle et lui prit les mains : Il faut que tu saches que je ne te reproche rien, mais à la maison, ça va très mal. Papa et maman n’en peuvent plus de payer tes études. Elles sont trop chères, tu comprends ? Même moi, j’ai été obligé de trouver quelque chose pour les aider. Et même avec ça, ils n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Il faut que tu les aides, toi aussi. Ils ont fait tout ce qu’ils ont pu, mais maintenant ils n’en peuvent plus.
Elle retira ses mains des siennes :
-- Quoi, tu veux dire que tu es venu ici pour me quémander de l’argent ?
Le ton déplut à Anthony, qui pressentit un drame irréparable. Mais il attendit avant d’intervenir.
-- Voyons, Honoria, dit doucement Ederan, tu es autonome, maintenant. Il est normal que tu aides nos parents. Je te demande ça pour eux ; et surtout pour papa, qui s’est mis en quatre pour satisfaire ton désir de rentrer à la Garden. Tu lui dois bien un peu de reconnaissance. En l’occurrence, il a besoin d’argent. Je sais que tes missions te permettent de vivre hyper confortablement, et que même si tu prends en charge les frais de tes études toi-même, il te reste encore une grosse marge pour te faire plaisir. Toi seule peux nous aider.
-- Mais je n’ai aucune envie de…
Cette fois, c’en était trop.
-- Honoria, coupa Anthony sur un ton qui n’admettait pas de réplique, ton frère est l’un de rares à avoir une bonne raison de se retourner contre la Garden. Ne lui en donne pas une deuxième. C’est un chic type, et s’il te demande de faire ce geste, c’est qu’il ne peut vraiment pas faire autrement. Je connais ton grade, et je peux t’assurer que 200 000 Gils par an avec ce que tu gagnes, ce n’est rien. Et si tu trouves que ça pompe, eh bien ça te poussera à entreprendre des missions plus risquées… Je ne recrute pas en dessous de la classe 50. Les Rubis sont une élite, tout le monde le sait, et je ne l’ai jamais caché.
Il lui lança un de ces regards lourds de signification, que peu avaient la force de soutenir. Honoria rougit violemment et baissa la tête.
-- Très bien, capitula-t-elle. Je veux bien participer, pour les 200 000 Gils.
Ederan l’embrassa :
-- Tu nous enlèves une très grosse épine du pied, je t’assure.
Honoria se tourna vers Anthony :
-- Est-ce que je peux disposer, maintenant ?
-- Je t’en prie, dit-il en lui ouvrant galamment le passage.
Elle s’en fut, presque trop vite.
-- Elle n’avait pas vraiment l’air ravie de te revoir, observa Anthony, une fois que les deux jeunes hommes furent seuls.
-- Elle a toujours été traitée comme une princesse, et ça l’a rendue égoïste, mais je l’aime comme ça, je n’y peux rien. En tout cas je te remercie, même si je suis désolé que tu aies eu à intervenir.
-- Ne t’y trompe pas : je n’ai fait que défendre les intérêts de la Garden. Les types comme toi, je préfère les avoir de mon bord plutôt que contre moi.
-- Au moins tu as l’honnêteté de me l’avouer, soupira Ederan.
-- Puis-je quand même t’inviter à prendre un verre ? Après ça, je te ramène.
-- Ce n’est pas de refus.
Tous deux sortirent du salon, et Anthony emmena Ederan vers la cafétéria ; ils traversaient le hall, lorsqu’un SeeD surexcité, qui n’était autre que Paul Andrews, descendit à toute vitesse d’un des escalators en poussant un grand cri de victoire. Il aperçut Anthony et le héla :
-- Anthony ! Anthony ! Il faut que tu voies ça. Monte vite ! A la baie vitrée du premier, tu verras mieux.
-- Eh bien Paul, fit Anthony, il faut que ce soit vraiment extraordinaire pour que tu te mettes dans un tel état d’effervescence !
-- A qui le dis-tu ! Suis-moi. Ton père est un homme épatant, je te le dis !
-- Mon… Mon père ? Mais qu’est-ce qu’il a à voir là-dedans ?
-- Ah, cesse de poser des questions stupides et monte voir.
Anthony leva les mains et haussa les épaules en signe d’incompréhension totale à l’adresse d’Ederan, et tous trois empruntèrent un escalator pour l’étage. De nombreux SeeDs étaient déjà amassés devant l’immense baie vitrée et regardaient en direction des grilles.
-- Laissez passer le « VIP », claironna joyeusement Paul en arrivant.
On leur céda la place, et Anthony put enfin découvrir l’objet de l’excitation de son camarade Rubis, si placide d’ordinaire : la garde montée du Duc était en train de disperser la foule, sans le moindre ménagement, usant des Chocobos comme de véritables instruments d’assaut.
-- Et ce ne sont pas les Chocobos de parade ! renchérit Paul. Une intervention du Duc en faveur de la Garden, ça fait mal. Si après ça, ils reviennent encore nous assaillir, je me fais Chocobo Boy ! Vous parlez d’une reconversion !
La remarque provoqua des éclats de rire parmi tous les SeeDs qui se tenaient autour d’eux. Anthony réalisa qu’il n’avait pas entendu ses camarades rire de bon cœur depuis bien longtemps, et ce fut le cœur presque léger qu’il observa l’espace devant les grilles de la Garden se vider des manifestants. On pouvait aisément distinguer, dominant la foule, montés sur leurs grands Chocobos de combat au plumage gris, les gardes du Duc en uniforme bleu. Les oiseaux coureurs eux-mêmes en imposaient par leur allure, puissamment caparaçonnés, portant casque et plastron frontal, harnais de combat permettant d'y mettre des armes, guêtres pour protéger les pattes, serres de combat aux pieds et épaulières renforcées surmontées de pointes d'assaut, adaptées aux ailes certes atrophiées ne leur permettant pas de voler, mais suffisamment puissantes pour donner des coups.
-- Tu sais, Paul, ils risquent de revenir une fois ou deux, dit-il.
-- Et tu crois que la garde de ton père reviendra les repousser ?
-- J’en suis certain. Nous avons peut-être ordre de ne pas riposter, mais le Duc ne peut pas se permettre de laisser Centra District en proie au désordre. Il a agi aujourd’hui, il sera obligé d’agir demain si cela se reproduit.
-- Ca leur servira de leçon, à ces lourdauds, marmonna Ederan.
Anthony lança un regard au jeune homme et sourit :
-- Comme quoi, tout vient à point à qui sait attendre… Alors, on le prend, ce verre ?
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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Lun 11 Juil - 0:09

Pour fêter mon retour sans casse du ski (je suis sûre que je vous ai beaucoup manqué :p :p), je vous poste ce chapitre que j'aurais pu aisément intituler Tornado, ou Tsunami, à cause du contenu émitionnel si divers et contrasté qu'on est comme emporté dans une tempête. Chapitre difficile à écrire, à cause de l'étude psy, qui m'entraînait en terre complètement inconnue. Je voulais être dans le vraisemblable. A vous de juger. La charge émotionnelle est tout de même assez bonne, quand je relis le début et les adieux entre Edea et ses Guardian Forces, ça me fait encore quelque chose. J'ai voulu donner une conscience à ces créatures qui ne sont jamais que des invocs ultra puissantes dans le jeu, elles ne font qu'apparaître, mettent leur patate à 5000-9000 HP et repartent. Le jeu laisse pourtant penser que les GF sont des créatures douées d'intelligence, à en croire Ifrit (élément Feu) qui hésite quand il voit Shiva (élément Glace) apparaître devant lui (à condition de l'invoquer), ou bien les deux frères Sacred et Taurus qui jouent à pierre-papier-ciseaux pour savoir lequel s'y colle. Ou encore Diablos qui m'a bien fait rigoler quand je l'ai réveillé (Who dares disturb my sleep !!! qu'il hurle avant de vous coller un énorme Demi, et quand il est vaincu il s'écroule en disant Too much sleep...). J'ai voulu approfondir cet aspect en créant une vraie relation entre les personnages et leurs GF. Mais bon je ne suis pas la seule, beaucoup d'autres auteurs des fanfics de FF8 ont eu cette idée qui coulait de source. A croire qu'on a tous lu Anne McCaffrey ;p

Les références directes au jeu : le domaine de Blue Heaven, où on capture effectivement Tonberry King et Odin, aux endroits exacts où je les ai mis dans le récit. Solmyr est une invention, Odine non (dans la VF c'est Jeyser, ou Geyser, je ne sais plus). Le coup de la lampe magique est également une référence directe, puisque c'est Cid Kramer qui la donnera plus tard à Squall. La plage est également une référence, puisque dans les flashbacks du jeu les enfants de l'orphelinat qui ne sont autres que les personnages principaux du jeu (on se demande comment ils se sont tous retrouvés à Balamb Garden) n'avaient pas le droit d'y descendre pour y jouer. L'explication est de moi, et conforme aux craintes d'Edea.

Encore une fois c'est MA version de comment les choses se sont mises en place pour en arriver au jeu, tout y est contestable. Mais j'y ai réfléchi parce que je n'ai pas aimé la façon dont Square nous a parachuté certains gros événements qui arrivaient vraiment comme des hasards scénaristiques miraculeux. Disons que le scénar était intéressant jusqu'à la moitié du CD3. Après ça c'était du boss-chasing, et le CD4 était presque entièrement consacré à la bataille finale dans le chateau d'Ultimecia, avec cette histoire de compression temporelle complètement parachutée et sans justification aucune. Si ce n'était un boss ultime possédant 200 000 PdV et vous mettant des claques à 9999 HP (les persos en ont 10 000 au maximum de leur progression). Par contre, à la fin on a une GROSSE récompense cinématique qui compense tous les manquements du jeu, les combats casse-têtes, le gameplay difficile (longue courbe d'apprentissage pour saisir toutes les subtilités du système de Junction), l'adaptation complètement abyssale sur PC...

Voilà voilà, place à la lecture.


Chapitre 13

Edea borda Phillea et l’embrassa.
-- Dis, Matwin, est-ce qu’on pourra retourner voir le Prince de la Lune un jour ? Ca fait longtemps que je ne l’ai pas vu…
La petite fille ne démordait pas de ce surnom dont elle avait affublé le jeune homme dès le premier jour. La lueur de fierté qui passait dans les yeux de l’enfant à chaque fois qu’elle pensait à Anthony n’échappa pas à Edea : Phillea avait trouvé dans ses relations oniriques un fabuleux jardin secret, et elle comptait le faire savoir. Edea lui caressa les cheveux :
-- Je suis désolée, mon trésor, mais tu sais, le Prince de la Lune est très occupé en ce moment. Il a tellement de travail qu’il n’a même pas le temps de voir sa princesse.
-- Oh, c’est dommage… Je les aime tant, tous les deux. Je voulais leur montrer le petit elfe que j’ai trouvé, sur la plage. Il est mignon comme tout.
« Oh mon Dieu… » Edea se sentit pâlir affreusement, drainée de toute force. La plage était un lieu où des Esprits Sauvages avaient l’habitude de venir, attirés par le scintillement des vagues sous le soleil. C’était là qu’elle avait capturé Alexander. Et Phillea, cette si délicieuse enfant…
-- Phillea, prononça-t-elle d’une voix qu’elle ne put contrôler, jamais, m’entends-tu, jamais ne retourne sur la plage.
-- Mais pourquoi ?
-- Il y a… Il y a des elfes très méchants qui peuvent te faire très mal, sur la plage.
-- Je n’en ai pas vu, répartit la petite file sur ton dont l’innocence déchira Edea.
-- Peu importe, ma chérie. Promets-moi de ne jamais retourner sur la plage.
-- Mais les autres y vont bien, eux…
Les enfants avaient une telle notion de justice et d’égalité…
-- Je leur dirai de ne plus y descendre, promit-elle. Cet endroit est très dangereux pour les enfants : si vous jouez trop près des vagues, elles vous emporteront. Sois sage, et obéis-moi.
Phillea émit un petit soupir résigné :
-- D’accord… Mais je peux quand même jouer avec mon petit elfe ?
-- Non ! s’exclama Edea dans un sursaut d’effroi, au risque de réveiller les enfants qui dormaient. Elle se ressaisit, et répéta d’une voix plus calme : Non. Je suis désolée, Phillea, insista-t-elle, en voyant la frimousse se décomposer irrémédiablement, mais tu ne dois pas jouer avec ton elfe.
Edea refusait de céder à la compassion. Elle savait le bonheur que procurait une Jonction réussie, la joie de sentir cette présence amicale pulser dans sa tête, le sentiment de protection qu’elle procurait, mais la peur de voir Ultimecia s’emparer de la petite fille, en faire son jouet, puis la tuer lorsqu’elle en aurait terminé, était trop grande pour qu’elle permît à Phillea de jouir de sa Guardian Force fraîchement capturée. Perdre Phillea serait une trop grande déchirure. Mais comment faire comprendre à une enfant de cinq ans qu’elle était différente, et qu’à cause de cette différence, elle courait un terrible danger ? Phillea ne se consolerait jamais de ne pouvoir jouer avec l’Esprit Sauvage qu’elle avait capturé, et cela seul compterait à ses yeux. Le toucher mental d’une Guardian Force provoquait une addiction immédiate et irrépressible. Edea serra la petite fille contre elle :
-- Ne pleure pas, Phillea. Je ne t’ai jamais rien interdit, tu le sais. Mais là, je te demande de ne pas jouer avec ton elfe. C’est très important. Il y a… Il y a une très méchante dame qui cherche les petites filles comme toi, qui peuvent jouer avec des elfes. Elle les déteste, et si elle te trouve à jouer avec ton elfe, elle te fera très, très mal. Et je serai très triste.
-- Je ne veux pas que tu sois triste, Matwin !
-- Alors tu dois me promettre de ne pas jouer avec ton elfe.
-- Mais je l’aime tellement ! gémit-elle
-- Je sais mon enfant, et ce sera très dur de ne pas jouer avec, mais tu ne dois pas le faire. La méchante dame peut voir partout, et elle te trouvera. Tu me le promets ?
Phillea renifla bruyamment et s’essuya les yeux du dos de la main. Edea sortit un mouchoir pour lui essuyer le visage et la moucher. Elle la berça ensuite contre elle :
-- Je suis désolée, mon trésor. Je suis très contente que tu aies trouvé cet elfe, et je t’aurais appris à faire plein de choses avec, s’il n’y avait pas eu cette dame. Mais voilà… Dors, à présent. Demain sera un autre jour.
Elle la rallongea dans son lit, et distilla un sort de sommeil, de sorte que Phillea s’endormît tout doucement, malgré elle. Edea se promit de réveiller la petite fille au matin pour leur habituel petit déjeuner en tête à tête : le sort de sommeil agissait tant que le sujet endormi n’était pas dérangé, et si elle laissait Phillea dormir jusqu’au réveil des autres enfants, nul doute que la petite fille lui témoignerait une immense rancune. Edea put enfin quitter le dortoir, hantée par la peur : Phillea était trop précoce. Parvenir à un si jeune âge à dompter un Esprit Sauvage laissait sous-entendre l’immensité de ses futurs pouvoirs. Ultimecia n’hésiterait pas. Il fallait trouver un moyen de cacher Phillea, et pour cela, masquer le potentiel qui était en elle aux yeux de la Sorcière. Mais comment ? Edea ne connaissait aucun moyen de le faire, fût-il magique, ou matériel. En descendant à sa chambre, elle chercha qui, au sein de l’immense réseau de connaissances dont elle disposait, serait susceptible de lui venir en aide. Elle avait un vieil ami, une sorte de collectionneur, un amateur de curiosités, qui ne manquait aucun congrès, aucune brocante, dussent-ils se tenir à l’autre pôle de la planète. Peut-être pourrait-il la conseiller. De part ses innombrables voyages, il avait certainement noué des relations fort intéressantes dans tous les domaines.

Il se sentait plus fébrile qu’un collégien lors de son premier rendez-vous galant. Il avait tant attendu cet instant qu’à présent il nourrissait la crainte de le voir gâché : retrouverait-il Ambrosia comme il l’avait laissée partir ? Un an de séparation, n’était-ce pas trop long ? Mais qu’est-ce qu’il racontait ? N’avait-il pas assez foi en son cœur pour douter de la sorte ? Il chassa ces pensées sacrilèges de son esprit et alla s’asseoir dans un endroit du hall d’où il pouvait aisément surveiller les entrées et sorties, scrutant sa montre quasiment toutes les cinq minutes. Il aperçut Edea, toujours très ponctuelle pour ses cours de Mysticisme. Elle le vit à son tour, et marcha vers lui :
-- Bonjour, Wilfried, dit-elle simplement. Ambrosia rentre aujourd’hui, je crois…
-- Bonjour, Professeur, oui, en effet.
-- Vous devez être impatient…
Il esquissa un sourire, et avoua :
-- Pire qu’un gamin de quinze ans.
Elle lui rendit son sourire, et dit, une ombre de tristesse dansant dans ses magnifiques yeux sombres :
-- Je sais ce que c’est qu’être loin de l’être aimé. Savourez votre chance de la retrouver. Et… Wilfried…
Le regard qu’elle porta sur lui l’intrigua, comme si elle savait quelque chose que lui ignorait, mais qu’il était censé savoir.
-- Je sais que beaucoup de choses ont pesé sur vos épaules ces derniers temps. Quoi qu’il advienne, ne vous effondrez pas. Vous l’avez attendue pendant un an, votre patience et votre courage ne peuvent pas souffrir plus ; ayez le courage de l’attendre encore un peu. Si vous avez besoin d’amitié, sachez que je suis là. Pour vous deux.
Anthony n’y comprit rien, et ne trouva rien de valable à répondre.
-- Merci, Professeur, balbutia-t-il néanmoins, touché par cet exceptionnel témoignage de sollicitude, dont toutefois il ignorait la raison d’être.
Elle lui pressa chaleureusement l’épaule, et s’éloigna. Anthony la suivit des yeux, décidément très intrigué par les dernières paroles de la jeune femme. Qu’entendait-elle par le fait de devoir attendre encore ? Il n’eut pas le temps de se perdre en réflexions, car Ambrosia franchit les portes. Il bondit sur ses pieds, l’émoi le gagnant tout entier. Elle était enfin là. Vêtue d’un élégant tailleur de ville, les cheveux pour une fois libres, elle était resplendissante, encore plus belle que dans ses souvenirs, lumière de ses jours, astre de ses nuits, sa source de force et de paix. Comment avait-il pu survivre si longtemps loin d’elle ? Tel un somnambule, occultant tout ce qui se passait autour de lui, il parcourut l’espace qui le séparait d’elle. Elle l’aperçut, s’arrêta et le regarda approcher, une main posée sur le cœur, et l’autre sur la bouche, comme si elle voulait s’empêcher de fondre en larmes. Comme l’attente avait dû être longue et difficile pour elle aussi… Et ce fut le cœur lourd de mélancolie qu’il l’aborda, en dépit de l’intime étincelle de bonheur que ces retrouvailles lui apportaient.
-- Bonjour, Ambrosia… dit-il simplement.
Ambrosia… Depuis combien de temps n’avait-il pas prononcé ce nom si cher ? Elle ne répondit pas, et resta là à le regarder, comme si elle n’osait croire qu’il se tenait bien devant elle. Il remarqua un étrange éclat dans ses yeux peut-être trop brillants, mais ne sut qu’en dire. Il lui prit une main entre les siennes et la porta tendrement à ses lèvres. Mille émotions s’emparèrent de lui, alors qu’il redécouvrait cette chaleur, cette peau si douce et parfumée, et cette fragilité exclusivement féminine, pour laquelle il se damnerait à protéger.
-- Mon aimée… Tu t’es bien fait attendre, murmura-t-il en déposant un baiser au creux de la paume.
Avec l’impression de revivre enfin, il appliqua amoureusement la main contre sa joue.
-- Je ne te laisserai plus jamais seule. Plus jamais.
Un imperceptible tressaillement rompit le charme. Ambrosia avait le visage détourné de lui, et des larmes coulaient librement de ses yeux. Anthony sut alors ce qui avait vaguement attiré son attention à leur sujet : ces larmes n’étaient pas les premières de la journée.
-- Mon Dieu, Ambrosia, qu’y a-t-il ? demanda-t-il avec une vive inquiétude.
Elle secoua la tête et se tamponna les yeux du dos de sa main libre, dans un vain effort de sécher ses larmes :
-- Je te demande pardon, Wilfried, mais je crois… Je crois que je n’aurais pas dû rentrer de sitôt.
Pas de sitôt ? Un an d’absence n’était donc pas assez long ? Il l’entraîna vers le banc où il était assis plus tôt :
-- Ne restons pas là, viens t’asseoir et parle-moi.
Elle secoua la tête et lui résista.
-- Aide-moi seulement à transporter mes bagages, tu veux bien ? J’ai une très grosse malle pleine de matériel, et le taxi m’attend pour régler la course.
Pour Anthony, ce fut comme chuter d’un ravin vers une fosse sous-marine. Il ne s’était pas attendu à cette version de leurs retrouvailles, qui le saisissait comme un piège à loup. Pourquoi cette froideur ? Que s’était-il passé ? Qu’avait-il fait de mal ? Trop bouleversé pour réagir, il la suivit comme un automate à l’extérieur pour l’aider à décharger ses affaires du taxi qu’elle avait pris pour rentrer de l’aéroport. Ils déposèrent la malle au service des retours de mission, puis il porta sa valise vers la chambre qu’elle occupait au pavillon des étudiants de première année. Après les événements dont elle avait été victime, Ambrosia n’avait pas tenu à réintégrer son ancienne chambre.

Elle ouvrit la porte, mais ne put entrer sur l’instant, assaillie par une foule de souvenirs, les uns infiniment doux, les autres affreusement amers, mais tous vecteurs d’une extrême tristesse, notamment à la vue du lit de camp sur lequel Anthony avait passé toutes les nuits auprès d’elle, en parfait gentleman malgré le désir qui le dévorait, fidèle pilier de réconfort dans ses moments de profonde détresse. A présent, la page était tournée, mais les souvenirs restaient indélébiles. Il ne devait pas la voir pleurer de nouveau : presque précipitamment, elle lui prit la valise des mains et entra.
-- Merci Wilfried, réussit-elle tout juste à dire, avant de fermer la porte derrière elle.
Il l’en empêcha en s’interposant dans l’encadrement :
-- Non, un instant, je te prie.
-- Par pitié, Wilfried ! implora-t-elle, avant de s’abandonner, le visage entre les mains.
Sans l’obliger à lui faire face, il l’attira à lui et l’enlaça :
-- Je vois bien que tu as besoin de parler à quelqu’un. Confie-toi à moi, je t’en prie, mais ne reste pas ainsi. Cela me fend le cœur de te voir dans cet état.
-- Je ne vois pas comment je pourrais me confier à toi dans ce cas précis, répliqua-t-elle entre deux sanglots. Tu ne comprendrais pas.
C’était un véritable coup de griffes en travers de son cœur. Trop choqué, il la lâcha et tituba presque.
-- Mon Dieu, Ambrosia, je veux comprendre, je le peux ! Je suis là pour ça. Si je ne le puis, qui d’autre le pourrait ?
-- Laisse-moi seule, s’il te plaît. Sois gentil.
Vexé, blessé, aussi sûrement que si elle l’avait repoussé physiquement, il rétorqua sans ménager le ton :
-- Bien, reste seule, si ça t’amuse. Moi qui croyais que tu serais impatiente de me revoir après tout ce temps… Ce n’était pas la peine de revenir. Tu aurais dû y rester, dans ta retraite. J’étais plus heureux à me contenter de ton souvenir que maintenant en te revoyant.
Sans rien ajouter de plus, il s’éloigna d’un pas furieux. Elle l’appela. Il fit la sourde oreille. Elle l’appela encore, et essaya de le rattraper. Il pressa le pas. Elle courut et le retint de justesse par le bras. Il refusa de se retourner.
-- Ecoute-moi, je te demande pardon. Ne le prends pas mal, je t’en prie, mais j’ai besoin d’un peu de temps… S’il te plaît…
Il se dégagea brusquement :
-- Laisse-moi. J’ai du courrier en retard. Va donc vaquer à tes occupations.
Et il repartit, la laissant là, alors qu’elle s’effondrait en larmes, terrassée par sa dureté.


Il entra comme un ouragan dans sa chambre et claqua violemment la porte. Jamais il n’avait eu si mal de sa vie. Etait-on donc si vulnérable, lorsqu’on était amoureux, à la merci de paroles mal placées par l’être aimé, au point de les ressentir comme de véritables coups de poignard ? « Tu ne comprendrais pas »… Un an à l’attendre, pour se voir rejeter comme un malpropre… Mais pourquoi ? Pourquoi, grand Dieu ? Il vit au passage l’écrin bleu qui reposait sur son bureau, dans l’attente d’être offert à l’occasion d’un moment intime avec Ambrosia. Il s’en saisit et le jeta dans la corbeille à papiers. A quoi bon ? Il lâcha un juron et se laissa tomber sur son lit, la tête entre les mains, ne sachant plus si c’était de rage, de frustration, ou de douleur qu’il écumait. « J’ai besoin d’un peu de temps »… De combien de temps encore ? Un an avait été suffisamment difficile à supporter. Et maintenant qu’elle était revenue… Combien de temps allait-il devoir lui concéder avant de devenir véritablement fou, à force d’être près d’elle sans pouvoir l’approcher ? Attendre encore… Ces mots résonnaient de façon familière. Attendre encore… Mais pourquoi ? Il n’en avait plus la force. Après ce qui venait de se produire, il se sentait découragé. « Si vous avez besoin d’amitié… » Les mots d’Edea lui revinrent en mémoire, et lui apportèrent quelque réconfort. Edea savait ce qu’Ambrosia refusait de lui dire, et l’avait prévenu. Sans doute pourrait-elle l’éclairer et l’aider à ramener la situation sous des auspices plus sereins. Il était peut-être en peine, mais Ambrosia l’était certainement davantage, à en croire les larmes qu’elle avait versées, et cela lui était intolérable. Il se leva et se dirigea vers la porte. Alestar se tenait devant, prêt à frapper pour entrer.

-- A voir ta tête, je devine que ça ne s’est pas très bien passé, dit son cadet.
Il soupira et s’écarta pour le laisser entrer :
-- Non, c’est le moins que l’on puisse dire. On s’est plus ou moins disputés, j’ai réagi comme un gamin, et je lui ai fait beaucoup de peine.
-- Mais sur le coup, tu devais te dire que ce n’était que de justice… devina Alestar.
Il s’installa dans le fauteuil face au bureau, et feuilleta distraitement une revue d’armes qui traînait dessus. Il s’arrêta sur une page :
-- Tu as vu ? Il faut vraiment que ta Gunblade intéresse beaucoup de monde pour qu’on ait prévu une amélioration. « Lionheart », qu’ils l’ont baptisée… Ca manque vraiment d’originalité…
-- Je suis très bien avec ma Revolver telle qu’elle est, répliqua Anthony, ne sachant trop comment prendre les propos de son frère.
Il n’aimait pas le voir faire diversion : c’était toujours en prévision d’une attaque dont il était difficile de se relever.
-- Il faut que je te dise une chose… repartit Alestar.
Anthony retint son souffle.
-- Je suis tombé amoureux d’elle le jour où je l’ai vue. Mais sachant tes vues sur elle, je n’ai pas tenu à entrer dans la compétition. Je me suis malgré tout promis de la protéger par tous les moyens, que jamais elle n’ait une larme à verser.
-- Mais tu as trouvé Alicia…
-- Et je suis heureux avec elle, sois sans crainte. Cependant, Ambrosia tiendra toujours une place particulière, certainement parce qu’elle a été la première à faire battre mon cœur. J’ai exécuté Brian pour l’avoir fait si atrocement souffrir. Que crois-tu que je doive faire, maintenant que tu l’as fait pleurer, toi mon propre frère que j’aime par-dessus tout ?
Anthony ignorait que son frère avait éprouvé quelque chose pour Ambrosia : Alestar savait parfois si bien cacher ce qu’il ressentait. Encore un de ces sacrifices… Cela ne finirait donc jamais… Qu’est-ce qu’Alestar n’avait finalement pas sacrifié pour le bénéfice de son frère aîné ?
-- Mais… mais rien du tout, balbutia-t-il. C’est à moi de m’amender.
Alestar bondit du fauteuil et lui administra une gifle si cinglante en travers du visage qu’il en perdit l’équilibre.
-- Ne recommence jamais ! fulmina-t-il. Je vous aime trop tous les deux pour supporter de vous voir vous faire de la peine.
-- Hé, mais ça va finir par devenir une habitude ! s’exclama Anthony en se redressant dans un élan de rébellion. J’espère que tu n’es pas venu uniquement dans le but de me flanquer une gifle, parce que le déplacement n’en valait franchement pas la peine !
-- Non, mon cher frère, je suis venu t’annoncer autre chose. Père et mère comptent sur notre présence pour leurs vingt-cinq ans de mariage. Tout le gratin y sera. Et puis il y a encore autre chose. Je ne savais pas trop comment m’y prendre, mais vu ce qui vient de se passer, je vais te le dire sans détour, histoire de tout déverser. Mère est enceinte.
Deuxième coup d’estoc. Pris d’un violent vertige, Anthony chancela et dut s’asseoir.
-- Comment est-ce arrivé ? demanda-t-il sans force.
-- De la façon la plus naturelle possible. Toutes les femmes ne tombent pas enceintes à la suite d’un viol, tu sais. Je savais que tu serais encore sensible au sujet, même après tout ce temps, c’est pourquoi je ne savais pas comment te l’annoncer. Maintenant, c’est fait. Désolé pour le choc.
-- Mais… à son âge…
-- Comment cela, « à son âge » ? Notre mère est encore jeune, belle, et de surcroît elle est resplendissante de santé. Je ne vois pas ce qu’il y a de dangereux. Elle peut encore donner naissance à un ou deux enfants…
-- Combien de temps ?
-- Trois mois.
Il secoua lentement la tête :
-- Dire que je pourrais être son père… Tu as vu l’écart d’âge ? Pourquoi avoir décidé d’en faire un si tard ?
-- Oh ça, personne ne nous le dira. En tout cas, moi, je suis ravi d’avoir un petit frère. Ca ne fera jamais qu’une personne de plus à martyriser… conclut-il en lançant un clin d’œil. Tu allais quelque part, je crois. Je ne te retiens pas plus.
Il s’apprêta à sortir, lorsqu’il remarqua quelque chose dans la corbeille à papiers ; il ramassa l’écrin, et le tendit à Anthony :
-- Tu as laissé tomber ça dans la corbeille, je crois. Je me demande ce que ça faisait si près du bord. Tiens, reprends-le avant qu’il ne passe à la benne…
Il s’arrêta à la porte et se tourna légèrement, pour dire par-dessus son épaule :
-- Plus sérieusement, je tenais à te dire que je suis content que cette querelle avec Père soit enfin enterrée. Tu as fait ce qu’il fallait, et je t’en félicite. Ca n’a pas dû être facile.
Et là-dessus, il prit congé, laissant son frère au bord des larmes.

Sitôt après son cours, Edea descendit et s’en alla vers le pavillon des étudiants de première année. Ce billet était un véritable appel de détresse adroitement déguisé en requête. Elle parvint à la porte d’Ambrosia et tendit l’oreille avant de frapper. Elle n’entendit pas grand-chose de significatif, et se hasarda à frapper à la porte. Pas de réponse. Elle frappa de nouveau :
-- Ambrosia, ouvrez-moi, je vous prie, c’est Edea Kramer.
Un bruit de loquet se fit entendre, et la jeune fille parut. La mine complètement défaite, un mouchoir à la main pour sécher des larmes qui ne coulaient plus, tant elle en avait versé, elle faisait peine à voir.
-- Comment vous sentez-vous, mon enfant ? demanda Edea avec bienveillance.
C’était plus pour ouvrir le dialogue qu’autre chose : Edea ne devinait que trop l’état dans lequel se trouvait la jeune SeeD. Elle montra à Ambrosia l’enveloppe qu’elle avait trouvée dans le couffin :
-- J’ai trouvé ceci devant la porte de l’orphelinat avant de partir. Entre autres… Souhaitez-vous que nous en discutions ? Entre femmes ?
Ambrosia se jeta dans ses bras et fondit de nouveau en larmes.

Il trouva Edea dans la salle de repos des enseignants. La jeune femme buvait un café, debout à l’une des fenêtres qui regardaient sur le parc. De là, on pouvait voir les écuries et les terrains pour Chocobos de la Garden. Deux équipes occupaient le terrain de Choco-polo, tandis que trois cavaliers évoluaient dans la carrière. Un autre mettait ses talents à l’épreuve sur l’étroite piste de trec.
-- Puis-je vous parler un moment ? lui demanda-t-il. Si toutefois vous avez un moment…
-- Bien sûr, Wilfried, je vous attendais.
La réponse le mit mal à l’aise : voir quelqu’un anticiper sur soi était toujours inconfortable. Elle but une gorgée, puis se tourna vers lui, et le scruta un moment :
-- Ca n’a pas l’air d’aller.
-- Ca ne va pas très fort, avoua-t-il. Vous savez quelque chose, je crois. Au sujet d’Ambrosia.
Elle vint s’asseoir, et fit pensivement pivoter sa tasse entre ses mains :
-- Ce matin, on a déposé devant la porte de l’orphelinat un nourrisson. Son nom est Seifer Almasy.
Almasy ! Et lui qui croyait en avoir fini avec ce nom. Anthony crut défaillir. Alors c’était ça : Ambrosia avait confié l’enfant à Edea, la mettant ainsi dans le secret.
-- Laissez-lui le temps de se remettre de ce qu’elle a dû faire. Elle vous reviendra d’elle même, lorsqu’elle sera prête. Elle est en proie à la culpabilité, et essaye de lutter pour s’en défaire.
-- Mais pourquoi ne m’a-t-elle rien dit ? Cela aurait pu nous éviter cette malheureuse dispute !
-- Je crois que c’est trop intime pour qu’elle puisse le partager avec un homme, quand bien même fût-il son futur époux. Ce sont des choses… honteuses, que l’on préfère taire.
-- J’étais avec elle lorsqu’elle a pris cette décision, et je vous assure qu’elle ne montrait pas une trace de remords.
-- C’est parce que sa grossesse lui paraissait lointaine, et qu’elle ne le sentait pas encore bouger en elle. Dès lors que l’on sent l’enfant bouger en soi, l’attitude change, et des relations commencent à se tisser. Ambrosia a, tout au plus, supporté sa grossesse, rejetant chaque jour les liens qui l’unissaient à cet enfant dont elle ne voulait pas. C’est un combat dont on sort rarement vainqueur, malgré tous nos efforts. Elle a souffert pour le mettre au monde. Elle a dû éprouver une grande colère à ce moment, et maudire la planète entière de la mettre en pareil état. Et lorsqu’elle a été enfin délivrée, il a fallu nourrir et s’occuper de cet être étranger, qui symbolisait tout ce qu’elle avait subi. Elle ne pouvait cependant pas le condamner. Et elle a été suffisamment généreuse de lui donner le sein pendant près de trois mois, afin de lui apporter l’essentiel. Trois mois durant lesquels elle a vu l’enfant grandir et s’éveiller sous ses yeux. Vous imaginez bien que l’on ne peut rester indifférent. Je ne peux pas vous dire comment elle s’est battue, mais il s’est passé des choses en elle, qui allaient à l’encontre de l’objectif qu’elle s’était fixé par pure raison, d’où le conflit qui l’agite. Enfin, déposer l’enfant devant ma porte a certainement été le plus éprouvant. Elle a dû se demander maintes fois si elle avait bien pris la bonne décision, en accord avec sa conscience, ou bien s’il ne s’agissait pas d’un lâche abandon, ou d’une preuve d’irresponsabilité, ou même d’égoïsme. Elle s’est certainement attachée à l’enfant d’une façon ou d’une autre, bien malgré elle, de telle sorte qu’elle n’est plus sûre de rien à présent. Quoi qu’elle fasse, cet acte la poursuivra toute sa vie durant. On n’oublie pas un enfant qu’on a mis au monde, si peu désiré soit-il. Pendant que vous meniez la mission la plus périlleuse, elle menait la mission la plus pénible qu’un SeeD ait jamais eu à remplir : elle a eu à se battre contre elle-même, contre ses instincts. Et cette bataille-là, elle la livrera chaque jour, sans répit. Et vous-même, Wilfried, vous aurez beau ne pas vous sentir concerné, cet enfant peuplera votre couple, d’une façon ou d’une autre. Vous ne pourrez jamais vous en défaire. En agissant comme il l’a fait, Brian Almasy, si l’on ose dire, s’est montré extrêmement adroit : il a définitivement brisé la quiétude de votre couple.
Elle n’osa pas ajouter qu’à cause de cela, Ambrosia risquait de ne plus vouloir d’enfant. C’eût été trop dur à accepter de la part de celui pour qui la venue d’un fils était essentielle.
-- Voilà, Wilfried, conclut-elle. Comprenez-vous maintenant pourquoi Ambrosia ne vous est pas revenue telle qu’elle vous a quitté ? C’est le genre d’expérience qui transforme à tout jamais. Tout ce dont elle a besoin, c’est de temps.
Il regardait ses chaussures, habité par une rage bouillonnante contre lui-même. Au fil de son écoute, il s’était senti de plus en plus honteux de ses dernières paroles jetées à la figure d’Ambrosia. Pourvu qu’il ne fût pas trop tard pour apporter réparation.
-- Je comprends surtout que je suis un bel imbécile, dit-il après un long silence. Elle avait raison : je n’aurais pas compris. Mais comment aurais-je pu le savoir ? J’ignore tout de ce qu’elle a vécu pendant un an…
-- C’est peut être mieux ainsi. Ne soyez pas trop dur avec vous-même.
-- Je m’en veux, si vous saviez…
Elle se leva et vint lui toucher amicalement l’épaule :
-- Tout ira bien. Laissez faire le temps.
Le lendemain, Ambrosia trouva devant sa porte un bouquet de roses. Une carte y était jointe. Les mots étaient signés de la main d’Anthony : « Pour me faire pardonner mes manières de rustre, si tant est qu’il reste encore quelque chose à pardonner ».


Edea descendit du jet privé de la Fondation, qui s’était posé à proximité d’une haute tour entourée d’un véritable labyrinthe de jardins : le domaine de Blue Heaven. Ce vieil excentrique de Solmyr avait décidément bien nommé sa retraite : il régnait ici un tel calme. Tout paraissait plus paisible que partout ailleurs ; même l’air semblait plus léger et le ciel plus lumineux. Les différents jardins parfaitement entretenus cachaient des statues à l’expression sereine et des fontaines au frais murmure, des arcades aux fleurs pimpantes et de précieux petits vergers. Buissons, arbres et arbrisseaux abritaient des oiseaux par milliers, venus nicher et se réfugier dans la quiétude et le secret de leurs ramures. Edea traversa les allées et progressa vers le centre du domaine, où trônait la haute tour. Elle s’arrêta dans le dernier jardin et alla s’asseoir sur le bord de la fontaine placée au centre, s’abandonnant un moment à l’apaisant clapotis, une main dans l’eau fraîche du bassin. Elle poussa un soupir, soudain troublée par d’inquiètes pensées : n’était-ce pas trop tôt ? Cela faisait plus de trois mois qu’Ultimecia ne s’était pas manifestée, et ce silence ne laissait présager rien de bon. La sécurité des SeeDs et de ses enfants primait avant tout, et si elle gardait ses Guardian Forces… Le cœur déchiré, elle émit un sanglot.
-- Tonberry… prononça-t-elle, la voix étranglée.
Un léger souffle de vent se leva et joua dans ses cheveux couleur jais. Une petite patte verte lui saisit amicalement la main :
-- Vous m’avez appelé, Maitresse, dit-il de sa petite voix nasillarde. Dites-moi où se trouve celui qui vous cause tourments et tracas.
Elle leva les yeux et considéra la petite créature verte couronnée d’or, vêtue de son éternelle robe de moine. Tonberry la regardait de ses petits yeux jaunes tout ronds, dans lesquels pulsait l’inquiétude de quelqu’un pour un ami cher.
-- Il ne s’agit pas de cela, Tonberry mon ami. Je vais devoir rompre notre complicité.
Les yeux du petit lutin s’agrandirent et stupeur, et il tomba sur son derrière.
-- Mais enfin, Maîtresse Edea…
-- Tonberry, mon ami, je suis devenue une menace potentielle, et je ne peux pas garder en mon pouvoir un compagnon aussi puissant que vous.
Les yeux de Tonberry se déformèrent et prirent un expression pathétique :
-- Alors je vais retourner à la solitude ?
-- Je le crains, mon ami. Elle serra la petite patte : Ah, je me sentirai bien seule sans vous… Mais regardez le lieu de séjour que je vous ai trouvé. N’est-il pas charmant ? Vous pourrez vous reconstituer une petite cour de Tonberries en toute quiétude.
Prononcer ces mots sans fondre en larmes lui avait demandé tout son courage.
-- Certes, Maîtresse Edea, répondit Tonberry en regardant tout autour de lui, mais rien ne remplacera notre amitié.
Il baissa sa petite tête, pour ne pas montrer ses yeux tout déliquescents. Elle s’agenouilla près de lui et le réconforta :
-- Allons Tonberry, ce n’est pas si mal, d’être libre.
-- Etre captif de votre esprit a été le meilleur sort qui m’ait jamais été réservé. Cet affranchissement est comme un abandon.
Elle baissa la tête :
-- Je le sais, Tonberry, et je vous en demande pardon. Mais je n’ai pas le choix..
Elle le serra une dernière fois dans ses bras :
-- Adieu, Tonberry. Longue vie au roi. Sa voix se brisa.
-- Je ne vous oublierai pas, de toute mon éternité, Maîtresse Edea.
Il s’écarta et trottina le plus vite qu’il put pour disparaître derrière un buisson de fleurs. Le lien mental fut brisé. Un vide se forma dans sa tête, si grand et si profond qu’il sembla lui dévorer le cerveau. Toutes les Jonctions avec la petite Guardian Force explosèrent dans un fracas si douloureux que la jeune femme s’effondra sur le sol, prise de convulsions. Tonberry était parti. Ce n’était que le premier, et cela faisait déjà si mal. Cette première séparation lui avait comme arraché une partie d’elle-même. Elle ne savait pas si elle aurait le courage de poursuivre jusqu’à la dernière de ses Guardian Forces.
« Pardon, Tonberry. »
Elle se releva dès qu’elle le put, après un long moment, et passa d’un pas incertain sous l’arche de pierre au fond du jardin. Elle parvint au pied de deux escaliers qui montaient vers la tour, l’un par la gauche, l’autre par la droite ; un filet d’arc-en-ciel courait le long des rampes, l’accompagnant alors qu’elle gravissait les marches.

Monter à la tour tenait de l’attraction : une dalle flottante servait d’ascenseur vers une esplanade au pied de l’édifice. Il fallait ensuite actionner une console, pour voir apparaître sur les parois de la tour l’escalier qui montait en colimaçon tout autour, et desservait deux petites terrasses, lesquelles constituaient les seules entrées. Edea emprunta les marches et entra par la première terrasse. Elle trouva le vieil homme affairé à quelque mécanisme, tout de rouages et d’engrenages. Une peine aiguë la transperça de nouveau, et elle crut s’enfuir. Mais la pensée de ses enfants la retint dans l’atelier.
-- Bonjour Solmyr, réussit-elle à articuler.
Saisi de peur, le vieil homme bondit dans un grand sursaut en poussant un cri. Il se retourna, brandissant une grosse clé à molette en guise d’arme.
-- Qui… Qui…
-- Ce n’est que moi, Solmyr, le rassura-t-elle.
Il se relâcha et reprit abondamment son souffle, tel une vieille locomotive, une main sur la poitrine :
-- Bougre bougre ! Ne me refaites jamais ça… Vous auriez pu sonner avant de monter ! J’ai failli avoir une syncope !
Solmyr Seridiprattnaram était un petit homme rabougri comme un vieux chêne, au visage rondouillard, le crâne chenu, à l’exception d’une couronne de cheveux blancs, avec une courte et épaisse barbe autour du menton. Il portait des petites lunettes rondes et épaisses, qu’il essuyait continuellement avec un mouchoir qu’il produisait de la poche de son gros tablier de cuir. Ce mouchoir lui servait également à s’éponger le front, lorsque, bataillant et pestant comme une bouilloire contre ses machines, il transpirait à grosses gouttes, ou encore, lorsqu’une charmante jeune femme venait de lui faire la frayeur de sa vie. Il marchait, le dos un peu voûté, les jambes un peu arquées, une main toujours sur les reins comme pour les soulager du poids des ans.
-- Je vous demande pardon, Solmyr. Mon vieil ami, j’aurais un précieux service à vous demander.
Il s’essuya les mains sur son tablier, l’expression de nouveau professionnelle, puis essuya ses verres :
-- Je ne peux rien vous refuser, Edea, ma chère. Que voulez-vous de moi ?
-- Eh bien… tout d’abord, que savez-vous des Esprits Sauvages ?
-- Les Esprits Sauvages ? Voyons voyons… fit-il en se grattant pensivement le crâne. Où en ai-je entendu parler ?
Il marmonna des choses incompréhensibles dans sa barbe et sortit de son atelier pour monter à la deuxième terrasse. Edea le suivit, le laissant réfléchir, les deux mains croisées dans le dos. Elle le suivit jusque dans sa bibliothèque, dont les étagères débordaient littéralement d’ouvrages empilés pêle-mêle, du moment qu’ils se logeaient dedans. Il resta un instant à l’entrée de la pièce, puis se dirigea sans hésiter vers l’un des meubles. Là, il poussa une pile de livres par terre, et prit un ouvrage entassé parmi d’autres derrière. Il remit les livres à leur place.
-- Voilà voilà… Hah ! dit-il en brandissant triomphalement le livre. Ce putois de Zeppelin ! ajouta-t-il en ricanant de sa vieille voix rouillée.
-- Zeppelin ? répéta Edea.
-- Zeppelin Odine, pardi ! Je l’ai rencontré à un congrès d’inventeurs, et nous avons sympathisé. Il inventerait tout et n’importe quoi, histoire de déposer un brevet à son nom. Mais je dois le reconnaître, c’est un génie et un grand scientifique, même si tout ce qu’il invente est parfaitement inutile. Voilà. C’est un ouvrage signé de sa main : « Magie et technologie ». Il aurait trouvé un moyen d’allier les deux pour faire des machines extraordinaires. Il y a un chapitre consacré aux Esprits Sauvages, comme vous dites. Il a essayé de concevoir une machine pour en fabriquer, pour Dieu seul sait à quelles fins.
-- Mais… Comment peut-il les voir ?
-- Ah ça, c’est encore une de ses inventions… Il a mis au point une paire de lunettes spéciales… Je vous le dis : ce putois inventerait n’importe quoi ! J’en ai un exemplaire, acheté à prix d’or. Et vous, que voulez-vous que je fasse pour vous, avec ces Esprits Sauvages ?
Elle détourna le regard, à l’agonie, alors qu’elle prononçait ces mots :
-- Je… Je voudrais vous confier l’un des miens. Vous devrez l’enfermer de façon si sûre que rien ni personne ne pourra le libérer.
Il se gratta le menton au travers de son épaisse barbe et retira ses lunettes pour les essuyer :
-- C’est un drôle de service que vous me demandez là. Mais je vois que ça vous fait de la peine, alors je ne poserai pas de question. Peut-être souhaitez-vous que je vous offre une tasse de thé pour vous réconforter ?
-- Non, merci, Solmyr, mais je n’en ai pas le temps, vraiment.
-- Alors suivez-moi.
Ils sortirent de nouveau à la terrasse. A côté de l’entrée de la tour se trouvait une porte verrouillée, gardée par la statue d’un démon, qui ne possédait qu’un œil, représenté par une pierre rouge. Le statue était si bien sculptée qu’elle paraissait vivante, et cette unique pierre rouge lui donnait un aspect inquiétant.
-- Attendez-moi là, dit Solmyr. Il ne mord pas, ajouta-t-il en direction de la statue.
Et Solmyr se livra à un curieux manège, retirant l’œil, grimpant au sommet de la tour, puis redescendant avec non pas une, mais deux pierres, qu’il replaça dans les orbites creuses de la statue. La porte se déverrouilla.
-- Avec tous ces voleurs de nos jours, on n’est jamais assez prudent, expliqua-t-il.
Ils pénétrèrent dans une immense pièce circulaire, remplie d’un incroyable bric-à-brac, entassé du sol au plafond. Solmyr retroussa ses manches, et se livra à une véritable fouille, faisant voler les objets d’un côté à l’autre de la salle :
-- Voyons… Mais où est-elle ? Saperlotte de saperlotte ! Pourquoi y a-t-il autant de choses ici ?
Les objets volèrent de plus belle, dans un terrible vacarme de ferraille.
-- Hah ! s’exclama-t-il soudain. La voilà !
Il brandit, triomphant, une vieille lampe à huile toute noire de crasse et d’oxydation. Il la frotta à son tablier, et la présenta à Edea :
-- Est-ce que cela fera l’affaire ?
Edea considéra l’objet avec incrédulité. Que voulait-il qu’elle fît d’une vieille lampe à huile ? Solmyr s’assit par terre et continua à nettoyer l’objet.
-- Le mode d’emploi est très simple, dit-il. Lorsque vous êtes devant l’esprit que vous voulez capturer, vous ouvrez le couvercle, et vous dites : ‘rentre en ta nouvelle demeure’. Et le tour est joué. C’est du gâteau !
Il tendit la lampe à Edea.
-- N’en auriez-vous pas une deuxième ? demanda-t-elle poliment.
-- Objet unique, ma chère ! Signé de la main d’Odine ! C’est déjà bien que je la possède.
-- Dans ce cas… Permettez que je me serve de votre grenier. Il me paraît… parfait.
-- QUOI ? vociféra le vieux collectionneur. Mais il en est hors de question !
-- Je vous en prie, Solmyr, c’est une question vitale. Je dois absolument enfermer mes Guardian Forces, et le plus sûrement possible.
-- Mais j’ai besoin de mon grenier !
-- Je vous en bâtirai un autre, c’est promis.
-- Mais je n’en veux pas d’autre !
Une grande voix caverneuse s’éleva, et les fit sursauter tous deux. Un bruyant tintement retentit, alors que le géant en armure s’avançait, chevauchant le légendaire Hagen.
-- Et moi je dis trouver cette retraite à ma convenance, oui-da. Si la Dame Edea ne veut point me garder à son service, je puis reposer céans. Ce lieu m’est aimable.
-- Saperlotte de saperlotte ! s’écria Solmyr.
Il replongea au milieu de son bric-à-brac, et en ressurgit plusieurs minutes plus tard, une paire de grosses lunettes complètement opaques à la main. Il les ajusta sur son nez, par-dessus les siennes.
-- Saperlotte de saperlotte ! Visez-moi ça…
Odin mit pied à terre et vint s’agenouiller devant Edea. Il lui baisa la main :
-- Ce fut grand honneur qu’être votre féal. Point ne suis fâché.
-- Odin ! s’exclama Edea. N’en pouvant plus, elle se jeta au cou du géant et pleura à chaudes larmes.
-- Ma Dame, c’est grande tristesse que de votre émoi je sois la cause. Séchez vos larmoiements, et départez le cœur gai, me laissant céans.
Cramponnée à lui, elle secoua frénétiquement la tête, le souffle entrecoupé de larmes :
-- Je ne le pourrai pas, Odin, je ne le pourrai pas !
Les apparitions d’Odin étaient si rares et si imprévues, mais toujours si précieuses… Et maintenant, cet adieu venant de lui. Odin, l’éternel indépendant. Solmyr la prit par le bras et la tira doucement à l’extérieur :
-- Venez, ma chère, il a pris sa décision. Ne vous faites pas plus de mal.
Elle se laissa guider, aveuglée par les larmes.
-- Adieu, Odin… dit-elle en tendant une dernière fois la main vers la Guardian Force.
La lourde porte claqua et se verrouilla automatiquement. Ce fut comme si un épieu venait de lui transpercer la tête. Un deuxième lien s’était brisé. Edea hurla et tomba inanimée, vaincue par la souffrance.
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Merisel Faradhreia

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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Lun 11 Juil - 0:18

Chapitre suivant !

On approche lentement mais sûrement du dernier chapitre en date, après je vais devoir bûcher un peu Wink Non que je n'aie pas retravaillé certains des anciens chapitres. Si je m'en étais arrêtée là c'était parce que j'avais un problème de mémoire par rapport à la chronologie, et il m'avait paru nécessaire de me relancer dans le jeu histoire de me rafraîchir la mémoire. Or cela n'a pas été possible. Ensuite je n'avais plus les cartes du monde, et à défaut de pouvoir jouer il me fallait un walkthrough suffisamment détaillé pour remettre les souvenirs à leur place, ce que je n'ai pas trouvé. Mais ça s'arrange, j'ai retrouvé les sources qu'il me fallait, je vais enfin pouvoir mettre Laguna en scène quand je les aurai de nouveau épluchées. Cela risque de prendre un peu de temps, vu que j'ai complété le jeu en plus de 100h, et encore je n'ai pas eu toutes les G-Forces du jeu (16 au total, j'en avais 12 à la fin du jeu), je n'ai pas fait la méga-quête de la Reine des Cartes (pire que la quête du Graal d'après ce que j'en ai lu), je n'ai pas battu l'ovni pour avoir la carte PuPu, je n'ai pas beaucoup joué à Chocobo World (disponible uniquement avec la version PC) pour faire progresser la G-Force Boko, que d'ailleurs je n'ai jamais su invoquer même si j'avais ses feuilles de salade préférées (les Ghysal Greens), je n'ai même pas cherché à combattre Omega-Weapon (macro-boss, le plus dur du jeu), mais ça ne m'a pas empêchée d'avancer jusqu'à la fin du jeu et d'en profiter un maximum. En fait plus on explore le jeu en détails, plus les personnages sont puissants, et plus le niveau de difficulté est élevé. J'ai trouvé les videos d'un joueur qui a enregistré tout son périple FF8, sans monter ses personnages jusqu'au maximum, mais ses videos ont l'avantage de restituer toute la chronologie de FF8, et c'est précisément ce que je recherchais.

Dans ce chapitre vous trouverez un de mes passages préférés, un passage concernant les Guardian Forces dans leur univers. On ne les avait jamais vues autrement que durant leurs invocations, ici j'ai essayé d'imaginer ce que devait être leur monde, et surtout comment elles interagissent en tant qu'entités douées d'intelligence. Je pense même avoir les photos d'Alexander et de Diablos quelque part, nous verrons bien si les descriptions plus que vagues que j'ai faites de ces deux G-Forces sont adéquates. La roue tourne... Bonne lecture !


Chapitre 14

Une abîme occupait son être, là où auparavant avait pulsé l’une de ses plus grandes sources de joie. Elle se sentait si vide, si désespérément vide… Le sentiment de solitude et d’abandon était encore plus profond et douloureux que lorsque Cid avait dû partir. Edea ne pensait pas cela possible. Il lui restait encore deux Guardian Forces, dont Alexander, sa première. Où et comment allait-elle trouver la force et le courage de s’en séparer ? Elle aimait mieux mourir que d’y penser.
-- Tenez, ma chère, buvez ceci, dit Solmyr. C’est un remontant, une recette de ma vieille grand mère. Elle est infaillible.
Elle accepta machinalement la tasse au contenu fumant, et but d’un trait. Une chaleur bienfaisante se diffusa dans tous ses membres, jusqu’à leur extrémité, alors qu’un goût très doux remontait du fond de sa gorge. Elle s’adossa au canapé et s’abandonna quelques instants à ces sensations qui lui procuraient un réconfort surprenant.
-- Je suis désolée de vous avoir imposé ce triste spectacle, dit-elle.
-- Ah, oubliez cela, répondit-il en secouant la main comme pour chasser la notion. Je n’ai rien vu, je n’ai rien entendu. Vous me connaissez : je peux être aussi muet qu’un Fastitocalon. Comment vous sentez-vous ?
-- Comme quelqu’un qui vient de perdre ses meilleurs amis. Solmyr, dites-moi, où puis-je trouver ce Zeppelin Odine ?
-- Hah ! La voilà repartie dans ses projets ! jubila Solmyr, non sans une certaine affection. Cette tisane est vraiment trop efficace ! Odine a implanté son laboratoire de recherches en Esthar. Il a dû être attiré par leur avancée technologique. Mais je ne sais pas si vous pourrez obtenir quoi que ce soit de lui : il est têtu comme un vieux clou rouillé, et a un caractère de putois qui se serait coincé la queue dans une porte. Qu’est-ce que vous cherchez ?
-- Une babiole qui pourrait sauver la vie d’une petite fille. Pardonnez l’opacité de mes propos, mais je ne tiens pas à ce que cela se sache.
-- Comme vous voudrez.
Edea se leva et prit une main du vieil homme entre les siennes :
-- Je vous remercie infiniment, Solmyr. Vous m’avez été d’un grand secours. Je ne peux malheureusement pas rester, je suis un peu en retard.
-- Eh bien partez vite, mon petit. Vous serez toujours la bienvenue en mon domaine.
Edea quitta le domaine de Blue Heaven le cœur lourd et regagna l’aéroport de Centra District. Le plus dur restait à faire.

La forme vêtue de pourpre, et qu’elle distinguait tout juste au travers d’un épais halo gris-vert dit avec satisfaction :
-- Vous voilà fin prête, ma Fille. Je vous ai appris tout ce que vous deviez savoir. A présent, il est temps pour vous de voler de vos propres ailes, et d’asseoir votre domination sur Esthar. Mais auparavant, il vous faut entamer votre mutation.
-- Ma… Ma mutation ? répéta Adelaïde.
-- Une Sorcière ne peut pleinement jouir de ses pouvoirs que sous sa vraie forme.
-- Je vais me métamorphoser ? Et en quoi ?
-- Nul ne le sait, tant que la mutation n’est pas opérée. Cessez donc de poser des questions stupides et laissez-moi amorcer le processus.
-- Mais je n’en ai aucune envie ! Je veux rester comme je suis !
Une main armée de longs ongles émergea du halo ; elle la saisit à la gorge et serra si fort qu’elle suffoqua :
-- Rappelez-vous d’une seule chose : ce que je donne, je peux le reprendre. Et définitivement. Je surveille de très près mes investissements, et je veille à ce qu’ils évoluent selon mes objectifs. Je vous ai dit que je pouvais vous obtenir le pouvoir, moyennant un service. Auriez-vous oublié ? Et ce service, le voici : je vais me servir de vous pour balayer Centra et la famille Leonhart de la carte. J’ai besoin pour cela que vous preniez le contrôle d’Esthar, afin de disposer de sa force de frappe. Et ensuite, nous entamerons une battue à la recherche d’une petite fille aux pouvoirs bien particuliers. Je vous laisserai alors jouer à la reine pendant que terminerai ma tâche, par l’intermédiaire d’une autre de vos sœurs.
-- Faites-le vous-même ! rétorqua Adelaïde. Je n’ai que faire de vos desseins !
-- Petite sotte, persifla Ultimecia, avant de lancer un sort qui fit l’effet de mille coups de fouet. Vous ne comprenez donc rien. J’ai besoin d’un réceptacle dans ce monde. Et ce sera vous.
Elle frappa, encore et encore, jusqu’à ce que la jeune fille n’eût plus ni force ni voix pour hurler, puis se retira :
-- Je reviendra lorsque vous vous serez assagie. Nous ne commencerons que lorsque vous m’obéirez au doigt et à l’œil.

Ils étaient chacun major de leur promotion. Au moins avaient-ils su employer leur temps, loin l’un de l’autre. Une vague de tristesse se brisa sur son cœur, et avec elle éclata une gerbe de souvenirs épars, les uns doux, les autres cruels. Ils ne s’étaient pas parlé depuis son retour. Elle avait même la certitude qu’il évitait consciencieusement de la croiser, laissant à sa discrétion l’initiative de le retrouver. Et elle savait toujours exactement où le trouver. A cette heure-ci, il était habituellement sur le terrain de Choco-polo avec son équipe, dont il était le capitaine. Ambrosia ne savait que faire : n’était-il pas trop tôt ? Etait-elle bien prête à le retrouver, à l’ombre de leur amour ? Ce bouquet de roses le lendemain de son retour… Cela avait été la chose la plus gentille qu’il lui fît jamais, toutes proportions gardées. Anthony avait toujours été charmant et attentionné à son égard. Mais plus rien ne serait comme avant : le souvenir du petit Seifer que l’on déposa sur elle cette nuit-là, au terme de dix heures de travail épuisantes, viendrait sans cesse les hanter. Et elle qui avait cru que tout reprendrait son cours normal… « Vous avez fait ce que vous pensiez être juste ; rien ne pourra vous être reproché », lui avait dit Edea. Quasiment les mots d’Anthony. Prononcés par une femme. Elle voulait bien le croire. Mais comment être quitte avec elle-même ? Ce n’était pas si facile. Le doute rôderait toujours. Tout cela pour sauver les apparences. Non. Pour sauver Anthony. Debout, seule, devant l’immense tableau d’affichage des résultats, elle baissa la tête et laissa libre cours à ses larmes. Elle ne savait plus quoi penser. Une seule certitude l’habitait, cernée par une horde de doutes en surnombre : Anthony lui manquait cruellement, aussi cruellement que l’héroïne à un drogué. Mais était-il bien temps de le retrouver ?

Une main vint se poser doucement sur son épaule. Elle sursauta et se hâta de dissimuler les traces de chagrin sur son visage. Alestar lui tendit gentiment un mouchoir :
-- Encore en train de pleurer comme madeleine ? Ne me dis pas que ce sont tes résultats qui te mettent dans cet état… A moins que ce ne soit mon nigaud de grand-frère… Je vais finir par le tuer, ma parole !
Le ton enjoué lui extirpa un sourire malgré elle.
-- Excuse-moi, Eric, mais je ne suis pas moi-même, en ce moment…
-- Tu es à cent lieues de l’être, en effet. Allez, viens, nous allons égayer cette grise mine. Je suis sûr que tu avais envie d’aller faire un peu de Chocobo…
Elle ne devina que trop l’intention du jeune homme.
-- Je ne suis pas sûre que ce soit une très bonne idée, tu sais…
-- Et moi je suis sûr que si. Viens, il faut aller t’habiller. Moi je suis déjà en tenue. Je suggère que tu mettes ta robe d’amazone, avec le chapeau au grand voile blanc. Tu es sensationnelle, dans cette tenue. Il faut en profiter, lorsque l’on est l’une des seules filles de la Garden à sortir de l’école des Amazones de Centra.
-- Eric, je…
Il la poussa doucement en direction du pavillon des premières années.
-- Mais si, mais si. Ca va te faire du bien, tu vas voir.
Et dire qu’Alestar Leonhart avait la réputation d’être timide en dehors de la Triple Triad… Une légende, oui ! Elle consentit à se laisser accompagner jusqu’à sa chambre, où elle passa la tenue en question : une longue et élégante robe de velours bleu royal aux reflets chatoyants, rehaussée d’un jabot de dentelle blanche. Elle chaussa ses bottes, enfila ses gants et attrapa un chapeau haut-de-forme autour duquel était noué un grand voile de mousseline blanche. Elle ajusta le chapeau sur sa tête et sortit. Elle aperçut son reflet en passant devant sa psyché. Elle s’arrêta net. Grands dieux, était-ce bien elle, cette grande jeune femme à la silhouette sculpturale, à l’allure soignée, et si élégamment vêtue ? Cela faisait un an qu’elle n’avait plus osé se faire face dans un miroir. L’absence d’un tel ustensile, symbole de vanité, au couvent, avait été bien commode. Cher Eric… Comment faisait-il pour si bien lire dans le cœur d’autrui ? Comment faisait-il pour toujours se trouver là où l’on avait besoin d’une main secourable ? Il avait vengé son honneur bafoué, et à présent il lui restaurait, pas à pas, son assurance ébranlée par les conséquences de cette expérience. A commencer par l’estime qu’elle avait pour elle-même. Ambrosia Hunter renaissait de ses cendres. En la voyant au sortir de sa chambre, Alestar sourit, et lui ouvrit galamment le chemin vers les écuries.
-- Il y en a qui donneraient cher pour être à ma place, dit-il, alors qu’ils marchaient côte à côte dans le parc.
-- Arrête de dire des sottises…
-- Je suis sérieux.
-- Eric, je suis très touchée par tout ce que tu fais pour Wilfried et moi, et je ne te remercierai jamais assez. Mais… Pourquoi ?
-- Ai-je vraiment besoin de répondre ?
-- Même un frère n’est pas aussi dévoué.
-- Tu crois ça ? Ah bon…
-- Mon frère, en tout cas, n’aurait pas fait la moitié de ce que tu fais.
Il la dévisagea un instant, le regard indéfinissable, puis tourna les yeux vers le ciel, un sourire énigmatique sur les lèvres :
-- Je crois… que cela m’aurait fait de la peine de voir cassé le plus joli couple de Centra Garden.
C’était une réponse à la Alestar Leonhart. On ne pouvait décidément jamais savoir ce qu’il pensait.


ls arrivèrent à l'écurie des Chocobos, où Alestar partit chercher leurs harnais et selle dans la sellerie au fond. Non sans une certaine émotion, Ambrosia retrouva le contact soyeux des plumes de son Chocobo :
– Bonjour mon Kroohee-joli, dit-elle, la voix serrée d'émotion. Là où j'étais il y avait un tas de tes cousins. Mais aucun n'était aussi joli que toi. Tu m'as manqué.
Elle se saisit des pinceaux à panser et commença à lui brosser les plumes. Alestar arriva et posa son harnais sur la porte de la stalle. Il la regarda faire en souriant :
– Il n'était pas malheureux durant ton absence, je l'ai mis de temps en temps au pré avec Pinkyô. Et je crois que Pinkyô a pu lui apprendre quelques pas de danse !
Les Chocobos étaient des animaux très sociaux qui s'épanouissaient au contact de leurs semblables. Il n'était pas rare de voir plusieurs Chocobos se mettre d'accord pour improviser une chorégraphie dans leur enclos lorsqu'ils étaient ensemble. Cette activité était essentielle pour le développement des jeunes et pour la cohésion de la communauté. Ambrosia laissa échapper un rire en l'entendant :
– C'est vrai ? Et dire que je pensais qu'il ne danserait jamais !
– Ah mais Pinkyô est un virtuose en la matière ! Un vrai Chocobo de parade. En plus il adore se produire en public.
– Comme toi lorsque tu joues aux cartes, remarqua-t-elle en souriant.
– On a quelques points communs en effet, fit-il en lui lançant un clin d'œil.
Il sella Kroohee pour elle, puis sa propre monture.
– Je suis content que tu aies retrouvé le sourire, dit-il en serrant la sangle de sa selle sous le ventre de son Chocobo. Ca fera du bien à mon frère. Il n'était pas vraiment lui-même ces derniers jours. Il en a eu gros sur le cœur et lourd sur les épaules. Quoi qu'il ait pu se passer entre vous, ne lui en tiens pas rigueur. Cette année n'a pas franchement été une sinécure pour lui.
– Pourquoi, que s'est-il passé ?
Il disparut un moment derrière Pinkyô et reparut en se redressant :
– Je lui laisse le soin de te raconter, après tout le héros de l'histoire c'est lui. Voilà, j'ai fini, je vais t'aider à monter.
Il se mit en œuvre de l’aider à monter en la prenant par la taille pour la hisser en haut de la selle à l’unique étrivière. Au contact de ces mains d'homme sur elle, Ambrosia se raidit et poussa un cri d'effroi, faisant par là même sursauter son Chocobo qui fit un brusque écart en poussant un « krâââ » effrayé. Alestar se hâta de la lâcher et alla calmer l'oiseau coureur.
-- Excuse-moi, je suis d’une maladresse… mentit-il, fâché contre lui-même. Tu préfères peut-être que je t’apporte l’escabeau ?
-- Fais-moi la courte échelle, ça ira, souffla-t-elle.
-- Je suis vraiment désolé.
-- Ce n’est rien. Vraiment. C'est moi qui devrais l'être.

Ils marchèrent en silence jusqu’au terrain de Choco-polo, où les huit joueurs se battaient en duel autour de la petite balle, armés de leur long marteau qu’ils faisaient tournoyer d’un mouvement souple du poignet pour venir la frapper au ras de l’herbe. Les Chocobos de polo vifs et robustes virevoltaient de droite et de gauche, s’arrêtaient net au bout de quelques foulées pour repartir brusquement dans l’autre sens, parfois au prix d’une périlleuse manœuvre qui mettait à contribution toute leur souplesse, à la poursuite de l’objet qui menaçait de rentrer dans le but de leur camp.
-- Regarde-les, fit Alestar, lorsqu’ils abordèrent le terrain et s’arrêtèrent derrière la barrière en bois. De vrais gamins dans une cour de récré. Ho, Wilfried ! appela-t-il. Regarde qui vient te voir.
L’interpellation interrompit la partie, et les huit joueurs s’arrêtèrent au beau milieu de leur effort pour regarder en direction d’Alestar. Anthony retira son casque et s’essuya le front du dos de la main. Il resta médusé à la vue d’Ambrosia, comme si elle avait été une merveilleuse apparition, si irréelle, si rayonnante dans toute la splendeur de sa féminité, ainsi assise sur sa selle, sa robe drapant gracieusement le flanc du grand Chocobo vert. Il l’avait tant espérée, tant attendue, il avait été si cruellement déçu, et à présent elle était à nouveau là, devant lui. Alors que la liesse effaçait lentement les blessures et rassemblait les bris de son cœur mortifié, il interrogea en silence, hésitant, ses coéquipiers.
-- Eh bien vas-y, qu’est-ce que tu attends ? lui dit Kay, un sourire de connivence sur les lèvres. Je crois qu’on en a assez fait pour aujourd’hui. Pas vrai vous autres ?
On échangea des sourires et des clins d’œil entendus, et l’on rentra lentement au box. Resté seul au milieu du terrain, Anthony sauta à terre et marcha vers la barrière, sans jamais quitter les yeux d’Ambrosia. Le souvenir de leur dispute ressurgit et l’emplit de remords. S’il pouvait ramper devant elle pour se faire pardonner… Il ne savait même pas s’il était pardonnable. Mais ce n’était pas cela qui le préoccupait le plus : voir Ambrosia et son frère côte à côte lui rappela ce qu’Alestar lui avait révélé. Cette dernière estocade avait été la meilleure carte qu’Alestar eût jamais jouée : Anthony aurait toujours à l’esprit l’idée qu’Alestar eût pu être avec Ambrosia, s’il ne s’était éclipsé. Elle le poursuivrait toujours. Il se sentirait à chaque fois obligé de l’aimer pour deux, et à chaque fois, il expierait sa faute. Comment l’amour d’un frère pouvait-il posséder autant de facettes si contraires les unes aux autres ?

Quelle situation singulièrement familière… Il darda alors un regard chargé de suspicion sur Alestar : nul doute que ce fieffé coquin avait imaginé toute cette mise en scène.

Alestar observa en silence les violentes émotions qui se peignaient sur les deux visages qui lui étaient si chers : ces deux-là avaient vraiment besoin de se retrouver. Le regard que lui jeta son frère le fit sourire. Tant de messages et de questions traversaient ces yeux bleus presque identiques aux siens. Oui et non auraient été les réponses. Il se contenta d’ôter sa bombe et de saluer, avant de tourner bride et partir au trot. Anthony passa sous la barrière et vint caresser le crâne de Kroohee :
-- Je crois… que je ne suis pas le seul à me réjouir de te revoir.
-- Ton frère s’est occupé de lui pendant que je n’étais pas là. Kroohee ne s’est pas senti seul.
Anthony encaissa le sous-entendu. Au temps pour lui. Il approcha, lui prit une main gantée et la porta à ses lèvres :
-- Je te demande humblement pardon pour tout ce que je t’ai dit. Je me suis comporté comme un sauvage. Que puis-je faire pour m’amender ?
Elle lui caressa la joue :
-- Ne me laisse plus jamais m’éloigner de toi.
-- J’en fais le serment.
Elle écarta le voile de mousseline qu’un souffle de brise avait rabattu et regarda le paysage du parc :
-- J’avais commencé une promenade. Acceptes-tu de m’accompagner ?
-- Avec la plus grande joie.
Il remonta en selle, sortit du terrain et la rejoignit. Puis tous deux s’enfoncèrent dans les profondeurs boisées du parc, tout à leur bonheur de retrouver enfin la présence de l’autre à ses côtés. Après une folle galopade semée d’éclats de rire, au gré des sentiers, ils s’arrêtèrent dans une clairière, à bout de souffle et grisés par leur course.
-- Ce n’est pas juste ! s’exclama Anthony, alors qu’il parvenait bon dernier dans la clairière. Ton Kroohee est une vraie bête de course ! Je n’ai qu’un Chocobo de polo, moi !
-- Cela t’apprendra à me laisser choir comme une misérable guenille ! répartit-elle.
-- Oh, j’ai fait ça ? Quel méchant garçon je suis !
Il sauta à terre et vint près d’elle ; il tendit les bras pour l’inviter à descendre :
-- Marchons un peu, laissons-les se détendre.
Elle acquiesça et le laissa l’aider à mettre pied-à-terre. Elle ne réprima qu’à grand-peine un frisson alors que, ses mains lui encerclant presque complètement la taille, il la déposa en douceur. Elle redécouvrit cette douce chaleur, tendre et protectrice, qui libéra en elle un déluge de sensations oubliées. Elle retrouva le bleu de ces yeux dans lesquels autrefois elle aimait tant se perdre, ce visage, toujours prêt à lui sourire et à lui confier des douceurs. Comment avait-elle pu s’en éloigner aussi longtemps ? Il lui prit doucement le menton :
-- C’est bon de te retrouver, si tu savais…
Ces simples mots suffirent à la faire ployer sous l’émotion, et elle se blottit contre lui, les yeux baignés de larmes :
-- Tu m’as tellement, tellement manqué.
Il l’étreignit, puis lui offrit le bras :
-- Viens, profitons-en. Je vais bientôt retourner en cours.
Ce soir-là, ils sortirent pour un dîner en tête à tête au terme duquel il lui offrit le collier. Et de retour à la Garden, Ambrosia ne regagna pas ses quartiers, cette nuit pas plus que les suivantes.

Anthony lui fit part de tous les événements que son séjour au couvent lui avait épargnés. Elle pleura la mort de Charlotte et d’Alec, et maudit la responsable de leur perte, jurant de les venger. Quelques jours plus tard, elle tua un Dragon de Rubis, et conquit ainsi son deuxième Rubis.

Anthony entra dans le bureau d’Evan Cornwall. Il était rare de se faire convoquer directement par le Directeur pour se voir confier une mission : les instructions scellées dans une enveloppe tout à fait banale étaient déposées dans une boîte aux lettres à côté de la porte du destinataire, de façon totalement anonyme. Que pouvait bien lui vouloir le Directeur ? A sa grande surprise, celui-ci était entouré de tout le corps enseignant de sa promotion ; toutes les disciplines de son cursus étaient représentées, jusqu’aux cours de théâtre, auxquels il participait pour se faire plaisir et se détendre. Que se tramait-il donc ? Cette réunion ressemblait à un conseil disciplinaire ; pour autant qu’il sût, Anthony n’avait enfreint aucun règlement susceptible de le conduire devant pareille instance. Il examina un à un ses professeurs : ils le regardaient avec plus ou moins d’amitié, selon le degré d’affinité qu’ils avaient développé avec leur élève tout au long de l’année et pour certains depuis qu’il était entré à la Garden, mais de tous émanait cette bienveillance naturelle que l’on éprouve lorsque l’on prend quelqu’un sous son aile. Edea suscita en lui une certaine inquiétude : ces derniers jours, elle lui avait donné l’impression d’avoir quelque peu changé. Cette impression fut confirmée par son observation plus posée, dans le calme du bureau. En dépit de son maintien toujours élégant, la jeune femme paraissait plus pâle, fatiguée, comme rongée par quelque maladie. Sa lutte mentale contre Ultimecia aurait-elle eu raison de ses forces ? Il ne manqua pas de noter la profonde tristesse qui baignait les magnifiques yeux noirs. Quel ne fut pas son étonnement de la voir les détourner, comme si elle était incapable de soutenir son regard. Cela n’était jamais arrivé. Il salua d’un geste hésitant et attendit qu’on l’invite à s’asseoir face au bureau.
-- Prenez place, M. Leonhart, lui dit Evan. Je tiens tout d’abord à vous féliciter pour vos brillants résultats à l’issue des examens d’hiver. Une fois de plus, vous êtes major de votre promotion. Cela n’est pas pour m’étonner, car je sais que vous n’avez pas ménagé vos efforts ces derniers mois, et c’est d’autant plus méritoire que les récents événements n’ont pas été des plus heureux pour vous. Vous êtes un SeeD, certainement le meilleur que nous ayons, mais vous êtes avant tout un étudiant de la Garden pour cette année encore, et il me tenait à cœur de vous dire à quel point moi-même et vos professeurs sommes satisfaits de vous.
-- Je vous remercie, Monsieur, répondit Anthony, pas très certain de savoir où le Directeur voulait en venir.
-- Si je vous ai convoqué aujourd’hui, c’est parce que la mission que je souhaite vous confier ne peut être contenue dans une enveloppe. Je voudrais que vous soyez notre agent de liaison auprès de vos camarades SeeDs dans les autres Gardens. Depuis qu’elles sont ouvertes, toutes les Gardens fonctionnent en parfaite autonomie, et ce individuellement, alors qu’elles appartiennent à la Garden Society. Je crois que c’est une faiblesse. Nous devrions être capables de coordonner des opérations entre Gardens, afin de mettre en commun nos différents moyens et d’en tirer le meilleur parti. La menace qui pèse nous y oblige.
-- Le Professeur Kramer m’a parlé d’une opération de ce genre…
-- Avortée dès que nous avons su par votre bouche ce qu’il en était, dit Edea. Depuis, nous ignorons les mesures prises à ce sujet dans les trois autres Gardens ; nous ignorons s’ils ont continué à prendre la menace au sérieux. Votre rôle est de réussir à maintenir une certaine tension, afin qu’une union entre les Gardens voie le jour. Ayant été en contact direct avec l’adversaire, vous êtes le mieux placé pour remplir cette mission.
-- Vous êtes encore mieux placée que moi… remarqua Anthony, non sans un lourd pincement au cœur.
-- Elle n’est pas SeeD, dit Cornwall. Nous souhaitons jouer sur votre qualité de SeeD pour rallier vos camarades des autres continents. Il ne s’agit pas d’un ordre de mission, mais de la vraie guerre des SeeDs, et tous doivent en prendre conscience au plus profond d’eux mêmes. Consentez-vous à voyager pendant un moment, pour nous représenter à travers les quatre continents où la Garden Society est implantée ? Le tournoi inter-Garden de Triple Triad aura lieu dans un mois. Je propose que vous partiez juste après, pendant qu’il règne encore un certain esprit d’unité.
-- Je crois comprendre que c’est un déplacement à durée indéfinie. Vous souhaitez certainement que je passe un peu de temps parmi les autres SeeDs, afin de juger de leur état d’esprit, et d’évaluer les moyens de leur Garden…
-- Vous vous inquiétez au sujet de votre cursus ?
-- Eh bien…
-- Je pensais bien que cela constituerait votre principal souci. C’est pourquoi j’ai convoqué vos enseignants à un conseil pédagogique extraordinaire. Le Directeur se leva : Wilfried-Anthony Leonhart, après avoir étudié votre remarquable parcours, le jury a décidé, à l’issue d’un vote à l’unanimité, de vous remettre à titre officieux votre attestation de réussite, validée de toutes nos signatures. Je vous remets également votre dossier universitaire, acte qui met fin à votre statut d’étudiant, selon la loi du Duché. Vous recevrez votre diplôme de manière officielle lors de la cérémonie de fin d’année. Vous voilà à présent SeeD de la Garden Society, M. Leonhart, le tout premier. Vous recevrez dorénavant tous vos ordres de mission de cette institution. Puissiez-vous faire honneur à Centra et à la Garden dont vous sortez partout où vous irez, ce dont je ne doute pas un seul instant.
Trop ému et surpris pour parler, Anthony accepta la poignée de mains du Directeur et reçut, sous les applaudissements de ses enseignants, un livret relié de cuir acajou et doré à l’or fin qu’il n’avait jamais vu, et dans lequel était résumé tout son parcours universitaire, depuis son premier jour à la Garden.


Voilà, c’était terminé. Un chapitre de cinq merveilleuses années passées comme dans un rêve venait d’être clos. Cinq années durant lesquelles il avait appris le sens du mot vivre : il avait connu l’amitié, l’amour, la haine ; il avait appris à vivre et à travailler avec les autres, à tirer le meilleur parti de chacun au profit d’une communauté, ce qui lui avait valu la reconnaissance de tous ; en cinq ans à la Garden, il avait appris plus qu’en dix ans auprès du Duc son père. La Garden lui avait procuré les joies les plus grandes comme les peines les plus profondes, et par-dessus tout, grâce à elle, il avait fait l’une des plus belles expériences qu’une vie pouvait offrir en découvrant les Guardian Forces. Et enfin, il avait découvert l’amour infini d’un frère et trouvé une femme pour habiter son cœur vacant. Tout cela il l’emporterait avec lui, tout ce bien précieux que rien ni personne ne pourrait lui enlever. Tout cela grâce à la Garden. A présent, plus rien ne l’y attachait, et il était temps d’en quitter l’enceinte. Le rêve venait de prendre fin, et le réveil était bien mélancolique, ne lui laissant rien de plus qu’un défilé de beaux souvenirs, une attendrissante collection d’images pour illuminer sa mémoire. Il s’était suffi d’un discours symbolique et d’une poignée de mains. Comment tout cela avait-il pu être aussi simple ? Où étaient la pompe, et la gloire ? Il n’y avait rien de cela. Rien que la satisfaction intime d’avoir accompli « quelque chose ». Un sentiment extrêmement simple, gratifiant, mais doublé d’une tristesse sous-jacente : c’était fini. Une petite détonation se fit entendre. Un murmure de voix lui parvint. Le Directeur se tenait devant lui et lui présentait, souriant, une coupe remplie d’un liquide ambré et pétillant :
-- Champagne, M. Leonhart ?

Edea se redressa dans son lit, réveillée dans un sursaut. Elle ne savait pas ce qui l’avait réveillée, et peut-être ne le saurait-elle jamais. Les rayons de lune au travers des fenêtres tranchaient avec l’obscurité de la chambre, moulaient les meubles de reflets d’un blanc froid, et jouaient avec les reliefs des draps, traçant sur le lit les vagues figées d’une mer de soie ondoyant au gré des gracieux linéaments de sa silhouette. Le sommeil lui avait une fois de plus faussé compagnie. La nuit s’annonçait interminable. Edea eût souhaité ne jamais se réveiller. Là, au milieu de cet espace drapé de silence, elle ne trouvait d’autre compagnie que son profond chagrin et son odieuse solitude. Tonberry… Odin… Elle avait encore leurs adieux en tête comme s’il s’était agi de la veille, et ce souvenir lui rappelait à quel point elle se sentait seule, au milieu de tout son entourage. Elle ne les voyait même plus, ni les enfants de l’orphelinat, ni ses élèves à la Garden, aveuglée par le sentiment d’abandon. C’était comme si la moitié de son être l’avait quittée, et il ne restait plus d’elle qu’une enveloppe vide, sans âme ni conscience, qui exécutait ses fonctions comme une machine programmée à l’avance. Dieu que le silence était assourdissant. Et que ce lit était grand et froid. La vue de l’oreiller parfaitement intact à côté d’elle l’enfonça davantage dans l’isolement. Etait-il possible de se sentir plus abandonnée ? Comment pouvait-elle rester en vie, alors que tout ce qui faisait d’elle Edea Kramer était mort ? Voilà près de deux ans que Cid était parti, près de deux ans qu’elle ne savait plus ce qu’était la compagnie de l’homme aimé. Le manque avait été peu à peu jugulé par une multiplication des activités, puis peu à peu comblé par la présence des Guardian Forces, qui offraient un refuge salutaire. Et ce refuge était en train de s’écrouler, pan par pan. Cid définitivement absent, Tonberry et Odin partis, et bientôt Diablos et Alexander. Qu’allait-il lui rester ? Une larme perla au coin de son œil et roula le long de sa joue pour venir échoir sur le drap, le marquant d’une auréole qui s’étendait peu à peu. Une seule larme, perdue au milieu de l’immense pièce d’étoffe. Peut-être la dernière qu’il lui restait à verser tant elle avait pleuré. Tout autour d’elle lui rappelait son esseulement. C’en était à peine supportable. Etait-elle au moins encore une femme ? A mener une vie aseptisée, encadrée par ses obligations, ses relations limitées à des rapports froidement professionnels, elle pouvait se le demander. La seule source d’humanité dont elle disposait était encore les enfants et Phillea. Mais cela ne compensait en rien l’absence d’Odin et de Tonberry. Rien ne le pourrait. Dans son berceau à côté du grand lit, Seifer s’agita et émit un minuscule grognement. Edea releva la tête : il y avait donc quelqu’un ici ? Elle se leva et alla se pencher au-dessus du berceau. Les minuscules petites mains potelées levées de chaque côté de la tête, l’enfant endormi était l’image même de l’innocence. Mis au monde par une femme qui n’aurait jamais dû le porter et confié à une autre, qui n’en avait jamais porté. Que le destin était cruel. Edea aurait tant voulu avoir un enfant de Cid, et elle était entourée d’enfants dont personne n’avait voulu. Elle s’était fait fort de les élever comme s’ils avaient été les siens, mais rien ne pouvait effacer l’idée qu’ils ne l’étaient pas. Et maintenant ce nourrisson lui rappelait qu’elle ne pourrait jamais mettre d’enfant au monde. Compromise par sa condition de Sorcière, sa vie de femme était dissolue à jamais. Il ne restait plus d’elle que le Professeur Kramer. Un nom et une carrière tels, que personne n’osait franchir la barrière naturelle qu’ils dressaient autour d’elle. Elle ne pouvait pas continuer à vivre de cette façon. Tout était trop douloureux. L’absence d’un époux, l’abandon de ses Guardian Forces, des enfants pour lui rappeler qu’elle n’en aurait jamais… Elle ne pensait pas un telle solitude possible. C’était trop lourd à porter en soi.

Elle se précipita en pleurs hors du manoir et courut vers les falaises escarpées, au pied desquelles les vagues venaient se briser, laissant derrière elles des chevrons d’écume, dansant le long de la côte. La lumière du phare passait et repassait sur un rythme monotone, révélant périodiquement les contours de la côte que l’on nommait Cap de Bonne Espérance. L’ironie voulait qu’Edea mît fin à ses jours en ce lieu-même, en proie au désespoir. Là, dans le vent nocturne, le vide lui tendait les bras, la mer infinie lui ouvrait son sein. Un seul pas, un seul, et il n’y aurait plus ni peine, ni souffrance. Elle n’aurait plus à dépendre de personne. « Pardonnez-moi, Tonberry, Odin… Je pensais avoir la force de survivre à votre absence… Mais ce vide en moi… Pardonne-moi, Cid… j’ai même oublié ton visage. Je ne sais même plus si je t’aime encore… Tu es tellement loin… »
Le sol se déroba sous ses pieds. L’air siffla à ses oreilles et emmena ses cheveux en une longue traîne noire. L’étoffe légère de sa robe battit autour de ses chevilles. Plus que quelques secondes. Elle heurta quelque chose si fort qu’elle en perdit connaissance.

C’était un univers étrange, que le continuum des Guardian Forces : un immense espace tout d’arcs-en-ciel, fait de brillantes taches d’ombre et de lumière, de teintes et de couleurs, qui allaient et venaient comme les faisceaux d’un phare. C’était un monde où rien n’existait en soi, mais où tout pouvait apparaître, si l’on voulait bien se donner la peine d’y penser. C’était ainsi que, la mine soucieuse sous son heaume, la Guardian Force Alexander faisait les cent pas dans son laboratoire, où fioles et flacons reposaient sur un invisible mais solide plan de travail. Il faisait trois pas, s’arrêtait pour se frotter pensivement le menton, faisait de nouveau trois pas pour s’arrêter à nouveau, puis dans un élégant demi-tour, aussi élégant que le lui permettait sa métallique et corpulente enveloppe, reprenait son manège dans l’autre sens, comme si quelque mur l’empêchait de marcher plus avant. Non loin, un hamac, dont les extrémités semblaient ne tenir à rien, pendait mollement. Soudain, le rouge Diablos apparut, ses grandes ailes noires de chauve-souris battant l’air. Il marcha sans mot dire vers le hamac et s’y laissa tomber, en poussant un grognement sourd. Le faciès inexpressif ne laissait transparaître aucune émotion. Mais la lueur rouge qui nimbait Diablos en disait long sur l’émoi qu’éprouvait la Guardian Force la plus obscure du continuum.
-- Elle est sauvée ? demanda Alexander.
Pour toute réponse, Diablos grogna de nouveau, et commença à se balancer doucement, les yeux mi-clos, ses ailes balayant l’invisible sol, de-ci, de-là.
-- Je le pense aussi, accorda l’énorme Guardian Force. Autrement toi et moi ne serions pas là pour en discuter. Je dois avouer qu’elle m’a fait une belle peur.
Un long silence passa, juste troublé par le discret tintement des fioles.
-- Je n’aurais jamais songé cela possible, dit Alexander, sur le ton docte qui seyait à l’intellectuel qu’il était. Que Griever – enfin – Richard reviendrait parmi nous, et sous le joug de cette mégère… Et que notre Maîtresse aurait l’idée de se jeter du haut d’une falaise…
Diablos s’étira bruyamment et gratta son proéminent menton d’une main griffue :
-- Bah ! Que veux-tu ? Il est loin, le temps d’Octavia. Moi, ce que j’en dis…
Alexander considéra son compagnon d’un œil plutôt désapprobateur :
-- N’est-ce pas toi qui t’es démené comme un beau diable pour t’arracher à ce continuum et voler à sa rescousse ? Tu as déjà oublié, je crois… Il soupira : Ce pauvre Richard… Autant considérer que notre brave ami est mort. Et tu devrais cesser de dormir de la sorte : tu vas finir par t’empâter…
Diablos éclata d’un gros rire, quelque peu forcé :
-- Moi ? M’empâter ? BWAHAHAHAHA ! Je n’ai que les muscles sur les os, et je rentre d’un vol de sauvetage. Tu ferais bien de t’acheter des lunettes, « Doc ». Il se dressa sur un coude et regarda Alexander d'un air malicieux : Je peux peut-être t’en offrir, si tu veux…
Diablos savait qu’Alexander ne supportait pas d’être taquiné à propos de ses yeux. Mais pour une fois, Alexander ne prit pas la mouche, et lui renvoya au contraire son regard par un autre, chargé de suspicion :
-- Aurais-tu fait fortune ? Tout le monde sait que tu excelles – si je puis m’exprimer ainsi – dans l’art du pickpocket.
-- Et toi tu es toujours ailleurs, le nez dans tes potions.
-- Je me rends utile, moi. Je les améliore.
-- Poh ! Tu te fatigues pour rien. Ca fait des années que la Maîtresse n’a plus rien combattu. Pour sa dernière invocation, c’est Tonberry qui s’y est collé. Et après ça, plus rien. Moi je préfère dormir. C’est moins fatigant.
Alexander contourna une invisible cloison, passa une non moins invisible porte, et vint se planter devant son somnolent ami :
-- Tu sais ce qu’elle s’apprête à faire… Et tout ça à cause de la mainmise d’Artemisia sur son esprit.
-- Moui… Ce grand snobinard d’Odin, je ne le regrette pas, mais Tonberry, c’était un bon petit gars, avec ses airs de grenouille… Un bon petit gars… Il était toujours prêt à jouer du couteau de cuisine et de la lanterne, et ça, ça me plaisait. Mais je ne vois pas ce que nous, pauvres Guardian Forces, pourrions faire…
-- L’un de nous doit rester dans sa tête, coûte que coûte, ou elle mourra à coup sûr. Cette tentative de suicide interrompue par ton héroïque intervention n’était qu’un prémisse. Que Tonberry et Odin soient partis fut bien assez périlleux. Elle ne doit pas se séparer de nous deux ensemble.
-- Et qu’est-ce que tu comptes faire ? Tirer à la courte-paille ? Jouer à pierre-papier-ciseaux, comme les Frères du tombeau ?
-- Tu partiras, et moi je resterai. Je suis celui qu’elle a attrapé en premier. Nos liens sont les plus forts, et par conséquent les plus dangereux à briser. Et c’est convenant, car tu es celui de nous deux qui a le plus grand pouvoir destructeur.
-- Merci de me flatter. Mais je n’ai pas envie de déménager.
Là-dessus, Diablos bailla plus grand qu’un hippopotame, et se cala de nouveau au fond du hamac pour continuer sa sieste. Alexander le bouscula, et manqua de le faire tomber :
-- Oh mais si, tu déménageras ! Tu vas installer ton hamac dans cette lampe, et tu pourras dormir tout ton saoul, sans qu’un intellectuel besogneux ne te dérange sans cesse avec ses flacons et ses bouteilles. Et moi, je pourrai faire des travaux pour réaménager mon laboratoire.
-- Bon eh bien si tu le prends comme ça, ma foi… Marché conclu. Est-ce que je peux faire ma sieste, maintenant ?
A la surprise de Diablos, au lieu de le rabrouer gentiment comme il en avait l’habitude, Alexander étendit une de ses grosses pattes éléphantesques :
-- Tu vas me manquer, vieux frère. J’aime bien quand on se chamaille pour des broutilles.
Diablos considéra l’énorme membre pachydermique sans doigt, et se demanda comment son ami pouvait manipuler des choses aussi petites et fragiles que des fioles de potion sans les casser. C’était un mystère qu’il n’avait jamais résolu. Avec une certaine émotion, il serra la grosse patte entre ses mains :
-- Ah, ne t’en fais pas, on se retrouvera dans d’autres Jonctions. Avec ce qui se prépare, tous les mortels vont avoir besoin de nous, et qui plus est, des plus puissants d’entre nous. Et toi et moi en faisons partie.
-- C’est une vision de l’avenir qui ne m’enchante guère… Et Richard est bien plus fort que nous tous réunis. Je ne sais comment cela va se terminer… Dors bien, mon ami.

Les oiseaux marins piaillaient dans le ciel. Le chant de la mer résonnait plus bas. L’air frais chargé d’iode lui caressait le visage. L’herbe flexible perlée de rosée lui chatouillait les doigts et avait détrempé sa légère robe de nuit. Le parfum de la terre lui emplit les narines. Un long frisson la parcourut : elle avait froid. Elle ouvrit lentement les yeux, et découvrit l’immensité d’un ciel au bleu radieux partout au-dessus d’elle, sillonné par des nuées entières d’oiseaux de toutes espèces, au plumage blanc ou bigarré, qui fusaient en tous sens, en amas compacts ou en formations parfaitement ordonnées. Un couple de papillons dorés aux ailes immenses passa au-dessus de son nez en virevoltant dans une danse frénétique. Une abeille bourdonnait près de son oreille, le souffle léger de ses ailes battant faiblement son tympan, comme pour la pousser à se lever. Elle se redressa et regarda avec les yeux d’un nouveau né tout autour d’elle. Le manoir était là-bas, avec son parc et sa précieuse serre exotique. A la pointe du cap, le grand phare élevait orgueilleusement sa haute silhouette élancée, défiant les cieux. Comment était-ce possible ? Ne s’était-elle pas jetée du haut de la falaise, plus tôt dans la nuit ? Elle se retourna et vit l’endroit où elle avait dit adieu à la vie. Une violente nausée lui retourna l’estomac, et elle rendit, pliée en deux. Le vide n’était plus aussi attirant qu’il ne l’était plus tôt. Etait-elle folle ? Qu’avait-elle fait ? Quelque chose de petit et dur la gêna au creux de sa paume. Elle ouvrit la main, et trouva un fin anneau d’or, à l’intérieur duquel étaient gravés les mots « Edea et Cid. Pour maintenant et pour toujours » L’anneau n’avait jamais quitté son doigt, et une mince trace plus blanche ceignait son annulaire à l’endroit où il avait toujours eu sa place, la place que Cid lui avait donnée. Que s’était-il passé ? Elle se laissa choir et fondit en larmes. « Mon Dieu, Cid… » Elle n’était pas folle : Cid lui manquait plus que cruellement, et elle était dévorée par le désir de le revoir. Le retrouver allègerait à coup sûr l’absence d’Odin et de Tonberry.



En guise de bonus, je vous poste le lien vers la page de présentation des G-Forces d'un site assez bien fichu. Juste que les termes en français sont abominables, que ce soit pour la G-Force, le nom de l'invoc ou les capacités... Cliquez sur les images et vous aurez la fiche technique ainsi que des screens extraits de l'animation lors de l'invocation. Sur ce site on peut même visionner les animations d'un bout à l'autre. Certaines sont franchement magnifiques. Font pas semblant de faire des jeux chez Square ;p

http://www.ffdream.com/ff8-gforces.html

Dans l'ordre (également celui d'acquisition dans le jeu) :
Quetzacoatl "Thunderstorm" (le fameux grand oiseau doré auquel fait référence Hadora Fisher)
Shiva "Diamond Dust" (elle est beaucoup plus jolie dans le jeu)
Ifrit "Hell Fire"
Siren "Silent Voice"
Taurus & Sacred "Brotherly Love"(dits Brothers, c'est eux qui jouent à pierre-papier-ciseaux durant l'anim)
Diablos "Dark Messenger"
Carbuncle "Ruby Light"
Leviathan "Tsunami"
Pandemonia "Tornado Zone" (l'autre nom pour Dyson ;p)
Cerberus "Counter Rockets" (inutile de chercher à avoir le trophée ;p)
Alexander "Holy Judgment" (j'ai oublié de mentionner qu'il était monté sur verrins hydrauliques dans la fanfic)
Doomtrain "Runaway Train"
Bahamut "Megaflare"
Cactuar "1000 Needles"
Tonberry King "Chief's Knife" (à mon avis il y a un truc de Diablo là-dessous, avec le couteau de cuisine)
Eden "Eternal Breath"

Les autres en dessous :
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Odin
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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Lun 11 Juil - 0:20

Nous en arrivons à l'avant-dernier chapitre écrit à ce jour. Par rapport au jeu, il n'y a pas véritablement de lien, si ce n'est que j'ai orchestré la première vraie confrontation Leonhart vs Almasy. Jusqu'ici on avait toujours vu Anthony très politiquement correct, voire carrément ennuyeux en comparaison avec son frère. Parce que c'est un Leonhart, j'ai joué avec l'origine du nom pour calquer son comportement sur celle du lion qui vient d'accéder à la position de mâle dominant dans sa troupe. Vous n'êtes pas censés ignorer que lorsqu'un lion accède à ce statut, son premier acte d'autorité est d'aller traquer tous les lionceaux engendrés par son prédécesseur pour les tuer, afin d'éliminer les rivaux potentiels. Ca me paraissait adéquat et il ne pouvait en être autrement. Evidemment il ne va pas y arriver, nous verrons comment, et c'est je pense ce qui nous différencie des animaux. Mais la scène écrite dans ce chapitre justifie et introduit la brutalité du duel qui ouvre le jeu FF8.

Tout au long du jeu on ne comprend pas bien pourquoi il y a autant de rivalité entre Squall et Seifer, mais on sent bien un lourd contentieux entre les deux. Petits ils se disputaient l'affection d'Edea (d'après le jeu Squall était le préféré d'Edea, et quand on sait que la fanfic place Seifer tout petit dans les bras d'Edea et au coeur de l'attention générale, on comprend qu'il y a un problème quand Squall débarque et lui vole la vedette), plus grands ils se sont battus pour la même jeune fille (c'est dit en filigrane dans la trame du jeu). A la Garden où ils se sont tous retrouvés, Seifer a toujours cherché à être le premier mais Squall avait toujours une longueur d'avance, même si tous deux possèdent ce profil "bad boy" en commun. Ils se ressemblent et en même temps sont différents, mais quelque part ils se respectent. La soif de Seifer à dépasser Squall fait qu'il a été trompé par Ultimecia et s'est rangé à ses côtés pour devenir son "chevalier" (allez savoir où cette histoire romanesque de chevalier de la sorcière a été pêchée), et accéder à quelque chose que Squall n'aurait pas. Difficile de dire ce qui pouvait se passer dans la tête de Seifer, parce que ce n'est dit nulle part dans le jeu, on ne peut que l'imaginer. Je ne sais même pas si j'ai réussi à donner un semblant de réponse dans cette fanfic, tout du moins dans ce chapitre précis, parce que je ne sais pas si je vais mettre les enfants en scène dans les suivants. En tout cas il y a un rapport évident avec la mère, car il ne trouvera la paix et la capacité à faire la paix qu'en découvrant une certaine vérité sur elle. cf dernier combat contre Squall dans le jeu où il est définitivement vaincu, dans la salle du trône d'Ultimecia. J'en ai d'ailleurs un peu bavé de ce dernier Seifer, car il était bien plus puissant que durant les combats précédents, même si sur la video du jeu on le voit amoché, blessé, épuisé.

Chronologiquement nous sommes à moins de six mois de la naissance de Squall, et c'est précisément à ce moment que le continent de Centra subit un énorme cataclysme, mais j'ai décidé de retarder le moment du cataclysme, pour donner un peu de temps aux Leonhart de vivre, à Ultimecia de conquérir Esthar à travers Adelaide, à Anthony d'accomplir sa mission d'ambassadeur, aux Gardens de dévoiler leur secret, et surtout à Seifer de se faire aimer un peu. Je pense que son rêve à lui c'était tout simplement ça. Dans le jeu on le voit toujours entouré de ses deux acolytes Raijin et Fuujin, à essayer d'attirer l'attention, et surtout il a une petite amie avant tout le monde. Petite amie qui du reste le quittera pour le loup solitaire qu'est Squall, Squall qui n'avait rien demandé ! Wink

Voilà un peu le pourquoi du comment de ce chapitre, pour ceux qui ont joué c'est peut-être limpide, mais pour les autres c'en est loin, d'où le petit paragraphe d'explications au début. Bonne lecture !


Chapitre 15

Les oiseaux saluaient l’aube de leur chant chargé de fraîcheur. Aujourd’hui était un autre jour. Aujourd’hui commençait une autre vie. Il ne se présenterait plus, comme à l’accoutumée, dans les salles de cours. Il n’était plus soumis à l’emploi du temps universitaire ; c’était désormais à lui de planifier ses activités. Il n’était plus, non plus, tenu de rester à la Garden. Libre à lui de s’en retourner au palais s’il le désirait, et d'y occuper la place qui était la sienne, aux côtés du Duc son père. A présent qu’il était libéré des obligations estudiantines, d’autres obligations se présentaient à lui, bien plus lourdes : son père le chargerait sûrement de se substituer à lui pour maintes affaires, afin de lui donner un avant-goût de ses futures fonctions, et afin de le faire connaître auprès de ses pairs, ses futurs interlocuteurs. Anthony était loin de se sentir prêt, mais il était au moins sûr de s’engager à défendre les intérêts de Centra au mieux. Ne serait-ce qu’à l’échelle des Gardens.

Comment serait-il accueilli par ses collègues des autres continents ? Cid Kramer, Jonathan Martine, Edward Deverrin… Il ne les avait jamais rencontrés. Etaient-ils aussi humains et professionnels que le Directeur Cornwall ? Il avait entendu certaines rumeurs sur le Directeur Martine. Pas très flatteuses, d’ailleurs, de la bouche des SeeDs de Galbadia Garden en visite lors des rencontres inter-Garden de Triple Triad. D’après ce qu’il avait saisi de ces rumeurs, Martine sortait de l’école des officiers de Galbadia, et il cherchait à militariser Galbadia Garden, ce qui n’était pas du goût de tous. Cid Kramer était l’époux d’Edea, mais Anthony ne savait pas quel genre de directeur il était. Edward Deverrin lui était parfaitement inconnu. Perchée dans les hauteurs enneigées de Trabia, Trabia Garden était en vérité d’une remarquable discrétion. Même les Seeds de Trabia, vêtus de leur sobre uniforme noir et blanc, étaient peu bavards. Ce voyage auquel le destinait le Directeur lui permettrait de mieux connaître le reste de la Garden Society. Cette dernière démarche du Directeur Cornwall était en fait chargée de sous-entendus politiques. Et pour une fois, le nom de Leonhart y était véritablement pour beaucoup. Et, pour la première fois, aussi étrange que cela pût paraître, Anthony ne se sentait pas pris au piège. Etre SeeD et Leonhart à la fois n’était pas sans répercussion, et cela ne faisait que commencer.

Qu’allait-il faire, à présent ? Il s’était tellement attaché à la Garden que quitter son enceinte lui paraissait impensable. Il était chez lui… Non. Il savait ce qui le retenait. Il la suivrait partout. Là où elle serait chez elle, il y serait aussi. Il se dressa sur un coude et contempla la jeune femme endormie à ses côtés. Qu’elle était belle, ainsi abandonnée au sommeil, les cheveux déployés comme une nappe de soie sur l’oreiller, le visage serein, les lèvres fendues dans un léger sourire. Il l’enlaça tendrement et déposa un baiser au creux de son cou. Elle s’étira légèrement, et se blottit avec délice contre lui. Il était bientôt l’heure de se lever, mais il n’osa pas la réveiller : la nuit dernière avait été tout sauf sereine. Elle était à cent lieues de lui, docile mais peu réceptive. Elle avait voulu lui faire plaisir, sans grande conviction, toutefois. Et puis il y avait eu cette grimace, ce petit cri de douleur qu’elle n’avait pu retenir, et qui le fit renoncer. Elle avait fondu en larmes, s’était confondue en excuses, avouant enfin qu’elle n’était pas d’humeur. Aveu superflu, du reste, car il avait plus ou moins compris ce qui la tourmentait. « C’est l’enfant qui t’inquiète, n’est-ce pas ? Tu te demandes ce qu’il devient… » lui avait-il demandé. Elle ne s’était pas attendue à ce qu’il comprît, et n’en versait que plus de larmes. Reconnaissance, chagrin, délivrance, peu importait. Et enfin, ils abordèrent le sujet pour la première fois, en tête-à-tête. « Tu souhaites peut-être le voir… » avait-il finalement proposé. Elle ne savait pas. « Ca ne me dérange pas, si ça peut te faire un peu de bien. Je t’emmène à l’orphelinat demain soir ? » Si elle fut surprise d’apprendre qu’il savait, elle ne le montra pas. « Avec ta permission » fut sa réponse. « Tu n’as rien à me demander, tu sais. Dis-le moi, et je le fais, c’est tout ». Par la suite, il avait passé une bonne partie de la nuit à la consoler et à la bercer pour qu’elle s’endorme enfin.

La sonnerie du réveil général retentit dans le couloir, et le discours matinal du Directeur, ponctué par la pensée du jour, acheva de tirer tous les SeeDs du lit. Anthony donna un baiser à Ambrosia pour la réveiller, puis se leva pour aller prendre sa douche en premier. A peine tous deux étaient-ils vêtus et sur le point de sortir, qu’une troupe de Rubis surexcités à la mine joviale, conduite par un Alestar survolté, fit irruption dans la chambre, avec des fleurs, du champagne et des petits fours. Tout le club de Choco-Polo était également présent.
– SURPRISE ! crièrent-ils tous en chœur.
Alestar s’avança :
– Nous avons appris pour ta validation, et nous sommes venus fêter ça dignement. Tu ne nous en veux pas, j’espère…
– Mais… Mais comment ? C’était strictement confidentiel…
– Sache, mon cher, que rien de ce qui te concerne n’est confidentiel. C’est impossible ! répartit Adriana en lui pointant un doigt au nez.
Elle l’étreignit :
– Félicitations, tu ne peux pas savoir comme je suis heureuse pour toi.
– Wilfried ? commença Ambrosia. M’aurais-tu caché quelque chose ?
– Uh… Eh bien…
Il émit un rire gêné et haussa les épaules en signe d’excuse :
– Je te demande pardon, je ne savais pas comment te l’annoncer… J’ai déambulé tout le reste de la journée d’hier comme un somnambule dans la Garden, me demandant moi-même si c’était bien réel.
– Mais comment se fait-il que eux…
– Mais je n’en sais pas plus que toi, mon amour !
-- Et ça ose nous demander comment on l’a su… dit Adriana en riant. N’as-tu pas honte ? Toi qui nous as formés pour devenir l’unité d’élite de cette Garden…
-- Bon ben c’est pas tout ça, mais le champagne va se réchauffer, déclara joyeusement Alestar. Allez, et que la fête batte son plein !
En un éclair, les coupes furent remplies et distribuées, les petits fours servis, et ce fut dans de bruyants « Hip hip hip… HURRAY ! » que tous trinquèrent à la réussite de leur ami. Et alors que des curieux s’arrêtaient devant sa porte laissée ouverte, ils lui réclamèrent un discours à tue-tête. Anthony rit avec modestie :
-- Voyons, que voulez-vous que je vous dise ?
-- Que tu nous dois des excuses pour avoir été le chef le plus despotique qui soit ! lança quelqu’un.
Un grand éclat de rire général retentit et résonna dans tout le couloir.
-- Oh, ce genre de choses… fit-il en souriant avec malice. D’accord…
Il réfléchit quelques secondes, puis commença :
-- Il est des décisions que l’on regrette toute sa vie. Mais celle-ci… Je bénis chaque jour qui m’est donné de vivre, d’avoir pris la décision d’entrer à la Garden. Certains d’entre vous, je les connais depuis le probatoire : Adriana, Kay, Paul… Alec, qui nous a malheureusement quittés trop tôt… Ulrika, Theodor, Anthy, Kerri, et j’en oublie… Il n’est pas un souvenir qui ne me réchauffe le cœur. Je sais que je me répète – certains diront même que je radote ! – mais j’y tiens énormément : chaque année que j’ai passée parmi vous a été une année de bonheur. Et vous y avez tous contribué. Et aujourd’hui, alors que mon parcours à vos côtés s’achève, je vous en remercie du fond du cœur. Et par-dessus tout, je bénis le ciel de m’avoir donné Eric pour frère. Tu m’as donné tout ce qu’un frère pouvait offrir de meilleur, et jusqu’à la fin de mes jours, je me souviendrai. Merci. Merci – oh, bien trop peu de fois.
Il accueillit un Alestar très ému et quelque peu surpris dans ses bras, sous les applaudissements des Rubis, mais aussi de tous ceux qui se tenaient à l’extérieur de la chambre.
-- En tout cas, fit Paul Andrews, tu peux te vanter : je crois que de mémoire de SeeD, tu es le seul type à oser profiter d’une chasse au Dragon de Rubis pour faire sa demande en mariage !
Et là-dessus, tout le groupe partit de nouveau en éclats de rires.
-- Dis-nous ce que tu comptes faire, maintenant que tu es dans la cour des grands, demanda de nouveau Paul.
-- Eh bien… Il tourna un regard chargé de tendresse vers Ambrosia : Je crois que je vais rester ici encore un an ou deux… Jusqu’à preuve du contraire, je suis encore votre despotique chef, et je suis en plus déjà chargé d’une mission auprès de la Garden, et de fait je préfère ne pas trop me disperser en déplacements inutiles. Je vous convoquerai très bientôt à une réunion, pour réorganiser notre hiérarchie, et pour vous faire part d’un projet qui servira tout Centra.

Après ce petit déjeuner pas tout à fait ordinaire, tous se séparèrent pour remplir leurs obligations. Anthony accompagna Ambrosia vers sa salle de cours.
– Alors ils t’ont validé d’office… réalisa Ambrosia, alors qu’ils empruntaient l’un des escaliers mécaniques.
– Oui, mais je ne pense pas que mes résultats des examens d’hiver y soient pour quoi que ce soit. C’est une décision parfaitement calculée. Sitôt après le tournoi de Triple Triad, je partirai pour les autres Gardens. J’ai pour mission de représenter la nôtre, afin qu’une alliance voie le jour, et je suis également chargé d’observer les SeeDs des autres continents. Autant te dire que cela durera un moment. Il me reste un mois, et c’est juste ce qu’il faut pour me permettre de préparer mon départ. C’est pour cela que je dois réorganiser les Rubis, afin qu’ils ne souffrent pas de mon absence. Et j’ai un énorme projet vous concernant, qui ne sera pas facile à mettre en place en si peu de temps. Je dois voir mon père pour cela. J’aurais dû le faire il y a longtemps, mais avec tout ce qui s’est passé, ça n’a pas été possible. Rassure-toi, mon absence de Centra ne sera pas permanente, je ferai de temps en temps un saut en avion.
Ils longeaient le couloir qui menait vers la salle de cours. Ambrosia restait silencieuse. Il s’arrêta et lui fit face :
– Je suis désolé de devoir te laisser à nouveau. J’essaierai de faire vite, mais je ne te promets rien. Je pense être revenu pour la remise des diplômes.
Elle le regarda droit dans les yeux, le menton haut, et lui toucha légèrement le bras, avec toute l’intimité, la chaleur et la sollicitude que ce modeste contact pouvait transmettre :
– Je comprends. Tu commences déjà à assumer tes fonctions.
Il sentit son cœur se serrer : elle avait parfaitement compris. Ils auraient désormais peu de temps l’un pour l’autre, et même lorsqu’ils seraient ensemble, une certaine attitude leur serait exigée. Il lui prit la main et déposa un baiser au creux de la paume :
– A ce soir. Tu tiens toujours à ce que je t’emmène là-bas ?
Elle inclina la tête, résolue. Il étreignit un instant sa main sur son cœur, puis la laissa aller.


Le visage fermé par la stupeur et un insupportable sentiment d’impuissance, le Duc parcourait les lignes traduites des chroniques de la dynastie Leonhart, qu’Anthony lui avait recopiées.
– C’est elle, Père, affirma le jeune homme. Elle veut nous reprendre Centra, et elle le fera, par tous les moyens.
– Comment est-ce possible… murmura le Duc, atterré.
– Je ne me l'explique pas moi-même, mais d'après ce que j'ai compris, elle aurait fait un bond dans le futur après avoir assassiné Octavia pour lui prendre ses pouvoirs, et a pu revenir dans notre époque en s'ancrant au Professeur Kramer. Je m'interroge sur le sort d'Octavia, car les Sorcières ont une longévité hors du commun, et j'ignore ce qui a pu empêcher Octavia d'agir lors de l'invasion Estharienne, d'autant qu'elle savait contrôler Richard. Octavia a toujours veillé sur les intérêts de Centra, et le fait qu'elle ait disparu de la circulation à la mort de Macsen m'intrigue. Hélas je crains bien que cette page-là de notre histoire ne reste inexpliquée à jamais. Artemisia est aveuglée par le désir de vengeance, et a acquis suffisamment de puissance pour revenir prendre ce qui lui appartient.
A ces mots, le Duc frappa son bureau du poing :
– Ce qui lui appartient ? Est-elle folle ? La couronne de Centra est revenue à sa branche de la dynastie par défaut d'héritier de notre côté ! Et elle nous a été restituée par Ambrosius ! Ses revendications sont hors de propos ! Nous nous y opposerons par tous les moyens, d'autant plus qu'elle me semble être un beau tyran, et il est hors de question que Centra tombe sous son joug ! Vous avez demandé audience auprès de moi pour m'entretenir à ce sujet, c'est donc que vous avez une idée derrière la tête. Que me proposez-vous ?
-- Confiez-moi l’entraînement de votre armée. Nous avons besoin de les former aux techniques qui nous ont été enseignées par la Garden. Les Rubis Incandescents leur fourniront les connaissances nécessaires afin qu’ils soient convenablement équipés face à elle. On ne combat pas une Sorcière par la seule technologie et l'armement conventionnel.
C'était bien la première fois qu'il s'exprimait devant son père par la voix impérative. Il avait tellement l'habitude d'être aux commandes à la Garden que les mots lui étaient venus sans le moindre effort, sans avoir à y penser. Avant même qu'il ait pu réaliser qu'il venait de donner un ordre direct au Duc en personne, le Duc, sans paraître offensé, hocha pensivement la tête dans un signe d'approbation, le menton appuyé sur une main.
-- Et comment procéderez-vous ?
-- Je pense répartir mes Rubis dans les différentes bases de formation, où ils auront un statut d’instructeur prioritaire : ils formeront tous les hommes, du soldat de deuxième classe à l’officier supérieur. La Garden est grande, mais elle ne pourra accueillir tout le contingent. De plus il m’est avis que les soldats se sentiront plus à l’aise, formés en leur base plutôt qu’en la Garden : certains de mes Rubis sont excessivement jeunes, mais extrêmement compétents. Je ne souhaite pas leur imposer en plus un environnement étranger.
-- J’accepte votre concours, et vous mets immédiatement en rapport avec le Général Stingray. Il est mon chef d’état major, et c’est lui que vous devrez convaincre. Il est établi à la base de Powacca. Vous avez carte blanche.
-- Je vous remercie, Père.
Anthony salua et quitta le cabinet du Duc.
-- Et… Wilfried… appela soudain le Duc.
Anthony se figea devant la porte. Jamais son père ne l’avait appelé par son nom. Il avait toujours été « le fils », une figure emblématique, un symbole, mais pas une personne. Entendre son nom de la bouche de son père lui fit l’effet d’une seconde naissance. Pour la première fois de sa vie, son père le voyait vraiment, comme ce qu’il était, et non comme ce qu’il représentait.
– Oui, Père ? répondit-il, maîtrisant à peine l’émotion qui ébranlait sa voix.
Même ce mot avait à présent une sonorité, une teinte différentes. Autant il avait désigné le suzerain et le mentor, autant il désignait à présent l’être protecteur, le pilier de force auquel on pouvait toujours s’appuyer, le modèle de sagesse vers qui l’on pouvait se tourner à tout moment, sans jamais craindre d’être jugé. Le Duc fit le tour du bureau, et vint faire face à son fils. Il lui serra la main et lui donna une chaleureuse accolade :
– Je ne vous ai point encore dit la fierté qui illumine mon cœur à vous voir aussi brillant. Vous avez eu suffisamment de courage pour affronter mon autorité et suivre la voie qui était vôtre, et pas un instant vous n’avez failli à votre nom. Votre réussite est allée au-delà de toutes mes espérances, et aucun père ne peut être plus comblé.
Anthony aurait fondu en larmes. On ne pouvait pas lui faire de plus beau cadeau. Cette reconnaissance qu’il avait tant espérée, son père la lui témoignait enfin. Il était vraiment libre, cette fois.
– Vos propos m’honorent et font de moi le plus heureux des fils, réussit-il tout juste à dire. Permettez-moi de me retirer, à présent.
Il ne tenait pas à ce que son père vît perler à ses yeux des larmes qu’il ne pouvait plus retenir. Le Duc n’avait que peu de sympathie pour ce qu’il considérait comme des signes de faiblesse de la part d’un homme. L’âme en paix, Anthony quitta le cabinet du Duc. Ce fut pleurant comme un enfant qu’il alla ouvrir l’une des innombrables fenêtres qui éclairaient l’immense couloir et respira l’air comme s’il le faisait pour la première fois, pour se décharger du trop-plein de joie qui déferlait en lui. Tout ce qu’il souhaitait, il l’avait obtenu. A présent, il ne désirait plus rien d’autre, à part vaincre Ultimecia. Peut-être périrait-il de sa main, mais jusqu’à ses derniers instants, il s’emploierait à donner à tous les clés pour la combattre. Devant la Dame Raven, il l’avait juré.

*****

Une fois son dernier étudiant sorti, Edea s’apprêta à sortir à son tour, lorsqu’on frappa timidement à la porte de la salle de classe.
– Entrez, répondit-elle
C’était une jeune SeeD de quatrième année, Arabella Stafford, des Rubis Incandescents, à en croire la petite larme rouge qui agrémentait son uniforme. L’une de ses meilleures élèves de cette promotion. Depuis qu’elle était entrée à la Garden, la jeune fille avait fait montre d’un incroyable potentiel dès les premiers jours, et elle fut très vite remarquée. Elle était la seule dans toute la Garden à pouvoir renommer ses Guardian Forces sans dénaturer leurs pouvoirs, et la seule à pouvoir les renommer dans le but de modifier leurs pouvoirs de façon extrêmement précise et spécifique. Elle faisait à présent partie des meilleurs SeeDs de la Garden, et arborait avec grâce les galons du rang A.
-- Entrez, Arabella, dit Edea d’un ton amène. En quoi puis-je vous être utile ?
La jeune fille entra en silence et vint s’installer dans l’un des confortables fauteuils du cercle de méditation.

La « salle de cours » d'Edea était très éloignée de ce que l'on pouvait s'imaginer en matière de salle de cours dans une université. Ici, point de rangée de tables face à un pupitre de conférencier devant un immense tableau occupant tout le pan de mur. Une trentaine de fauteuils blancs inclinables disposés en rangées concentriques occupaient le centre d'un vaste espace cubique sans fenêtre, sans ouverture autre que la porte qui y donnait accès, et dont la blancheur intégrale effaçait et rendait incertaines ses proportions réelles. La salle n'était jamais telle qu'on la voyait vraiment ; dotée de projecteurs holographiques d'une sophistication extrême, elle transportait ses occupants loin, très loin de leur réalité, hors du temps. Allongé sur son fauteuil, on pouvait ainsi se retrouver flottant au beau milieu de l'espace, entre les galaxies aux formes fantastiques, les rivières d'étoiles scintillantes aux couleurs de soleils et d'arcs-en ciel mélangés, les nébuleuses mystérieuses avec leurs nuances à la beauté indescriptible ; on pouvait se trouver plongé au fond des océans, à pouvoir presque toucher les créatures sous-marines qui volaient littéralement tout autour de soi, avec leurs mouvements fluides et pleins de grâce, au milieu de paysages coralliens multicolores aussi étranges que magnifiques ; céleste, terrestre ou sous-marine, réaliste ou totalement imaginaire, l'illusion n'était jamais la même et invitait l'esprit à s'évader. Un esprit libéré était mieux disposé à la Jonction, et permettait à Edea de lui « montrer », comme si elle le guidait par la main, le processus mental pour communier avec la Guardian Force. Durant les premières années, les séances permettaient au cerveau d'établir de nouvelles connexions entre les aires et les noyaux, afin de faciliter le passage de ce qui devait être appelé la GF-Wave, ce lien entre le SeeD et sa Guardian Force, parfaitement lisible à l'EEG car elle était bien distincte et ne ressemblait à aucune autre onde cérébrale. A cette époque, la Garden Society n'en était qu'à ses premiers balbutiements en matière d'études de la GF-Wave. L'on ne devait découvrir que plus tard que la GF-Wave développait sa puissance au détriment de l'aire des souvenirs anciens. Plus la compatibilité avec les Guardian Forces était haute, plus l'aire des souvenirs anciens était dégradée. Les souvenirs d'enfance étaient ainsi perdus petit à petit. Mais il était trop tard pour faire machine arrière : les SeeDs avaient besoin des Guardian Forces pour se tenir sur un pied d'égalité avec les Sorcières.

Arabella resta un moment indécise, regardant à droite et à gauche, comme si elle redoutait quelqu’oreille indiscrète. Edea attendit patiemment.
-- J’ai besoin de vos conseils, dit-elle enfin. Depuis qu’Anthony a donné cette conférence sur notre ennemie, je me pose des questions sur moi-même. Hier, j’ai fait un test : je me suis débarrassée de mes Jonctions, et je suis allée au centre d’entraînement.
Edea retint son souffle. Le visage de la jeune fille se décomposa, et des larmes montèrent à ses yeux :
– J’ai tué un Tri-Face presque aussi facilement que si j’avais toutes mes Jonctions. J’ai pu lancer tous mes sorts sans Jonction.
Edea l’aurait presque deviné.
– Oh, ma chère enfant…
Elle prit la jeune fille en sanglots dans les bras :
– Et vous vous sentez maudite d’avoir cela dans le sang…
– Que dois-je faire ? Comment parvenez-vous à vivre en ayant connaissance de ce que vous êtes ?
– Ne pleurez pas, Arabella, et laissez-moi vous raconter quelque chose. Il y a très longtemps, ce pouvoir que nous avons en nous était considéré comme un don : il nous permettait de communiquer avec les Esprits Sauvages, les créatures divines de Hyne. Une Jonction est la chose la plus merveilleuse qui nous soit donnée de vivre sur cette terre. Les jeunes filles possédant ce don étaient très convoitées, car l’on disait qu’elles apportaient la prospérité au foyer. Pourquoi croyez-vous que l’Empereur Macsen Leonhart ait épousé Octavia la Magnifique ? Les temps changent, et avec le flot des siècles, les mentalités évoluent, en bien ou en mal. Il se trouve que l’affaire Hadora Fischer a eu de très malheureuses retombées, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Soyez fière de ce que vous possédez, et usez-en avec sagesse. Une Sorcière n’est maléfique que par ses actes, et non par sa nature. Grâce à votre don, vous pouvez apporter énormément à la Garden. Apprenez à vos camarades à mieux connaître les Sorcières. Mieux ils nous connaîtront, mieux ils seront protégés contre Ultimecia. Vous même, devrez apprendre à vous protéger d'elle. En tant que Sorcière vous êtes vulnérable à son influence.
– Comment cela ?
– C'est dans notre nature. Notre cerveau fonctionne de façon légèrement différente que si c'était celui d'un SeeD qui aurait acquis ses Jonctions par l'apprentissage, et nous sommes plus ou moins liées entre nous. Chacune a le pouvoir d'influencer ses sœurs. Nous pouvons échanger nos pouvoirs entre nous, ce qui nous rend plus puissantes et également plus dangereuses. Je vous apprendrai comment dresser les barrières contre Ultimecia. C'est d'autant plus obligatoire que vous possédez l'entraînement des SeeDs. Je vous propose de nous retrouver à l'heure du déjeuner, afin de commencer votre entraînement particulier. Cela vous convient-il ?
La jeune fille hocha la tête avec résolution : elle ne comprenait que trop l'enjeu.
– Je vais partir dans quelque temps. Accepteriez-vous de me remplacer ? Vous êtes mieux placée qu’aucune autre pour occuper ce poste pendant mon absence.
– Je ne sais… C’est bien trop d’honneur que vous me faites.
-- Acceptez, je vous prie. Je cherchais quelqu’un pour me succéder, et la providence vous a conduite à moi. Je cherche des successeurs, car je devrai un jour me retirer du monde. Vous côtoyer alors qu’Ultimecia est si proche, c’est vous faire courir un danger aussi grave qu’inutile.
Arabelle leva sur elle un regard chargé de ferveur :
-- Oh, Professeur, ne nous laissez pas. Votre place est ici, à la Garden, quoi qu’il puisse arriver. Vous nous avez tant apporté, que ce soit pendant les cours ou en dehors, et nous vous aimons tant…
Edea sourit, touchée par ce témoignage autant de reconnaissance que d'affection :
-- Cela me réchauffe le cœur de vous l’entendre dire. Mais ma vie est parvenue à un tournant, et il est temps pour moi d’entamer une autre étape. Et je me dois de
cesser toute activité à la Garden. Je vais à présent me consacrer entièrement à l’orphelinat et à la Garden Society. La première promotion de SeeDs est sur le point de sortir, et les contrats ne tarderont pas à déferler. La Garden Society aura besoin de moi. Et lorsqu’elle aura assis son renom, je me retirerai, et ne serai plus que la présidente de la Fondation Kramer, intendante de l’orphelinat. Si Ultimecia m’en laisse le temps, je lèguerai toutes mes fonctions les unes après les autres, pour m’exiler enfin dans un lieu isolé.
-- Quand comptez-vous nous quitter ?
-- Très prochainement. Je n’ai pas encore fixé de date. J’en aviserai le directeur Cornwall le moment venu. Acceptez-vous de prendre ma succession ? Les cours de Mysticisme ne vous demanderont quasiment aucun effort supplémentaire : ce don vous est inné, et vous serez surprise de l’aisance avec laquelle vous transmettrez vos connaissances.
-- Dois-je comprendre que ce poste ne peut être occupé que par une Sorcière ?
-- Une Sorcière est la meilleure candidate, assura Edea.


Anthony arrêta la voiture aux portières frappées du blason de la Garden sur l’esplanade du Manoir Kramer. Les mains crispées sur les genoux, le regard baissé vers le sol, le visage fermé, la jeune fille restait indécise. Anthony s’accouda au volant et lui toucha le bras :
-- On peut faire demi-tour, si tu veux, si tu ne te sens pas prête.
Elle secoua la tête :
-- Non. Je dois le voir.
-- Comme tu voudras.
Il sortit de la voiture, fit le tour et vint ouvrir la portière côté passager pour qu’Ambrosia puisse descendre et tous deux marchèrent vers le perron.

Anthony resta rigide à la vue du bébé, qui devait avoir bien six mois à présent. Alors c’est ça qu’il avait mis en elle, qui l’avait privé d’elle pendant un an… Le fils de Brian… Comme cette notion était pénible à assimiler. Insupportable. Inadmissible. Un instant, une haine violente et irrationnelle, une colère révoltée et une jalousie frénétique s’engouffrèrent dans son être en un ouragan de rage destructrice, dévastant toute sa maîtrise.

Je vais le tuer.

Un sanglot à ses côtés abattit d’un seul spasme le tourbillon de forces chaotiques qui l'ébranlaient. La voir ainsi bouleversée le renvoya face à lui-même : qu'allait-il faire ? Etait-il vraiment prêt à… ? Le souffle court, frissonnant de sueurs froides, il esquissa un mouvement de recul, les poings serrés si fort qu'il s'en perçait les paumes, tentant d'éteindre le feu de haine en lui. Impossible, pas lui !

Brian, que m'as-tu fait ?

Une main plaquée sur la bouche, Ambrosia se retenait à grand peine.
– Mon dieu comme tu as grandi…
Elle avança d’un pas chancelant vers le splendide poupon niché au creux des bras d’Edea. Un fin duvet blond aux discrets reflets de soie recouvrait le sommet de la petite tête toute ronde et bien faite. Le visage joufflu et éclairé, l’enfant regardait les deux jeunes gens avec d’immenses yeux bleus d’une extraordinaire limpidité. Edea fit un geste hésitant vers Ambrosia :
– Vous… Vous voulez le prendre ?
Elle ne savait pas si c’était une très bonne idée. Qui sait ce que pouvait réserver l’instinct maternel ? Ambrosia tendit machinalement les bras, et l’enfant passa d’un sein à l’autre. Elle alla s’asseoir dans un fauteuil. Un silence malaisé plana dans le petit salon. Anthony assistait, stupéfait et mystifié, à ces étranges retrouvailles. Les mains nouées l’une à l’autre, le souffle suspendu, Edea attendait avec anxiété ce qui allait suivre, son regard allant de l’un à l’autre des deux jeunes gens. Quel drame allait encore éclater ?
– Seifer Almasy… commença Ambrosia, d’une voix tremblante. Tu n’aurais jamais dû voir le jour… Mais ce n’était pas ta faute ! Elle fondit en larmes, serrant convulsivement le bébé contre elle. Je n’avais pas le choix ! Tu ne m’appartiens pas ! Qui pourra jamais comprendre ? Ce n’est pas ta faute, pas ta faute…
L’enfant protesta en se tortillant et en couinant pour se libérer de cette étreinte inconfortable. Edea crut bon de l’enlever des bras d’Ambrosia. La jeune fille le retint contre elle
– Laissez-le moi !
– C’est inutile, Ambrosia, répliqua doucement Edea. Il n’a jamais fait partie de vous. Vous ne vous ferez que plus de mal. Il trouvera son chemin seul. Un jour.
Avec douceur mais fermeté, elle reprit Seifer dans ses bras et l’apaisa. Ambrosia s’effondra sur l’accoudoir du fauteuil et pleura sans retenue. Revenu à ses esprits, Anthony vint s’accroupir près d’Ambrosia et lui prit doucement les épaules. Edea emmena Seifer hors du salon et dit au jeune homme :
– Laissons-la un peu seule, elle sait ce qu’elle doit faire.
Il l’étreignit doucement puis la laissa et sortit à la suite d’Edea, non sans jeter un regard inquiet par-dessus son épaule.

Edea l’emmena dans le parc du manoir où tous deux déambulèrent un long moment dans le silence le plus complet, le regard tourné vers leurs ombres qui s’allongeaient au fur et à mesure que le soleil descendait, comme d’ostensibles pistes pour fuir et s’échapper de cette vie vers d’autres horizons de liberté, où le destin serait autre. Comme autant d’appels au départ, les cris d’oiseaux marins emplissaient le ciel, au-delà de la falaise qui marquait les limites du domaine Kramer, mais aussi les limites du domaine terrestre, arrêtant les pas des deux promeneurs, comme pour leur rappeler leur existence délimitée par les règles, cloisonnée par les obligations et les protocoles, ancrée par d’indéfectibles attaches, ces nécessaires barreaux et entraves que l’on acceptait avec cœur sinon stoïcisme, car ils nous signifiaient notre humanité-même. Visible depuis l’extrémité de la falaise, la pointe du phare de Centra, dressée comme l’ultime témoin de cet état des choses, auréolée de vols d’oiseaux immaculés, projetait sa lumière au milieu des embruns et du fracas des vagues géantes, guide immuable et inaccessible et pourtant salvateur, porteur d’espérance, silencieux gardien de vie remplissant jour après jour sa tacite mission quoi qu’il advienne.
– Il a la beauté de sa mère, dit-elle après un long silence. Il est vif, intelligent et agréable, il a conquis tout le personnel du manoir. Cet enfant a un avenir certain. Elle se tourna vers lui et sourit avec mélancolie : Cela doit vous choquer de m'entendre vous en parler ainsi, étant donné la façon dont il est arrivé, mais il faut voir les choses telles qu'elles sont,et non telles qu'elles nous apparaissent. Je ne perçois aucune empreinte de Brian en lui.
– Je préfère l'oublier, si vous me le permettez, dit-il, sévère, le visage fermé.
Il n'avait pas oublié qu'il avait été prêt à se jeter sur le bébé dans l'intention de l'égorger à main nues. Soucieux de la réaction d'Ambrosia, il ne s'était pas interrogé sur la sienne propre, qui l'avait pris totalement au dépourvu. S'il n'y avait eu Ambrosia à ses côtés, il aurait accompli un massacre. Ce n'était pas pour entendre des compliments sur l'enfant maintenant. Edea avait eu raison en disant que par son acte, Brian avait brisé la quiétude de leur couple, changé leur vie. Suffisamment pour réveiller en lui quelque chose tapi au fond de son cœur dont il ne soupçonnait pas l'existence. Le souvenir de cette expérience devait le hanter longtemps.
– Bien sûr, pardonnez-moi, dit-elle, consciente d'avoir passé la limite de tolérance du jeune homme.
Il poussa un petit soupir et regarda les vagues en contrebas, avant de porter à nouveau son regard vers le manège incessant des projecteurs du phare, les mains croisées dans le dos. Edea remarqua pour la première fois sa grande ressemblance avec le Duc ; dans cette posture, il faisait presque penser à Maximilian vingt ans plus tôt.
-- Je ne vois pas ce que je pourrais faire pour l’aider, fit-il. C’est bien la première fois que je me sens impuissant.
-- Ne changez pas d’attitude à son égard, car elle y verrait une altération de votre confiance. Et protégez-la, surtout d’elle-même.
Anthony se demanda un instant si ce n'était pas plutôt de lui qu'il devait la protéger, sachant ce qu'il aurait été capable de faire. Il acquiesça néanmoins en silence et tous deux contemplèrent en silence l’immensité. Qu’il était étrange pour Edea de se retrouver ici-même où quelque temps auparavant elle avait essayé de mettre fin à ses jours. Elle revivait la chute libre. Et ce choc. Enorme. Elle ne savait toujours pas ce qui l’avait sauvée et ramenée à l’endroit où elle se trouvait actuellement avec son élève le plus brillant. Prise de vertige, elle se détourna et agrippa le bras d’Anthony avant de tomber.
-- Qu’avez-vous ? demanda-t-il en la rattrapant.
-- Ce n’est rien, juste… un mauvais souvenir.
Elle se remit d’aplomb et commença à s’éloigner, tournant le dos à un destin funeste, chassant de son esprit ses sombres pensées pour y faire rentrer la lumière de l’avenir.
– Vous devriez rentrer et profiter du temps qu’il vous reste à passer avec Ambrosia avant votre départ. Je crois comprendre que vous allez être fort pris par vos préparatifs.
Anthony sentit son cœur se serrer à l’évocation de sa future affectation. Edea lui toucha amicalement le bras :
– Rassurez-vous, vous ne serez pas le seul à partir. Je vous accompagnerai, tout du moins lorsque nous nous rendrons à Balamb Garden.
– Vous partez aussi, Professeur ? fit-il avec étonnement.
– Oui, je pense qu’il est temps pour moi de léguer mon professorat. J’ai déjà désigné mon successeur, et le conseil des professeurs de la Garden a émis son accord. Dorénavant je vais me consacrer entièrement à la Fondation, pour préparer notre défense. Les SeeDs auront besoin de toute notre avancée technologique. Vous serez notre interlocuteur privilégié puisque vous aurez établi le contact avec toutes les Gardens. La guerre a commencé.



Bonus : la séquence d'ouverture du jeu, avec le légendaire FITHOS LUSEC WECOS VINOSEC (Anagramme de SUITE OF WITCHES - LOVE). La technologie de motion capture de l'époque chez Squaresoft (1999) était à la pointe de ce qu'on savait faire, et c'était le plus beau jeu du moment.
Bon sang, à revoir ça j'en ai encore la chair de poule Wink Voilà, vous voyez ce que c'est que la Gunblade de Squall, dite Revolver, la forme dans laquelle la manie Anthony, avec un plan sur la tête de Griever qui orne la Gunblade, et sur le pendentif de Squall, qui a la même forme. Celle de Seifer s'appelle Hyperion. Comment tout ça va échoir aux deux jeunes hommes ? La très belle femme en robe noire super sexy avec la drôle de coiffe, c'est Edea dans sa forme méchante. On a du mal en la voyant comme ça à l'imaginer douce et maternelle Wink

https://www.youtube.com/watch?v=q09quI356sQ

Et en fait ce n'est pas exactement ça la séquence d'ouverture, c'est ce qui suit. La cinématique est le début du jeu-même. L'ouverture c'est cette série de photos extrêmement bien traitées, on dirait qu'elles sortent tout droit de la pellicule d'un photographe, dans un style très affûté, très FFVIII. Hurlements de fans hystériques garantis à la première pose ! Avec la musique géniale de Uematsu qui fait bien monter l'adrénaline...

https://www.youtube.com/watch?v=vbVPq01vs_4
Dans l'ordre d'apparition :
Squall
Quistis (son fouet me fait penser au Krospoliner de Katsumi dans Silent Moebius)
Salle de bal de Balamb Garden
Zell
Irvine (une vraie gravure de mode)
Locomotive du train de Galbadia (mission d'enlèvement du président)
Laguna (HAAA s'évanouit)
Edea (elle porte un masque en forme de bec qui lui cache le visage)
La Gunblade dans son étui
Selphie
Seifer (j'adore la pose)
Blason de Balamb Garden
Raijin (le gros malabar) et Fuujin (sa soeur, de dos)
Rinoa (celle par qui tout arrive)
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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Lun 11 Juil - 0:24

Chapitre 16 posté chez les Crusaders ! Mais je mets quand même tout ici, parce que ici c'est un peu "à la maison" pour moi, même si je ne sais pas ce que Raistling a décidé pour le futur de ce forum, il n'y a pas eu de suite à la discussion amorcée par MP. Dans ce chapitre je mets en place quelques éléments supplémentaires conditionnant la situation telle qu'on la connait en chargeant FF8 sur son PC ou sa Playstation. Une très grosse moitié du chapitre a été entièrement réécrite parce qu'il manquait énormément de choses pour donner un peu de matière à ce chapitre très important qu'on pourrait facilement intituler "Prophecies". Il fallait bien que j'y vienne un jour !

Vous me pardonnerez mon goût immodéré pour le faste classique, après tout je descends d'une famille de mandarins, à cette époque mon grand-père était un très grand homme d'affaires et le patriarche d'une des familles les plus riches de Saigon, et j'ai un peu vécu dans ce type de milieu, avec chauffeur personnel et gouvernante attitrée, chiens de garde, réceptions tous les soirs etc... J'ai également connu tout le contraire, puisque la famille de papa est issue d'un milieu extrêmement modeste, et surtout lorsque nous avons tout perdu en 75 et qu'on s'est retrouvé dans un camp à Hong Kong durant notre fuite vers l'Europe. Ca a beau être très loin, j'en ai gardé des souvenirs. Ceci dit, quand on regarde de près le monde de FF8, on retrouve cette impression de luxe un peu partout, donc ce que j'écris n'est pas une exagération. Quelqu'un qui m'est cher ici me taxerait d'avoir des goûts de luxe, mais oui, je ne le nie pas et je l'assume entièrement ! Voilà pour l'édito personnel.

Avant de vous faire lire le chapitre suivant, dernier écrit en date, il m'a paru important de vous expliquer plusieurs choses au sujet du mélange des époques, de l'imbrication rêve-réalité, du "parachutage" d'Ellone, et de la Triple Triad, puisque je relate le tournoi intergarden de Triple Triad (de mon invention, mais je suppose que cet événement devait exister quelque part), autrement vous aurez du mal à comprendre si vous n'avez jamais touché au jeu.

Ballades d'une époque à l'autre : Je ne l'ai pas beaucoup fait dans mon récit, mais FF8 est truffé de flashbacks qui ont lieu environ 17-20 ans avant son époque effective (on y est presque dans ce chapitre, parce que Rinoa vient de naître, et elle a quelques mois d'écart avec Squall), parce que la trame du jeu fait intervenir des événements qui ont eu lieu avant la naissance de Squall, et qui conditionnent ce qui se passe lorsque Squall a 17 ans. Noter de plus que le gros ennemi ultime est une sorcière qui vient du futur pour s'emparer des pouvoirs de celles du passé (Adel) et du présent (Edea/Rinoa), et réaliser un cataclysme que l'on appelle "compression temporelle", la compilation en un seul continuum de toutes les époques passées présentes et à venir, qui résulterait en un univers dans lequel elle seule pourrait exister. Honnêtement les scénaristes auraient pu aisément s'en passer, cet end-game est un flop absolu de FF8 parce qu'il ne trouve aucune justification. Heureusement Maman Meri (dite Ieglen, dite encore Khisanth sur les forums FFWorld quand j'y sévissais) était là pour trouver une justification concrète et peut-être la seule valable. Non non, je ne me jette pas des fleurs Wink La fin du jeu consiste pour nos héros à faire un bond dans le futur alors que la compression temporelle démarre et battre Ultimecia sur son propre terrain chez elle là où elle a établi son empire. Lorsqu'enfin on vainc Ultimecia, toutes les époques sont mises sens dessus dessous, et Squall, durant son évacuation, se perd quelque part dans le passé. Coincidence extraordinaire, il tombe exactement le jour où Ultimecia, à bout de forces, se réfugie dans le monde de FF8 d'avant sa naissance (vous suivez ?), et lègue ses pouvoirs à Edea qui n'avait alors rien demandé, la réveillant par là même. Dans le jeu, Edea avoue avoir reçu ses pouvoirs de Sorcière à l'age de 5 ans, mais ce qui la réveille vraiment c'est le contact avec Ultimecia. Voyant que l'histoire est sur le point de se répéter, Squall a juste le temps de mettre Edea en garde et de la pousser à créer les SeeDs et les Gardens (c'est comme ça que démarre la présente fanfic). Ultimecia meurt, et Squall est jeté dans un vide temporel où il meurt presque, si ce n'est grâce au souvenir d'une promesse faite à Rinoa (voir cinématique d'intro du jeu) qui va le sauver in extremis. La fin du jeu est fabuleuse, et on oublie très vite le gros délire scénaristique dans lequel s'est lancée l'équipe de Square.

Quand le rêve et la réalité se touchent : Il y a un dans FF8 un personnage qui n'est pas beaucoup développé, mais qui joue un rôle déterminant dans la victoire des SeeDs sur Ultimecia, car c'est grâce à elle que les morceaux sont reconstitués, et c'est elle qui crée une sorte de continuité entre les différentes époques. Elle a le pouvoir de plonger ses cibles dans un sommeil magique, de les envoyer dans le passé via leurs rêves et de les faire entrer dans les souvenirs d'un autre, à condition de les avoir connus. C'est ainsi que Squall se retrouve par moments dans la peau de Laguna, dans le jeu son père biologique (suis quasi-sûre que c'est ce que le jeu laisse supposer), hypothèse que personnellement je n'ai pas pu accepter de point de vue de la logique pure. Ellone est poursuivie par Ultimecia à cause de cette faculté, on comprend aisément pourquoi. A l'époque où elle était la protégée de Laguna, elle a été enlevée et emmenée en Esthar, fief de la sorcière Adel, et Laguna a mis sa vie en jeu pour la retrouver et la sauver. Il s'est d'ailleurs retrouvé esclave d'Adel pour avoir accompli cet exploit, et c'est son esprit inventif qui lui a permis de piéger cette dernière et de délivrer Esthar de son joug. Suite à cet acte de bravoure peu commune (hum), il a été élu président d'Esthar, et a poursuivi son mandat jusqu'à l'époque de Squall. L'histoire se répète pour Ellone dans cette époque, puisque Edea (en fait manipulée par Ultimecia) cherche de nouveau à s'emparer d'elle pour exploiter ses pouvoirs. Ellone n'a d'autre ressort que d'appeler Squall à son secours, en lui instillant les souvenirs de Laguna, ce que notre héros a franchement du mal à saisir, parce que l'utilisation des Guardian Forces lui a fait perdre ses souvenirs. Pourquoi Squall ? Parce qu'ils ont séjourné ensemble durant une courte mais suffisamment significative période pour que Squall s'attache à elle, à l'orphelinat d'Edea. Ils étaient alors enfants, et c'est durant cette période que Ellone a été enlevée. J'espère ne pas me tromper car c'est précisément cette période qui est devenue très très nébuleuse dans mes souvenirs et m'oblige à me replonger dans un synopsis ! Les choses sont d'autant plus confuses que les souvenirs envoyés par Ellone ne sont pas dans l'ordre, et sont tellement disséminés dans le temps qu'on n'arrive presque pas à faire de lien entre eux. Comment par exemple, Laguna s'est-il retrouvé acteur dans un film de série B après avoir été soldat dans l'armée de Galbadia ? Parlez d'une reconversion... Même la chronologie de la guerre entre Esthar et Galbadia, au travers des opérations commando de Laguna, est extrêmement confuse. En tout cas c'est pour le coup bien fait, il ne s'agit jamais que de souvenirs qui remontent par bribes. Et le joueur n'a plus qu'à faire avec !

Triple Triad, le "Poker" de FF8 : Il n'est pas un adepte de FF8 qui n'a pas disputé à un moment ou un autre au moins une partie de Triple Triad quelque part dans le jeu, et les grands fondus de ce jeu dans le jeu ont même entrepris l'énorme quête de la Reine des Cartes. Je me suis contentée du celle du Card Club de Balamb Garden, qui consiste à découvrir qui en sont les as et à les provoquer en duel. Le fait d'avoir entrepris cette quête permet des facilités dans le jeu vers le disque 4. Qu'est-ce que c'est que la Triple Triad et comment ça se joue ? Le principe ressemble à celui des cartes Magic mélangé à celui du jeu de Go. Vous disposez d'un jeu de cartes marquées de 4 chiffres, à l'effigie d'un monstre de l'univers du jeu et plus rarement d'un boss, d'une Guardian Force ou d'un des personnages principaux. Les chiffres indiqués sont attribués à chaque côté de la carte, et vont de 1 à A, A équivalant à 10. Par ailleurs certains monstres sont associés à un élément, et cet élément figurera également sur la carte, ce qui lui confère une caractéristique de plus, intéressante lors de combinaisons. Le plateau de jeu se compose de 9 cases sur lesquelles les deux joueurs vont disposer chacun à son tour une carte de son jeu. Le but est d'apposer une carte avec un chiffre supérieur à celui figurant sur le côté adjacent, et d'ainsi faire rentrer la carte de l'adversaire dans son jeu. Dans le jeu c'est très simple, la conversion des cartes est objectivée grâce à un changement de couleur. A la fin de la partie, celui qui a réussi à convertir le plus de cartes a gagné, et a le droit de prendre une carte de son adversaire. Les règles concernant les combinaisons sont propres à chaque continent et peuvent être combinées. C'est là que tout se complique, car moi-même je ne garde aucun souvenir de ces subtilités tactiques ! J'ai toujours joué en Open et All Rules (pour ne pas chercher en fait), ou bien tout simplement Balamb Rules, les plus basiques. Le fait de faire intervenir l'élément figurant sur les cartes ouvre des possibilités de combinaison supplémentaires pour convertir plus de cartes à son avantage en un seul mouvement. C'est ce qu'il faut comprendre. La Triple Triad fait partie intégrante du gameplay de FF8, car les cartes peuvent être transformées à terme grâce à la capacité d'une Guardian Force (Quetzacoatl) en objets magiques aux propriétés plus ou moins intéressantes. On peut même invoquer la capacité Card du même Quetzacoatl pour transformer les monstres en plein combat en carte, ce qui écourte radicalement la durée du combat ! Vous comprenez pourquoi je ne pouvais pas écrire une fanfic sur FF8 sans consacrer un épisode à la Triple Triad ! Et le fait de faire intervenir ce tournoi à un moment aussi dramatique du récit est le reflet de ce qui peut se passer en jeu : on peut, au détour d'une conversation particulièrement sérieuse ou dramatique, provoquer l'interlocuteur en duel et engager une série de parties sur l'espèce de musique très "Casino" de la bande son. C'est ainsi que, en retrouvant le Directeur Martine de Galbadia Garden à Fisherman's Horizon après qu'il a été viré, j'ai disputé une partie contre lui et j'ai pu gagner une carte très importante. Il était pourtant malheureux d'avoir perdu son poste, mais il a quand même accepté de jouer contre moi, et c'est là que j'ai su qu'il confisquait toutes les cartes de ses étudiants, fait que je n'ai pas manqué d'exploiter dans la fanfic Wink Dans la fanfic j'évoque un Same durant la finale. Qu'est-ce qu'un Same ? Si je me souviens bien, c'est une combinaison chiffrée due à la symétrie de disposition des chiffres entre deux cartes disposées de part et d'autre de la carte qui vient d'être convertie. En gros au lieu de gagner une carte, vous en gagnez deux, avec ou sans effet de cascade. Si vous voulez savoir ce que c'est que la Triple Triad, je vous invite à télécharger le plug-in sur le site FFWorld, site de fans d'excellente qualité très pointu sur les informations et exhaustif sur le contenu, le seul offrant un mode de tournoi online de Triple Triad. Vous y disputerez des parties contre d'autres adeptes et comprendrez comment ça fonctionne. Je ne l'ai pas testé, je ne sais donc pas si vous aurez droit à la petite musique de Uematsu, qui met bien dans l'ambiance d'une salle de jeux. C'est un plug-in entièrement réalisé par des fans, et vous y trouverez des cartes non seulement à l'effigie des figures de FF8, mais aussi à l'effigie d'autres provenant des FF antérieurs.

Voilà, avec tout ça vous devriez pouvoir apprécier le chapitre qui va suivre, au post suivant.
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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Lun 11 Juil - 0:29

Chapitre 16

Autour de la table dans le grand restaurant de la Garden où ils avaient tous troqué leur uniforme blanc contre des tenues de soirée rivalisant d'élégance, au milieu du discret brouhaha des conversations amènes et des rires qui fusaient ça et là, Adriana et Kay échangeaient des regards interloqués alors qu'à côté d'eux, assis face à face, Anthony et Ambrosia dînaient tous deux plongés dans un silence de plomb, le visage fermé, sans jamais s'échanger un regard. Poliment mais avec parcimonie, ils répondaient aux questions de leurs amis Rubis, distraits et en tout cas sans grand entrain. On était bien loin de l'effusion de bonne humeur du matin passé.
– Si on vous dérange… hasarda Adriana.
Anthony leva le nez de son assiette qu'il avait à peine touchée, lui qui mangeait d'ordinaire de si bon appétit :
– Je te demande pardon ? Ah – non, il ne s'agit pas de ça. Je suis désolé, je ne suis pas de très bonne compagnie ce soir.
– Ca ne te ressemble pas.
Anthony ne chercha pas à le nier et secoua la tête. Il s'essuya enfin la bouche et posa sa serviette :
– Je vais regagner mes quartiers, ça vaut mieux. Je planifierai une réunion de tous les Rubis pour la fin de la semaine. Faites en sorte d'être tous présents.
– D'accord, répondirent en chœur Adriana et Kay.
Presque soulagés, ils le regardèrent se lever, faire le tour de la table pour passer près d'Ambrosia. Avec toutefois une hésitation, il pressa l'épaule de la jeune femme, avant de quitter la grande salle somptueusement décorée, arborant grands lustres étincelants, rideaux ivoire au drapé luxueux retenus par des cordons dorés et tombant avec grâce de part et d'autre des grandes fenêtres qui donnaient sur le parc, portes rehaussées de moulures dorées, immenses gerbes de fleurs placées à tous les coins et recoins de cette salle de cinq cents convives aux tables recouvertes d'une nappe immaculée et agrémentées de fleurs et de bougies, garnies de vaisselle en porcelaine Shumi et d'argenterie ; au milieu des tables, exactement comme dans un restaurant de luxe, circulaient maîtres d'hôtel et serveurs en livrée et gantés. Si l'attitude d'Anthony les laissa perplexes, celle d'Ambrosia choqua profondément Adriana et Kay : comme si le simple toucher d'Anthony lui procurait une immense peine, ses yeux s'emplirent de larmes qu'elle chassa en battant des paupières.
– Est-ce que ça va, Ambrosia ? s'enquit Adriana, de plus en plus inquiète.
– Il… il s'est passé quelque chose avec Anthony ? renchérit prudemment Kay.
Ambrosia secoua la tête et se leva à son tour :
– Veuillez m'excuser, dit-elle avant de quitter précipitamment la salle, ses talons sonnant sur le sol dallé de marbre rose.
Adriana fit mine de se lever pour la rattraper, mais Kay la retint par la main :
– S'ils veulent nous le dire ils nous le diront. Laissons-les pour ce soir.
Elle se rassit :
– Je pense que tu as raison.
Il sourit et lui fit un clin d'œil :
– On est quitte pour un dîner en tête à tête.
Elle lui rendit son sourire :
– Ce n'est pas pour me déplaire.

Depuis une autre section de la salle, le départ précipité d'Anthony puis d'Ambrosia n'avait pas échappé à une autre paire d'yeux bleu océan. Alestar se pencha doucement vers Alicia :
– Attends-moi ici, je reviens, je n'en ai pas pour longtemps.
Il l'embrassa sur la tempe et lui sourit tendrement avant de quitter la table où ils étaient assis avec d'autres SeeDs de leur promotion.

Il eut le temps d'apercevoir la silhouette en fourreau blanc traverser le hall pour sortir vers l'aile des dortoirs. Il allongea le pas pour la rattraper et courut même pour couvrir les derniers mètres qui les séparaient. A son grand dam, elle sanglotait éperdument. Il l'appela, pour ne pas la surprendre de sa soudaine proximité ; elle s'arrêta mais ne se retourna pas.
– Ca ne va pas ? Tu t'es disputée avec mon frère ?
Elle secoua la tête :
– Ce serait beaucoup trop long à expliquer.
Il lui tendit le carré de soie qui garnissait sa pochette en guise de mouchoir :
– C'est surtout trop long pour toi toute seule, rectifia-t-il. Je n'ai pas besoin de le savoir maintenant. Où allais-tu ? Je t'accompagne.
– Je… je ne sais pas… Je pensais regagner ma chambre… Mais…
– Mais tu as peur de te retrouver toute seule ce soir et tu ne sais pas si c'est une bonne idée de retrouver mon frère ? Tu ne vas tout de même pas passer la nuit dehors. Viens, marchons un peu, ça t'aidera à te décider.
Ils sortirent du hall et prirent la direction du parc plongé dans le silence nocturne, sous l'intense clair de lune.
– Tu sais, dit-il après un moment, si c'est trop dur avec mon frère, tu peux m'en parler. J'étais là quand ça s'est passé, je t'ai vengée, je suis parti l'apprendre à Wilfried. Tu peux me faire confiance. Et je ne suis pas un idiot, il se pourrait même que je te surprenne.
Ambrosia ne douta pas un seul instant qu'il savait.
– Il s'est inquiété chaque jour pour toi, poursuivit-il. Même lorsque sa vie était menacée, sa première pensée était pour toi. Tu n'étais pas seule, crois-moi. Ce que tu as sur les épaules, il le portera avec toi. Il a besoin d'un peu de temps, mais il le fera parce que c'est dans votre intérêt à tous les deux.
Il regarda un instant sa montre :
– Uh-oh… Alicia va m'incendier. Il sourit et se tourna vers elle : Alors, as-tu pris ta décision ?
C'était tout Eric… Il n'avait pas son pareil pour monter de telles mises en scène.
– Je ne me sens pas de passer la nuit seule dans ma chambre, murmura-t-elle enfin, peu fière de se sentir aussi dépendante.
– C'était aussi mon avis. Rentrons, gente demoiselle.

Ils le trouvèrent allongé habillé sur son lit, les yeux tournés vers le plafond mais ne regardant rien de particulier ; il n'avait même pas pris soin d'enlever ses chaussures, il s'était contenté de défaire son nœud papillon et les deux premiers boutons de sa chemise, comme pour se donner de l'air.
– Waouh… Quel accueil… dit Alestar en guise de préambule.
Anthony bondit du lit :
– Qu'est-ce que tu fais avec elle ? demanda-t-il avec méfiance.
– Ce n'est pas du tout ce que tu crois, se défendit Alestar sur un ton tranquille.
Alestar se tourna vers Ambrosia :
– Tout ira bien ? Tachez de passer une bonne nuit quand même.
Elle le remercia d'un regard et avança dans la chambre. Anthony l'accueillit en passant un bras autour de ses épaules.
– Excuse-moi, dit-il à l'adresse de son frère, honteux de sa réaction disproportionnée.
– Ca te passera, répondit ce dernier. Bonne nuit.
Il salua et repartit en direction du hall. Anthony ferma la porte et la verrouilla. Un silence malaisé régna entre eux, chacun voulant prendre la parole, mais ne sachant si c'était bien idoine d'être le premier à se déclarer. Pour se donner le change, Anthony s'assit face à son bureau et commença à ôter ses chaussures qu'il alla ranger en bas dans sa garde robe ; il retira ensuite sa veste qu'il remit sur son cintre. L'armoire de la chambre était suffisamment grande pour lui avoir permis d'aménager un espace pour accueillir les affaires d'Ambrosia ; ses uniformes étaient accrochés à côté des siens, leur coupe immanquablement féminine, ses robes du soir aux couleurs et matières exquises, à la coupe variée à souhait, contrastant avec l'austère sobriété de ses propres tenues pour la majorité noires ne différant que par quelques détails sur la coupe, vestes droites, blazers croisés, queue-de-pie, avec ou sans revers en satin… Le contenu mixte de cette armoire n'était que le modèle réduit de quelque chose de plus vaste : elle était déjà dans sa vie et était devenue sa responsabilité. Sentant que son délai était expiré, il vint près d'Ambrosia :
– Un coup de main ? offrit-il.
Elle se jeta contre lui et sanglota de plus belle :
– Je te demande pardon, je n'aurais jamais dû te demander de m'emmener là-bas, j'ai tout gâché.
– Mais non, voyons, qu'est-ce que tu racontes, c'est moi qui n'aurais pas dû accepter, je sentais bien que c'était trop tôt.
Une fois les digues brisées, les paroles, toutes les paroles, les futiles et les autres, s'écoulaient en flot continu. Il l'emmena s'asseoir sur le lit et la serra contre lui.
– Je suis désolé que tu aies eu à passer cette nouvelle épreuve, je n'aurais jamais pensé que ça pouvait être aussi dur pour toi. Que puis-je faire pour te venir en aide ?
Elle sanglotait, cramponnée à sa chemise :
– Je ne sais pas.
– Je ne veux pas que tu aies des regrets, dis-moi ce que tu veux faire, si c'est en mon pouvoir je t'y aiderai.
Elle secoua la tête :
– J'ai fait la seule chose possible.
– En es-tu sûre ? Si je n'avais pas été « Anthony Leonhart », qu'aurais-tu fait ?
Elle secoua la tête d'un mouvement résolu :
– La même chose.
– Pourquoi ?
Le regard qu'elle leva sur lui lui donna des frissons :
– Parce qu'il n'est pas de toi.
Le sous-entendu était sans appel. Anthony eu grand-peine à brider son émotion. Après tout ce qu'elle avait subi…
– A mon tour de t'avouer quelque chose. Ce que Brian t'a fait m'a affecté d'une façon dont jamais je ne me serais douté. Lorsque j'ai vu cet enfant, je n'avais qu'une envie, c'était de le tuer. A cause de ce qu'il représente. Si tu n'avais pas été là, je l'aurais fait. Nos routes ne doivent jamais se croiser à nouveau car alors je ne l'épargnerai pas.
– Mais… il est innocent !
– Pas pour moi ! Ne me demande pas de m'expliquer maintenant, mais je le sens dans chaque fibre de mon corps, son existence est une infamie. Le professeur Kramer a dit qu'il trouverait sa route seul un jour. Plût à Hyne qu'il emprunte la bonne, car sinon c'est au bout d'une Gunblade de Leonhart qu'il trouvera son destin.
Elle se leva brusquement et échappa à ses bras :
– Arrête ! Ne dis plus un mot ! Tu ne te rends même pas compte de ce que tu dis !
– C'est en moi, je le sais ! Depuis que je l'ai vu j'ai découvert que j'avais ça au fond de moi. Ce démon sera toujours présent, et tu as le pouvoir de le garder en sommeil.
Elle se boucha les oreilles :
– Tais-toi je t'en supplie.
– Non. Il se leva, vint au-devant d'elle et tomba à genoux devant elle : C'est moi qui te supplie de faire en sorte que je reste celui que je suis, et que je ne devienne pas celui dont j'ai eu un aperçu quelques heures plus tôt.
Ambrosia resta pétrifiée. Jamais, au grand jamais, Anthony n'avait plié le genou devant personne. Cela ne signifiait qu'une chose : il était terrifié. Qu'avait-il entrevu exactement ? Lentement, elle prit sa tête et la serra entre ses bras, sur son sein :
– Tu ne pourras jamais être que celui que tu as toujours été.
– J'ai tellement peur de ne plus l'être…
– N'aie plus peur. Tu as toujours eu cette face sombre en toi, mais tu ne l'as jamais laissé prendre le dessus. Preuve en est ce jour où tu as voulu lancer un Ultima sur Brian.
Elle lui prit les mains et le releva :
– Cette force est déjà en toi. Je ne pourrai que te seconder.
– Si tu savais comme je t'admire d'avoir accompli ce que tu as accompli. Je n'aurai pas assez de toute ma vie pour rendre grâce à ce que tu as fait, car je sais que ce que tu as fait, tu l'as fait pour ma famille, et plus particulièrement pour moi. Je n'aurai de cesse de lutter pour mériter ton geste. Veille sur moi, je te prie, comme je veillerai sur toi.
– Je te le promets.
Il se pencha sur elle pour l'embrasser avec toute la force de ses sentiments, et l'entraîna dans une étreinte fervente sans concession, une sorte d'exorcisme pour se retrouver, qu'elle lui rendit avec toute la grâce et l'acceptation d'une femme qui aimait celui qui l'honorait.

*****


Dans un dernier cri, brûlant ses dernières réserves, la jeune femme contracta et donna une ultime poussée. Elle s’abandonna, pantelante, ne pouvant plus retenir ses larmes d’épuisement. Ce qui aurait dû être un heureux événement n’avait été qu’une terrible épreuve de solitude.
-- C’est une petite fille, annonça triomphalement la sage-femme. Elle est superbe ! Prenez-la.
Elle déposa le minuscule nouveau-né hurlant ses premières minutes à l’air libre sur le ventre à présent vide de la jeune maman.
-- Allons, ne pleurez pas, vous avez été formidable, dit la sage-femme avec sollicitude.
-- Je vous en prie, ne dites donc pas de sottises, souffla Julia Heartilly.
La sage-femme la considéra avec sympathie : toutes les jeunes accouchées étaient ainsi : elles se croyaient toujours en-dessous de tout.
-- Ne vous en faites donc pas, chaque accouchement est une aventure différente, et chacune la vit différemment. Voulez-vous que j’appelle le Colonel Caraway ?
Julia inclina la tête, serrant son enfant contre elle, secouée de sanglots. C’était tout ce qu’il lui avait laissé : un enfant, et une profonde solitude. Il n’était qu’un simple lieutenant de l’armée de Galbadia, mais son regard avait la puissance de toutes les armées du monde combinées. Elle n’oublierait jamais ce premier soir où il était descendu dans le salon du grand hôtel de Deling City, accompagné de ses deux acolytes, un grand homme noir, svelte, à l’allure féline, et un corpulent gaillard aux allures de marin-pêcheur, qui allait toujours un foulard noué sur le crâne, à la manière de ces pirates des temps passés. De toute la soirée, il ne l’avait quittée des yeux. Elle l’avait aperçu l’espace d’une seconde, et cet infime moment avait suffi à faire basculer sa vie. Il est des regards dans lesquels on ne lit qu’un vague intérêt, une pâle courtoisie, une faible étincelle de politesse, des regards qui effleurent à peine tant ils sont superficiels, et que l’on oublie la minute d’après. Mais cet homme… C’était comme si cette paire d’yeux bleu-vert l’avait embrassée tout entière, percée à jour. En une seconde, il avait saisi la vérité de son être, et la profondeur de ses pensées. Elle se surprit à ne vouloir jouer que pour lui, à ne chanter que pour lui, à diriger toute sa voix vers cette unique présence qui effaçait toutes les autres. Leur première entrevue fut… adorable. Tout d’abord intimidé, il se dandinait sur un pied, puis sur l’autre, ne sachant trop où s’asseoir dans la suite qu’elle occupait, puis il avait commencé à bredouiller quelques mots pour la complimenter, et ainsi de suite. Il lui avait confié qu’il voulait voir le monde, côtoyer les gens… Peut-être voulait-il devenir journaliste. Il était drôle, sincère et modeste, parfois si délicieusement maladroit, mais toujours très droit et brave cœur. Ils se fréquentèrent de plus en plus assidûment, accomplissant à chaque fois un pas de plus vers une intimité plus profonde, jusqu’au jour où il vint à elle, la mine sombre, et lui déclara qu’il devait partir, il ne savait pour combien de temps, et qu’il lui demandait pardon pour tout. Elle n’eut même pas le temps de lui apprendre qu’elle attendait un enfant de lui. Depuis ce jour, il avait complètement disparu. Mais elle l’attendait toujours. Cette dernière entrevue lui inspira la chanson la plus intimiste et la plus populaire de son répertoire, et qui la rendit mondialement célèbre. Quelle triste ironie… Auprès de William Caraway, son grand ami et confident, elle trouva quelque consolation pour alléger son chagrin. Elle accepta finalement de l’épouser, pour diverses raisons, à peu près certaine, hélas, que Laguna ne lui reviendrait jamais. En devenant Mme Caraway, elle lui avait rendu sa liberté. William était un compagnon charmant, et elle n’avait pas à se plaindre. Mais elle ne pouvait se résoudre à vraiment l’aimer un jour : Laguna à lui seul occupait plus de place que son cœur ne pouvait en contenir, et la blessure de son départ persisterait.
Le Colonel Caraway entra dans la salle de travail, alors que l’on couvrait Julia d’un drap, et vint lui prendre la main :
– Vous pouvez être fière de vous, ma chère, dit-il en se penchant pour regarder le nouveau-né.
Il dégagea tendrement les sombres mèches collées au visage pâle dont les traits étaient alourdis par l’épuisement.
– Comment allez-vous l’appeler ?
– Rinoa. Rinoa… Heartilly.
Il acquiesça avec un bon sourire. Cette enfant n’avait, pour ainsi dire, pas de père à proprement parler, et le choix de nom lui paraissait judicieux. William Caraway savait que c’était sous la pression de sa famille que Laguna avait été forcé de quitter Julia. Les Loire étaient l’une des plus grandes familles de Galbadia, et de surcroît ils étaient liés par mariage à la puissante famille Leonhart. Il ne lui appartenait pas de porter quelque jugement que ce fût, mais son sentiment était que certaines préséances méritaient d’être oubliées. Julia ne devait jamais savoir pourquoi Laguna était parti : cela lui briserait une deuxième fois le cœur, et elle ne survivrait pas.
-- Voulez-vous que je l’en informe ? demanda-t-il avec sollicitude.
Laguna appartenait à l’unité que dirigeait Caraway. Elle secoua la tête
-- Laguna… oh, comme ce nom faisait mal à prononcer ! Laguna est un homme libre, et ne doit être retenu par rien.
-- Comme il vous plaira. Rinoa Heartilly… Cela lui va à merveille. N’ayez crainte, je veillerai sur elle comme si elle était notre enfant.
Pleurant de plus belle, Julia serra Rinoa contre elle, se réfugiant tout entière dans ce que le contact avec cet être minuscule réveillait en elle.

*****

Le deuxième semestre à Centra Garden était un semestre où les études universitaires étaient réduites au minimum, au profit des sorties sur le terrain, des missions et des compétitions sportives. Autant dire que l’année scolaire était jouée d’avance à l’issue des examens d’hiver. Il n’était cependant pas rare de voir des SeeDs gagner d’un coup six grades au cours du deuxième semestre, tant ils enchaînaient les missions les unes après les autres.

C’était également la saison des nouvelles armes ; des commerciaux défilaient auprès des SeeDs pour proposer leurs produits dernier cri, et les magazines d’armement s’échangeaient mieux que des cartes de Triple Triad. Des ateliers d’armurerie proposaient leurs services pour réparer et apporter des améliorations à toutes les armes existantes, moyennant apport de matériel. Deux ateliers en Centra équipaient les SeeDs : les ateliers Wotan et Phoenix. Liés par contrat à la Garden Society, leur département de recherche et de développement bénéficiait des avancées réalisées par le centre de recherches sous-marin de la Fondation, et fournissaient de fait un matériel parfaitement adapté à l’usage des SeeDs : toutes les armes supportaient le couplage à la magie, ce qui n’était pas le cas des armes ordinaires. Maintes fois modifiée et améliorée depuis sa forme primitive, il y avait de cela quelques générations de Leonhart, la Gunblade, dans la version telle qu’Anthony l’utilisait, la Revolver, était un produit exclusif de Wotan, et la plus performante des Gunblades produites à ce jour. Deux ou trois autres versions existaient, mais aucune ne parvenait à l’égaler. Soucieux de toujours rester à la pointe de leur domaine, les laboratoires Wotan cherchaient à y apporter des améliorations pour transformer l’arme ; le dernier projet s’appelait Lionheart. Il s’agissait d’une version enrichie en Azurium et plaquée d’Adamantine. L’Adamantine étant un matériau extrêmement lourd, et seule une arme intégralement composée d’Azurium pouvait en être plaquée. Les munitions qui chargeaient le barillet de la Lionheart étaient également de dernière génération, et offraient une puissance de feu si impressionnante, qu’on leur avait donné le nom de Pulse Ammunition, ou Pulsar. Le projet stagnait malheureusement dans sa phase d’essai : à cause d’une forte interaction avec l’Azurium, la couche d’Adamantine se désintégrait littéralement au contact du cristal. L’on n’avait toujours pas trouvé le moyen de stabiliser les deux matériaux. Entre-temps, une toute nouvelle Gunblade avait été mise au point : l’Hyperion. C’était la première Gunblade à une main, alors que toutes les Gunblades de Wotan, de par leur masse, étaient des armes à deux mains. La Revolver n’échappait pas à la règle. Et ce fut transportant l’Hyperion dans son étui qu’un commercial de Wotan Inc. se présenta à la Garden et demanda à être reçu par Anthony. Le jeune homme vint le rencontrer dans le hall et lui serra la main. Le commercial se présenta :
– Jerry Simmons, délégué commercial de Wotan Inc., pour vous servir, Monseigneur.
– Très heureux de vous rencontrer, répondit Anthony. Recevoir la visite de Wotan est toujours un honneur. Je dois justement faire réviser ma Revolver. Récemment, j’ai commencé à ressentir des vibrations désagréables lorsque je tire une charge.
Il avisa le long étui en cuir noir, que son interlocuteur tenait par la poignée, comme une longue valise. Cet étui était en tout point semblable à celui dans lequel se rangeait la Revolver, à la différence que l’étui de la Revolver avait été personnalisé, et portait le blason des Leonhart.
– Ce n’est pas déjà la Lionheart ? questionna-t-il.
– Non, Monseigneur, loin s’en faut, hélas. Nous rencontrons toujours les mêmes problèmes d’instabilité, et n’avons arrêté aucune date quant à sa mise sur le marché. Par contre, j’ai là une nouveauté qui pourrait vous séduire. Qui sait, elle deviendra peut-être la nouvelle arme des Leonhart…
– Allons dans la salle d’armes, si vous le voulez bien.

Il se dirigeaient vers l'escalator le plus proche menant au sous-sol de la Garden lorsqu'Alestar interpella son frère. Il le vit approcher avec un étui neuf à la main.
– Je viens de trouver la merveille du siècle, claironna Alestar en levant son étui gris anthracite par la poignée. Viperflex, c'est son nom. Il est encore plus méchant que mon Royal Flail. Je crois qu'on va bien s'entendre, cette demoiselle et moi. Tu descendais au centre souterrain ? J'y vais aussi, je vais évaluer sa puissance avant d'en faire profiter les monstres du centre en haut.
– Tu sais Eric, je me suis toujours dit que c'était providentiel qu'on s'équipe tous les deux chez Wotan, autrement imagine la guerre industrielle !
Alestar émit un rire.
– Alors on a du souci à se faire parce que les filles sont clientes chez Phoenix.
Anthony lui fit un clin d'œil :
– Tu crois que je ne le sais pas ? Oh, je te présente Jerry Simmons, il est venu me présenter une nouvelle génération de Gunblade.
– La Lionheart, déjà ? fit Alestar, subitement intéressé, en serrant la main du commercial.
– Hélas pas encore, intervint Simmons, mais celle-ci est d'un concept nouveau, et je pense qu'elle fera des adeptes.
– Ah dommage, j'aurais aimé voir à quoi ressemble la première épée de cristal, depuis le temps que les magazines parlent de ce projet.
– Nous y travaillons, Mr Leonhart, assura Simmons en souriant.

La salle d’armes, au premier sous-sol de la Garden, était l’antichambre du centre d’entraînement ; là venaient s’entraîner les recrues de première année, aux stands de tir, sur des cibles fixes ou mobiles, contre des automates équipés de capteurs et dotés d’une intelligence artificielle particulièrement performante, sous l’œil vigilant et expert des maîtres d’armes. Une salle de projection holographique tridimensionnelle préparait aux combats en extérieur. Anthony éprouva une certaine émotion en poussant la double porte coupe-feu : lui aussi durant sa première année, avait dû fréquenter cet espace pour parfaire le maniement de la Revolver, dont les premiers principes lui avaient été enseignés au palais. Tout lui paraissait si lointain… A l’époque, il n’y avait que douze automates, et l’on se battait presque pour y accéder. A présent, ils étaient au nombre de quarante, et il vit que le stand de tir sur cible mobile, tout au fond, avait également changé : les étudiants s’exerçaient à présent sur de tout nouveaux modèles, des drones programmés pour voler de façon totalement aléatoire dans un volume donné. Ils passèrent les quatre praticables où étaient donnés les cours d’arts martiaux, et parvinrent dans la section des automates. L'entrée des deux frères Leonhart, le chef des Rubis Incandescents et le champion de Triple Triad de la Garden, suspendit toute action en cours et amena un vent d'effervescence parmi toutes les recrues. Ici et là les murmures se firent entendre : « C'est Anthony et Alestar ! », « Lequel est lequel ? Ils se ressemblent tant ! », « C'est lui, Anthony des Rubis ? », « Mais oui, c'est lui ! »…

Toutes les sections étaient séparées par de grandes baies en vitrage blindé. Les maîtres d’armes étaient toujours là, fidèles au poste aux côtés des jeunes prétendants au probatoire. Anthony reconnut Maître Elestyn, un épéiste d’exception avec lequel il avait passé la plus grande partie de ses heures dans cette salle. Anthony alla le trouver et le salua en s’inclinant. A sa vue, le maître d’armes sourit et l’accueillit d’une chaleureuse poignée de mains :
-- Anthony ! Grands dieux, je ne m’attendais pas à ce que tu remettes les pieds ici ! Et Alestar aussi ? On est remonté dans le temps ou quoi ?
– Nous nous étions dit que c'était le meilleur endroit pour étrenner de nouveaux joujoux, dit Alestar sur un ton plaisant.
Maître Elestyn était l’un des rares instructeurs à tutoyer ses élèves.
-- Je voudrais essayer une nouvelle arme, expliqua Anthony. « Edgar » est toujours là ?
-- Ma foi, il n’a pas bougé de son poste. Tu le veux ?
« Edgar » était l’automate contre lequel Anthony s’entraînait, du temps où venait ici. Il n’en changeait jamais, et n’était pas près de rompre cette habitude. Anthony s’approcha de l’automate, le regard attendri, et examina un endroit particulier de la machine à la forme vaguement humaine, qui tenait une épée à la pointe émoussée dans une main, et un bouclier dans l’autre. C’était sur le torse ; une longue et profonde entaille courait en travers jusqu’à la taille, tracée dans le métal.
– Elle n’a jamais été réparée ? demanda-t-il.
– Non, répondit Elestyn en riant, j’ai voulu le garder tel quel, en souvenir de ce jour ! Ce n’est pas tous les jours qu’on voit quelqu’un taper si fort qu’il entame ainsi la carcasse d’un automate ! Ce bon vieux « Edgar » a sa marque, et ça fait son charme. Alors, qu’est-ce que tu veux essayer ?
– Une nouvelle Gunblade, juste pour voir.
Il fit un signe de la tête à Jerry Simmons, qui ouvrit l’étui, et révéla une splendide Gunblade noire, élégamment profilée, à la lame longue et fine comme un Sharp Spike, que laissaient parfois les Grand Mantis abattus. La crosse faisait avec la lame un angle proche de 90°, à la différence de la Revolver, sur laquelle elle était pratiquement dans le prolongement de l’épaisse lame. Tous les occupants de la salle approchèrent pour voir la nouvelle arme. Simmons se mit en œuvre d'extraire l'Hyperion de son logement pour la montrer à tous :
– Je vous présente l’Hyperion, dernier produit de Wotan, annonça-t-il simplement, en exhibant l'arme à la vue de tous.
Elestyn laissa échapper un long sifflement admiratif, tandis qu’Anthony resta muet en voyant l’arme.
– On dirait qu'elles sont sœurs, dit Alestar, fasciné, si semblables et pourtant différentes. Qu'est-ce que tu en penses, Wilfried ? Le design est plutôt soigné.
Anthony ne répondit pas. Contrairement à tous qui paraissaient être sous le charme de l'arme, cette épée entièrement noire, l'exacte opposée de sa Revolver blanche, ne lui donnait pas envie de l'approcher, sans qu'il pût déterminer la raison de cette impression. C'était comme si la sensation de répulsion provenait de l'arme elle-même. Tous deux se regardaient comme deux fauves défendant chacun leur territoire et s'adressant des mimiques d'intimidation, chacun à la lisière de son domaine.
– Vous permettez ? fit le maître d’armes.
– Je vous en prie, répondit Simmons.
Il lui passa l’Hyperion et Elestyn commença à l’examiner. D’abord la crosse, puis le fin barillet, et enfin la lame. Il l’examina d’abord sur le plat, puis sur le fil, en fermant un œil pour l’observer dans le sens longitudinal.
– Superbe, commenta-t-il. Une main ? C’est la première…
– On ne peut décidément rien vous cacher, répondit Simmons.
Il la soupesa, puis la tint par la crosse, pour se mettre en garde.
– C’est essentiellement une arme d’estoc, expliqua Simmons, pendant qu’il la faisait virevolter, bien qu’elle présente une bonne caractéristique de tranchant. La façon la plus efficace de s’en servir est de la tenir à l’horizontale, dans le prolongement du bras, tranchant vers l’extérieur. On frappe du revers, alors que les Gunblades classiques s’assènent de haut en bas. Elle est plus rapide que la Revolver, qui reste tout de même notre référence à ce jour.
-- Elle est légère, en tout cas. Et heureusement, car elle repose entièrement sur le poignet. La prise en main est agréable. Ca ne paraît pas très naturel, vu de l’extérieur, mais je sens vraiment qu’elle prolonge mon bras.
-- Je vais vous faire une démonstration, si vous le voulez bien, proposa Simmons.
Il ôta sa veste de complet, rangea sa cravate entre deux boutons de sa chemise blanche, prit la Gunblade et se tint face à l’automate. Maître Elestyn actionna « Edgar », et le duel put commencer. Avec ce qui parut une grande facilité, Jerry Simmons attaquait de la pointe, parait du tranchant, et esquivait en se déplaçant avec vivacité autour de l’automate. L’Hyperion décrivait à chaque fois de vifs moulinets, nets et précis, dans un sens puis dans l’autre, touchant de ci, frappant de là, tant et si bien qu’à la fin, il finit par désarmer « Edgar », envoyant voler l’épée contre le vitrage blindé, d’une puissante frappe en revers. Le commercial récolta au passage une volée d’applaudissements pour ce petit fait d’armes, et il remercia en saluant très bas. Il libéra sa cravate et remit sa veste :
-- Le grand avantage de l’Hypérion est sa vitesse, expliqua-t-il. On peut lui reprocher son manque de force par rapport à la Revolver mais il est largement compensé par sa vivacité. Grâce à sa forme, la pointe est très puissante. Je ne pourrai, certes, jamais faire cette entaille dont la Revolver a été capable, mais je pourrai pénétrer dans le métal sans problème, ce qui est largement suffisant pour déclencher une charge. Par contre, la Revolver ne me permettra pas de frapper dans un sens puis dans l’autre à une telle cadence. Elle est bien entendu composée du même alliage à base d’Azurium que la Revolver, et n’a donc rien à lui envier en termes de solidité et de durabilité.
– Démonstration très convaincante, apprécia Alestar. Tu ne veux pas l'essayer ? fit-il à l'adresse de son frère.
Voyant l'expression fermée d'Anthony, Alestar le considéra avec curiosité et inquiétude :
– Uh, Wilfried ? Ca ne va pas ? Je croyais que tu voulais l'essayer.
– A l'instar de toutes les armes haut de gamme, la maison offre un stage d'initiation au maniement pour chaque acquisition, poursuivit Simmons.
Anthony n'écoutait pas.
– Tu ne le sens pas ? demanda-t-il à son frère
– Sentir quoi ?
– Tout autour, cette hostilité.
– Non. Tu es sûr que ça va ?


Avec la certitude qu'il ne le devait pas, Anthony tendit les mains vers l'Hyperion. Simmons la lui passa. Dès lors qu'il s'en saisit, il entendit clairement dans sa tête une voix immatérielle hurler : « ENNEMI ! » lui disait-elle. La voix, assortie d'une onde de choc venant de nulle part, le bouscula en arrière si fort qu'il chancela. Serrant l'Hyperion fort pour ne pas la faire tomber, il trébucha en arrière, cependant que ses mains lui brûlaient. L'espace d'un instant, le cadre de la salle des automates s'obscurcit et il crut se tenir sur des solitudes montagneuses balayées par un vent froid, sous un ciel menaçant. Deux ombres virevoltaient l'une autour de l'autre à vive allure et se jetaient l'une contre l'autre, apparemment engagées dans un duel féroce, le fracas du métal contre le métal rythmant leurs mouvements. Bien vite, la réalité de la salle d'entraînement revint, et avec elle une douleur insoutenable dans ses mains. De fait, elles étaient en sang.
– Wil !!
Alestar lui retira d'urgence la Gunblade des mains et lui appliqua un Curaga afin de fermer les plaies béantes jusqu'à l'os.
– Rangez ça ! ordonna-t-il à Simmons en lui lançant l'Hyperion.
Il examina les mains de nouveau intactes de son frère :
– Est-ce que ça va ?
Encore incrédule et sous le choc, Anthony lui répondit par l'affirmative. Rassuré sur le sort de son frère, Alestar se jeta furibond sur Simmons :
– Espèce de malade ! Vous avez voulu attenter à la vie de mon frère ou quoi ? Qui vous envoie ?
Apparemment bouleversé, Simmons ne sut que répondre.
– Ce n'est pas lui, intervint Anthony d'une voix blanche. C'est l'arme. Il émane quelque chose d'elle à mon encontre.
Il se redressa et sembla chercher quelque chose dans l'air :
– Ca a disparu. Se tournant de nouveau vers Simmons, il étendit la main : Donnez-moi la Gunblade.
D'un geste hésitant, Simmons lui tendit de nouveau l'Hyperion dont la lame était marbrée de sang. Anthony s'en saisit. Rien ne se passa. L'arme était redevenue banale.
– Elle a voulu me dire quelque chose. Je vais l'apprivoiser, pour savoir ce qu'elle a voulu me montrer. Je vais acheter cet exemplaire.
– Il est peut-être défectueux, avança prudemment Simmons.
– Il est en parfait état de marche, dit-il en faisant tourner le barillet d'une seule impulsion.

Pour la somme de 70000 Gils, prix comprenant un important rabais spécial pour le dédommager de l'incident, Anthony emporta l'Hyperion. L’arme ne lui servit cependant jamais : elle restait dans son étui ouvert, et il passait de longues heures à la contempler, à la sonder, cherchant à revoir ce qu'il avait entrevu ce jour-là, pour en savoir plus. De temps en temps il lui arrivait de la garder sur ses genoux le temps de quelques interrogations, avant de la ranger à nouveau.
– Elle est neuve et elle est pleine de sang ? s'exclama Ambrosia à sa vue.
– C'est une longue histoire, dit-il vaguement. C'est une demoiselle très farouche. Mais elle finira par me livrer son secret, avec un peu de patience.

La nouvelle stupéfiante fit le tour de la Garden, et tout le monde voulut voir l'arme extraordinaire qui avait littéralement attaqué Anthony Leonhart.

– Wilfried… Wilfried…
Ambrosia le secouait doucement, alors qu'il s'agitait dans son sommeil, le corps couvert de sueur, le souffle court, murmurant des paroles incompréhensibles. Elle lui caressa le front d'une main tendre et maternelle :
– Réveille-toi, tu fais un mauvais rêve.
Dans un cri, il se redressa et resta plusieurs instants le regard perdu, haletant, ne sachant plus où il était. Elle le rallongea doucement :
– Tout va bien, c'était un mauvais rêve.
Il cligna des yeux et sembla la reconnaître.
– Je sais ce que c'était, dit-il enfin.
Il s'assit et porta la main à son front, puis regarda le bout de ses doigts, comme s'il devait y trouver quelque chose.
– Explique-toi, demanda-t-elle.
– J'ai eu un aperçu du futur. C'était bizarre. Comme si j'étais entré dans les souvenirs de quelqu'un.
Il se tourna vers l'Hyperion qui reposait toujours dans son étui :
– Quel rôle joueras-tu dans tout ça, toi ? demanda-t-il à l'arme.
Elle se redressa à son tour :
– Mais de quoi parles-tu ? Tu me fais peur.
Il se tourna vers elle et lui prit la main pour la rassurer :
– J'ai eu ma réponse. Cette Gunblade, je sais à qui elle appartiendra.
– Seifer ?
Il inclina la tête.
– Alors… il sera SeeD ? Comme nous ?
– Je ne sais pas encore comment. J'étais dans la peau d'un SeeD aussi, mais pas d'ici. A priori la rivalité entre Almasy et Leonhart n'est pas finie. Cela explique pourquoi la Gunblade m'a attaqué. Comment elle a pu récupérer les souvenirs du futur, je ne le sais pas. Il m'a fait une belle balafre au front. Enfin pas moi. Celui dans lequel mon rêve m'a projeté. C'est un Leonhart : il avait ma Revolver, et savait s'en servir.
Il put voir les yeux d'Ambrosia s'agrandir d'angoisse malgré l'obscurité.
– S'il a ta Gunblade c'est que …
– Je suis déjà mort dans ce rêve.
Elle porta les deux mains à sa bouche et étouffa un sanglot, secouant frénétiquement la tête. Il la prit entre ses bras et l'étreignit autant pour la réconforter que pour la rassurer :
– Ne crains rien, Ambrosia. Je ne t'abandonnerai jamais. Et puis ce n'était qu'un rêve. Il l'embrassa sur les cheveux : N'y pense plus. Ce jour n'est pas arrivé. Je vais prendre une douche, je suis glacé.
Il resta longtemps sous le jet brûlant : ce n'était pas la question de sa mort qui le préoccupait le plus, c'était plutôt celle du temps qu'il lui restait pour mener à bien ses projets et donner à Centra les clés pour combattre Ultimecia. Ce n'était jamais que la deuxième fois qu'il se voyait prédire sa mort. Cela commençait à lui devenir familier.

Le lendemain soir, il revint au Manoir Kramer, portant avec lui l'Hyperion. Quel ne fut pas l'étonnement d'Edea lorsqu'elle le vit lui présenter l'arme :
– C'est la sienne. Donnez-la lui lorsqu'il sera en âge.
Sans donner d'autre explication, il salua et tourna les talons. Puis il s'arrêta à peine quelques mètres parcourus, et revint sur ses pas :
– Qu'avez-vous vu, lorsque vous avez eu cette vision du futur ?
Elle s'en souvenait comme si c'était hier. A présent elle percevait les subtiles différences entre les deux, Anthony Leonhart et ce jeune homme qui lui ressemblait tant, et qui l'avait poussée à entreprendre le Garden Project. Elle l'invita à entrer et tous deux allèrent s'installer dans le petit salon du manoir.
– Ce n'était pas exactement une vision du futur, expliqua-t-elle. C'est le futur qui est venu à moi.
– Mais comment est-ce possible ?
Elle secoua la tête en signe d'ignorance. Puis son regard se leva vers le vague du passé :
– Il est d'abord apparu devant moi, il semblait perdu, il était à bout de forces et tenait son arme avec peine. Il cherchait son chemin, comme s'il ne s'était pas attendu à arriver ici. Ensuite il m'a aperçue, et j'ai vu dans ses yeux cette lueur de reconnaissance de quelqu'un qui vous connait depuis de longues années. Nous n'avons pas eu le temps de nous parler :Ultimecia est apparue à ce moment, à l'article de la mort. Elle savait ce qu'elle faisait, elle savait qu'elle allait mourir. Elle m'a légué l'intégralité de ses pouvoirs. C'était comme s'il la poursuivait : dès qu'il l'a vue, il s'est mis en garde. Je me souviens de son expression : résignée mais résolue, et cette lassitude immense alors qu'il levait sa Gunblade. La vôtre. Elle est morte avant qu'il ait pu l'attaquer. Elle s'est désintégrée dans les airs.
Elle se leva et vint lui caresser le visage :
– Il vous ressemble tant. Comme un frère. Ou un fils. Il portait votre Gunblade, ainsi que votre pendentif. Il devait être plus jeune que vous. Lorsqu'Ultimecia est morte, et que j'ai reçu la totalité de ses pouvoirs, tous mes sens ont été décuplés, bouleversés. C'était… immensément douloureux. Je suis tombée à genoux, et il est venu me relever. C'est à ce moment qu'il m'a parlé des Gardens et des SeeDs. Il m'a dit que je serais à l'origine de cette armée hors du commun destinée à combattre les sorcières. Il m'a fallu de longues semaines avant de comprendre l'étendue de ses paroles.
Ce qu'elle lui révéla le rendit pensif :
– Alors c'est bien un Leonhart qui vaincra Artemisia, mais ce ne sera pas moi. Je mourrai avant. Je me demande quel sera le rôle de Seifer dans tout ça. Faites en sorte que l'Hyperion lui revienne. Seifer sera SeeD. Ils seront tous les deux des SeeDs. Quoi qu'il advienne, il faudra le leur permettre.
– Comment savoir si l'on n'influencera pas le futur dans la mauvaise direction ?
Il se leva, prêt à prendre congé :
– Le futur n'est pas encore décidé, nous pouvons tout faire, et la meilleure chose à faire c'est de tout concentrer pour empêcher Artemisia de réaliser ses desseins. Pour ma part, je ne suis pas encore mort, j'ai tous les pouvoirs pour agir. Mon père m'a donné carte blanche pour donner à Centra les meilleures défenses et les meilleures armes. Il aura au moins eu la sagesse de m'accorder cela. Et je ferai tout mon possible.
Edea ne put que retenir son souffle en l'entendant ; des larmes perlèrent à ses yeux lorsqu'elle reprit la parole :
– Ce membre de la famille Leonhart… Je lui donne seize ans à peine… Dix-huit tout au plus. Combien de temps vous reste-t-il à vivre ?
– Nous n'en sommes pas là, Professeur, ne parlez pas de ce qui n'est pas encore. Si je suis venu vous poser la question, c'est que j'ai eu moi aussi une vision du futur, et c'est cette Gunblade qui me l'a apportée. Tout cela n'a fait qu'accroître ma motivation. C'est pour cela que je suis né, c'est pour cela que je vivrai, et c'est pour cela que je mourrai. Un Leonhart prendra la suite. C'est tout ce que j'avais besoin de savoir. Bonsoir, Professeur.
Il salua et quitta le manoir.

Pendant les semaines qui précédèrent le tournoi intergarden de Triple Triad, Anthony fut fort pris en déplacements sur les différentes bases militaires de Centra. Convaincre le Général Stingray sur la nécessité de préparer le contingent à affronter les Sorcières n’avait pas été des plus faciles, mais au bout du compte, les Rubis Incandescents avaient obtenu l’autorisation de former l’armée. Le Général n’éprouvait aucune sympathie envers les représentants de la Garden, considérant qu’ils n’avaient pas de statut militaire. Les Rubis Incandescents, au contraire, s’étaient montrés fort enthousiastes à cette perspective de lancer enfin une coopération de fond avec l’armée car jusqu’à présent, la Garden opérait en marge des institutions militaires, et le fait que les SeeDs n’étaient guère appréciés de cette dernière pour leurs capacités et leurs moyens bien supérieurs n’était inconnu de personne. « Je refuse de confier l’entrainement de mes troupes à une bande d’étudiants rêveurs ! » avait décrété le Général en tapant du poing. « Que savez vous des rigueurs de l’armée ? » A quoi Anthony avait répondu : « Bien plus que vous ne sauriez l’imaginer, monsieur. » Et pour le lui prouver, il avait été obligé d’emmener une équipe de SeeDs, filles et garçons, sur l’un des principaux camps d’entraînement afin de prendre part aux exercices de terrain. Ils montrèrent ainsi que les SeeDs n’avaient rien à envier aux recrues de l’armée Centrane, et que leur réputation n'était pas usurpée. Pour mieux rendre compte de l’accueil réservé aux futurs instructeurs SeeDs, Anthony séjourna lui-même une semaine à la base de Powacca, où il lui fut confié une trentaine d’hommes. « Hostile » fut le terme qu’il employa dans son rapport à Adriana, à qui il avait officiellement transmis le commandement du Club. De toute évidence, le Général Stingray se montrait tout juste coopérant, préparant à peine le terrain pour ces jeunes gens trop jeunes à son goût pour être crédibles. Une semaine, c’était trop court pour permettre à Anthony de gagner la confiance de ces hommes, et il avait dû s’imposer par la force, ce qu’il considérait comme un handicap de départ très lourd. Aussi décida-t-il de n’envoyer que des garçons occuper ces postes d’instructeurs. Cette période d’essai terminée, et les SeeDs avertis de l’accueil peu chaleureux qui leur était réservé, un détachement de Rubis partit pour les dix bases militaires que comptait Centra, pour une mission officielle de plusieurs mois, laquelle figurerait sur leur dossier universitaire. Ils avaient pour tâche d’enseigner pendant ce délai toutes les bases de la magie et de son utilisation en combat. Il n’était pas question d’enseigner la Jonction qui aurait été trop complexe à aborder en si peu de temps. A l’issue de cette formation, les soldats devraient maîtriser les sorts de troisième niveau, ce qui équivalait au niveau d’un SeeD de deuxième année. Les bases militaires ne possédant pas les structures d’entrainement de la Garden, il fallut se rendre au beau milieu de la jungle, avec tous les dangers que cela supposait.

Le festival de printemps approchait à grands pas, et Anthony vit son temps s’amenuiser à vue d’œil à mesure que les jours défilaient. Au moins avait-il rempli ses deux objectifs principaux. Il n’avait quasiment pas passé de temps avec Ambrosia, et la perspective d’avoir à se séparer d’elle à nouveau ne l’enchantait guère. Edea, quant à elle, appelait cette échéance de ses vœux : pour elle, partir signifiait retrouver Cid, bien que le but de ce voyage ne fût pas complètement d’ordre sentimental. Parce qu’ils avaient œuvré ensemble avec la même vision pour la Garden Society, Balamb Garden était un allié acquis à Centra Garden, et nul doute qu’Edea retrouverait en Balamb l’esprit de Centra. Balamb Garden serait à la première place pour partager les plans les plus confidentiels de la Garden Society. Le but de ce voyage serait d’établir les ponts les plus étroits entre les deux Gardens, et préparer Anthony avec une entrée en matière aisée. Selon ce qu’elle connaissait du Directeur Martine, la collaboration avec Galbadia Garden ne serait pas aussi facile à mettre en place, et Edea tenait à ce que le jeune SeeD fût en confiance pour faire face à Martine. Le directeur de Trabia Garden serait certainement plus facile à convaincre. Edward Deverry était un homme d’affaires. Martine était un militaire de carrière.

Comme chaque année, le tournoi inter-Garden de Triple Triad se tint à Centra Garden, et cette année, la date coïncidait avec le festival de printemps de la Garden. Il y avait en Centra Garden deux événements majeurs dans l’année, chers au cœur des étudiants, car ils permettaient, durant deux journées entières, de se défaire des obligations et règles qui gouvernaient la vie des occupants de Centra Garden : le gala de fin d’année après les examens d’hiver, et le festival de printemps. Pour chacun, un comité exclusivement composé de troisièmes années était préposé à l’organisation. C’était ce comité qui sélectionnait ceux et celles qui auraient l’honneur de monter sur la scène de l’Auditorium, participant ainsi à un récital des plus prestigieux, qui révélait chaque année les meilleurs talents de Centra Garden. En raison du double événement, le festival de printemps de cette année promettait d’être encore plus fastueux que les années précédentes, tant du point de vue de la teneur que des incontournables agréments, sans lesquels l’atmosphère de fête ne serait pas. Toutes les décorations florales avaient été importées par gerbes entières de Winhill, Cité mondiale des Fleurs, et ornaient chaque coin stratégique de la Garden. L’Auditorium était méconnaissable, et chargé des senteurs les plus exquises. Des guirlandes d’un jaune lumineux frangeaient les somptueux rideaux de velours rouge qui encadraient la grande scène, au-devant de laquelle reposait un parterre éclatant, dont la couleur faisait écho aux mêmes rideaux ; le deuxième balcon arborait un délicieux rose pâle tout le long de sa balustrade, alors que celui plus bas était habillé d’un mauve extraordinaire. Mêmes le superbe lustre central et les appliques en cristal sur les côtés et dans les loges présentaient leur lot de bouquets. Dans la salle d’apparat trônaient quatre immenses gerbes piquées dans d’énormes bénitiers roses venus tout droit de Balamb ; une arcade de roses encadrait l’entrée. Seul le hall était exempt de fleurs, pour laisser voir le dôme d’Azurium dans toute sa splendeur ; rubans et cocardes blancs garnissaient les deux étages. Dans le parc, de grandes tentes avaient été dressées pour abriter un cocktail somptueux, préparé par personne d’autre qu’une équipe de traiteurs de L’Ecrin des Ducs, et l’on pouvait voir au milieu trois kiosques, aux montants chargés d’orchidées, les seules originaires de Centra, et sous lesquels se relaieraient des ensembles de musique de chambre. Le tournoi aurait lieu le lendemain, et après la remise des trophées, le récital suivi du très attendu bal viendraient clôturer les festivités.


L’on accueillit les équipes venues des autres Gardens avec tapis rouge et hérault. Comme chaque année, le tournoi était présidé par la Reine des Cartes, et il y avait trente-deux participants, et comme chaque année, l’équipe de Galbadia Garden reçut l’accueil le plus chaleureux : il était de notoriété que le Directeur Martine, formellement opposé à la pratique de la Triple Triad au sein de Galbadia Garden, s’employait à confisquer toutes les cartes qu’il voyait. Les champions de Galbadia Garden étaient donc non seulement de fins joueurs, mais ils excellaient en plus dans l’art de déjouer la vigilance de leur directeur. Comme chaque année, le vainqueur aurait le privilège de se voir remettre une carte spéciale signée de la main de la Reine, faite exclusivement pour lui. Quiconque parvenait à battre la Reine se voyait également accorder ce privilège. Et pour la troisième année consécutive, depuis qu’il était entré dans Centra Garden, Alestar remettrait son titre de champion inter-Garden en jeu. La première carte que lui avait faite la Reine était à son effigie ; la deuxième, à l’effigie d’Anthony. C’était l’une des cartes les plus puissantes connues à ce jour, mais il avait choisi de l’offrir à son frère. Anthony la gardait toujours sur lui. Cette année, un nom était sur toutes les lèvres dans le milieu du championnat : Balamb Garden avait un nouveau C.C. King, une joueuse redoutable, du nom de Mirai Kadowaki. Par deux fois elle avait défié la Reine des Cartes, et avait gagné. Le tournoi aurait lieu dans l’Auditorium et les parties disputées seraient diffusées sur écran géant au moyen d’une caméra suspendue à l’aplomb de la table de jeu. Tous les SeeDs étaient grands amateurs de Triple Triad et le tournoi remportait toujours un franc succès chaque année. Au fur et à mesure des éliminatoires, les meilleurs se distinguaient et l’atmosphère dans l’Auditorium gagnait en effervescence et chaque victoire récoltait son lot de vivats et d’acclamations de plus en plus euphoriques. L’hystérie la plus totale s’empara de la salle lorsqu’Alestar remporta la dernière demi finale, qui devait le mener face à Mirai. Il y eut une courte pause pour donner le temps aux deux finalistes de composer leur jeu, et durant laquelle l’arbitre rappelait les règles. La partie se jouerait en cinq manches avec pour chacune la possibilité de changer une carte du jeu. Toutes les règles de Triple Triad étaient ouvertes, avec combinaisons chiffrées ou élémentales. Le vainqueur remporterait la carte la plus forte du jeu en main de son adversaire. Assis au premier balcon à côté d’Ambrosia, Anthony se surprit à suivre avec une tension extrême le jeu de son frère. Il n’excellait pas à ce jeu, mais il savait reconnaître une partie de haut vol quand il en voyait une. Eventail en main, Ambrosia était quant à elle complètement captivée par ce qui se passait sur l’écran géant.
– Elle a beaucoup de cartes marquées A, fit-elle remarquer en se penchant légèrement vers Anthony.
Il sortit de la poche de sa veste d’uniforme la carte à son effigie. Elle comportait un A en haut, un 6 en bas, d’un 9 et d’un 4 sur les côtés gauche et droit.
– J’aurais peut-être dû lui confier cette carte le temps de la partie. Elle lui aurait permis de contrôler le centre de la grille.
Elle lui prit la carte des mains et l’examina :
– Où as-tu eu cette carte ?
– Un petit cadeau qu’il m’a fait à l’issue du dernier tournoi.
– Il n’en aurait pas voulu, dit-elle en la lui rendant, il te l'a offerte. C’est une carte très forte, la partie est gagnée d’avance à partir du moment où on la pose.
Il la rangea et sourit avec modestie :
– Je ne suis pas un très bon joueur.
Elle bondit de son siège dans un cri de joie, alors qu’une ovation assourdissante s’élevait de partout :
– Il a aligné un Same et a converti par la même trois autres cartes ! Courage, Eric, tu vas nous le conserver, ce titre !
Alestar venait de remporter la quatrième manche, ce qui le plaçait à égalité avec son adversaire. Anthony n’eut d’autre choix que de se lever et d’applaudir frénétiquement son frère. Le silence revint difficilement dans l’Auditorium alors que Mirai remplaçait une carte dans son jeu.
– Il a un talent étonnant, fit Ambrosia, décidément très excitée par cette partie. A chaque fois que Mirai change de carte, c’est pour en prendre une plus forte, il perd, elle conserve son jeu tel quel, et il remporte la manche d’après sans changer le sien.
– Ce dernier tour devrait nous inquiéter alors…
– Espérons que non ! La victoire est si proche !
Finalement, après quelques secondes de réflexion, Alestar remplaça une carte de son jeu pour la première fois. Anthony se demanda laquelle il avait choisie. Le jeu de son frère était si impressionnant, il avait peut-être des cartes spéciales connues de lui seul. Anthony ne comprenait pas comment on pouvait développer autant de stratégies sur une grille comportant seulement neuf cases. Quatre parties nulles s’enchaînèrent, la dernière carte posée n’ayant aucun effet sur la partie. Chacun des finalistes cherchait à bloquer l’autre et forçait le nul. Enfin dans la cinquième partie, Alestar choisit de poser sa quatrième carte sur la case du centre de la grille, laissant ainsi ses deux flancs découverts. Du côté droit les cartes du haut et du bas étaient de la couleur de Mirai, et le flanc de sa carte présentait le numéro 9. De l’autre étaient les cartes de sa couleur, et le flanc de sa carte présentait le numéro 4. A ce stade il avait une carte d’avance sur Mirai. L’espace d’un instant, Mirai porta la main à son jeu et hésita à en sortir la carte initialement choisie. Piège ostentatoire ? Toujours est-il qu’elle choisit celle à côté dans sa main. Elle abattit la carte Siren sur la grille, du côté gauche, convertissant ainsi les trois cartes d’Alestar qui la jouxtaient. Un souffle parcourut l’assemblée dans l’Auditorium. Presque toute la grille était de la couleur de Mirai, excepté la carte du milieu en haut. Le coup d’Alestar était-il bien volontaire ? Comment allait-il reprendre l’avantage et gagner la partie s’il n’en faisait pas de même ? Ca semblait impossible. La carte du centre présentait de ce côté un 9. En haut et en bas, les cartes de Mirai présentaient chacune un 6. Alestard abattit sur la grille la carte Phoenix, marquée d’un A du côté gauche et de deux 7, en haut et en bas. Il convertit ainsi de nouveau la carte du centre qui lui revint, et les deux autres. La grille comportait à présent quatre cartes aux couleurs de Mirai et cinq à ses couleurs. Un silence incrédule plana dans toute l’immense salle alors qu’Alestar se renversa sur sa chaise et se passa les mains dans les cheveux comme pour éjecter de son crâne la tension qui pesait, un sourire satisfait aux lèvres, bien que pas tout à fait encore convaincu de ce qui venait de se passer. Et ce fut sous un tonnerre d’applaudissements, de sifflets suraigus, de hourras déchaînés et de cris de joie hystériques qu’il se relâcha totalement, en rendant un long soupir. Pour tout geste de victoire, il se contenta de lever les poings, puis se pencha vers son adversaire quelque peu déconfite et en tout cas totalement décontenancée par cette défaite.
– J’ai cru que tu allais encore la bloquer, celle-là, quand je t’ai vue hésiter. C’est le 9 qui t’a trompée ?
Elle écarta les mains en signe d’ignorance et haussa les épaules
– Je n’en sais rien, ça me semblait la seule chose possible à jouer.
Il lui sourit et tendit la main :
– C’était un beau match, Mirai.
Elle serra sa main et lui rendit son sourire :
– Oui, je suppose. A charge de revanche !
– Avec plaisir. Si tu le permets, je vais te prendre cette carte-ci. Elle m’a porté chance.
Il tira la carte Siren et la brandit aux yeux de tous. Les ovations redoublèrent. Tous deux rangèrent leurs cartes puis se levèrent pour venir sur le devant de la scène saluer le public alors que derrière on dressait déjà le podium de remise du trophée. Tous les concurrents arrivaient sur scène et se rangèrent de part et d’autre de la petite estrade. La Reine des Cartes monta à son tour sous les applaudissements et invita les finalistes à la rejoindre. A Mirai elle remit une médaille richement ornementée, et à Alestar, la coupe de la Triple Triad. Elle convia publiquement le jeune homme à la retrouver après la remise, afin de lui peindre une carte unique, faite seulement pour lui.

Alors qu’Alestar disparaissait en compagnie de la Reine, tous sortaient dans le parc pour la réception qui précédait le récital. A mesure que la journée avançait, que le soleil déclinait dans le ciel de Centra, Anthony sentait son cœur se serrer davantage. S’éloignant un peu de la foule et des festivités, il marcha dans le parc, main dans la main, aux côtés d’Ambrosia, tous deux partageant un silence plus éloquent encore que les mots. Ils craignaient que les paroles ne vinssent à gâcher la magie de la compagnie de l’autre, aussi se contentèrent-ils d’accorder leurs pas, les doigts tendrement entrelacés. Les allées désertes se succédaient, balayées par le vent déjà chaud du printemps de Centra. Dans ses courants immatériels tourbillonnaient des pétales satinés multicolores, illuminés au passage comme autant de paillettes d’or par les rais de soleil échappés du filtre feuillu qui ombrageait leur promenade. Ils déambulèrent en silence jusqu’à la grande roseraie qui en cette saison regorgeait fleurs éclatantes. Alors seulement ils se reposèrent, trouvant les lieux à leur goût. Il l’emmena vers un banc au milieu de tonnelles chargées à en crouler de fleurs grimpantes. Elle leva pour la première fois les yeux sur lui et chacun put voir se refléter dans le regard de l’autre cette même question qu’ils n’osaient prononcer : « Quand te reverrai-je ? » Il se contenta de lui baiser la main et de la garder longtemps contre lui.

Une brusque bourrasque se leva, arrachant des paquets de pétales cramoisis, soulevant des nuages de poussière qui troublèrent l’air. Comme réveillés d’un rêve, Ambrosia et Anthony se levèrent. Dans un élan protecteur, il se mit devant elle. La bourrasque se précisa en un tourbillon de plus en plus serré ; une forme apparut en son centre. Elle se fit de plus en plus nette, à mesure que le vent baissait. Anthony relâcha sa garde lorsqu’il put enfin la voir. C’était une jeune fille aux courts cheveux noirs coupés au carré, vêtue d’une jupe blanche et d’un corsage bleu ciel. Autour de ses bras elle portait une étole d’un vert lumineux. Elle avait l’air perdue, et en tout cas elle était effrayée. D’un œil rapide et affolé elle prit connaissance de son environnement, et aperçut le jeune homme en face d’elle. Un éclair de reconnaissance illumina un bref instant son regard.

-- Squall ? C’est bien toi ?
Elle esquissa un pas vers lui, une main tendue comme pour lui implorer son aide.
-- Squall ? répéta-t-il. Non, je...
-- Il faut que tu m’aides ! La clé est en Esthar, Esthar ! Elle veut se servir de moi pour détruire tout ce qui a été, tout ce qui est et tout ce qui sera. Squall !
Elle voulu courir vers lui, mais elle fut de nouveau emprisonnée dans le tourbillon. La dernière chose qu’il vit d’elle fut cette expression de terreur sur son visage alors qu’elle criait une dernière fois cet étrange nom, Squall, la main tendue vers lui, avant de disparaître au cœur du tourbillon.

Anthony ouvrit brusquement les yeux. Un calme plat régnait sur la roseraie, et rien n’indiquait qu’un vent d’une certaine force s’était abattu sur les lieux. Qu’est-ce que c’était ?
-- Tu as vu ce que j’ai vu ?
Pour toute réponse, Ambrosia se contenta d’incliner la tête d’un air incertain. Beaucoup trop de questions sans réponse se pressaient pour qu’ils jugent utile de les poser. Ils ne feraient qu’ajouter à leur trouble.
-- J’en aviserai le Professeur Kramer, dit-il. Rentrons nous préparer pour la soirée. Je veux en profiter jusqu’au bout avec toi.
Anthony ne sut jamais que ce jour-là le rêve et la réalité ne firent qu’un au cœur d’un sommeil magique de quelques secondes, durant lesquelles deux époques se touchèrent presque du bout du doigt. Ce jour-là Ellone était retournée trop loin dans le passé, atteignant ce qu’elle croyait être l’essence de Squall.


Julia Heartilly est une chanteuse en vogue dans l'univers de FF8, et sa chanson qui l'a rendue célèbre et LA chanson phare de FF8, Eyes on Me. Si vous écoutez bien les paroles, vous comprendrez ce qui la lie à Laguna, et la chanson prend une dimension émotionnelle tout autre. Composée par Nobuo Uematsu, et chantée par Faye Wong, il s'agit d'un archétype de ce qu'on peut classer dans la catégorie "Chinese melodies". On peut lui préférer Melodies of Life de FFIX, mais je ne suis pas là pour engager la polémique Wink

Ci-après un magnifique clip avec des extraits des séquences cinématiques du jeu. Je pense même savoir qui est l'auteur de cette video très sensible et romantique. J'ai rencontré le gars, il travaillait à l'époque pour la chaine Game One, l'unique et première chaine de télé entièrement dédiée aux jeux video. C'était une succursale de Canal+, et la petite équipe qui y travaillait (je les ai tous rencontrés) rassemblait de vrais passionnés qui savaient de quoi ils parlaient. On se rend compte dans cette video de l'exceptionnelle beauté visuelle de FF8. On n'était qu'en 1999, et même maintenant aucun studio occidental n'atteint le degré de finesse de Square-Enix. Oui je sais je les encense mais franchement c'est mérité Wink Le truc qui s'envole à la fin c'est Balamb Garden. Ca a l'air petit vu comme ça mais c'est toute l'université de SeeDs de Balamb, c'est une vraie cité volante. Rappelez-vous dans les premiers chapitres de la fanfic, j'évoquais l'inclusion d'un moteur pour les Gardens. Eh ben c'est ça.

https://www.youtube.com/watch?v=HNefNLOHVYk

Le bonus de la fin : l'intégralité de la cinématique de fin du jeu, avec la version symphonique de Eyes on Me, et l'hymne officiel des Final Fantasy, plus la récompense pour ceux qui n'ont pas fermé le jeu ou éteint leur PS trop vite Wink

https://www.youtube.com/watch?v=Uqd-0DBIegk

https://www.youtube.com/watch?v=c4NAjqbjQ0g&feature=related
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Merisel Faradhreia

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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Lun 11 Juil - 0:32

Chapitre 17 est arrivé !! Je voulais le gonfler un peu plus, mais ma plume dotée d'un métronome tout aussi infaillible qu'intraitable m'a dit STOP. En fait je m'arrête quand j'ai une impression de cycle fini, quand je ne peux plus rien ajouter d'autre sans déporter le sujet.

On sort enfin de Centra Garden, et mon but est de vous faire découvrir les autres Gardens d'une façon que même les joueurs de FF8 ne les ont jamais connues : Galbadia Garden en plein chantier, Balamb Garden décortiquée, et Trabia Garden dans toute sa splendeur alors que dans le jeu on ne la voit qu'au moment où elle est déjà détruite par un impact de missile. Et surtout, surtout Cid Kramer jeune !!! Dans le jeu il a déjà du ventre et est un peu dégarni Wink Je me suis offert un petit délire perso sur l'extrême avancée technologique de Centra malgré la conservation d'un environnement sauvage intact. Eh oui, c'est Final Fantasy.

Je suis quasi persuadée que le nom de Kramer n'a pas été choisi par hasard, et qu'il s'agit d'un clin d'oeil à Kramer contre Kramer. Après tout dans FF8 jusqu'à la fin du disque 2, Edea est l'ennemie, et c'est Cid qui, en toute connaissance de cause, envoie ses propres SeeDs pour la contrer. Il est dommage que le jeu ne détaille pas plus que ça l'état d'esprit dans lequel se trouve le pauvre bonhomme. Il y a également une faille à la fin, si vous avez regardé les cinématiques finales, lors des retrouvailles entre Edea et les SeeDs de Balamb Garden. Cid la présente à Quistis comme si les deux ne s'étaient jamais rencontrées, alors que tout le long du jeu on a des flashbacks de l'orphelinat lorsqu'Edea s'occupait encore des enfants, parmi lesquels figuraient Squall, Quistis, Zell, Selphie et Irvine ! Dans l'ensemble je trouve qu'il y avait quelques ratés émotionnels au sujet d'Edea Kramer alors qu'il y avait matière à donner encore plus d'étoffe à la trame du jeu. A cause de sa dualité, Edea est un personnalité très intéressante. C'est d'ailleurs pour elle que j'ai écrit la fanfic, plus que pour l'ascendance de Squall.

Bonne lecture !



Chapitre 17

Le soleil frais du matin baignait toutes les baies vitrées de la Garden. Dans le parc on pouvait entendre toutes les variétés d'oiseaux de Centra s'échanger les compliments matinaux habituels. L'armée de jardiniers était déjà à pied d'œuvre, arrosant pelouses et massifs multicolores avant que la chaleur ne monte. C'était la plus belle saison en Centra, et tous les jardins étaient parés des palettes de couleurs les plus extravagantes. Dans les bâtiments, le réveil n'était pas encore sonné mais déjà on pouvait déceler quelque activité dans les dortoirs. Alestar ouvrit à son frère. Anthony fut surpris de le voir déjà levé et vêtu :
– Déjà debout ?
– Oui, je m'apprêtais à aller à la piscine. Rien de mieux pour se réveiller. Entre.
Il lui livra le passage.
– Je pensais qu'au contraire après la soirée d'hier tu aurais dormi un peu.
Alestar sourit :
– Je suis du genre lève-tôt. Bon alors, c'est aujourd'hui que tu nous abandonnes à notre triste sort ?
Anthony s'assit face au bureau de son frère et regarda un instant par la haute porte-fenêtre située en face, de l'autre côté de la pièce. La vue depuis cette chambre donnait plus vers le fond du parc que depuis sa chambre, où il était possible d'apercevoir le toit du bâtiment abritant la piscine olympique de la Garden. Derrière la ligne d'arbres en dentelle devant lui se trouvaient le verger exotique et la serre tropicale, où l'on pouvait admirer les oiseaux peuplant la partie sud est de Centra, la plus chaude du continent.

Cette chambre était en tout point identique à la sienne. Après tout c'étaient des appartements universitaires, et il n'y avait aucune distinction entre les étudiants. Mais le standard de Centra Garden était élevé au point d'offrir à ses pensionnaires un confort maximum, avec des chambres spacieuses et claires, un grand lit, de confortables rangements, une salle d'eau personnelle attenante, alors que dans les autres campus les douches étaient souvent communes voire collectives, téléphone individuel et interphone pour joindre directement le service d'hôtellerie qui était calqué sur celui du plus grand hôtel de Centra District, puissant ordinateur avec double connexion à l'intranet sécurisé de la Garden et vers le réseau mondial, et parce que c'était une académie militaire, le bureau cachait des cartes du monde et plus particulièrement de Centra avec l'emplacement de toutes les bases militaires du duché, les dépôts d'armes et de munitions, avec toutes les informations tactiques sur les capacités de chaque place forte. Les SeeDs de Centra possédaient d'ailleurs leur propre base aérienne en pleine jungle, qui abritait une flotte d'une trentaine d'appareils dotés de toutes les avancées technologiques de la Garden Society, capables en quelques minutes d'amener un support aérien surpuissant en n'importe quel lieu de Centra. Centra Garden n'était vraiment pas une institution militaire comme les autres : il fallait chercher sous la surface pour s'en rendre compte. De l'extérieur c'était une université de très haut prestige avec tout le luxe et toute l'élégance que l'on pouvait attendre d'une université de prestige. Le décor dans les chambres faisait écho au reste de la Garden : classique élégance des rideaux de velours ivoire encadrant la grande porte-fenêtre, luminaires de facture recherchée éclairant intensément, dorures aux portes et sur les murs… Si pour Anthony et Alestar se trouver au milieu de cet environnement, ce décorum, après avoir quitté le palais ducal n'avait pas suscité un grand dépaysement, entrer dans leurs quartiers pour la première fois en avait laissé bien d'autres complètement ébahis. Le seul fait de franchir le seuil de la porte et se retrouver dans le hall avait laissé bien des étudiants sans voix. Anthony lui-même n'avait pas fait exception à la règle en franchissant les portes automatiques pour la première fois. Il avait été bien loin de se douter qu'il étudierait dans un tel environnement, où tout était dirigé vers la qualité et la réussite. Même les images du reportage télévisé diffusé avant l'ouverture officielle de la Garden n'avaient pu rendre compte de l'exacte réalité de Centra Garden. Anthony se souvenait de même s'être senti quelque peu dépité lors du premier jour : il venait de quitter un palais pour rentrer dans un autre. Mais le fait de recevoir le lendemain dans sa chambre l'épaisse enveloppe contenant le règlement intérieur, les matières et options obligatoires, la teneur intensive du cursus, acheva de le rassurer sur le niveau d'exigence de l'établissement dans lequel il venait de mettre les pieds et pour lequel il avait signé un prêt de quelques centaines de milliers de Gils : on ne lui ferait pas de cadeau. Il ne voulait pas qu'on lui fasse de cadeau, il voulait qu'on oublie ce nom de Leonhart trop lourd à porter et qui lui avait fait couper les ponts, et tous ses espoirs s'étaient portés sur Centra Garden. Centra Garden était une institution illusionniste dont l'aspect extérieur visait à dissimuler la vraie nature des SeeDs et ce pourquoi ils étaient formés. Les SeeDs eux-mêmes avait ordre absolu d'entretenir cette illusion. Ils étaient avant tout des étudiants travaillant pour construire leur avenir, et en ce sens la Garden leur offrait ce qu'il y avait de mieux.

Anthony caressa la plaque de verre qui protégeait le bureau ; si l'on cherchait bien on pouvait voir une fine rainure juste en dessous. En actionnant un bouton caché dans l'un des tiroirs on faisait apparaître une tablette dissimulée sous le plan de travail. C'était un immense écran tactile qui montrait les cartes du monde et de Centra. Il était possible d'y travailler, pour tracer des itinéraires, noter des emplacements, simuler des mouvements de troupes… Sur l'une des cartes, on pouvait voir parmi d'autres symboles deux blasons de Centra Garden : le plus grand figurait Centra Garden, et le plus petit marquait l'emplacement de la base aérienne des SeeDs.
– Te souviens-tu d'Adelaïde von Grünberg ? demanda Anthony sans autre forme de préambule
Alestar réfléchit quelques instants :
– Voyons voir… Uh… Rousse flamboyante, aime la haute-couture et se faire remarquer, a toujours le mot pour rire…
– Tout juste, confirma Anthony en levant un index vers son frère
– Pourquoi me parles-tu d'elle maintenant ?
En guise de réponse, Anthony croisa les mains sur le bureau et regarda pensivement vers le sol. Voyant la mine de son frère, Alestar arqua les sourcils et fit une moue éloquente :
– Ton langage du corps m'en dit plus que tout ce que tu pourrais me dire de vive voix. Il approcha une chaise pour s'asseoir face à son frère : Allez, raconte.
– Elle est passée me voir à la Garden durant la période du procès, quand j'étais assigné à résidence.
– Voilà qui n'est pas banal. Que valait l'honneur ?
Encore incrédule à l'évocation de ce souvenir, Anthony secoua la tête d'un air mystifié :
– Elle s'était mis en tête qu'on devait se fiancer et m'a rappelé mes devoirs. En quelque sorte.
Alestar eut toutes les peines du monde à conserver son sérieux. N'en pouvant plus, il pouffa de rire, et pour finir s'esclaffa franchement :
– Tu n'es pas sérieux ! Fallait m'appeler, j'aurais aimé voir ça !
Si le cadet tressautait de rire sur sa chaise, tentant à grand-peine de contenir son hilarité, l'aîné au contraire restait de marbre.
– Elle était on ne peut plus sérieuse. J'ai même dû la menacer pour qu'elle reste loin d'Ambrosia.
Ceci eut l'effet de refroidir quelque peu Alestar :
– Waouh… Laisse-moi deviner : elle n'a pas supporté de te savoir je ne sais comment engagé avec la fille d'un fonctionnaire.
– Une photo prise à la dérobée à l'Ecrin des Ducs et qui est parue dans une grande revue mondaine, abandonna Anthony en soupirant.
– Mais… Je ne comprends pas, ça ne devrait pas t'affecter, tu n'as jamais attaché d'importance à la presse mondaine, elle peut faire tous les scandales qu'elle veut, ça ne changera rien, au final c'est toi qui décides.
– Ca ne m'affecterait pas si Adélaïde n'était jamais que ce qu'elle est : une jeune aristocrate tout ce qu'il y a de plus normal et de plus attachée à son image. Elle a vu Shiva.
Alestar bondit de son siège :
– Quoi ?
Cela changeait évidemment tout.
– Sans entraînement, ni rien !
Un silence de plomb s'installa entre eux ; chacun évaluait de son propre point de vue la gravité de la situation. Alestar comprenait à présent pourquoi son frère avait accéléré la préparation des SeeDs.
– Ambrosia le sait ?
Anthony secoua la tête :
– Je n'ai pas tenu à l'inquiéter davantage. Le Professeur Kramer est au courant, et nous en sommes venus à la même conclusion : on va se battre contre deux Sorcières.
– Et… si elles concluaient une sorte d'alliance ?
– C'est ce qui me fait le plus peur. Artemisia n'aurait plus besoin de prendre la peine de chercher un pied à terre dans cette époque, elle l'a déjà, et peut agir à sa guise, en se servant des pouvoirs de l'autre Sorcière. Entre nous je suis plutôt content de cette mission qui vise à rapprocher les Gardens pour lancer une coopération. Si le Directeur ne me l'avait pas confiée je l'aurais demandée. Ce n'est pas pour rien si j'ai demandé à Père de nous confier l'entraînement de son armée.
– De quoi as-tu peur ?
– D'un désastre. Adelaïde ne s'est plus jamais manifestée depuis notre dernière entrevue, mais cela ne veut pas dire qu'elle ne fomente pas quelque chose que nous ignorons. Artemisia veut reprendre Centra et Adelaïde, ben… elle me veut moi.
– Raison suffisante pour conclure une alliance, dit Alestar, très troublé. Et tout ça parce qu'elle a pris pour argent comptant les deux ou trois soirées où vous êtes apparus au bras l'un de l'autre ? Waouh… Et qu'est-ce que tu attends de moi durant ton absence ?
– Veille sur Ambrosia, ne la laisse jamais s'approcher d'elle.
– Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir.
– Je voudrais également que tu mènes une enquête pour savoir où elle est allée, j'ai appris qu'elle a disparu de Centra. Ca ne laisse rien présager de bon.
– Je vais voir ce que je peux faire. Ton inspecteur, Tryst, il me paraît compétent, je vais me mettre en rapport avec lui, s'il y a quelqu'un qui peut me fournir des renseignements, c'est bien lui. Et après ?
– Après ? Soit nous gagnons, soit nous mourons.
Alestar déglutit. La guerre ne lui avait jamais semblé si proche qu'en ce jour. Depuis combien de temps son frère se débattait-il seul avec ce poids ? Anthony regarda sa montre :
– Il est temps, la limousine va bientôt arriver.
Il se leva et fit le tour du bureau. Alestar se leva à sa suite.
– La Garden ne sera pas la même sans toi, confia Alestar.
Alestar avait toujours cette façon si pudique et discrète d'avouer ses sentiments. Vivement ému, Anthony étreignit son frère, tous deux se donnèrent d'affectueuses tapes dans le dos :
– Je ferai un saut le mois prochain pour la réception au palais. Fais attention à toi.
– Fais-nous honneur.
Il sourit tristement et lui fit un clin d'œil :
– Parole de Leonhart.


Anthony chargea ses deux valises et sa Gunblade dans son étui dans le coffre de la limousine de la fondation et Joseph le chauffeur ferma. Un comité de départ était rassemblé devant les portes de Centra Garden, avec à sa tête une Ambrosia pâle, mais droite et digne. Derrière elle se tenaient Adriana et toute l'unité des Rubis Incandescents venus rendre hommage à leur chef. Même si Anthony avait légué son poste, il restait leur commandant dans leur cœur, et cela ne changerait pas. Il leur fit face et les salua d'un geste solennel. Tous le lui rendirent. Puis il vint face à Adriana :
– Je t'enverrai des rapports pour te rendre compte de la situation des autres Gardens et de l'évolution de notre alliance.
– Je les attends avec impatience, répondit-elle.
– Je compte sur vous pour l'entraînement de l'armée Centrane. Du succès de cette opération dépend la sécurité du duché.
Il vint près d'Ambrosia. Durant de longues secondes, ils se contemplèrent en silence. Il l'avait aimée jusqu'à l'aube, conscient qu'il ne la reverrait pas avant des mois. Il avait l'impression de l'abandonner, et se sentait coupable. Il lui caressa le visage, dégagea ses mèches de miel derrière son oreille et caressa longtemps sa chevelure soyeuse, qu'elle avait laissée libre, laissant ses doigts s'attarder entre les mèches :
– Je t'appellerai chaque soir, promit-il.
Elle faisait un effort visible pour ne pas pleurer. Il lui prit la main et la porta à ses lèvres :
– Tout ira bien, Eric veille sur toi en mon absence.
Tenant toujours sa main entre les siennes, il se pencha vers elle et l'embrassa longuement sur la tempe. Son parfum lui envahit les narines et il se remémora ce qui s'était passé la nuit dernière après le bal. Aucun n'avait ménagé ses efforts pour rendre ces dernières heures inoubliables.
– Ne sois pas inquiète pour moi, murmura-t-il. Je reviendrai.
Une peine aigüe le transperça alors qu'il mettait les premières distances entre eux. Malgré tout, il adressa à Ambrosia un sourire lumineux, afin qu'elle garde de lui cette image. Il monta à l'arrière de la limousine où Edea l'attendait déjà. Joseph ferma la portière, monta à l'avant et mit le moteur en route. Edea lui tendit une liasse de documents :
– J'ai rassemblé pour vous tout ce que nous avons sur les autres Gardens, afin que vous sachiez déjà comment vivent vos autres camarades SeeDs, ainsi que les renseignements concernant chaque Directeur.
Il prit la pile de documents agrafés par paquets en la remerciant d'un signe de tête et commença à explorer chacun des fascicules. Il choisit de lire en priorité ceux concernant Balamb Garden. Edea se pencha vers lui et posa une main amicale sur son bras :
– Tout ira bien ?
Il lui répondit par l'affirmative d'un mouvement de tête, semblant accaparé par sa lecture. En réalité il était incapable de se concentrer dessus.
– Je sais ce que c'est, dit-elle avec sollicitude, lorsque j'ai laissé partir Cid pour Balamb, j'ai cru ne jamais me le pardonner. Il m'a manqué tous les jours. Songez que tout ce que vous faites en ce moment pourra leur sauver la vie à tous.
Elle se redressa et regarda par la fenêtre :
– Il n'y a pratiquement pas de décalage horaire entre ici et Balamb Garden. Nous dînerons ce soir en compagnie de Cid. Il y a six heures entre Balamb et Trabia, et huit entre Balamb et Galbadia.
Anthony ne l'ignorait pas. Il avait suffisamment consulté les cartes du monde en étudiant son itinéraire. La photographie de Balamb Garden attira son attention. Balamb Garden était si différente de Centra Garden, comme sortant tout droit d'un autre univers. Cet édifice tout de métal bleu-gris orné de vagues noires peintes sur sa coque et arrondi sur toutes les dimensions comme fait de bulbes posés les uns sur les autres avait une allure de vaisseau extra-terrestre. Il était surmonté d'une étrange structure comme une couronne d'où rayonnaient des barres de matière luminescente jaune et bleue. Il se pencha vers Edea et lui présenta la photographie :
– Qu'est-ce que c'est que cette couronne au-dessus de la Garden ?
– C'est une hélice.
– Une hélice ?
– Les barres que vous voyez sont en Azurium pur actif. Elles sont d'ailleurs amarrées au sol par les câbles que vous voyez ici, autrement la Garden serait soulevée de terre. Toutes les Garden, à l'exception de Centra Garden, sont aptes à se déplacer par des moyens différents, grâce aux propriétés gravitationnelles de l'Azurium.
Edea tourna la page suivante et lui montra une autre vue de la Garden :
– C'est exactement comme la poupe d'un navire, avec son gouvernail. L'axe central de la Garden contient le moteur qui actionne l'hélice et tout ce qui permet le déplacement. Balamb Garden est en fait un aéroglisseur.
Ils feuilletèrent un peu plus loin :
– Voici l'ensemble des plans de Balamb Garden, expliqua Edea, avec tous les quartiers. Le sous-sol se limite à la salle des machines et au parking des véhicules blindés ; tout le reste est bâti en hauteur et articulé autour de l'axe central. Vous verrez comment le hall a été aménagé lorsque vous y serez. On se trouve sous la coque, d'où l'impression de confinement. La passerelle est en fait le bureau du Directeur, situé au sommet du bâtiment.
– C'est grand comment ?
– Comme le hall de Centra Garden. C'est une véritable cité volante. Elle emporte tout ce qui lui est rattaché.
Ce qui laissait supposer des proportions fort respectables pour un vaisseau. Anthony étudia les nombreux diagrammes en silence, cette fois tout à fait intéressé.
– Balamb Garden est la plus modeste de nos Gardens, dit Edea. Cette petite île n'a pas grand-chose pour elle, mais nous avons pu en tirer quelque chose. Notre politique a été d'employer les ressources locales au maximum lorsque nous avons implanté les Gardens, hors l'Azurium qui est produit en Centra. D'aucuns disent qu'elle ressemble au grand hôtel de la capitale.
– Pourquoi avoir choisi Balamb ?
– Pour sa situation géographique intéressante, à la croisée des terres et des mers. Celle qui nous manquait était Esthar, mais nous n'avons jamais pu conclure la signature avec le président. Son gouvernement finançait alors la construction de la station orbitale, et ensuite il y a eu la crise civile au sujet de cette station. Vous y étiez, avec votre frère.
Anthony s'en souvenait. Il avait fait une expérience sans précédent pour son propre compte en suivant l'entraînement aux conditions d'apesanteur. Cette mission lui avait permis de découvrir Esthar City dans toute sa splendeur, véritable cité de verre, avec ses structures colorées tout en transparence où la lumière était omniprésente, qu'elle fût projetée, transmise, réfléchie, diffusée, ou réverbérée : l'éclairage extérieur et intérieur fait de néons multicolores partout où il était possible d'en mettre, les balises sur les voies de circulation, le sillage des véhicules à coussin d'air qui glissaient silencieusement à travers les artères transparentes de la capitale, les panneaux photovoltaïques qui distribuaient l'énergie à la population, le palais présidentiel, immense champignon de lumière, le laboratoire de recherches du Professeur Odine, véritable cité scientifique nimbée de vives couleurs. Vue depuis la station orbitale, Esthar City se distinguait par sa forte luminosité et la myriade de points de couleur qui se détachaient de la nappe couleur or rutilante, comme si on avait émietté un arc-en-ciel en ce point de la planète. Cette mission avait été de loin la plus dépaysante mais aussi la plus divertissante. Esthar… Pourquoi ce continent était-il subitement si souvent évoqué à ses oreilles ?
– Le cursus des SeeDs de Balamb est-il le même que le nôtre ? demanda-t-il.
– Exactement le même. J'ai formé moi-même leur professeur de Mystcisme, comme pour les autres Gardens. Leur entraînement est également le même. Nous avons voulu que tous les SeeDs aient des chances équivalentes, quelle que soit la Garden. Mais Centra Garden est de loin celle qui possède le plus de moyens techniques. Beaucoup de sessions d'entraînement à Balamb ont lieu sur le terrain, faute d'avoir pu construire un centre d'entraînement équivalent à celui de Centra. Celui de Balamb est très petit comparé à Centra. Il a fallu s'adapter aux moyens locaux pour attirer les étudiants. Le coût de l'année universitaire est vingt fois moindre qu'à Centra. Mais Centra vaut son pesant en Gils. Elle est véritablement hors norme. Au départ le projet ne concernait qu'une seule Garden, et tous les moyens ont été concentrés sur Centra. Et puis nous nous sommes demandé pourquoi pas les autres continents, après tout la menace des Sorcières est universelle. Aucune des Gardens, même Galbadia Garden, n'a la taille et les moyens de Centra Garden. Mais le fait qu'elles soient plus compactes leur confère un sérieux avantage, et nous l'avons exploité, grâce à mes ingénieurs. Actuellement, Galbadia Garden est en travaux pour effectuer sa transformation et la mise en place de l'hélice d'Azurium. Il a fallu en détruire une partie pour la rendre compacte comme Balamb Garden, mais tout sera en place d'ici six mois, et les premiers vols d'essai pourront être effectués. Trabia est encore plus petite et n'a pas donc pas nécessité tout ce chambardement pour sa transformation. Elle est déjà opérationnelle. C'est la plus perfectionnée de nos Gardens, à la pointe de tout ce que la Garden Society sait faire. A cause de l'environnement montagneux de Trabia, elle possède le meilleur radar ; elle est de plus reliée à un satellite de défense, et est équipée de missiles d'interception Wotan dotés d'une intelligence artificielle très avancée. Chacune des Gardens présente une spécificité par rapport à la région où elle est implantée, ce qui les rend complémentaires. La coopération entre les toutes les Gardens pourrait aboutir à un résultat inespéré.
– Et c'est à Centra Garden que reviendrait tout l'aspect stratégique, conclut Anthony.
– Vous l'avez déjà : Centra Garden est directement reliée au quartier général de la Garden Society, dont le réseau satellite surveille chaque parcelle de cette planète. Tous ces immenses moyens nécessitent un financement conséquent. C'est la raison pour laquelle nous n'avons eu d'autre choix que de faire de nos SeeDs des mercenaires, et pas des soldats. Mais vos compétences militaires n'ont rien à envier à celles de la meilleure armée.
Anthony avait pu s'en rendre compte, en faisant ses preuves à Powacca. Edea Kramer ne lui apparaissait plus comme simplement son professeur de Mysticisme ; elle était la femme de pouvoir à la tête de la Garden Society, avec une connaissance parfaite de tout ce qui en faisait partie. C'était presque dépaysant de l'entendre décrire le fonctionnement et les moyens technologiques des Gardens
– Lorsque vous dites « nous », à qui faites-vous référence ?
Elle eut une hésitation, et son regard s'embruma :
– A Cid… et moi-même. Il a été mon meilleur soutien, mon meilleur allié et conseil en tout. Grâce à lui nous avons pu rassembler une équipe d'experts hors du commun. Si la Garden Society fonctionne aussi bien aujourd'hui c'est en grande partie son œuvre.
Elle tira un fascicule de la liasse qui reposait sur les genoux d'Anthony. Dans l'angle supérieur droit du premier feuillet figurait la photo d'identité d'un homme d'une trentaine d'années, portant des petites lunettes rondes, les cheveux bruns qu'il avait courts. Le visage carré, sans être remarquable, était avenant et ouvert, les lèvres pleines et équilibrées légèrement incurvées au coin lui donnaient un air optimiste et plaisant. Ce n'était qu'une photographie d'identité, mais le regard noisette encadré par les fines montures avait quelque chose de captivant. Une lumière vive et facétieuse se reflétait au fond des iris, sans pour autant se départir d'une ombre d'autorité. Cid Kramer n'était certainement pas n'importe quel homme, pour avoir eu le courage et l'ambition de lancer un projet aussi colossal que le Garden Project. Edea caressa la photographie du bout des doigts :
– Voilà, c'est lui. Cid Kramer. Il a dû bien changer depuis que cette photo a été prise.
– Vous ne l'avez jamais revu depuis ?
Elle secoua la tête :
– C'était un engagement mutuel, afin de lui donner toute la liberté d'action si jamais…
Anthony ne fut pas long à comprendre :
– Mais ?
Elle secoua tristement la tête :
– J'ai manqué de courage et… J'ai éprouvé le besoin de briser cet engagement.
Anthony savait qu'elle lui cachait quelque chose de grave, mais ne lui posa pas la question : ce n'était pas ses affaires. Du moins pas encore. Edea crut bon de faire diversion avant que la trop grande perspicacité du jeune homme ne l'oblige à en révéler plus :
– Les SeeDs que vous rencontrerez à Balamb seront certainement les plus proches de vous en termes d'esprit et de vision. Cid et moi avons toujours partagé la même vision concernant les Gardens. Evan Cornwall a été influencé par ma présence à ses côtés. Evan est un remarquable Directeur qui a tout de suite compris l'esprit de la Garden Society et a tout fait pour que les SeeDs de Centra Garden soient le plus à l'image de ce que nous projetions.


La jungle centrane au milieu de laquelle serpentait l'autoroute protégée par les hauts pylônes maintenant le champ de force qui empêchait les monstres de passer fit suite à plusieurs hectares de terrain dégagé couverts d'une pelouse lumineuse à perte de vue. La haute tour de contrôle de l'aéroport de Centra District Nord avec son énorme radar en forme d'éventail était en vue. Déjà on entendait les sifflements des turbines des moteurs de post-combustion et les explosions provoquées par les appareils alors que ceux-ci franchissaient le mur du son pour gagner leur altitude de croisière dans la stratosphère. Les pistes d'envol étaient incurvées vers le ciel, telles des tremplins. De là les avions étaient catapultés vers les couches supérieures de l'atmosphère. La limousine bifurqua vers une bretelle qui menait aux hangars privés et s'arrêta devant l'un d'eux dont les portes avaient été grandes ouvertes. Un jet gris élégamment profilé, sans hublot, portant sur ses flancs le blason de la Garden Society, attendait sur le tarmac. Le pilote, son copilote, l'officier à la radio et l'équipe d'hôtesses attendaient en bas de la passerelle d'embarquement déjà abaissée. Les soutes sous le ventre de l'appareil étaient ouvertes et attendaient les bagages des voyageurs. Edea et Anthony descendirent de la limousine. Le vent chaud de Centra balayait l'aire d'embarquement et soulevait la lourde nappe de cheveux d'Edea. Le commandant de bord salua la présidente de la Garden Society et l'héritier du Duché de Centra, et les invita à monter à bord, cependant que deux employés de l'aéroport chargeaient les bagages dans les soutes, contrôlant la bonne répartition des poids au gramme près au moyen d'un appareil de mesure. Ils ajoutèrent des poids de taille différente qu'ils arrimèrent à la porte des soutes. Les appareils stratosphériques exigeaient d'être parfaitement équilibrés. La vitesse en vol était telle, que la moindre instabilité pouvait entraîner une catastrophe. Une fois assurés que l'appareil était bien équilibré, ils fermèrent les soutes et l'on entendit de l'extérieur la mise en pression du compartiment.

L'intérieur du jet offrait un confort et une impression de luxe qui n'étaient pas sans rappeler Centra Garden. Un éclairage de néons blancs et bleus dissimulés dans un faux plafond illuminait toute la cabine aménagée comme un salon de réception, avec sellerie de cuir beige clair, meubles en bois précieux, élégants luminaires, dont un magnifique plafonnier circulaire de verre dépoli ornementé dans le plus pur style Centran, avec force arabesques florales et subtiles touches de couleurs pastel, le tout dans une atmosphère classique et chaleureuse faite de boiseries et de tentures ivoire sur les parois aveugles. Précédant la cabine se trouvait un compartiment qui rappelait n'importe quel autre avion de ligne, avec huit sièges alignés deux par deux de part et d'autre d'une allée centrale. On les invita à prendre place dans ce compartiment pour des raisons de sécurité lors du catapultage, et à attacher leur ceinture à quatre points de sécurité. Anthony apprécia la remarquable insonorisation de la cabine : on n'entendait presque pas les turbines des moteurs à réaction et de post-combustion, réputés pour leur fort niveau sonore. Lorsqu'ils furent installés, chacun d'un côté de l'allée, une des hôtesses passa avec un appareil de mesure et jaugea chacun des passagers. Elle regagna la porte et fit un signe vers l'extérieur. Un employé de l'aéroport monta alors avec trois cubes noirs chargés sur un chariot qu'il plaça dans un compartiment à glissière de l'exacte taille des cubes à côté d'Edea :
– Qu'est-ce que c'est ? demanda Anthony.
– Votre contrepoids. Nous avons vingt-sept kilos de différence, d'après ce qui est indiqué sur ces poids. Lors des vols commerciaux cette opération est effectuée avant l'embarquement. Mais ceci est un jet privé, et les passagers ne sont pas toujours prévus à l'avance. Les poids seront retirés et répartis ailleurs après le catapultage pour nous permettre de circuler dans l'autre cabine. Lorsque je me déplace dans Centra il n'y a pas besoin de toutes ces mesures d'équilibrage car le jet vole à vitesse subsonique. Mais nous allons dépasser Mach 5, et c'est indispensable lors du catapultage. D'habitude je voyage seule, et je vais dans la cabine de pilotage. De là on peut voir la courbure de la planète et la lumière de la couche atmosphérique qui tranche avec le bleu nuit de l'espace tout autour. C'est magnifique.
– J'ai également eu le privilège d'admirer le spectacle de la planète vue depuis l'espace, et je vois ce que vous voulez dire, confia Anthony. J'en ai eu le souffle coupé.
Edea sourit. Le commandant de bord annonça le départ imminent et leur recommanda d'attacher leur ceinture. Ce qu'ils firent. Anthony entendit à peine le bruit des moteurs s'intensifier, et sentit une légère secousse alors que le jet se mettait en mouvement sur la piste, pour rejoindre l'une des rampes de catapultage. Edea montra à Anthony un écran au-dessus d'eux :
– C'est ce que l'on voit depuis la cabine de pilotage. Cela compense l'absence de hublot.
– Centra n'est pas si mal placée en termes d'avancées technologiques, remarqua-t-il, non sans une certaine fierté.
– La politique de votre père a permis énormément de choses, dit Edea.

Les vibrations et la pression générées lors du catapultage ne furent pas sans rappeler au jeune homme le décollage depuis Esthar vers la station orbitale, à bord des vaisseaux Ragnarok, immenses vaisseaux rouges dont le nez avait été stylisé pour ressembler à une tête de Dragon de Rubis. Ces vaisseaux étaient d'ailleurs proportionnés comme les Dragons de Rubis, l'habitacle avec le poste de pilotage et les sièges passagers représentant à peine un dixième de tout le volume, tout le reste étant occupé par les systèmes de propulsion. Quelques minutes à peine suffirent au jet pour atteindre son altitude de croisière, après quoi le pilote leur annonça qu'ils pouvaient aller dans la cabine voisine et circuler librement jusqu'à l'annonce de l'atterrissage. Le vol durerait environ cinq heures. A vitesse subsonique il aurait fallu quatorze heures pour rallier Balamb.

Edea et Anthony s'installèrent dans les confortables fauteuils du salon, autour d'une table ronde typique du style Centran. Les hôtesses vinrent leur servir des boissons fraîches ainsi qu'une délicate collation.
– L'Hyperion a-t-elle manifesté des signes étranges depuis que je vous l'ai donnée ? demanda Anthony.
– L'Hyperion ? répéta-t-elle.
– C'est le nom de la Gunblade.
– Ah… elle secoua la tête : Pas que je sache.
– C'est elle qui m'a transmis la première vision de Seifer dans le futur, je ne sais comment. Ensuite il y a eu ce rêve où j'étais dans la peau d'un autre Leonhart, probablement celui qui est venu à vous. Et j'ai eu une troisième vision, lors du festival de la Garden.
Elle ouvrit de grands yeux :
– Encore une ?
Il essaya de se remémorer, fronçant les sourcils :
– C'était très étrange. Lorsque je suis revenu à moi, j'avais l'impression de l'avoir rêvée. Je n'ai pas le souvenir de m'être endormi, mais je suis persuadé d'avoir dormi le temps de cette vision.
– Racontez-moi.
– Il y a eu une espèce de vent, très fort, suffisamment pour former un tourbillon. Et à l'intérieur, il y avait cette jeune fille. Je ne l'avais jamais vue. Elle a paru me reconnaître, mais elle m'a appelé Squall. Elle m'a parlé d'Esthar… OH !
Il venait de comprendre. Il resta muet, les yeux écarquillés, pâle et tendu sur son fauteuil, les mains crispées sur les accoudoirs, presque sur le point de se lever.
– Non, ce n'est pas possible, je deviens fou, murmura-t-il.
– Wilfried, expliquez-moi, je vous en prie.
– Professeur, y a-t-il à bord de ce jet un moyen de joindre la Garden ?
– Oui, bien sûr, nous sommes reliés au réseau satellite de la Garden Society.
Il se leva :
– J'ai besoin de joindre mon frère. C'est très urgent.
Elle se pencha vers la table ronde et actionna une commande dissimulée dans la tranche. Un large panneau s'ouvrit sur le dessus de la table et révéla un poste informatique avec un combiné téléphonique, et un casque muni d'un micro. Elle alluma l'ordinateur, entra une série de codes, et lui fit signe de venir devant :
– Vous pouvez le joindre par visioconférence ou sur son téléphone.
Anthony opta pour le téléphone. De longues secondes s'égrenèrent sans qu'il obtînt une réponse.
– Allez, réponds… s'impatienta-t-il.
Edea vit son visage se détendre brusquement alors qu'Alestar décrochait à l'autre bout.
– Eric, dieu soit loué, fit Anthony, soulagé d'entendre son frère. C'est Wil. Ecoute, ne me pose pas de question, ce serait trop long à t'expliquer, mais je te suggère de concentrer tes recherches en direction d'Esthar. Adelaïde s'y trouve certainement… Oui… Je ne peux pas t'expliquer, mais je ne pense pas me tromper… Je n'en sais rien. L'Inspecteur Tryst peut te faire délivrer un mandat s'il le faut, si tu arrives à le convaincre. (long silence, au cours duquel le jeune homme hocha vivement la tête à plusieurs reprises, son expression claire et déterminée comme si Alestar lui enlevait les mots de la bouche) C'est exactement… C'est exactement ce que je pense aussi. Tiens-moi au courant… Pardon ?… Non, ce n'est pas un problème… Et à Adriana… Oui… A plus tard, merci.
Il raccrocha et garda la main sur le combiné :
– Je suis béni d'avoir un frère avec l'intelligence d'Eric. Il soupira : Quelque part c'est rassurant de pouvoir mettre enfin un visage concret sur l'ennemi, bien que j'eusse vraiment souhaité que ce soit quelqu'un d'autre.
Il reprit le combiné et composa le standard de la Garden :
– Oui, Anthony Leonhart. Passez-moi le Directeur je vous prie. Merci.
Quelques instants passèrent, et Evan Cornwall se fit entendre à l'autre bout de la ligne.
– M. le Directeur, a-t-on des missions programmées pour Esthar ?… Annulez-les toutes… Ce n'est pas une plaisanterie, Monsieur. Jusqu'à nouvel ordre, aucun SeeD ne devra être envoyé en Esthar. Il y a une Sorcière en Esthar, et nous ne pouvons risquer de perdre des éléments inutilement. Quant à lancer une opération directement sur le sol d'Esthar, nous avons besoin de passer un accord avec le Président. Aucun SeeD ne devra entrer en Esthar avant d'avoir eu la signature du Président… Pas avant d'avoir eu la preuve formelle qu'une Sorcière agit bien en Esthar… En effet, Monsieur, mais croyez-moi, je suis certain de ne pas me tromper. Notre ennemie se terre en Esthar… Non, Monsieur, je ne peux pas l'expliquer, mais Esthar est la seule partie du globe à ne pas être contrôlée par une Garden. Si une Sorcière doit échafauder des plans de conquête, c'est le meilleur endroit pour elle… Si elle en a le pouvoir elle le fera. Et je ne doute pas des pouvoirs d'Artemisia… C'est à craindre… Bien Monsieur… Merci, Monsieur.
Il raccrocha en soupirant et resta un moment soucieux. Edea ne l'avait pas quitté des yeux durant ces deux conversations :
– Vous ferez un Duc, Wilfried. Vous avez déjà l'étoffe. Vous ressemblez tant à votre père.
Il regagna son fauteuil.
– Vous souvenez-vous, quand je vous ai demandé si des Sorcières pouvaient fusionner leurs pouvoirs, et si un esprit adulte pouvait tomber sous l'influence d'une Sorcière.
– Oui.
– Nous étions parvenus à la conclusion qu'on aurait probablement à se battre contre une autre que vous. En réalité c'est pire que ce que je pensais.
Et il lui expliqua. Le futur était en marche, plus funeste que jamais.


Dernière édition par Merisel Faradhreia le Jeu 28 Juil - 15:17, édité 1 fois
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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Mar 26 Juil - 23:03

YOUPLA BOOM Me revoilà ! Je n'ai pas laissé tombé, loin s'en faut ! Après une interruption forcée je reviens avec le nouveau chapitre, que j'ai eu beaucoup de mal à sortir. Je ne pensais pas que je subirais également la difficile transition entre Centra et Balamb, ce qui pourrait paraître étonnant, vu que j'ai monté Centra de toutes pièces alors qu'il existe une pléthore de références biblio et iconographiques pour Balamb. Le danger et la difficulté des supports c'est que justement on s'y laisse enfermer. J'en ai quand même inventé, comme le port international, l'aéroport qui n'est pas sans rappeler celui de Hong Kong avec la disposition de celui de Nice, certains détails de la Garden elle-même... Elle est plus classe dans le jeu que dans mon texte, les dortoirs sont plus grands que ce que j'en décris, la cafét' moins trash... C'est quand même une université qui en ferait rêver beaucoup. Il n'y a qu'à voir les screens du hall pour saliver.

Donc voilà, Cid jeune, le couple Kramer réuni, première nuit à la Garden, pas grand-chose, mais une nécessaire transition.



Chapitre 18

Alors que le jet amorçait sa descente vers les couches inférieures de l'atmosphère, les passagers furent invités à se rendre dans la cabine à l'arrière de l'appareil pour se préparer au passage en vitesse subsonique. Le salon sans hublot ne leur permettait pas d'apprécier l'épaisse couche de nuages au-dessus de cette partie du globe, et au-dessus de laquelle le jet voguait actuellement, couche qu'il ne tarderait pas à traverser, pour entrer dans une zone de turbulences à l'approche des côtes de Balamb. Il y avait également moins de lumière que dans le sud. Il leur fut recommandé d'attacher leur ceinture, ce qu'ils firent. Balamb n'était plus qu'à une heure de vol. Le temps était couvert, on annonçait une température de 3°C et un vent de 80 km/h. Situé presque aux antipodes de Centra, Balamb entrait en hiver. Malgré sa grande habitude à voyager d'une hémisphère à l'autre, du fait de ses nombreuses missions, Anthony ne laissait d'être choqué par une telle différence de température. Des températures aussi basses n'existaient pas en Centra, pas même au sommet de la chaîne montagneuse de Yorn.

Continent béni de la planète, ensoleillé presque toute l'année, abondamment irrigué par trois grands fleuves, dont le plus grand était le Tohomi, avec toute son arborescence d'affluents, ses côtes doucement baignées et caressées par des courants marins et des vents chauds, Centra bénéficiait d'un climat paradisiaque toute l'année, témoins la végétation luxuriante qui couvrait presque tout le territoire, les riches cultures et les fruits succulents convoités aux quatre coins du monde. En comparaison, le petit continent insulaire de Balamb, détaché de l'anse glaciaire de Trabia et cerné de courants froids, ressemblait à un bloc de glace.

« Nous allons amorcer l'acclimatation », annonça le commandant de bord. Anthony jeta un regard interrogateur à Edea. La jeune femme lui indiqua l'affichage digital en rouge devant eux :
– D'ici à l'arrivée, la température va descendre progressivement de 26° à 12°. Cela minimisera le choc thermique en sortant de l'appareil.
C'était bien un jet de la Garden Society, et pas un banal avion de ligne.
– La Garden Society exige énormément de ses partenaires, mais sait en prendre soin, commenta Edea, ses mots prononcés de vive voix faisant écho aux pensées du jeune homme.
– Nous n'aurons pas long à attendre en extérieur, poursuivit Edea, une voiture de Balamb Garden nous attend déjà.

Situé sur la côte sud de Balamb en bord de mer, constamment balayé par un vent de secteur nord et possédant les pistes les plus courtes du monde, l'aéroport de Balamb était le plus dangereux à aborder. La procédure d'atterrissage n'était pas si éloignée de celle d'appontage sur les porte-avions. Il n'était pas rare de voir des appareils toucher terre pour immédiatement reprendre les airs, faute de distance d'arrêt suffisante, et refaire un tour pour tenter de se poser à nouveau. Le fort vent du nord poussant sans cesse les avions vers la mer ne facilitait guère les manœuvres, qui du reste étaient fort dommageables pour les trains d'atterrissage. Le jet de la Garden Society, plus léger, échappait quelque peu à cette règle, ses trains conçus de surcroît à l'image de ceux des avions de chasse de l'aéronavale, et plus à même de supporter le choc brutal de la descente sur la piste. Et ce fut les yeux rivés sur l'écran de la cabine de pilotage, les mains crispées sur ses accoudoirs, son souffle suspendu, qu'Anthony assista, anxieux, à la délicate manœuvre d'approche de la courte piste construite le long de la côte. A la merci des turbulences, le jet rebondissait sur les coups de vent et plongeait dans les trous d'air, descendant vers la bande noire brillamment balisée de façon complètement excentrée, et apparemment à trop grande vitesse, au goût du jeune homme. Etaient-ils bien à vitesse subsonique ? La perspective de la piste vue depuis l'écran rendait les choses difficiles à apprécier, mais elle s'élargissait à vue d'œil devant eux. Un premier choc se fit sentir. A peine le train d'atterrissage arrière avait-il touché terre qu'un violent coup de vent souleva de nouveau l'appareil qui se cabra. Un second choc, plus brutal, se fit sentir, suivi cette fois des fortes vibrations témoins du contact avec la piste. La force du vent aidant, le jet s'était recentré sur la piste. Tous freins levés, les moteurs coupés avant même que le train avant eût touché terre, le jet s'arrêta net à l'extrémité de la piste, alors qu'Anthony était persuadé, au vu de la vitesse d'arrivée, qu'il en dépasserait les limites. Il se surprit à se rasseoir au fond de son siège, le dos et les mains moites, et à respirer enfin, alors que le pilote emmenait le jet vers son aire de stationnement, en zone privée. Il se tourna vers Edea : plaquée au fond de son siège, la jeune femme ne paraissait pas plus à l'aise que lui.
– C'est votre premier atterrissage en Balamb ?
– Depuis le départ de Cid, oui. Durant les travaux de la Garden, je venais régulièrement. Atterrir ici n'est pas une mince affaire. Nous devions faire appel à des pilotes de l'aéronavale pour piloter le jet. Peu de pilotes de ligne ont l'expérience nécessaire pour poser un appareil ici, et les compagnies commerciales ne sont pas prêteuses.

Placé presque au carrefour entre les quatre continents de la planète, Balamb était devenu au fil des siècles un lieu de passage obligé et naturel de toutes les voies navigables d'un continent à l'autre. Le port international du Cap Raha était le plus grand du monde, avec ses longues jetées rayonnant en éventail depuis la langue de terre. Par cette plateforme hors normes transitaient chaque jour plusieurs millions de voyageurs et plusieurs centaines de milliers de tonnes de marchandises. Des navettes assuraient la liaison entre les différents quais dans un incessant ballet d'aller et retours pour permettre aux voyageurs de prendre leur correspondance. Une liaison était même assurée entre le port et l'aéroport, situé à peine à dix minutes de là. Du fait de la mauvaise réputation de l'aéroport, les voyageurs préféraient les voies maritimes, et ce service était moins fréquenté. Grâce au développement et à l'entretien de ce trafic intense et aux taxes portuaires qu'il générait, le petit continent de Balamb avait su affirmer son existence face aux quatre autres bien plus grands, et assurer sa survie économique.

Le commandant de bord annonça qu'ils étaient arrivés à leur point de stationnement, et qu'ils pouvaient dès à présent détacher leur ceinture et se préparer à sortir de l'appareil. Presque soulagé, Anthony s'exécuta et se leva ; il ouvrit le coffre à bagages au-dessus de sa tête pour en sortir sa parka qu'il avait eu soin d'emporter avec lui, et l'enfila. La température dans l'habitacle était devenue tout juste supportable. Vêtue d'un long manteau de fourrure noire de Death Claw et coiffée d'une toque assortie, Edea glissa ses mains dans un manchon de fourrure de Mesmerize et le précéda vers la porte arrière qu'une des hôtesses venait de déverrouiller. Un vent glacial s'engouffra à l'intérieur. Malgré lui, il resserra la parka sur lui. Sous le salut de l'équipage, ils sortirent et descendirent la rampe. On déchargeait déjà leurs bagages des soutes, et deux véhicules de service étaient venus flanquer le jet, l'un pour le ravitaillement, l'autre pour la récupération et le recyclage des déchets, cependant qu'un troisième véhicule de treuillage était arrimé au jet, pour le tirer vers l'intérieur de son hangar où une équipe de mécaniciens attendaient pour effectuer les nécessaires opérations de maintenance après un atterrissage aussi brutal.

Le jour assombri par l'épaisse couverture nuageuse ainsi que le crépuscule pré hivernal tombant ne lui furent d'aucune aide pour lever le poids de nostalgie qui s'abattit sur son cœur alors qu'il descendait lentement les marches de la passerelle. Cette fois il était vraiment loin de chez lui, et ce pour longtemps. Ici, point de jungle luxuriante aux alentours, ni de haut palmier ou de massif éclatant le long des grilles de l'aéroport. Une herbe raide et au vert terne couvrait les pelouses autour des bâtiments, des buissons noirs trapus à la structure épaisse et rigide étaient alignés le long des pistes, plus pour arrêter le sable que dans un but ornemental. Bas dans le ciel, comme écrasés par le poids des nuages, les oiseaux marins planaient, échangeant leurs longs cris plaintifs. Le vent glacial déposait sur son visage un film d'humidité rapidement séché par son souffle piquant. L'odeur du sel et de l'iode était clairement perceptible. Le bord de mer n'était d'ailleurs pas si loin, si l'on regardait vers le sud. L'eau gris-vert se confondait au loin avec le gris du ciel. En regardant bien, on pouvait voir les vagues frangées d'écume se briser sur la plage où avaient été empilés des pierres et des galets le long du littoral afin de ralentir l'érosion. Il se dit que par beau temps, décoller et atterrir ici avec devant soi la perspective du bleu de la mer scintillante sous le soleil devait ravir le regard. C'était une forme d'exotisme. En tout cas la proximité avec le port sur sa droite était unique et spécifique à Balamb. De là où il était il pouvait voir se dessiner les silhouettes des paquebots et des cargos à quai, gigantesques cités flottantes avec leurs multiples ponts étagés.
– Dire qu'il y a quelques heures on était encore sous le soleil pré estival de Centra, soupira-t-il en quittant la rampe.
– Le temps change vite, ici, dit Edea. En quelques heures on peut passer d'une grisaille telle que celle-ci à une tempête de neige en provenance des montagnes au nord, puis à un soleil aussi intense que celui de Centra. Et en cette époque il est possible d'observer depuis les montagnes par temps clair les aurores boréales sur Trabia. C'est dû à la réfraction de la lumière lunaire sur la courbure de l'atmosphère.
La remarque eut pour vertu d'éveiller son intérêt et chasser son vague à l'âme.
– Quelque chose me dit que vous avez déjà vécu l'expérience. Il faudra que je voie ça.
Elle sourit et lui fit signe de monter dans la voiture qui, ainsi qu'elle le lui avait dit, les attendait déjà. C'était une longue berline de couleur bleue, la couleur de Balamb Garden, et dont il reconnut le modèle comme étant celui des berlines de Centra Garden. Il apprécia le souci d'unité, malgré la grande disparité entre les Gardens. L'homme debout à côté de la voiture les salua. Le salut SeeD. Comment pouvait-il en être autrement ? Sans savoir pourquoi, la vue de ce salut lui fit chaud au cœur. Il ne serait pas si loin de chez lui, finalement.
– Agent Gibbs, se présenta l'homme portant casquette et uniforme gris, un peu à la manière des agents de la sécurité à Centra Garden. Bienvenue à Balamb, Madame Kramer, Commandant Leonhart.
D'un geste tout à fait naturel, Anthony lui rendit son salut, et fut surpris de voir Edea faire de même. Ils prirent place sur la banquette arrière alors que l'on chargeait leurs valises dans le coffre. L'agent Gibbs prit place au volant et se tourna vers eux :
– Mettez-vous à l'aise, la route est longue jusqu'à Balamb Garden.
Sur ces mots, il démarra.
– Le Directeur n'est pas venu vous accueillir ? s'étonna Anthony.
Edea secoua la tête :
– C'est moi qui ai refusé à ce qu'il le fasse.
– Pour quelle raison ?
– Je ne voulais pas qu'il bouleverse son emploi du temps pour moi. Et puis c'est moi qui ai rompu l'accord.
Son regard tourné vers l'extérieur la dispensait de croiser le sien. Anthony ne pouvait voir ses mains dissimulées dans le manchon de fourrure argentée, mais il aurait juré voir la délicate fourrure frémir. Ne sachant trop s'il ne mettait pas les pieds sur un terrain trop personnel, il s'enhardit toutefois à ouvrir les délicates portes de la confidence.
– D'être resté un an loin d'Ambrosia m'a rendu suffisamment malheureux pour ne pas comprendre les raisons de sa prise de distance à son retour, et perdre mon sang-froid, avec les conséquences que l'on sait. Alors je n'ose même pas imaginer ce que ça a dû être pour vous durant toutes ces années. Vous avez enduré votre solitude sans broncher, vous dévouant jusqu'à sacrifier votre personne pour notre bénéfice. Personne ne sera jamais assez bien placé pour vous reprocher de céder au poids des épreuves. Vous avez assez perdu, vous avez mérité de regagner un peu. Si moi je peux le comprendre, j'imagine que le Directeur le comprendra aussi.
Elle ne douta pas un seul instant que même sans savoir, il avait compris. La douleur d'avoir perdu Tonberry et Odin l'avait vidée au point d'éprouver le besoin vital de retrouver Cid, et la ravagerait toujours. De l'entendre toucher de si près la vérité brisa sa contenance. Au grand dam du jeune homme, elle éclata en sanglots, les mains plaquées sur le visage. Anthony ne s'était pas attendu à toucher de si près la vérité, autrement il n'aurait pas eu droit à une réaction d'une telle intensité. C'était la première fois qu'elle se laissait vraiment vaincre devant lui, et cela le bouleversait, lui qui l'avait toujours connue maîtresse d'elle-même. Ne sachant trop que faire, et confus d'être à l'origine de son effondrement, il lui prit doucement la main et la serra dans la sienne, puis l'attira doucement contre son épaule.
– Je suis vraiment navré, ce n'était pas mon intention, s'excusa-t-il.
Edea n'en fit rien, et se laissa aller avec gratitude contre cette épaule qui lui était offerte sans arrière pensée.

Il leur fallut quelques heures pour rejoindre Balamb Garden depuis l'aéroport. Anthony, qui s'était découvert une fatigue intense et inhabituelle, s'était assoupi à plusieurs reprises, et n'avait par conséquent pu apprécier les continuités et transitions des paysages de Balamb depuis la côte jusqu'au pied des monts Gaulg. Puis il se rappela qu'il n'avait pas fermé l'œil de la nuit, qu'il avait même été tout sauf inactif toute la nuit durant, après quoi il ne s'étonna plus de céder au sommeil. La nuit dehors était déjà tombée. Combien de temps avait-il somnolé ? L'horloge de la voiture indiquait 19h. Cette fois bien réveillé après cette sieste intermittente et au final pas si reposante, il se massa la nuque en soupirant avec lassitude, de nouveau envahi par un sentiment de dépression. La journée n'était pas encore achevée, et tout cela lui paraissait déjà si loin. Contre son épaule, Edea dormait également, manifestement éprouvée par le voyage mais aussi par les émotions. C'était la première fois qu'il avait l'occasion de la contempler de près, et il reconnut qu'elle était vraiment belle et désirable. Cid Kramer était un homme chanceux. Avec précaution pour ne pas la réveiller, il se cala contre la banquette pour être plus à son aise, et fixa son attention sur ce qu'il restait à voir de paysage au dehors. L'éclairage économique des routes ne laissait en vérité pas voir grand-chose, si ce n'était le bout de route éclairé devant eux par les phares de la voiture, la file de lampes rouges des voitures qui les précédaient, leur forme révélée par le halo pâle des phares sur la chaussée, et la lueur brillante des phares des voitures venant en face, laquelle se réfléchissait sur les flancs des véhicules qu'ils suivaient. Dans le rétroviseur, il croisa le regard de l'agent Gibbs, qui, percevant du mouvement derrière lui, avait levé les yeux :
– Tout va bien, pas trop fatigués ? demanda celui-ci. Nous arrivons d'ici une vingtaine de minutes. Vous pouvez déjà voir la Garden. C'est le point lumineux là-bas à droite.
Se redressant avec précaution, Anthony regarda dans cette direction. En effet, un édifice aux formes étranges tout en rondeurs se détachait de l'obscurité, brillamment éclairé, contrairement à la route, adossé à la montagne qui se dressait en noir devant eux. A mesure qu'ils approchaient, la forme de la Garden se précisait, grossissant à vue d'œil, pour finalement devenir un édifice de taille tout à fait imposante, coiffée de sa couronne luminescente d'Azurium, et tout à fait conforme à la description qu'Edea lui en avait faite : plus haute que le hall de Centra Garden et équivalente en circonférence. Brillamment illuminée par de puissants projecteurs, elle révélait l'ensemble de sa structure, à la fois arrondie comme un empilement de bulbes de diamètre décroissant, mais aussi anguleuse à la base lorsqu'il s'agissait des différents ponts d'accès clairement indiqués en toutes lettres sur la coque bleu clair parcourue de vagues noires. La voiture bifurqua pour emprunter une bretelle de sortie et se dirigea droit vers la masse de métal et de lumière. La route menait directement vers une entrée de la Garden, qui ne devait être autre que le parking sous l'édifice. A leur approche, la porte étanche qui en fermait l'accès se leva et leur livra le passage. Une pente d'une certaine force menait vers l'espace souterrain. Anthony réveilla doucement Edea. Elle battit des paupières, remua doucement.
– Nous sommes arrivés, dit-il.
Elle se redressa en hâte et s'écarta de lui, embarrassée :
– Pardonnez-moi, je me suis oubliée.
Il sourit et secoua la tête pour lui faire comprendre qu'il n'y avait pas de mal.

L'agent Gibbs gara la voiture à son emplacement, et coupa le moteur.
– Bienvenue à Balamb Garden, dit-il.
Il descendit et alla ouvrir la portière du côté d'Edea. Anthony descendit à son tour et regarda autour de lui : les néons suspendus au plafond révélaient les volumes du souterrain où étaient rangés tous les véhicules de la Garden. Au centre se dressait un énorme pilier, dont il devina qu'il s'agissait de l'axe névralgique de la Garden, nettement plus imposant en vrai qu'il ne l'était sur les plans ; tout autour, les parois de l'espace circulaire s'infléchissaient vers l'intérieur, parcourues de poutres de renfort. C'était exactement comme la cale d'un navire. En dessous d'eux était en toute logique la salle des machines. Ils sortirent les valises du coffre et suivirent l'agent Gibbs vers le pilier central, dans la paroi duquel s'ouvrait une double porte automatique en verre fumé. Ils entrèrent dans l'ascenseur de forme trapézoïdale, certainement adossé à l'axe moteur de la Garden. Gibbs appuya sur un bouton de la console murale, et l'ascenseur se mit en marche, s'élevant à grande vitesse vers les niveaux supérieurs. Intensément illuminé par des néons dissimulés dans un faux-plafond, le décor à l'intérieur donnait un avant-goût du reste de la Garden : loin du luxe extravagant de Centra Garden, mais d'une élégance certaine, privilégiant les motifs peints à même le métal et les matières légères : aluminium, titane, fibre de verre et de carbone, kevlar, résine… Et bien sûr, Azurium. Anthony n'oubliait pas qu'ils se trouvaient dans un vaisseau. L'ascenseur s'arrêta en amortissant sa course avec grande douceur, et ses portes s'ouvrirent dans un tintement très doux.
– Nous sommes au niveau du hall, annonça Gibbs. C'est ici que je vous laisse, pour retourner à mes fonctions. Le Directeur va venir à votre rencontre. Il salua : Madame, Commandant.
Ils le remercièrent et sortirent à sa suite. Anthony ne put retenir un hoquet d'admiration en découvrant le hall de Balamb Garden, entièrement fait d'eau et de promenades et passerelles sur pilotis. Le clapotis d'une multitude de fontaines parvint à ses oreilles en un chant d'une fraîcheur bienvenue. Le pilier central faisait comme un ilot au milieu de l'immense bassin qu'était le hall, cerné d'une première promenade bordée de plantes vertes. En levant les yeux, il put voir au-dessus d'eux les passerelles menant aux autres étages depuis les portes de l'ascenseur. L'absence de lumière comme à Centra était ici largement compensée par des éclairages artificiels depuis les parois de la coque, depuis le pilier central qui en était tapissé, depuis le haut, sous les passerelles des étages supérieurs. Un large escalier menait à la promenade inférieure, d'où rayonnaient les huit allées qui desservaient les autres sections de la Garden, clairement fléchées par des pistes peintes au sol, chacune de la couleur de la section qu'elle indiquait. Celle devant eux menait à l'entrée principale de la Garden. En bas des marches se trouvait un grand tableau d'informations interactif. Edea enleva sa toque de fourrure et secoua ses longs cheveux qui se déroulèrent souplement dans son dos. Ils descendirent les marches, et Anthony, guidé par leur chant, se retourna pour découvrir les fontaines en forme de dauphin autour du pilier central, qui faisaient circuler l'eau dans tout le hall. Des plantes vertes agrémentaient la promenade principale, et des bancs étaient disposés le long de la balustrade, en verre, pour mieux apprécier l'omniprésence de l'eau parcourue d'ondes sous leurs pieds.

C'était l'heure où les étudiants s'affairaient pour rejoindre le réfectoire pour aller diner, et il put voir en effet les petits groupes se diriger tous dans la même direction, tous vêtus de l'uniforme de Balamb Garden, bleu marine galonné d'or aux manches et le long de l'empiècement dans le dos, et rehaussé d'une cravate rouge. Les accompagnant, étaient de curieux personnages vêtus d'une grande toge blanc et bordeaux et coiffés d'un large chapeau jaune qui leur cachait toute la face, et les faisait ressembler à des Funguars hauts sur pied. Anthony en désigna un :
– Qui sont ces gens ?
La jeune femme semblait chercher quelque chose des yeux, ses mains serrées d'anxiété sur sa toque et son manchon.
– Des surveillants, répondit-elle, distraite, balayant le hall des yeux. Balamb Garden a été construite grâce à la contribution financière d'un mécène Shumi. Nous avons dû nous plier à certaines conditions lors de la signature du contrat. Les SeeDs de Balamb sont plus étroitement surveillés qu'en Centra, et la Garden est soumise à un couvre-feu.
Anthony nota ce détail, se demandant quel intérêt un mécène, et à plus forte raison un Shumi, pouvait trouver en participant financièrement à la construction d'une Garden. Le peuple Shumi était un peuple excellant par son artisanat, avec des experts hautement qualifiés dans chaque filière, et n'ayant que peu d'attrait pour la technologie. Or il était évident que Balamb Garden était un monstre de technologie. Faire se déplacer un édifice de cette envergure, même en exploitant les propriétés gravitationnelles de l'Azurium, tenait de la prouesse technique. Anthony était curieux de voir la Garden en mouvement, et se demanda s'il y aurait des vols d'entraînement durant son séjour, lorsque soudain Edea poussa un cri et se précipita vers l'avant. Elle se jeta dans les bras d'un homme en costume gris qui venait de faire son apparition à côté de l'écran d'information. Il la serra fort contre lui, convulsivement, prit son visage entre ses mains pour la contempler, puis l'embrassa à plusieurs reprises, éperdu d'émotion. C'était bien Cid Kramer, mais il paraissait plus âgé que sur la photo, amaigri, son visage marqué de lignes profondes, des poches sous les yeux.
– Ma chérie, oh ma chérie, ne cessait-il de répéter tout en l'embrassant, pourquoi ? Pourquoi es-tu venue ? C'était de la folie…
– Je te demande pardon, murmurait-elle entre ses larmes, je n'en pouvais plus, je n'y arrivais plus… Oh mon dieu, Cid, qu'est-ce que j'ai fait… J'ai tout essayé, je n'y arrivais plus…
Une boule au fond de la gorge, ses paupières brûlantes malgré lui, Anthony assistait muet en témoin embarrassé à ces retrouvailles ambigües et paradoxales, où toutes les émotions contradictoires se reflétaient sur les traits et dans le regard des deux époux. L'éloignement n'avait manifestement pas eu raison de leurs sentiments respectifs, et avait même creusé un manque insondable.
– Pardon… Pardon d'avoir échoué, répétait-elle incessamment, ses mains perdues dans les cheveux de Cid.
Il la fit taire en l'embrassant, puis appliqua tendrement son front sur le sien :
– Ne dis plus rien, Edea, je ne t'en veux pas. Comment le pourrais-je ? Il la contempla avec douceur et lui caressa les cheveux : Regarde-toi, tu n'as pas changé, et moi je vieillis à vue d’œil.
Elle leva les yeux sur lui et n'en versa que plus de larmes :
– Je te demande pardon…
Il lui mit la main sur les lèvres :
– Ce n'est pas ta faute, nous savions que cela se passerait ainsi, c'est dans l'ordre des choses. Il la serra de nouveau contre lui : Oh Edea, ma chérie, ça va ? Tu as fait bonne route ? Le chemin a dû être long jusqu'ici.
Elle hocha la tête, puis s'écarta un peu, pour tendre la main vers Anthony :
– Je te présente Anthony Leonhart, de Centra Garden, notre porte-parole pour lancer la coopération entre les Gardens.
Mettant de côté ce qu'il venait de voir, Anthony salua d'un geste solennel :
– C'est un honneur, M. le Directeur.
Cid lui rendit son salut :
– Anthony Leonhart, notre premier SeeD sous contrat direct, j'ai beaucoup entendu parler de vous. Tout l'honneur est pour moi, votre parcours ne laisse d'impressionner. Les nouvelles depuis Centra ont élevé notre niveau d'alerte de quelques échelons. Je suis heureux que vous ayez survécu à votre rencontre avec l'ennemie. Veuillez pardonner… cette effusion désordonnée.
– Il n'y a pas de mal, Monsieur.
– Montons à mes quartiers, je vais y faire servir le dîner, nous y serons mieux pour discuter.
Il les précéda vers l'ascenseur, et tous trois montèrent vers le troisième et dernier niveau de la Garden.

Plus petit que celui du Directeur Cornwall, le bureau circulaire de Cid Kramer occupait toute la surface au sommet de la Garden. L'ascenseur y débouchait directement. Anthony n'oubliait pas que la passerelle de la Garden transformée en aéroglisseur se trouvait ici, et l'agencement des lieux allait de soi, bien qu'il ne vît rien qui ressemblât à un poste de pilotage. D'après les plans qu'il avait consultés, le poste de pilotage se trouvait devant lui. En effet, face à eux en sortant de l'ascenseur se trouvait une grande baie vitrée carrée, qui laissait voir le ciel nocturne de Balamb avec un champ de vision parfaitement dégagé. Tout le reste, barre, manette de gouvernail, écrans de contrôle, radars, devait être dissimulé dans l'épaisseur de la coque ou dans le sol, et n'apparaissait que durant la conversion de la Garden. C'était bien un établissement de la Garden Society, où l'essentiel se trouvait caché derrière une façade innocente. Et ce bureau avait bien des airs de bureau tout à fait ordinaire, dans un style Centran très classique. Derrière l'ascenseur était un petit salon polyvalent avec fauteuils et table de réunion. Au fond, le long de la paroi, un escalier disparaissait vers un étage inférieur que l'ascenseur ne desservait pas, probablement les appartements privés du Directeur. Cid les invita à prendre place au salon, et leur servit des boissons fraîches entreposées dans un petit réfrigérateur habillé de la même façon que le reste du mobilier.
– Je n'ai pas de boisson alcoolisée, s'excusa-t-il, les matières inflammables sont interdites dans la Garden, on comprend aisément pourquoi. Non que je m'en plaigne. Le dîner sera servi d'ici quelques minutes.
Anthony avait hâte d'en finir avec ces pesantes mais nécessaires civilités : il ne tenait plus debout que parce qu'il le voulait bien. Il vida son verre et se trouva quelque peu réveillé par le jus de fruits.
– Comment comptez-vous organiser votre séjour parmi nous, Anthony ? demanda Cid.
– J'aimerais passer beaucoup de temps avec nos collègues d'ici et participer à leurs activités, avant de leur présenter le projet de la Garden Society. Je dois me familiariser avec les installations de Balamb afin de déterminer les atouts de cette Garden, et ainsi définir sa place dans la future alliance. Mon but est de parvenir pour chaque Garden à établir une collaboration avec les armées de chaque continent, afin de leur offrir les moyens dont nous disposons pour combattre Ultimecia. Pour cela je dois connaître la position de chaque continent par rapport aux Sorcières, comment les Gardens sont perçues par l'opinion, et quel crédit on leur accorde.
Cid Kramer se gratta la tempe :
– Ma foi, nous ne faisons pas de propagande pour promouvoir Balamb Garden, et parce que les incidents que vous avez subis en Centra sont très éloignés d'un point de vue géographique, l'impact n'a pas été le même sur le peuple de Balamb. Mais nous avons sciemment augmenté la vigilance des SeeDs et renforcé leur entraînement. Ici les missions de la Garden consistent essentiellement à assurer la sécurité des populations face aux invasions de monstres, à sécuriser les abords du port international et de l'aéroport. Les T-Rexaurs causent énormément de dégâts aux infrastructures. Nous portons également assistance à Trabia Garden contre les Ruby Dragons et les Blue Dragons.
Anthony bondit sur son fauteuil, cette fois bien réveillé :
– Il y a des Ruby Dragons en Trabia ? Je l'ignorais. Et vous collaborez avec Trabia Garden ?
– Bien sûr. Leur Garden a beau être la plus moderne, ils sont bien moins nombreux que nous. Balamb Garden est capable d'accoster et d'atterrir n'importe où en Trabia en deux heures, avec tout son contingent et sa logistique. Nous avons réglé notre fréquence sur celle de leur radar, ce qui nous permet de nous déplacer très facilement sur leur continent. On pourrait trouver étrange, n'est-ce pas, que les Gardens, toutes issues de la même corporation, aillent chacune son chemin. C'était sans doute une erreur de réflexion lorsque nous avons mis le projet sur pied. Notre calcul était de donner à chacune toute l'indépendance nécessaire pour leur permettre de se développer selon les spécificités de chacune. Nous avions négligé le fait qu'elles finiraient isolées les unes des autres. Mais la proximité géographique entre Balamb et Trabia a fait que les choses se sont déroulées autrement. La collaboration entre nos deux Gardens est très enrichissante pour nos SeeDs.
– Mais vous… Enfin chaque Directeur est resté en contact avec le siège de la Garden Society.
– Pour envoyer nos rapports d'activité et recevoir nos ordres, pas pour communiquer entre nous. Les Gardens sont des structures intégralement indépendantes qui n'ont d'autre interlocuteur que la Garden Society. Nous ne rendons pas de compte entre nous. Evan et moi-même avons la chance d'entretenir un contact privilégié avec la fondatrice, et sommes de fait mieux impliqués ; Edward Deverrin et moi-même échangeons régulièrement nos points de vue et montons nombre d'opérations ensemble, et de fait les rapports entre Balamb et Trabia Garden sont très étroits, mais le Directeur Martine, seul maître à bord de Galbadia Garden au milieu de l'immensité de Galbadia, est certainement le plus étranger du réseau. Mais en tant que militaire il sait qu'il doit des comptes au comité de direction de la Garden Society et est très rigoureux sur la façon dont il dirige sa Garden.
– La Garden Society envoie tout de même des directives communes à chaque Garden, de façon à conserver une même ligne d'action, intervint Edea. Après cela chaque Directeur est libre de s'organiser comme il l'entend.
– Comment ont été perçus les événements en Centra ces derniers mois ?
Cid dévisagea un moment Anthony, puis lui sourit d'un air compatissant :
– Difficile de se sentir vraiment concerné lorsque ce sont des incidents qui se produisent à l'autre pôle de la planète. J'ai relevé le niveau d'alerte de la Garden, fait renforcer les mesures de sécurité, bien sûr, mais étant donné que mes SeeDs n'ont pas été au cœur des événements comme vous en Centra, ils pensent que la situation est sous contrôle. Les manifestations anti-Garden les ont laissés incrédules : ça ne peut pas arriver en Balamb car la Garden est au cœur de la vie des habitants ; le continent est très petit, comme vous avez pu le constater, et nous sommes très proches de la population. Les SeeDs de Balamb interviennent régulièrement au niveau de toutes les infrastructures, sont même souvent sur les lieux avant les équipes d'intervention habituelles et font un énorme travail pour la sécurité de Balamb. Les missions de Centra Garden sont tournées vers l'international, et vous avez pris l'habitude d'avoir cette vision globale. Celles de Balamb sont restées à l'échelle nationale, et la question des Sorcières est passée au second plan. Heureusement que les monstres sont là pour leur rappeler que ce monde n'est pas tout à fait comme il devrait l'être.
Fort de toutes ces informations, Anthony réfléchissait déjà à ce qu'il dirait à ses collègues de Balamb. Il lui paraissait évident qu'après toutes ces années les SeeDs de toutes les Gardens avaient oublié pourquoi il y avait des Gardens et des SeeDs. Son premier objectif serait de le rappeler à ses collègues. En même temps, à qui revenait-il légitimement de faire cette guerre ? Le lignage d'Ultimecia forçait la question. Qui sait si après avoir reconquis Centra, elle ne jetterait pas son dévolu sur le reste du monde ? Après tout il y avait des SeeDs ailleurs qu'en Centra.

La porte de l'ascenseur tinta, et un membre du personnel intendant entra, poussant devant lui un chariot avec le dîner. Les assiettes déjà garnies étaient gardées au chaud sous cloche. Ils prirent place autour de la table de réunion alors qu'on mettait le couvert et entamèrent le repas bienvenu, car la faim se faisait sentir.
– Ce n'est certes pas le luxe de Centra Garden, s'excusa Cid en souriant, mais je pense que c'est tout de même très honnête. Les membres de la délégation de Balamb qui rentrent du tournoi de Triple Triad ne tarissent pas d'éloges sur l'accueil en Centra, et semblent ne jamais trouver les mots pour décrire ce qu'ils ont vu de Centra Garden. Les SeeDs de Centra ont cette particularité de tout voir en grand.
Edea sourit à son époux et lui prit la main :
– Parfois je me demande qui de nous deux connait mieux les SeeDs de Centra que l'autre.
A quoi il lui répondit, le cœur dans les yeux :
– Il faut dire que tu es contagieuse !
Anthony ne put s'empêcher de sourire en découvrant l'intimité du couple Kramer, avec cette tendresse presque électrique qui les enveloppait, cette complicité bâtie d'après une longue coexistence faite de dialogues et d'échanges d'idées à bâtons rompus, de projets dans lesquels tous deux avaient mis toute leur tête et tout leur cœur. L'atmosphère conviviale du dîner aidant, ils discutèrent de choses et d'autres, mettant de côté les tragédies qui les avaient réunis.
– Comment vont nos enfants ? demanda Cid
– Bien. Les plus grands entreront au lycée l'année prochaine. J'ai obtenu leur inscription dans le meilleur établissement de Centra District.
Cid ouvrit de grand yeux :
– Déjà ? Ca ne me rajeunit pas ! Ces chérubins grandissent décidément trop vite…
– Et je suis heureuse de t'annoncer que nous n'avons accueilli aucun nouveau pensionnaire depuis que tu es parti.
Interpelé, Anthony leva le nez de son assiette et lança à Edea un regard interloqué. Que faisait-elle de Seifer ? Pour toute réponse, elle lui répondit par un autre, pesant, lui intimant de ne rien dire.
– Cette nouvelle évidemment ne peut que me réjouir, déclara Cid d'un ton enjoué, très satisfait. Voyez-vous, Anthony, nous vivons de paradoxes, ma femme et moi-même. Ces enfants recueillis sont comme les nôtres, mais que de les voir venir agrandir notre « famille » signifie par ailleurs qu'ils ont perdu la leur, dans les circonstances les plus variées, ce qui est bien évidemment une tragédie intolérable. Aucun enfant ne mérite de se retrouver sans parents et de devoir vivre sous un toit étranger, quand bien même ce dernier serait aimant. Nous avons tout fait pour les faire se sentir chez eux dans ce manoir, mais nous savons très bien qu'ils se sentent différents des autres parce qu'ils n'ont pas leurs vrais parents. C'est très dur pour eux.
– Les envoyer à l'école au milieu d'enfants ayant une vraie famille a été une très grande prise de risques, renchérit Edea, mais cette expérience les rendra plus forts que s'ils étaient éduqués au manoir. Et puis je sais très bien qu'arrivé à un certain point nous ne serions plus en mesure de leur offrir une instruction de qualité. Le rôle de parents est de se soucier de l'avenir de leurs enfants, et c'est ce que nous avons fait, en tant que parents de substitution.
Anthony reconnaissait bien là le Professeur Kramer de la Garden. Il n'en restait pas moins qu'il ne comprenait pas pourquoi elle taisait l'existence de Seifer. Il suivit tant bien que mal le reste de la conversation, perdant régulièrement le fil, accablé qu'il était par la fatigue triomphante. La sieste chaotique en voiture n'avait en rien arrangé les choses. Il l'interrogeait sur un centre de recherches dont le jeune homme n'avait jamais entendu, et elle lui racontait les développements actuels et à venir, après quoi tous deux se plongeaient dans l'élaboration de développements encore plus lointains. A peine étaient-ils réunis que les deux époux échafaudaient déjà de nouveaux projets, et cela semblait leur procurer un plaisir infini. Cela allait de méthodes de couplage à la magie à la fabrication de Guardian Forces artificielles, en passant par de nouvelles applications des propriétés de l'Azurium, le perfectionnement du réseau satellite. Edea ne manqua évidemment pas de mentionner le grand projet actuel mis en place en Centra :
– Une unité de SeeDs de Centra entraîne actuellement l'armée régulière, et nous nous intéressons de près à des approches simplifiées de la Jonction et de l'utilisation de la magie par des individus de moindre potentiel et à l'entraînement moins abouti que les SeeDs. Je pense que les Guardian Forces artificielles sont l'avenir pour les soldats, dans la mesure où ce sont des machines, et non des êtres vivants avec qui il faut établir une véritable symbiose.
Vivement intéressé, Cid ouvrait de grands yeux :
– Je n'y avais jamais songé…
Elle sourit :
– Moi non plus, jusqu'au jour où Anthony m'a fait part de son initiative d'entraîner l'armée à combattre les Sorcières. Nous lui devons ce projet, et l'équipe du centre travaille d'arrache-pied pour mettre au point des équipements adaptés.
Entendant son nom, Anthony émergea de la torpeur dans laquelle son esprit était plongé, bercé par les voix, le cliquetis des couverts contre les assiettes, le bruit sourd des verres qu'on reposait sur la table…
– Oui enfin nous le devons à mon père, rectifia-t-il avec modestie ; sans son accord, ce projet serait mort dans l’œuf.
– Avoir le fils du Duc parmi nos étudiants procure évidemment quelques avantages, dit Edea en souriant, pas peu fière. C'est bien la première fois que vous admettez ouvertement votre lignage, Anthony.
Il haussa les épaules :
– J'ai appris que je ne pouvais ni la renier, ni la fuir, alors autant en tirer parti…
Comment parvenait-il à avoir de la répartie dans son état ? Sa vue se brouillant, il cligna des yeux et se les frotta d'une main.
– Vous m'avez l'air épuisé, dit-elle, remarquant pour la première fois ses traits tirés.
– Je suis désolé, ça se voit donc tant que ça ?
Cid fit mine de regarder sa montre ; il avait compris que par souci de respect de l'étiquette, Anthony Leonhart ne demanderait jamais à se retirer avant qu'ils aient fini, et le jeune homme avait l'air exténué :
– Oh, le couvre-feu va bientôt sonner. Vous ne m'en voudrez pas, Anthony, mais je n'ai trouvé aucune autre solution d'hébergement que celle de vous faire partager une chambre dans les dortoirs avec un camarade.
La gentillesse salvatrice du Directeur le toucha.
– C'est parfait, Monsieur, je n'aurais pas mieux souhaité moi-même. Et puis-je me permettre d'emprunter un uniforme d'ici, je ne tiens pas à ce qu'on me remarque dans mon uniforme Centran alors que mon but est de me fondre dans la masse.
– Vous en trouverez au magasin de la Garden, votre collègue vous y conduira demain.
– Merci, Monsieur.
– Je vais faire monter Thomas Firedge. Il sera votre camarade de chambrée durant votre séjour. Il vous conduira vers vos quartiers.
Cid se leva et alla à son bureau ; il actionna un micro et parla dedans :
– Thomas Firedge est attendu au bureau du Directeur.
Quelques minutes plus tard, un grand jeune homme au regard rêveur et au visage fin rendu encore plus efféminé par sa coupe de cheveux, dont les boucles lui tombaient sur la nuque et encadraient son visage de longues mèches claires se présenta. Il salua le Directeur :
– Vous m'avez fait demander, Monsieur ?
– Oui en effet Thomas. Je vous présente Anthony Leonhart, de Centra Garden.
Avant qu'Anthony eut pu se lever pour saluer son collègue en bonne et due forme, celui-ci se contenta de lui faire un signe de la main :
– Salut, dit-il simplement.
Ce salut on ne peut plus naturel et désinvolte de quelqu'un qui n'était pas le moins du monde impressionné ne fut pas pour déplaire à Anthony : au moins il ne déclencherait pas une émeute partout où il irait. Il rendit le salut de son collègue par un mouvement de la tête.
– Ainsi que je vous l'ai annoncé, poursuivit Cid, il partagera votre chambrée durant son séjour parmi nous. Vous voudrez bien l'accompagner à vos quartiers afin qu'il puisse s'installer. Demain vous l'emmènerez au magasin afin qu'il puisse se choisir un uniforme, et vous lui montrerez la Garden.
– Bien sûr, Monsieur.
– Et voici ma femme, Edea Kramer, professeur de Mysticisme à Centra Garden. Elle me fait l'honneur de sa visite. Vous ne l'avez jamais rencontrée, mais tout ce que vous savez des Jonctions c'est grâce à elle.
Thomas parut cette fois visiblement impressionné, et demeura quelques instants sans voix. Edea lui sourit :
– Bonsoir Thomas.
Il la salua d'un geste solennel :
– Vous êtes plus que la bienvenue, Madame.
– Merci.
– Vous feriez mieux de vous hâter, intervint Cid avec un clin d'œil, avant que les surveillants ne vous attrapent.
Thomas salua :
– Bien sûr, Monsieur le Directeur. Madame Kramer.
Anthony s'excusa et se leva pour suivre son collègue. Ses valises attendaient à côté de l'ascenseur. Thomas avisa le chargement et se tourna vers le jeune homme :
– Ca ira, tu pourras tout porter ?
Anthony sourit avec lassitude :
– Je l'ai fait jusqu'ici.
Thomas ne lui laissa pas le temps de protester et en prit une.
– Merci, se contenta de dire Anthony, pressé de rejoindre n'importe quoi qui lui permît de s'étendre et d'y dormir du sommeil du juste.
Tous deux quittèrent le bureau de Cid. Le Directeur resta seul avec sa femme.
– Il est notre équivalent d'Anthony, d'après le profil que tu m'as envoyé, expliqua-t-il. Je pense que ces deux-là peuvent s'entendre.

Anthony emboitait le pas tant bien que mal à son collègue, alors qu'une marée d'étudiants regagnaient eux aussi les dortoirs. Il remarqua qu'ici on ne s'habillait pas pour aller diner ; à moins que la tenue de soirée soit justement l'uniforme. Le flot d'uniformes bleu marine défilait devant ses yeux embrumés en une rivière sombre et homogène, au milieu de laquelle seule se distinguait, comme flottant au gré du courant, la couleur des cheveux de chacun. L'atmosphère militaire était certainement plus palpable ici qu'en Centra. Ils retraversèrent le hall qui avait tant charmé Anthony et prirent la piste de couleur grise, à l'opposé de l'entrée principale, vers le pont A-14 qui abritait les dortoirs. Le couloir débouchait à l'extérieur sur une galerie ouverte qui traversait des jardins protégés par l'enceinte externe de la Garden. Les dimensions étaient certes modestes, mais Anthony ne manqua pas l'effort d'agrément des lieux.
– J'ai bien peur que tu ne te sentes à l'étroit pendant quelque temps dans nos quartiers, dit Thomas. On est loin du luxe décrit par les membres du C.C qui rentrent du tournoi de Triple Triade. L'équipe de Mirai rentre d'ailleurs demain matin.
– Ca m'ira très bien, assura Anthony.
– Crevé ?
– Je suis debout depuis bientôt quarante heures, avoua-t-il.
Thomas arqua les sourcils :
– Je peux comprendre…
Ils progressaient dans le réseau de couloirs désignés par des lettres associées à des chiffres pour s'y repérer. Anthony était bien loin de se douter que cette partie de la Garden pouvait abriter autant de cabines. Le terme était plus approprié en vérité que chambres, tant les portes étaient rapprochées les unes des autres, et faisaient plus penser à une succession de cabines pour personnel d'équipage que des chambres pour étudiants. Ils bifurquèrent dans un couloir de la section F-2 et le longèrent avant de s'arrêter devant la porte 23.
– Voilà, on est chez moi. Bienvenue à Balamb Garden.
– Tu gîtes seul ?
Thomas haussa les épaules :
– Mon co-piaule a déménagé, on ne se supportait pas. Des choses qui arrivent. Les douches sont communes à chaque sub-section et se trouvent au bout du couloir. On est huit à loger par sub-section, donc pas de panique pour le risque de chahut.
Thomas sortit de sa poche d'uniforme une carte magnétique et la fit glisser dans une fente à côté de la porte, qui se débloqua au son d'un bip.
– Chez nous on utilise des vraies clés, à l'ancienne, remarqua Anthony.
– Chacun son truc, répliqua Thomas. Tu trouveras ton exemplaire sur ton lit.
Tous deux entrèrent et Anthony put découvrir l'intérieur de la chambre, si simple qu'elle en paraissait spartiate, expression directe des restrictions budgétaires imposées lors de la construction de la Garden. De chaque côté, en miroir, un lit et un bureau alignés le long du mur et séparés par une armoire pour accueillir les effets de chacun des occupants. La pièce ne comportait aucune fenêtre, mais le mur du fond apporta une nouvelle surprise : c'était un écran sur lequel était projetée une vue tridimensionnelle en temps réel des jardins comme si on les voyait depuis une porte-fenêtre en arc blanche et à carreaux. L'illusion était parfaite et faisait oublier la sensation de confinement. On avait presque envie d'aller ouvrir pour faire entrer l'air du dehors. Mais pour l'heure, ce qui donnait le plus envie à Anthony était la vue du lit qui lui était réservé, du côté gauche de la chambre. Un certain nombre d'objets reposaient dessus qui étaient nécessaires à ses déplacements dans la Garden : clé magnétique de la chambre, passe pour entrer et sortir de la Garden, badge d'identification. Il les ramassa et les posa sur le bureau de son côté. Thomas lui déposa sa valise, tandis qu'il rangeait avec précaution l'étui contenant sa Gunblade dans l'armoire avant de s'attaquer au rangement du contenu de ses bagages. Thomas fit un geste du menton en direction du long étui noir orné de la tête de lion :
– Qu'est-ce que quelqu'un qui vient en mission diplomatique fait avec son arme à ses côtés ?
Anthony croisa pour la première fois le regard de son homologue : Thomas Firedge n'était peut-être pas aussi angélique qu'il en avait l'air. Il referma l'armoire et se laissa tomber sur le lit pour défaire ses chaussures qu'il rangea sous le lit :
– J'ai l'intention de participer à vos activités. Je suis un nouveau loup dans la meute, et mon premier travail est de m'y faire accepter.
Thomas eut un rictus :
– Tu m'en diras tant… Un nouveau loup dans la meute hein ? J'aime assez l'image.
Il ouvrit son armoire et déboutonna sa veste d'uniforme pour la ranger sur son cintre, puis fit de même pour le reste de ses vêtements. Sa silhouette apparut, mince, longiligne, mais terriblement musclée.
– Je vais prendre ma douche, dit Thomas, fais comme chez toi. Enfin si tu peux.
– Je crois que je vais me passer de douche ce soir, s'excusa Anthony en achevant de se déshabiller.
Thomas se retourna à demi, alors qu'il ouvrait la porte de la chambre :
– J'espère que ça ne deviendra pas une habitude.
Cela eut pour effet de le faire rire malgré la fatigue.

Seul enfin. Anthony chercha son téléphone au milieu de ses affaires puis se laissa de nouveau tomber sur son lit. Il alluma son appareil et hésita quelques instants. N'était-elle pas déjà en train de dormir ? Après tout il n'avait pas été le seul à avoir veillé toute la nuit. Il se hasarda tout de même à l'appeler, comme il avait promis. Au pire, il tomberait sur le répondeur et laisserait un message, preuve qu'il n'avait pas oublié. Deux sonneries retentirent avant que la voix qui lui faisait tant d'effet ne se fasse entendre.
– C'est moi. J'espère que je ne te réveille pas.
– Je ne dormais pas.
Il rit doucement :
– Comment fais-tu ? Je suis complètement à plat. La journée s'est bien passée ?
– C'est bien long sans toi.
– Il va falloir t'y faire, dit-il avec tendresse.
– Je pars dans quelques jours pour les monts Yorn, pour une mission de deux semaines. Les mineurs ont découvert un important gisement d'Azurium, mais il est gardé par un nid de dragons Grendel. Nous allons les déloger. L'enveloppe est arrivée dans ma boite après le déjeuner.
Il comprenait à présent pourquoi elle ne dormait pas encore. A en croire la façon dont elle avait amené le sujet, elle était inquiète. Après tout c'était son premier commandement. Et lui qui pensait pouvoir passer un petit moment romantique avant de s'endormir…
– Pas d'imprudence, hein. Qui part avec toi ?
– Solys, Rupert Kliss, Philippa, Egonia, et Vernon Fellownight.
Il ferma un instant les yeux pour réfléchir avec le peu de lucidité qu'il lui restait, et se passa la main dans les cheveux :
– Avec tes armes tu as de quoi décapiter un Grendel d'un coup, mais elles ont de l'inertie et tu ne sauras pas te retourner à 180°, à moins d'effectuer un saut et de blesser les autres au passage. Veille bien à rester de face et dans la ligne de mire de Philippa et Rupert. Philippa est gauchère et Rupert droitier. Ils pourront défendre de façon très complémentaire tes flancs. De face on ne peut rien faire contre toi. Tu es la meilleure défense frontale au contact. Laisse les trois autres faire le tour du nid et s'occuper des femelles en embuscade dans les hauteurs. Vous aurez déjà bien assez à faire avec celles en face de vous. Si vous tuez la femelle Alpha les autres prendront peur et se sauveront. Ne touchez surtout pas aux œufs avant d'avoir tout vidé, autrement vous courez au massacre. C'est un gros nid ?
– D'après les photos il y en a deux cents.
Anthony émit un petit sifflement. Les femelles Grendel ne pondaient que trois ou quatre œufs par saison. Ce qui laissait présager du nombre d'adultes en défense autour des œufs. Et peut-être des petits déjà éclos, avides de nourriture et déjà aussi féroces que leurs aînés, avec en prime les mêmes attributs.
– Tu sais comment on reconnaît la femelle Alpha ?
– Bien sûr.
– Attachez-vous à la chercher, ça vous épargnera de gros risques pour rien. Après, pour les œufs, un coup de flèche explosive au sommet suffira. Les femelles ne reviendront jamais car elles auront compris que les prédateurs y sont déjà venus, ils peuvent revenir. Pour plus de précaution, cherchez la cheminée par laquelle elles sont entrées et bloquez-la. Une barrière laser du type de celle qui détruit les éboulis suffira. Les ouvriers de la mine sont équipés et sauront la poser. Solys saura la reconfigurer pour qu'elle reconnaisse la signature minérale des os des dragons Grendel. Vous disposerez d'une tonne d'ossements, ce sera un jeu d'enfant pour lui.
Un silence. Ne l'entendant pas de l'autre côté de la ligne, il se dressa sur un coude, sa vigilance éveillée :
– Ambrosia ? Allo ?
Sa voix, ou plutôt ses sanglots lui parvinrent au bout de quelques secondes qui lui parurent des années. Rassuré malgré tout, il se rallongea :
– Allons ma douce, ne pleure pas, tout se passera bien. Tu as une bonne équipe. Prendre Solys avec toi était un très bon choix.
C'était une peine d'entendre sa voix entrecoupée de larmes.
– Tu es tellement expert, je n'ai pas pensé à la moitié de ce que tu viens de dire.
– C'est dur d'avoir du monde sous sa responsabilité, accorda-t-il, compatissant. Mais c'est une très grande expérience. Je ne me suis pas fait tout seul, tout ce que je sais, je le dois à tous ceux qui sont partis avec moi. Alec est… Alec était un des meilleurs biologistes dragonologues de la Garden, il m'a appris énormément de choses. J'ai profité des compétences de chacun avec qui j'étais. Fais des briefings avec Solys, tu en apprendras beaucoup sur vos cibles. Prévoyez du matériel de surveillance pour reconnaître la femelle Alpha, elle sera sûrement plus difficile à repérer que toutes les autres, puisque c'est la doyenne et la plus expérimentée du groupe. Solys devra se familiariser avec une barrière laser pour modifier ses paramètres et la rendre opérante contre les dragons Grendel. Ce sont les deux temps forts de votre mission. La chasse au dragon, tu connais, tu as déjà chassé plus gros. Tout se passera bien. Je voudrais être près de toi pour te rassurer, mais j'ai bien peur qu'il ne te faille user d'imagination. A moins qu'elle n'ait été épuisée par tout ce qu'on a fait la nuit dernière…
Son rire retentit au travers de ses larmes à l'autre bout de la ligne. Anthony sourit.
– Tout se passera bien. Je suis fier de toi. Il leva un œil vers la porte : Il faut que je raccroche. Je te rappelle demain soir, tu me diras où tu en es avec Solys.
– D'accord.
– Essaie de dormir. Je ne vais pas tarder, je suis vidé.
– Bonne nuit.
– Bonne nuit ma douce, je t'aime.
Il éteignit son appareil et le posa à côté de lui, ne prenant même pas la peine de se lever pour aller le reposer sur le bureau. A bout, il ferma les yeux et ne sut plus rien.

A quelques étages de là, un autre couple s'était retrouvé dans la plus stricte intimité, alors que l'alarme du couvre-feu venait de s'interrompre. Leurs vêtements ôtés à la hâte gisaient sur place au sol là où ils étaient tombés. Cid embrassait éperdument sa femme, redécouvrant après toutes ces années le parfum et le goût de sa peau, la texture de ses cheveux qu'elle avait superbes. Il la poussa doucement et la fit basculer sur le lit, à peine assez grand pour deux, mais qu'importait.
– Je sens que la nuit va être courte, d'autant que je me lève à six heures, dit-il entre deux baisers.
– Ne perdons pas une miette de ces précieuses heures alors.
Il rit.
– Que veux-tu faire demain ? Assister au cours de mysticisme de Mle De Lusio, ou le donner toi-même ? Ca pourrait profiter aux élèves.
– Je pense que je vais regarder. Je ne veux pas la mettre en situation délicate. Nous n'avons pas les mêmes méthodes pédagogiques.
– Comme tu voudras, dit-il en lui picorant le creux du cou tandis qu'elle lui massait les épaules. Elle n'avait pas oublié qu'il adorait.
Il prit son visage entre ses mains et la caressa tendrement des pouces :
– Il faudra tout de même que tu m'expliques l'objet de ta venue ici. Non que ça ne me fasse pas plaisir, au contraire, j'en suis plus que ravi, mais c'est tout le contraire de notre accord.
Elle le regarda avec des yeux peinés :
– Cela ne peut-il pas attendre un peu ?
– Bien sûr ! Maintenant que je t'ai dans mes bras ici dans cette chambre, je crois que l'alerte rouge peut se déclencher que je n'en ferais rien. Je sais que tu ne resteras pas.
Elle le serra contre elle et l'embrassa partout où elle pouvait :
– Oh, Cid, parfois je voudrais ne jamais avoir reçu ces maudits pouvoirs…
– Je sais bien, ma chérie, mais c'est notre vie, et nous avons fait ce qu'il fallait. On ne s'en est pas trop mal sorti non ? Regarde tout ce qu'on a accompli, toi et moi. On est assis à la tête d'un drôle d'empire, tu ne trouves pas ?
Il était toujours animé d'un tel optimisme, et venant de lui c'était toujours si contagieux. Mettant de côté ce pourquoi cet « empire » existait, elle acquiesça, ses yeux dans les siens, le regard débordant de tendresse. Cid avait vieilli, certes, mais la flamme de la jeunesse n'avait pas quitté son regard. Il se mit sur le côté, dressé sur un coude, et la contempla en lui caressant tout le corps :
– Tu es si incroyablement belle… Cela fait de moi un homme particulièrement chanceux. A te voir personne ne croirait qu'on a une trentaine d'enfants à nourrir.
Il ponctua la boutade par un clin d'œil alors qu'elle éclatait de rire et l'enlaçait, le corps arqué vers lui pour l'inciter à la caresser. Comprenant que le moment était venu, il se mit sur elle et lui ouvrit doucement les cuisses :
– Dis-moi si je te fais mal. Ca fait tellement longtemps.
Elle secoua la tête :
– Mais je veux avoir mal. Ca fait trop longtemps que je ne me suis pas sentie vivre à nouveau.
Mélancolique, au bord des larmes, il sourit avant de l'embrasser :
– Je ferai de mon mieux.
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Re: Fanfiction : Final Fantasy VIII

Message par Merisel Faradhreia le Jeu 28 Juil - 15:16

Pour vous montrer que je n'ai pas menti, quelques vues de Balamb Garden. Et c'est la plus modeste de toutes !! En fait c'est incroyablement grand et incroyablement luxueux de notre point de vue. Et les dortoirs ne sont pas aussi indigents que je les décris. Les photos sortent tout droit de la fabuleuse banque d'images de FFDream. J'en ai sélectionné quelques-unes, car si je vous y avais envoyés vous n'auriez pas su quoi chercher


Le hall, magnifique

http://www.ffdream.com/images.php?rep=/downld/images/decors/ff8/&image=043.jpg

http://www.ffdream.com/images.php?rep=/downld/images/decors/ff8/&image=042.jpg

http://www.ffdream.com/images.php?rep=/downld/images/decors/ff8/&image=047.jpg

http://www.ffdream.com/images.php?rep=/downld/images/decors/ff8/&image=024.jpg

Les dortoirs

Allée menant aux dortoirs, de nuit :
http://www.ffdream.com/images.php?rep=/downld/images/decors/ff8/&image=099.jpg

Chambre des candidats au probatoire (SeeD Field Exam dans le jeu)
http://www.ffdream.com/images.php?rep=/downld/images/decors/ff8/&image=103.jpg

Celle de Squall au début du jeu, vous aurez reconnu l'étui de la Gunblade
http://www.ffdream.com/images.php?rep=/downld/images/decors/ff8/&image=105.jpg

Celle de Squall une fois qu'il est promu SeeD (j'avais oublié l'affreux carrelage ;p)
http://www.ffdream.com/images.php?rep=/downld/images/decors/ff8/&image=107.jpg

Le bureau du Directeur Kramer...
http://www.ffdream.com/images.php?rep=/downld/images/decors/ff8/&image=111.jpg

... avant qu'il ne devienne la passerelle du Capitaine Picard :
http://www.ffdream.com/images.php?rep=/downld/images/decors/ff8/&image=114.jpg

Vue du poste de pilotage, au sommet :
http://www.ffdream.com/images.php?rep=/downld/images/decors/ff8/&image=112.jpg

Et enfin, vue générale de Balamb Garden (au sol) :
http://www.ffdream.com/images.php?rep=/downld/images/decors/ff8/&image=035.jpg

Balamb Garden en mode Hoverspeed

Dans les airs :
http://www.ffdream.com/images.php?rep=/data/media/images/ff8/ff8_photos/galerie/images/&image=399.jpg
http://www.ffdream.com/images.php?rep=/data/media/images/ff8/ff8_photos/galerie/images/&image=414.jpg

En mer
Ce que vous voyez là c'est la quille (appréciez la taille du truc par rapport aux bateaux) :
http://www.ffdream.com/images.php?rep=/data/media/images/ff8/ff8_photos/galerie/images/&image=426.jpg

Vue d'ensemble de la Garden en pleine mer :
http://www.ffdream.com/images.php?rep=/data/media/images/ff8/ff8_photos/galerie/images/&image=430.jpg

En fait on ne décrouvre que Balamb Garden est un bâtiment mobile qu'au CD 2 à un moment particulièrement critique, l'un des meilleurs des quatre CD. Pour moi c'est encore une faiblesse du scénario, cet énorme détail n'a pas pu être oublié, en tout cas pas de Cid, et je n'ai jamais compris pourquoi les jeunes SeeDs de la génération de Squall ne l'ont jamais su jusqu'à ce que Cid leur apprenne que la Garden était autrefois un vaisseau qui a accueilli des réfugiés (texto dans le jeu). Selon moi il n'a pas servi qu'à ça.
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